Comment les classes moyennes des pays développés sont devenues les dindons de la mondialisation

Selon l’ONG Oxfam, les 85 individus les plus riches de la planète disposaient d’autant d’argent que 50 % de la population mondiale. Pis, selon le directeur du think tank Resolution Foundation, les revenus des super pauvres et des classes moyennes ou supérieures des pays développés ont vu leurs revenus s’écrouler entre 1988 et 2008.

“J’ai perdu mon travail, j’ai deux enfants à nourrir, s’il vous plaît aidez-moi” (Etats-Unis)

Atlantico : L’ONG Oxfam a révélé, lors du sommet de Davos de janvier, que les 85 individus les plus riches de la planète disposaient d’autant d’argent que 50 % de la population mondiale. Pis, selon James Plunkett, directeur du think tank britannique Resolution Foundation, les revenus des super pauvres et des classes moyennes ou supérieures des pays développés ont vu leurs revenus s’écrouler entre 1988 et 2008. A l’inverse, les populations qui sortent de la pauvreté dans les pays émergents et les super-riches ont vu leurs revenus exploser. Que penser de cette évolution ? Les classes moyennes sont-elles devenues le “dindon de la farce” de la mondialisation ?
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Les classes moyennes des pays émergents deviennent plus exigeantes

Les classes émergentes adoptent de nouveaux comportements. Elles obligent les entreprises présentes dans les pays en développement à tenir compte de leurs revendications.

Les manifestations en Inde le mois dernier pour le statut des femmes en attestent. Comme d’ailleurs les mouvements sociaux en Afrique du sud, où le chômage des jeunes dépasse 40 % ; la crise en Russie à la fin de 2011 ou encore les printemps arabes. Beaucoup de tensions qui secouent les pays émergents agissent comme le révélateur des transformations sociales enclenchées par l’augmentation du niveau de vie.

En fer de lance de ces revendications, les classes moyennes, ces consommateurs en herbe qui, tout en accédant à un mode de consommation à l’occidentale, développent des exigences sociétales de plus en plus fortes. Celles-ci vont souvent dans le même sens : une plus grande transparence de l’Etat, moins de corruption ou encore un respect accru des libertés publiques.

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Le (mauvais) rêve américain

Les Américains aiment croire que leur pays, à défaut d’être le plus égalitaire, est celui où l’on peut le mieux naître au bas de l’échelle et quand même en monter les échelons à force de volonté, de travail et de talent. La réalité est malheureusement tout autre.

L’égalité des chances, bien plus que l’égalité des conditions, est au coeur des valeurs collectives que célébreront les Américains lors de leur fête nationale demain (hier, le 4 juillet). Pour les trois quarts d’entre eux, le « rêve américain » tient en grande partie à cette idée que le talent, l’énergie et la volonté des individus comptent plus dans leurs chances de succès que leurs origines familiales et sociales, révélait un sondage du Pew Charitable Trust de 2009. Plus de 90 % des répondants avaient dit aussi que le fait de travailler fort et d’avoir de l’ambition était soit essentiel, soit très important pour réussir dans la vie.

Mais voilà, presque la moitié (42 %) des Américains qui sont nés dans une famille appartenant au cinquième de la population le plus pauvre sont encore dans ce groupe une fois adultes, selon une étude citée par le New York Times en janvier. Cette proportion grimpe à 65 % si l’on étend son regard aux deux cinquièmes les plus pauvres. Le même phénomène se produit à l’autre bout de l’échelle sociale, 62 % de ceux qui sont nés parmi le cinquième des plus fortunés du pays se trouvant encore dans le groupe des deux cinquièmes les plus riches à l’âge adulte.

Les seuls Américains à présenter une véritable mobilité intergénérationnelle sont ceux qui se trouvent entre ces deux extrêmes, 23 % de ceux nés dans le quintile du milieu y étant toujours à l’âge adulte, alors que 36 % ont progressé dans l’échelle des revenus et que 41 % ont régressé.

Cette performance est, de loin, l’une des plus mauvaises des pays développés, rapporte une récente étude de Miles Corak, professeur de l’Université d’Ottawa. Sur 22 pays du Nord et du Sud, seules l’Italie et la Grande-Bretagne ont de moins bons résultats dans le club des pays riches, les États-Unis se classant non loin du Chili et du Pakistan, et plus près des derniers de classe brésiliens, chinois et péruviens, que du peloton de tête composé des pays d’Europe du Nord et du Canada. Ce dernier fait presque trois fois mieux à ce chapitre que son voisin américain.

Un grand coup de barre en faveur du relèvement de la mobilité intergénérationnelle aux États-Unis est essentiel sans quoi le pays y perdra son âme, entend-on dire, plus seulement à gauche, mais aussi, depuis peu, à droite. La situation est d’ailleurs probablement encore plus grave qu’on ne le pense, préviennent des observateurs. La plupart des études qu’on cite se basent en effet sur le cas d’Américains nés avant les années 70. Depuis, presque tous les facteurs de risque – comme les écarts de revenus, le nombre de familles monoparentales, le niveau de formation et la santé des populations défavorisées ou les taux d’incarcération – se sont dégradés.

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Arianna Huffington : « Les États-Unis se délabrent »

Entretien avec Arianna Huffington, fondatrice du «Huffington Post» et auteur du livre «L’Amérique du Tiers-Monde».

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Deux ans après l’élection de Barack Obama et la vague d’optimisme qu’elle a suscitée, le titre de votre livre Third World America, (L’Amérique du tiers-monde) fait l’effet d’une douche froide.

C’est un titre volontairement provocateur, tant les mots Amérique et tiers-monde paraissent contradictoires dans une nation convaincue de tout temps d’être la plus noble, la plus riche, la plus puissante et la plus généreuse du monde. Mais les signaux sont au rouge et je sonne l’alarme tant qu’il est encore temps de contrecarrer cette chute vers le tiers-monde.

Lorsque j’étais en Grèce, mon héroïne favorite était Cassandre, dont les Troyens ont ignoré les avertissements ; ils l’ont payé de leur vie. J’espère avoir davantage d’écho. Notre pays se délabre : industrie, écoles, infrastructures. La pauvreté gagne partout du terrain (+ 25 % entre 2000 et 2008 dans les banlieues des grandes villes). L’ascenseur social n’est pas en panne, il redescend !

Près de 100 millions d’Américains vivent dans des familles aux revenus inférieurs à ceux de leurs parents au même âge. Les enfants de parents fortunés qui ne font pas d’études ont plus de chance d’être riches que les enfants de parents pauvres qui, eux, ont entrepris des études. La classe moyenne, sur laquelle a reposé l’essor économique de ce pays, est une espèce en voie de disparition.

L’une des promesses-clés de l’équipe Obama, pendant la campagne de 2008, était pourtant qu’il «n’oublierait pas la classe moyenne».

Eh bien, c’est fait. Elle est dévastée. Et sa disparition est bien plus menaçante pour la stabilité à long terme de ce pays que la crise financière, qui a vu 3 000 milliards de dollars d’argent du contribuable versés à Wall Street. Des chiffres ? Depuis la fin de 2007, nous avons perdu plus de 8,4 millions d’emplois. Un Américain sur 5 est sans emploi ou sous-employé.

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L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat

Par Jacques Sapir

Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programmes. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenables ».

Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter.

I. De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité.

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Lagarde, une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

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