Art contemporain : Les élites contre le peuple (Rediff)

L’art contemporain revendique volontiers l’héritage des « maudits » et des scandales du passé. Et cependant, « artistes » et laudateurs d’aujourd’hui ne réalisent pas que leurs scandales ne combattent plus les tenants de l’ordre dominant, mais ne constituent en fait qu’un outil de plus de la domination bourgeoise.

“La Vénus aux chiffons”, œuvre de Michelangelo Pistoletto (artiste italien contemporain co-fondateur de “l’Arte Povera”), actuellement exposée dans l’aile Denon du musée du Louvre.

Par ce qu’il prétend dénoncer, l’« art » dit « dérangeant » participe de la domination libérale, capitaliste, oligarchique et ploutocratique, à la destruction du sens collectif au profit de sa privatisation, à cette démophobie qui a remplacé dans le cœur d’une certaine gauche la haine des puissants et des possédants. Cet « art » dit « dérangeant » est en parfaite harmonie avec ces derniers.

Épargnons-nous un discours qui, trop abstrait, serait rejeté par les concernés, les défenseurs de cette pitrerie libérale-libertaire nommée « art contemporain ». Prenons donc quelques exemples, quelques « scandales » ou actions représentatives de ces dix dernières années.

En 2002, l’Espagnol Santiago Sierra fait creuser 3000 trous (3000 huecos, en castillan) à des ouvriers africains pour un salaire dérisoire afin de, nous apprend-on, dénoncer l’exploitation capitaliste, revendiquant une « inspiration contestataire axée sur la critique de la mondialisation, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’inégalité des rapports Nord-Sud et de la corruption capitaliste.

Il n’hésite pas à faire intervenir dans ses performances des sans-papiers, des prostituées, des drogués et à les rémunérer pour leur présence », apprend-on en effet, par exemple sur le site d’Arte TV [1]. Exploiter pour dénoncer l’exploitation : à ce titre, on pourrait bien aller jusqu’à voir un artiste supérieur en Lakshmi Mittal, par exemple.

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Fondation Louis Vuitton : La marchandisation de l’art à son paroxysme ?

Le 27 octobre, la Fondation Louis Vuitton doit ouvrir ses portes à Paris. « Sur le papier », elle semble incarner ce que les oligarques du marché de l’art contemporain ont fait de la création artistique : un produit mercantile, spéculatif, spectaculaire, et instrumentalisé.

Gursky Andreas : 99 Cent II Diptychon

Comment « traiter » ses actionnaires dans les colonnes ou sur les plateaux des médias qu’ils possèdent ? L’exercice demeure, pour tout journaliste et directeur de rédaction, délicat. Du Monde au Figaro, les situations l’attestent. Et en l’occurrence, l’examen interroge moins la forme intrinsèque du traitement que les interprétations, sous jacentes, qu’il fait porter sur la marchandisation et la mercantilisation de l’art. Ce, même si la profusion d’élogieux épithètes fait sourire, une fois juxtaposée sur le lien capitalistique de Bernard Arnault avec le titre concerné.

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« Sacré Art Contemporain »

Art, Art Sacré, Art contemporain : un holdup sémantique

Dans Sacré Art contemporain, Aude de Kerros traite de la bataille née au début des années 1960, qui a opposé les artistes « contemporains » à ceux qui poursuivaient une modernité ouverte. Un livre excellent et très pédagogique, dans lequel on découvre les ressorts qui ont mené en France à l’hégémonie d’une pratique exclusivement conceptuelle fondée sur la négation de l’art. Interview de l’auteur.


Fabien Chalon / “Le monde en marche” à la gare du Nord de Paris depuis 2008

[...]Force est de constater que l’Art contemporain (AC) a envahi les Musées, près de cent ans après la création du  célèbre urinoir de Marcel Duchamp. Au point qu’il semble acquis que rien d’autre n’existe à présent que cette création-déconstruction, dynamique Schumpétérienne inversée, qui a remplacé le contemplateur  par un « regardeur »,  « questionné »  et  soumis à une « kénose ». Comment en est-on arrivé là ? S’interroge souvent le «  regardeur » perplexe devant  tant de  concepts pénitentiels ?

Pouvez-vous nous expliquer comment est née cette guerre culturelle silencieuse ?

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« Le paradigme de l’art contemporain : Structures d’une révolution artistique » (Audio)

Le jeudi 22 mai sur Radio Courtoisie, Aude de Kerros recevait, dans son libre journal, Nathalie Heinich et Jean-Paul Agosti

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Dans un article paru en 1999 dans Le Débat, Nathalie Heinich proposait de considérer l’art contemporain comme un genre de l’art, différent de l’art moderne comme de l’art classique. Il s’agissait d’en bien marquer la spécificité – un jeu sur les frontières ontologiques de l’art – tout en accueillant la pluralité des définitions de l’art susceptibles de coexister.

Quinze ans après, la «querelle de l’art contemporain» n’est pas éteinte, stimulée par l’explosion des prix, la spectacularisation des propositions et le soutien d’institutions renommées, comme l’illustrent les «installations» controversées à Versailles.

Dans ce nouveau livre, l’auteur pousse le raisonnement à son terme : plus qu’un «genre» artistique, l’art contemporain fonctionne comme un nouveau paradigme, autrement dit «une structuration générale des conceptions admises à un moment du temps», un modèle inconscient qui formate le sens de la normalité.

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BioArt : La science à l’oeuvre

En intégrant la biologie dans leurs oeuvres, des artistes brouillent les lignes entre l’art et la science et interrogent la fonction du créateur dans la société.

Ils troquent leur atelier pour un laboratoire, et les matériaux inertes pour des tissus organiques. Dans leurs recherches et leurs créations, les artistes de la mouvance BioArt rendent de plus en plus poreuse la frontière entre sciences naturelles, art et technologie. À l’âge des technosciences, ce créatif mélange des genres permet aux créateurs de s’approprier les techniques de pointe pour les détourner et interroger leur place dans nos vies.

Réalisé par Robert Styblo (Autriche – 2014)

L’art contemporain et la titrisation du néant

Par Aude de Kerros (graveur, essayiste, auteur de « L’Art caché – Les dissidents de l’Art contemporain » aux Editions Eyrolles)

A l’heure où se tient la Fiac, à Paris, comment se porte le marché de l’art contemporain ? On peut constater qu’au cours des deux années écoulées, il a mieux résisté que lors du précédent krach de 1990. La leçon avait été retenue…

Les collectionneurs d’art contemporain rationalisèrent dès lors leur spéculation en imitant les financiers et leur création de produits sécurisés « scientifiquement ». Ils s’organisèrent et fabriquèrent leurs « artistes spéculatifs » en réseau. Les acquéreurs, cooptés parmi les « too rich to fall », devaient désormais être entièrement propriétaires de l’oeuvre, afin de ne pas devoir être affectés par les crises. Par ailleurs, le réseau engloba, dans une sorte de trust, tous les stades de la valorisation de l’oeuvre : galeries, médias, institutions muséales, salles des ventes mondiales…

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