L’amitié à travers les âges

Philia chez les Grecs, compagnonnage des chevaliers médiévaux, amitiés intellectuelles… ou plus intimes de la modernité : 
toutes les époques et toutes les cultures attestent 
de la puissance du lien d’amitié.

Les amitiés légendaires peuplent nos imaginations : Achille et Patrocle, David et Jonathan, Montaigne et Étienne de La Boétie. L’amitié antique et médiévale se célèbre à la vie à la mort. Ce qui frappe dans l’histoire de l’Occident est l’hégémonie masculine des grandes histoires d’amitié relayée par la pensée philosophique. Dans l’Antiquité comme au Moyen Âge, l’amitié entre hommes, au cœur de la cité comme du lien féodal, est un sentiment plus important que l’amour jusqu’à l’invention de celui que l’on dit « courtois ». Censée être librement consentie, elle fait souvent l’objet d’un pacte, d’une déclaration. L’affectif rejoint l’effectif : les preuves d’amitié ne manquent pas, des services rendus aux risques pris au combat.

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Syrie : Sur les routes du trafic d’antiquités

Avec la guerre qui dure depuis plus de quatre ans en Syrie, de nombreuses pièces d’antiquité sont volées dans les musées ou sur des sites archéologiques. Elles passent ensuite la frontière vers la Turquie, pour être vendues après à des collectionneurs internationaux. Reportage en Syrie et en Turquie, sur les traces de ces trésors volés.

L’Unesco a beau tirer la sonnette d’alarme depuis trois ans, les exportations illégales de biens culturels syriens continuent. En Syrie, nous avons rencontré les “petites mains” de ce trafic international. Sans emploi, des Syriens creusent la terre à la recherche de trésors antiques ensevelis : des pièces de monnaies de l’époque romaine, des lampes à huile, des statuettes en or ou d’autres objets en céramique datant parfois de plus de 3.000 ans. Leur valeur peut être inestimable.

En lien avec des trafiquants côté turc, ils doivent ensuite passer clandestinement la frontière pour livrer leur marchandise et empocher quelques dollars. Nous les avons suivis en caméra cachée lors du passage de la frontière turque, une véritable passoire. Nous avons pu voir que des passeurs les laissent facilement entrer sur le territoire – en échange d’une liasse de billets -, tout en évitant de fouiller leur sac…

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Quand les Grecs empruntaient aux dieux

Les empires de l’Antiquité vivaient des ressources qu’ils prélevaient sur leurs sujets. La dette publique, au sens contemporain du terme, était inconnue. Mais il arrivait déjà aux Grecs de commettre quelques écarts…

C’est Thucydide qui le raconte. On est en 409 avant Jésus-Christ. Athènes, à la tête de la puissante ligue de Délos, affronte depuis une vingtaine d’années la ligue du Péloponnèse, formée autour de Sparte. Cette dernière occupe désormais le dème de Décélie, à une vingtaine de kilomètres de la cité, entravant sérieusement l’exploitation des mines d’argent du Laurion, dont l’Attique tire sa capacité monétaire.

Reste une possibilité pour continuer les combats. Périclès l’avait évoquée dès le début du conflit: toucher au trésor des dieux – les offrandes, les objets sacrés. Et même l’or revêtant la statue d’Athéna, un pactole entièrement amovible qui pèse pas moins de 40 talents (soit l’équivalent d’une tonne d’argent).

L’inventaire des objets sacrés du Parthénon garde les traces de cette ponction. Et aussi de la reconstitution du trésor, menée à chef malgré la défaite essuyée en 404. Plusieurs indices indiquent aussi que cette façon de faire n’a rien d’exceptionnel: les comptes du sanctuaire de Délos entre 314 et 166 sont ainsi parvenus jusqu’à nous. Ils gardent la trace d’emprunts réguliers de la cité dont il dépend et des remboursements afférents, régulièrement versés même lorsqu’un nouvel emprunt est en cours.

C’est une constante au moins jusqu’au siècle passé: la principale cause d’endettement public est la guerre. Une activité courante dans le monde antique, qui permet aussi, quand tout va bien, d’enrichir la collectivité grâce au prélèvement de tributs. Pour la financer, on a recours à un impôt spécial prélevé, exceptionnellement, sur les citoyens – en temps de paix, seuls sont taxés sujets ou étrangers ou certaines transactions. On compte aussi sur les libéralités des mieux nantis, précisément réglées à la période classique par le système des liturgies.

La ville emprunte pour acheter du grain, pour dresser des fortifications contre les pirates étrusques, pour faire des dons à des cités ou à des rois amis, etc. Et le sanctuaire, alimenté en offrandes des fidèles bien au-delà de ce que nécessitent son entretien et l’organisation des cérémonies dont il est le centre, a de quoi faire face. Il prête sans doute d’autant plus volontiers que, si la colère des créanciers gagne dans tous les cas à être évitée, celle des dieux est particulièrement redoutée.

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Critique de l’idéologie libérale

Par Michel Drac

Note sur le libéralisme économique, tel qu’analysé par Alain de Benoist.

Le Marchand de Venise, de William Shakespeare (gravure du XVIIIème siècle)

Qu’est-ce que l’idéologie libérale ?

Alain de Benoist (AdB) commence par préciser que ce n’est pas un corpus unitaire. C’est une école, organisée autour d’une doctrine économique (le marché autorégulateur), dont découle une vision politique adaptée au déploiement de ladite doctrine – et c’est, aussi, une anthropologie de type individualiste.

De quoi l’idéologie libérale est-elle l’adversaire obligé ?

Marché et individu ont en commun leur incompatibilité avec toute forme d’identité collective : le Marché a besoin des individus pour imposer la monnaie comme seul support de l’échange, et seule l’abolition au moins partielle de l’identité collective fabrique l’individu.

Comment cet antagonisme s’est-il constitué historiquement ?

A l’origine est, pour AdB, le christianisme. Il introduit, contre les représentations holistes de l’Antiquité, l’idée du Salut individuel. Au départ, l’homme intérieur chrétien se retire du monde. Mais progressivement, il va le réinvestir, et une représentation ultra-mondaine finira par contaminer les représentations sociales : l’individu est né. Pour reprendre une distinction célèbre : la communauté s’efface devant la société.

Dans la foulée, la vision portée sur le monde évolue : de l’abolition des cadres holistes découle l’émergence d’une conception nominaliste potentiellement négatrice du réalisme aristotélicien, et l’individu cartésien proclame sa capacité à poser le sens sur un monde constitué d’êtres singuliers. Le cartésianisme marque le triomphe de l’individualisme jusque dans la conception de l’esprit humain.

Dès lors, l’homme individuel se construit, théoriquement, sans référence à un héritage ou une dynamique collective. L’homme individualiste se pense humain indépendamment de tout processus d’hominisation social. Il en découle mécaniquement que l’individu précédant le social, les droits (de chaque individu) sont censés précéder les devoirs (à l’égard des autres individus).

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