Yves Cochet : « L’anthropocène »

Yves Cochet aborde sa vision de l’effondrement systémique et le projet politique qui pourrait l’accompagner. Il y évoque notamment les concepts de l’Anthropocène, d’effondrement, des points de rupture du système, de la décroissance et la transition etc. (Cet entretien a été réalisé en novembre 2013).

La compétitivité est une idée morte

La quête de la compétitivité n’est pas seulement erronée, elle est dangereuse, parce qu’elle masque les vrais défis et les vrais enjeux de l’avenir de nos économies et de nos sociétés. Telle est la thèse que soutient Thomas Coutrot, cofondateur des Économistes atterrés et porte-parole d’Attac.

Peu nombreux sont ceux qui le contestent : la montée des inégalités socio-économiques et l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre portent en germe des catastrophes sociales et écologiques à l’horizon de deux ou trois décennies. Pourtant les décisions politiques de court terme ne sont pas seulement indifférentes à ces menaces, mais en accélèrent de toute évidence l’arrivée.

Contrairement à une vision superficielle, l’austérité n’engage aucunement nos sociétés dans la voie de la sobriété. La priorité donnée par François Hollande à la compétitivité de la France s’inscrit en effet dans une vision de court terme — redresser la croissance des exportations du pays par la baisse du coût du travail et des dépenses publiques — qui est contraire à toute perspective de redistribution des richesses et de transition écologique. Je voudrais montrer ici en quoi ses effets secondaires prévisibles, l’accroissement encore accéléré des inégalités et des émissions de GES, nous rapprochent des grandes fractures annoncées.

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La fin annoncée de la civilisation industrielle

Sur les neuf frontières vitales au fonctionnement du « système Terre », au moins quatre ont déjà été transgressées par nos sociétés industrielles, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité ou le rythme insoutenable de la déforestation. « Nous sommes en train de vivre une mosaïque d’effondrements ».

Transgresser ces frontières, c’est prendre le risque que notre environnement et nos sociétés réagissent « de manière abrupte et imprévisible », préviennent Pablo Servigne et Raphaël Stevens, dans leur livre « Comment tout peut s’effondrer ».

Rappelant l’ensemble des données et des alertes scientifiques toujours plus alarmantes, les deux auteurs appellent à sortir du déni. « Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide ».

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Les frontières de notre planète et la prospérité humaine

Par et Kate Raworth

Le futur de l’humanité va dépendre de la réussite d’un numéro d’équilibriste. Ce défi va consister à subvenir aux besoins de plus de 10 milliards de personnes tout en préservant les systèmes planétaires dont dépend notre existence. Les dernières découvertes scientifiques nous désignent comme la génération qui est censée trouver cet équilibre. Voilà quelle lourde tâche nous incombe.

Mettre fin à la pauvreté est devenu un objectif réaliste pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Nous avons la capacité de faire en sorte que chaque personne sur la planète dispose de suffisamment de nourriture, d’eau, de logement, d’éducation, de services de santé et d’énergie nécessaires pour vivre sa vie dignement et pour la réussir.

Mais nous ne serons en mesure d’y parvenir qu’à condition de protéger en même temps les systèmes terrestres fondamentaux: le climat, la couche d’ozone, les sols, la biodiversité, l’eau potable, les océans, les forêts et l’air. Et ces systèmes subissent une pression sans précédent.

Depuis les 10.000 dernières années, le climat de la Terre a été remarquablement stable. Les températures mondiales ont augmenté et diminué d’à peine plus d’un degré Celsius (par rapport à des sautes de plus de huit degrés Celsius au cours du dernier âge glaciaire) et la résilience des écosystèmes répondaient alors aux besoins de l’humanité.
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Yves Cochet : Les humanités environnementales

Entretien avec Yves Cochet (29/11/2013) – Les humanités environnementales désignent un ensemble de disciplines dont l’origine tient aux enjeux environnementaux et climatiques des dernières décennies. Le degré d’impact environnemental de l’activité humaine – qui nous ferait aujourd’hui basculer selon certains dans l’« anthropocène » – accéléra un processus né au cours des années 70, lequel postule que les êtres non humains méritent non seulement une histoire commune aux êtres humains, mais aussi leur propre récit.

Au lieu d’envisager une nature physique associée à une culture humaine distincte, les humanités environnementales fondent leur approche sur les ontologies interconnectées, à savoir un ensemble de réseaux associant les êtres humains et non humains. Ce que nous appelons environnement ne réfère pas ici à une donnée indépendante de notre action, mais aux imbroglios que les sociétés humaines ont créés dans le temps, et dans l’espace.

Comme d’autres, les humanités environnementales considèrent que l’on peut séparer la nature de la culture à des fins épistémologiques, et que pareille séparation permet l’essor des sciences naturelles et des sciences sociales. Les nouvelles problématiques environnementales requièrent toutefois des approches alternatives fondées sur une vision unifiée du monde.

Dans le champ des humanités environnementales, l’histoire environnementale et la philosophie environnementale furent parmi les premières disciplines à émerger, rapidement rejointes par les études littéraires et l’écocritique, les études culturelles, l’anthropologie, l’art et les études visuelles, la géographie et l’écologie politiques. Cette liste est loin d’être close, puisque toutes les humanités peuvent susciter l’approche interdisciplinaire des crises écologiques.

Et si le fait de revisiter pionniers et précurseurs pourrait nous conduire à sous-estimer la pluralité et la diversité des contextes intellectuels, nous croyons au potentiel d’une réinterprétation de travaux plus anciens lorsque celle-ci est éclairée par les nouvelles problématiques écologiques. Les praticiens des humanités environnementales souhaitent ainsi s’inscrire dans une vive tradition intellectuelle.

Un bonheur sans croissance est-il possible ?

« On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance », lisait-on sur les murs de Paris en mai 68, signifiant par là l’absence de communauté de sens et de corrélation nécessaire entre l’augmentation, quantitative, de la richesse nationale et la recherche, qualitative, de bonheur personnel. Révolte d’enfants gâtés, diront certains et il est vrai que le raisonnement qui va suivre ne concerne que les pays riches dont l’affluence a permis la sortie hors du règne de la nécessité.

Commençons par ce paradoxe bien connu, mis en évidence par l’économiste Easterlin[1] en 1974 selon lequel une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus.

Ce paradoxe est à rapprocher de ce que l’on nomme, en psychologie, le « paradoxe de l’abondance » qui montre que la disponibilité d’une satisfaction, auparavant rare, finit par produire lassitude et passivité. L’excitation ou l’euphorie liées à la consommation d’un bien provient de sa rareté. « Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! » disait Rousseau. « Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. (La nouvelle Héloïse, 1761).

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Extinction de 1.300 espèces d’oiseaux dans l’indifférence générale

Le manque de nourriture et les pesticides sont en partie responsables de la disparition des oiseaux. Entretien avec Luc Semal dont les recherches portent principalement sur la théorie politique verte (green political theory), l’écologie politique (décroissance, transition, développement durable), la sociologie des mobilisations environnementales, les politiques de biodiversité et les sciences de la conservation.

Atlantico: Depuis plusieurs années, les rapports sur la disparition des oiseaux se multiplient (lire un exemple ici). Sont-ils trop alarmistes, ou au contraire devrions-nous les prendre plus au sérieux ?

Luc Semal: Ces rapports rendent compte d’un phénomène objectivement observable, à savoir une baisse préoccupante des effectifs de nombreuses espèces d’oiseaux, dans de nombreuses parties du monde.
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L’ère de l’Anthropocène

Par son activité et en quelques générations seulement, l’Homme a fait entrer la Terre dans une nouvelle ère géologique, baptisée l’Anthropocène. Depuis la Révolution Industrielle il y a 250 ans et la « grande accélération » à partir des années 50, l’Homme moderne a amélioré ses conditions de vie et son bien-être grâce à de nombreux progrès.

Mais en tant qu’espèce, il est également devenu une force redoutable, transformant la nature à un rythme jamais connu. Il soumet les équilibres naturels à une pression insoutenable et perturbe les cycles naturels. Réchauffement climatique, acidification des océans, trou d’ozone, perte de la biodiversité, menacent désormais la survie de l’espèce.

Notre génération est la première à tenir l’avenir de l’humanité entre ses mains. Nous avons eu le pouvoir de façonner le passé et le présent. Pour le bien des générations futures, notre créativité et ingéniosité doivent œuvrer pour garantir un développement soutenable.

La vidéo « Bienvenue dans l’Anthropocène », réalisée à l’occasion de la conférence « Planet Under Pressure » en 2012 à Londres, illustre par des images exceptionnelles les flux qui englobent la terre – flux d’énergie, d’information, de trafic – et les superpose à des graphiques montrant la croissance démographique et la pression humaine grandissante sur notre planète.

Jean-Baptiste Fressoz : « Comment nous sommes entrés dans l’Anthropocène »

De nombreux scientifiques estiment que la Terre est entrée dans une nouvelle ère, celle de l’Anthopocène, ainsi baptisée par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie. Cette nouvelle ère serait caractérisée par l’empreinte laissée, pour la première fois, par l’homme sur la Terre.

En 2002, le Néerlandais Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 pour ses travaux sur la couche d’ozone, proposa dans la revue Nature d’ajouter un nouvel âge à l’histoire géologique de la Terre : après l’Holocène, qui a débuté il y a 11500 ans, « il semble approprié de nommer “Anthropocène” l’époque géologique présente, dominée à de nombreux titres par l’action humaine ».

Du grec anthropos, « être humain », et kainos, « récent, nouveau », le terme désigne la nouvelle période des humains, l’âge de l’homme. Pour P. Crutzen, ce nouvel âge commence en 1784, date du brevet de James Watt sur la machine à vapeur, symbole des débuts de la révolution industrielle. Depuis, le concept d’Anthropocène connaît un grand succès scientifique et public. Mais que recouvre-t-il précisément ?

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Le plastiglomérat, une nouvelle roche composée de plastique

Des fourchettes, des brosses à dents ou simplement des morceaux de plastique mélangés à de la roche et à d’autres débris naturels, voilà ce sur quoi sont tombés la géologue Patrician Corcoran de l’université canadienne de Western Ontario et son équipe, lors d’une expédition scientifique à Hawaï. L’association durable des matières donne naissance à un nouveau type de pierre qui pourrait perdurer au fil des temps géologiques.

Du plastiglomerat (A) contenant du basalte, du plastique fondu, un bout de corde jaune et vert et un filet rouge, (B) où des morceaux de plastique noir et vert de conteneurs adhèrent à du basalte, (C) avec des pastilles de plastique et des débris ligneux, (D) composé de sable, d’un tube noir, d’un couvercle de bouteille, de pastilles, d’un filet et d’une partie de sac en plastique. © Patricia Corcoran et al., GSA Today

Surnommé « plastiglomérat » par ses rapporteurs, le matériau semi-naturel se compose d’une agrégation de roche volcanique, de sable, de débris de coquillage, de coraux et bien sûr, de matière plastique. Ce dernier peut aussi couler dans le roc et y remplir des fissures. Présent en masse dans l’environnement, le déchet industriel fondrait sous l’effet de la chaleur produite par des incendies accidentels ou par des coulées de lave, suppose la chercheuse dans un article publié sur GSA Today.

Le phénomène ne se localiserait pas qu’à la Grande Île de l’archipel, ni même qu’à la surface terrestre : des échantillons auraient été collectés sur d’autres îles hawaïennes. Pour la géologue, les plastiglomérats sont certainement présents sur d’autres littoraux du monde, mais ils n’ont simplement pas encore été repérés. Naturellement déposés sur les fonds marins, ils sont ensuite enfouis dans les sédiments où ils peuvent être conservés au cours du temps.

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L’extraction des eaux souterraines peut engendrer des séismes : cas de la Californie

L’ampleur des activités humaines est telle que nous modifions notre climat, l’ensemble des écosystèmes mais aussi le relief terrestre et pas seulement via l’aménagement du territoire mais indirectement à cause de l’extraction de plus en plus intense des eaux souterraines.

A ce sujet, le professeur Pascal Audet du Département des sciences de la Terre et une équipe de chercheurs dirigée par le professeur Colin Amos de l’Université Western Washington viennent de publier une nouvelle étude dans la revue scientifique Nature. Celle-ci trace un lien direct entre l’extraction des eaux souterraines et le soulèvement de la chaîne Côtière[1] et de la Sierra Nevada en Californie (Etats-Unis), ce qui risque de faire augmenter le nombre de petites secousses sismiques le long de la faille de San Andreas, non loin de là.

L’étude s’est penchée sur la vallée californienne de San Joaquin où l’extraction de l’eau est telle que l’aquifère ne parvient plus à se régénérer. Le pompage, l’irrigation et l’évapotranspiration dans cette zone pendant 150 ans a entraîné la perte de 160 km3 d’eau souterraine. Résultat : le fond de vallée s’est affaissé rapidement et le terrain aux alentours s’est soulevé de 1 à 3 mm par an, notamment au sud de la vallée.

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Conférence de Serge Latouche autour de son ouvrage « L’âge des Limites »

Serge Latouche, jeudi 30 janvier 2014 – Médiathèque de Tarentaize à Saint-Etienne. Dans le cadre du projet culturel d’éducation populaire « des mots contre les maux », l’association remue-méninges et la Médiathèque de Tarentaize ont organisé jeudi 30 janvier 2014, une rencontre avec l’économiste et objecteur de croissance Serge Latouche.

Bienvenue dans l’Anthropocène !

Ce film de 3 minutes remonte le temps au début de la Révolution Industrielle, il y a 250 ans. Des images exceptionnelles des flux d’énergie (électricité, pipelines…), de communication (câbles sous-marins) et de transport (routes, voies ferrées, voies maritimes et trafic aérien) montrent la toile qui s’est tissée sur toute notre planète.

De plus, des données sont superposées sous forme d’un graphique, celles-ci montrent l’emballement de nos activités et de la croissance démographique à partir des années 1950.

« L’Anthropocène change notre relation avec la planète. Nous avons une responsabilité nouvelle et nous devons déterminer comment y répondre. » Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, Université d’Indiana.