Jean-Michel Naulot : « Le système financier est comme une centrale nucléaire mal contrôlée »

Les conditions sont aujourd’hui réunies pour qu’éclate une nouvelle crise financière. Tel est le constat que dresse Jean-Michel Naulot, banquier d’affaires pendant 37 ans et ancien responsable de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de la Bourse. La situation se dégrade, les banques ne financent plus comme elles le devraient l’économie.

Les leçons de la crise de 2008 n’ont pas été tirées. Et les responsables politiques, réunis pour le sommet du G20 ce week-end, préfèrent semblent-ils regarder ailleurs. « Les gouvernements ont très peur, ils sont tétanisés par l’influence des marchés », analyse l’ex-banquier. Réguler la finance est pourtant à notre portée. Voici quelques pistes d’action concrètes. Entretien.

Basta ! : Une nouvelle crise financière est-elle possible, à brève échéance ?

Jean-Michel Naulot [1] : Il est très difficile de savoir quand une crise va éclater.
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Interview de Jean-Pierre Chevallier sur la situation des banques françaises

Jean-Pierre Chevalier, professeur agrégé, analyste financier indépendant, contrarian, revient sur la situation des banques françaises ; sur leur solvabilité et sur les risques encourus concernant les comptes bancaires des épargnants.

Fabrice Drouin Ristori (FDR): Bonjour Mr Chevallier, merci d’avoir accepté cette interview. Avant d’aborder la situation des banques en France, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Jean-Pierre Chevallier : En tant que professeur agrégé, j’ai enseigné, en particulier l’analyse financière à l’Université de Nice. Étant maintenant en retraite, je continue à travailler en toute liberté en tant que business économiste monétariste behavioriste, contrarian et je poursuis les analyses financières que j’ai mises au point en toute indépendance.

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Comment monter un projet citoyen d’énergie renouvelables

L’association Energie Partagée (1) a publié un guide de recommandations afin d’aider les communautés locales à construire un projet citoyen d’énergies renouvelables. Trop souvent, les projets ENR importants proviennent de l’extérieur et dépossèdent les régions d’un savoir-faire qu’elles pourraient s’approprier.

L’aide est globale puisque l’intervention d’Energie Partagée intervient à toutes les étapes d’un projet. De la concertation préalable avec les acteurs locaux, les collectivités et les citoyens, permettant de créer une réflexion sur l’énergie. A la définition d’une stratégie de montage d’un projet, en passant par la construction de partenariats, ou par l’organisation juridique et financière d’une société d’exploitation.

Les quatre points d’un projet citoyen selon la charte d’Energie Partagée sont :

  1. L’ancrage local avec les acteurs locaux
  2. La finalité non spéculative
  3. La gouvernance ouverte, démocratique et transparente
  4. Le respect de l’Homme et de l’environnement

La transition énergétique par les territoires

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Réforme bancaire: des lobbys très investis

Les banquiers français ont fait feu de tout bois pour empêcher une mise en cause de leur modèle économique. Les dispositions arrêtées par le gouvernement devraient leur donner satisfaction. C’est une régulation a minima des activités spéculatives qui se profile.

Il est 15 h 43, au Bourget, en ce dimanche 22 janvier 2012. Devant un parterre conquis, François Hollande attaque le passage clef de son discours : “Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage[...], il ne sera pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.” Cet adversaire “a pris le contrôle de nos vies“, “emprise devenue un empire“, qu’il faut remettre au service de l’économie réelle. Un tournant, dans une bataille électorale qui mènera finalement le candidat socialiste à la victoire. 7 h 48, le lendemain : le téléphone de Karine Berger, économiste proche du candidat, identifiée comme partisane d’une ligne dure concernant la finance, se met à sonner. Au bout du fil, un représentant de la Fédération bancaire française (FBF), qui désire la rencontrer. La future députée des Hautes-Alpes est loin d’être la seule personne contactée dans l’entourage du candidat.

Ce n’est que le début de presque un an de lobbying intense auprès de la gauche, puis du pouvoir, pour édulcorer la proposition socialiste de séparer, au sein des banques françaises, les activités spéculatives des activités “utiles à l’économie. Une contre-offensive couronnée de succès : l’ambition du projet de loi élaboré à Bercy, qui doit être présenté le 19 décembre, en Conseil des ministres, est bien moindre que celle de ses équivalents britannique, américain, ou même du rapport Liikanen, rédigé à la demande de la Commission européenne.

“Après le 6 mai, les hiérarques du parti ont convaincu le président de la nécessité d’attendre pour légiférer”

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Nicolas Sarkozy et l’AMF préparent un attentat financier pour le 16 avril

Un véritable coup d’État financier va se jouer en France à partir du 16 avril. En effet, le président Nicolas Sarkozy via l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) vont permettre d’ouvrir sur l’Eurex, le marché des dérivés, un contrat à terme sur les emprunts d’État français, l’autorisation des ventes à découverts.

Ce mécanisme purement spéculatif appelé en anglais «short selling» ou «shorting» consiste à vendre un titre dont on anticipe la baisse. Le vendeur s’engage à fournir à un certain prix à une certaine date, en faisant le pari que le titre va baisser entre temps… Et oui mes amis, l’AMF a mis fin à l’interdiction des ventes à découvert sur les titres émis par 10 grandes banques et sociétés d’assurance côtés sur le marché parisien (AXA, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole…). Que cela veut-il bien dire ?

Cette pratique est parfaitement légale mais peu encadrée et risquée. En effet, les actions les plus fragiles deviennent particulièrement vulnérables ainsi que les places financières. En plus simple: les spéculateurs du monde entier pourront vendre simplement de la dette française et ce à coût bas avec un effet de levier de 20 pour les bons du trésor.

Oui, avec 50 000 euros investit en cash, il sera possible de vendre à découvert 1 million d’euros d’emprunts d’État français en bons du trésor … Depuis la disparition du MATIF (Marché à terme des Instruments Financiers), il y a 13 ans, il n’était plus aussi facile de spéculer contre la France.
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Les “économistes à gages” sur la sellette

Éditoriaux, matinales radiophoniques, plateaux de télévision : en pleine campagne présidentielle, une poignée d’économistes quadrillent l’espace médiatique et bornent celui des possibles. Présentés comme universitaires, ils incarneraient la rigueur technique au cœur de la mêlée idéologique. Mais leurs diagnostics seraient-ils aussi crédibles si ces « experts » rendaient publiques leurs autres activités ?

Cette fois, la controverse concerne la collusion entre économistes et institutions financières. Nombre d’universitaires invités par les médias pour éclairer le débat public, mais aussi de chercheurs appointés comme conseillers par les gouvernements, sont en effet rétribués par des banques ou de grandes entreprises. Un expert peut-il, « en toute indépendance », prôner la dérégulation financière quand il occupe simultanément un poste d’administrateur d’un fonds d’investissement ?

Ces liaisons dangereuses, sources de conflits d’intérêts, ne sont pas secrètes. Mais leurs bénéficiaires se gardent bien d’en faire la publicité. Avant le cataclysme de 2008, chacun s’accommodait de l’équivoque : les journalistes exhibaient leurs experts censément neutres, lesquels empochaient les dividendes de leur ubiquité sous forme de notoriété accrue et d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais, depuis 2008, les accointances des économistes ne passent plus inaperçues. L’effet Dracula aura-t-il raison de cette forme intellectuelle de prévarication ? Suffira-t-il de la rendre publique pour la vaincre ? Tel est le pari de la prestigieuse Association américaine d’économie (American Economic Association, AEA).
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En 2009, les patrons du CAC 40 ont gagné en moyenne 190 fois le smic

Les rémunérations des patrons d’entreprises du CAC 40 ont baissé de 14 % par rapport à 2009, mais elles tournent encore en moyenne aux alentours de 3 millions d’euros, selon une étude du cabinet de conseil aux investisseurs Proxinvest, diffusée mardi 14 décembre.

Selon le document, la rémunération totale des présidents exécutifs du CAC 40 s’est élevée en 2009 à 3,06 millions d’euros en moyenne, stock-options et actions gratuites comprises. Cela représente 190 fois le smic annuel.

Sur le podium des patrons les mieux payés, on retrouve Carlos Ghosn (Renault-Nissan) avec 9,2 millions d’euros par an, Christopher Viehbacher (Sanofi-Aventis) avec 8,2 millions et Bernard Arnault (LVMH) avec 7,6 millions.

En outre, poursuit l’étude, les revenus des patrons d’entreprises du CAC 40 sont restés, en 2009, sans commune mesure avec ceux des petites et moyennes entreprises.

Le salaire moyen des dirigeants de PME était de 61.300 euros nets annuels en 2008, selon l’Insee, et « auront sans doute baissé en raison de la crise » en 2009, rapporte Jean-François Roubaud, le président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).

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« La Bourse est devenue un casino géant », selon les professionnels de la finance

La Bourse est-elle devenue une grande pagaille ? A l’ouverture du rendez-vous annuel des opérateurs de marché, le World Federation of Exchange (WFE) à Paris, lundi 11 octobre, le constat des professionnels avait des allures inquiétantes. « La Bourse est devenue un casino géant. Sauf que le fonctionnement d’un casino est plus transparent et plus facile à comprendre », a résumé Thomas Peterffy, fondateur de la société Interactive Brokers, lors du discours d’introduction. Selon lui, l’électronisation des échanges, la libéralisation des marchés et l’accélération intense des transactions a fait naître le désordre sur les marchés boursiers.

Un message frappant et d’autant plus déconcertant que M. Peterffy a fondé à la fin des années 1970 une société de courtage électronique qui a contribué à cette modernisation des échanges aujourd’hui critiquée. « Lorsque j’ai créé ma société, je ne voyais que le coté positif de l’arrivée de technologies sur les marchés, je me suis trompé », a-t-il reconnu.

« VOLCAN FINANCIER »

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Quand les contribuables refinancent les bad banks…

Alors que les stress tests des banques européennes n’ont pas fait bondir la bourse, l’annonce d’un assouplissement de la régulation par le comité de Bâle a été, lui, efficace pour les banques. Seraient-elles en si mauvaise position pour qu’un assouplissement réglementaire ait plus d’impact auprès des spéculateurs que les « stress tests » ? D’autant que ces derniers temps, les banques, qui sont encore plus endettées que la France, rapatrient leurs actifs pourris, histoire de faire payer leurs erreurs par les contribuables.

Lundi 26  juillet, le cours en bourse de diverses banques européennes a grimpé de quelques points. Les stress test n’avaient pas eu cet effet, peut-être parce qu’ils ne valaient rien. Là, c’est du sérieux. Alors qu’au G20, on nous a répété qu’on allait faire confiance au comité de Bâle1] pour réguler les banques, notamment en exigeant qu’elles augmentent leurs fonds propres, c’est-à-dire la masse d’argent qu’elles doivent avoir dans leurs coffres pour garantir l’ensemble des prêts et des encours. Actuellement, le taux de fonds propres est fixé à 8%.

Quand une banque vous prête 100€, elle ne les a pas. Elle en a au maximum 8% (et encore, elles parviennent à faire beaucoup moins avec quelques manipulations comptables issues des derniers « assouplissements » réglementaires), ce qui ne l’empêche pas d’empocher les 100€ que vous lui rendez ainsi que les intérêts, tout en mettant votre dette à son actif. Ce système est formidable.

Surtout que c’est pareil avec les États depuis le traité européen que nous avons refusé, et en France depuis que Pompidou, ex ponte de la banque Rothschild, a fait passer une loi interdisant à la Banque centrale de prêter au Trésor, c’est-à-dire à l’État. Du coup, les États aussi sont obligés d’emprunter sur « les Marchés ».

Bref, alors qu’il était question de demander plus de fonds propres aux banques, le comité de Bâle vient de les rassurer, en déclarant qu’il allait « assouplir » ses exigences. Qui restent, à l’heure actuelle, très hypothétiques.

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Le jour où la fraude a contrôlé l’économie

Et si la finance avait adopté la fraude pour éviter une crise fatale au système ? C’est la thèse du juge Jean de Maillard. Entretien.

Est-ce un syndrôme de la crise économique ? Sa cause ? Ou sa conséquence ? En tout cas, l’idée que l’économie contemporaine est gangrenée par la criminalité fait son chemin.

Depuis « Un monde sans loi » (Stock, 1998), Jean de Maillard, magistrat, explore les vices cachés de la criminalité financière. Dans son dernier livre, « L’Arnaque », le magistrat (qui n’a jamais été juge financier) inverse le paradigme : et si, pour survivre, la finance internationale, avait pris en main les ressorts de la « fraude » ?

«C’est un terme par défaut, précise-t-il, qui remonte aux années 80, au moment où Reagan et Thatcher arrivent au pouvoir. Ils mettent en concurrence, dans l’univers du crédit immobilier, les structures mutualistes avec les entreprises privées. C’est là que la dérive commence.»

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LEAP : la dislocation géopolitique mondiale accélère son rythme

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 mai 2010

Comme anticipé par le LEAP – Europe 2020 en décembre 2009 et février 2010, le printemps 2010 marque bien un point d’inflexion de la crise systémique globale, caractérisé par son aggravation brutale du fait de l’ampleur insoutenable des déficits publics (voir novembre 2009) et de l’inexistence de la reprise tant annoncée (voir septembre 2009).

Les dramatiques conséquences sociales et politiques de ces évolutions reflètent par ailleurs bien le début du processus de dislocation géopolitique mondiale, comme anticipé en février 2009.

Enfin, les récentes décisions prises par les dirigeants de la zone Euro confirment les anticipations du LEAP, inverses du discours dominant de ces derniers mois, sur le fait que non seulement l’Euro n’«exploserait pas» à cause du problème grec, mais qu’au contraire la zone Euro sortirait renforcée de cette étape de la crise (1).

On peut même estimer que depuis la décision de la zone Euro, sorte de « coup d’Etat de l’Eurozone » soutenu par la Suède et la Pologne, de créer ce vaste dispositif de protection des intérêts de 26 Etats membres de l’UE (2), la donne géopolitique en Europe a radicalement changé. Parce qu’elle va à l’encontre des préjugés qui façonnent leur vision du monde, il va bien entendu falloir quelques mois à la plupart des médias et opérateurs, pour se rendre compte que, derrière l’apparence d’une décision budgétaro-financière purement européenne, il s’agit d’une rupture géopolitique à l’impact mondial.

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Plus scandaleux que Goldman Sachs : les agences de notation

Le scandale Enron, elles ne l’ont même pas vu arriver. Pas plus que la faillite de Lehman Brothers. Pourtant, les agences de notation américaines continuent de faire la pluie et le beau temps sur l’économie mondiale. Leur dernier fait d’armes : elles ont précipité la Grèce dans la crise. Et elles s’attaquent maintenant au Portugal et à l’Espagne.

Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite).

On connaissait les dix plaies d’Égypte. Voici les trois plaies de Wall Street : Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch, les trois agences de notation mondiales. Des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.

Le bilan des agences ? Il se passe de commentaire. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notait AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute. Bref, on a clairement affaire à une sacrée bande d’extralucides, réduite à dégrader après coup et à tour de bras, à chaque signe de faiblesse d’une banque, d’une entreprise ou d’un pays. Cette sur-réaction est d’ailleurs presque plus grave que l’absence de précautions initiales : en dégradant à la machette des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir.
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Incroyable : Bercy a donné 20 milliards au CAC 40, en échange de rien

Aujourd’hui [lundi 8 février 2010], le ministère de l’économie s’est enfin expliqué, chiffres à l’appui, sur l’énorme niche fiscale de 20 milliards d’euros consentie aux grandes entreprises. Ses explications sur cet énorme cadeau sont peu convaincantes.

Didier Migaud, le président PS de la commission des finances de l’Assemblée, aura dû patienter près de deux mois pour obtenir des explications de Bercy.

Et pour cause ! Les crânes d’œufs du ministère de l’économie devaient s’expliquer sur une niche fiscale de plus de 20 milliards d’euros.

Pire, il s’agissait de décrire un incroyable dérapage : son coût avait été largement sous-estimé lors du vote du dispositif présenté par Jean-François Copé en 2004. Le ministre délégué au Budget, Nicolas Sarkozy étant à Bercy, affirmait alors que le manque à gagner fiscal n’excéderait pas 3 milliards d’euros en rythme annuel.

Entre la promesse et le résultat : un trou béant, dont Marianne s’était largement fait l’écho.

Que nous apprend la réponse de Bercy cosignée par Christine Lagarde (Economie) et Eric Woerth (Budget) qui continuent d’estimer que « la taxation à taux zéro des plus values à long terme provenant de cessions de titres de participation » est « indispensable à l’attractivité de notre territoire » ?

Un, les entreprises se sont ruées sur le dispositif. Désormais soumises à une imposition proche de zéro, nombre d’entre elles ont purgé des plus-values latentes, y compris les fonds investis dans des opérations hyper-spéculatives que sont les LBO. Rien qu’en 2007, l’ensemble des holdings qui ont profité de l’opportunité ont liquidé pour 42,5 milliards d’euros de plus-values, répétant le détournement au profit des actionnaires en 2008, pour 25,1 milliards d’euros.
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Troublante liquidation de stock-options chez les grands patrons français

Un article de la dernière livraison de l’hebdomadaire Le Canard enchaîné [Hervé Martin, « Ces patrons qui ne misent pas sur leurs propres boîtes », Le Canard Enchaîné, page 3, n° 4654, 6 janvier 2010] relève une situation pour le moins troublante.

En pleine euphorie boursière, alors que l’année se termine sur une hausse de 22% du CAC 40 et qu’une nouvelle progression de 10 à 15 % est prévue par une majorité des analystes en 2010, la plupart des grands patrons se sont empressé de lever leurs stock-options afin de les revendre. Plusieurs fonds d’investissement, qui ont observé ces mouvements, ont fait de même.

Ces manœuvres pourraient bien indiquer que nous sommes à l’aube d’un nouveau krach boursier.

Il s’agit en effet d’un indicateur qui vaut bien les avis d’experts et les plus savantes analyses économiques. Les patrons des société cotées en Bourse sont obligés de déclarer à l’Autorité des marchés financiers (AMF) et aux instances dirigeantes de leurs sociétés, les achats ou ventes d’actions auxquelles ils ont procédé.

Ainsi, Jean-René Fourtou, administrateur de Sanofi-Aventis, et par ailleurs président de Vivendi, a, le 11 décembre dernier, acheté 234.782 actions auxquelles lui donnaient droit ses stock-options, et les a revendues dans la même journée, avec un faible bénéfice.

Le président du groupe Danone (et patron le mieux payé de France, selon le palmarès du magazine « Challenges ») lève 329.310 stock-options, le 14 décembre, qu’il revend, lui aussi, le même jour.
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Jean Montaldo dézingue les bandits de la finance

« Chez moi quand on tue le cochon, tout le monde est content ! Sauf le cochon ! ». Cette citation, l’écrivain et journaliste d’investigation Jean Montaldo la place en exergue de son tout dernier livre (le 16ème depuis 1971) : “Lettre ouverte aux bandits de la finance” (Albin Michel, juin 2009). Bretteur hors norme, Jean Montaldo, 68 ans, est toujours un combattant actif dont la capacité d’indignation est intacte.

Dans ce nouvel ouvrage documenté, luxuriant, touffu, voire baroque, il tente de démêler pour nous les arcanes de la finance et de comprendre comment la crise annoncée notamment par le FBI en 2004 n’a pas été enrayée par le gouvernement Bush, trop occupé sur d’autres fronts.

Il explique comment un homme de l’ombre, Angelo Mozilo, l’inventeur des subprimes il y a quarante ans, aidé de ses amis, les dirigeants de Fannie Mae et de Freddie Mac, entre autres, ont plongé le monde dans le marasme. Il dévoile enfin pourquoi les banquiers français, dans un bel ensemble, se sont engouffrés dans le piège des subprimes pour aboutir notamment à l’affaire Kerviel.

“Je suis sûr, que s’ils continuent comme avant”, a-t-il confié en marge de l’interview qui figure ci-dessous, “s’ils n’ont pas tiré les leçons de la crise, c’est sûr, il y aura une deuxième vague, une autre crise qui risque de faire exploser totalement le système financier international. Je le crains vraiment. J’ai les chiffres. Il y a aujourd’hui plus de 365, voire 400 000 milliards de produits titrisés en circulation. On ne peut pas les maîtriser. Ils ne sont même pas localisables. C’est ça le problème. Et ils en inventent tous les jours.”

On comprend dès lors pourquoi l’auteur cite Enver Hodja à la fin de son livre : “Malheureusement, l’année qui commence sera pire que la précédente… mais meilleure que la prochaine”. Le dictateur albanais n’est sans doute pas la référence suprême du libéral Montaldo. Gageons qu’il conjure le sort en le citant.

Chevalier blanc ? Populiste ? Prophète ? Jean Montaldo, souvent attaqué par la “bien pensance”, n’est rien de tout ça. C’est d’abord un journaliste d’investigation comme on n’en fait plus, qui porte la plume là où ça fait mal et qui ne craint pas d’appeler un chat un chat. Son livre n’est pas un pamphlet. Il attaque les coupables avec impartialité et sans manichéisme.

Jean Montaldo était l’invité d’Agoravox en juillet 2009.

En quoi ce nouveau livre est-il une suite logique au “Marché aux voleurs” ? Lire la suite