Les réseaux d’échanges de migrants qualifiés se multiplient sur Internet

Tirer profit de la fuite des cerveaux plutôt que la subir, tous les pays qui connaissent un exode massif de leurs diplômés en rêvent… A l’heure du virtuel, l’idée n’a rien d’extravagant. “On assiste, aujourd’hui, à une prolifération de réseaux de diasporas hautement qualifiés visant au développement de leurs pays d’origine. Ceux d’Asie représentent la moitié du total, contre près d’un tiers pour l’Afrique et un peu moins d’un quart pour l’Amérique latine”, explique Jean-Baptiste Meyer, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

L’Inde et ses “IndUs entrepreneurs”, du nom de l’association qui a permis le boom informatique du pays grâce à l’apport des Indiens expatriés dans la Silicon Valley, et la Chine, avec son million de professionnels à l’étranger selon l’Overseas Chinese Professionals, ont ouvert la voie.

Le phénomène est jugé suffisamment porteur pour qu’un programme européen soit lancé, doté de 230.000 euros par an, coordonné par l’IRD avec le ministère colombien des affaires étrangères, ainsi qu’une grande université publique uruguayenne. Outre “un dénombrement général et détaillé des populations qualifiées” de Colombie, d’Uruguay et d’Argentine, il vise à valider des méthodes aptes à démultiplier ces réseaux en créant des “incubateurs de diasporas des savoirs”.

Un tel essor, même relatif, n’aurait pas eu lieu sans Internet. Pour nombre de Roumains qualifiés qui ont quitté massivement leur pays au début des années 2000, la Toile a représenté un refuge communautaire.

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Jacques Sapir : réflexion sur la crise

Texte rédigé par l’économiste français pour le magazine de Séoul «KRX Magazine», revue destinée aux milieux d’affaires coréens. Interview réalisée par Lee Sang Won.

1. La plupart des économistes considèrent cette crise comme une crise du marché d’immobilier américain ; vous voyez dans cette crise la fin de l’hégémonie américaine. Qu’est ce que vous voulez dire par là ?

La crise actuelle a certes débuté sur le marché hypothécaire américain. Mais, ses sources réelles plongent leurs racines dans les désordres qui ont affecté l’économie américaine depuis la fin des années 1980.

Ces désordres sont de nature réglementaire : la libéralisation et la déréglementation des marchés financiers a joué un grand rôle. Ainsi, la suppression de la loi qui séparait les fonctions des banques, ce que l’on appelle le «Glass-Steagal Act», a eu un rôle important dans cette crise.

La responsabilité des économistes du courant dominant a ici été importante. La thèse des «marchés efficients», qui a été vulgarisée à partir du début des années 1990, a certainement donné une justification pseudo-scientifique à ces pratiques de déréglementation.

Mais, ces désordres sont aussi inscrits dans les structures du modèle de croissance américain : l’appauvrissement, relatif puis absolu, d’une majorité de la population, alors que continuaient à s’enrichir les 1% les plus riches, et la désindustrialisation des Etats-Unis, qui explique l’émergence d’un déficit commercial de plus en plus important. En 2006, à la veille de la crise, il atteignait plus de 5% du PIB.

Ce sont ces désordres structurels qui expliquent la montée de l’endettement privé aux Etats-Unis. En 2006 toujours, la dette des ménages atteignait 100% du PIB et celle des entreprises 76%. Ces désordres ont atteint aussi les pays qui ont imité le modèle américain au point d’apparaître aujourd’hui comme des clones, soit la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Espagne.

Ces désordres remontent à loin. Ils ont commencé à se manifester avec la période de l’administration Reagan et ils ont, à l’époque, déjà donné lieu à une crise importante, celle des Caisses d’Épargne en 1990/1991. Lire la suite

Le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats

Le point de vue de Jean-Claude Werrebrouck, économiste, ancien professeur et directeur de L’Institut de Management de la Distribution de l’Université de Lille 2, se situe, pour le moins, à contre-courant du discours dominant qui vante les mérites d’un règlement supranational de la crise.

Si la gestion de ce que nous appelions «la grande crise des années 2010» apparaissait comme le grand retour des Etats, il semble que le présent discours de la fin de la crise consacrerait plutôt le grand retour du marché.

Pour autant, nous verrons dans les développements ci-dessous, que l’apparent retour du marché, est moins à l’ordre du jour, que celui – plus souterrain – des nations souveraines.

Les apparences

Les conclusions du G-20 de Pittsburgh ne sont pas – dit-on – à la hauteur de ce qui avait été ambitionné au G-20 de Londres. A l’ardeur interventionniste semble succéder le retour des délices du marché et, dans un milieu apaisé, on sait que les boucs émissaires s’évaporent : les traders ne seront pas sacrifiés. Les nouveaux sommets atteints à Wall Street en matière de rémunérations sont là pour en témoigner.

La régulation financière ne proviendra pas de la « hard law » [la loi] mais d’instances plus accommodantes, car consanguines, et juridiquement indépendantes des Etats. Il semble même que les banques centrales, indépendantes, seront en charge d’une part de la supervision financière. Mieux : pourquoi ne pas envisager le transfert de l’aléa moral vers les banques centrales et ainsi, soulager les Etats en cas de difficulté, idée suggérée par le gouverneur de la Banque de France ?

Les banques elles-mêmes se libèrent de l’emprise publique – tout en conservant sa garantie – en remboursant les Etats à peu de frais.

Ainsi, l’actionnaire public français a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008.

Ainsi, la finance se propose de continuer à absorber une masse croissante de richesses, avec des chiffres qui continueront d’impressionner : 22% du PIB américain , 12% du PIB Britannique, etc. Lire la suite

Dossier : la Chine, nouveau maître du monde ?

Le magazine L’Expansion vient de consacrer son dossier du mois à l’Empire du Milieu. Une série d’articles que nous reproduisons ici intégralement.

1er octobre 2009 - Place Tiananmen, le 60ème anniversaire de la Chine communiste

La Chine inquiète et la Chine s’inquiète. Cette dialectique est le fil rouge de notre dossier. Il décrit de l’intérieur cette superpuissance du XXIème siècle qui n’est, au fond, qu’une économie émergente. Un pays immense et riche, mais qui manque de viande, de pétrole et de… consommateurs. Un Etat officiellement communiste, dans lequel un salarié est contraint de braquer une banque pour pouvoir soigner sa mère malade. Une armée de 2,3 millions d’hommes manquant si cruellement de formation et de technologies, qu’elle ne peut projeter ses soldats à l’extérieur de ses frontières. La vraie bataille, cependant, ne se joue pas sur le terrain militaire : l’atelier du monde devient subrepticement l’une de ses premières usines de matière grise, et veut nous imposer ses normes en matière de wi-fi ou de voitures électriques.

I – Un colosse aux pieds d’argile Lire la suite

Qui sont les accapareurs de terres agricoles à l’étranger ?


Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf. « La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar » – en fait, il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises.

L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie Saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre.

Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »

Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute.

Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : l’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le sud de l’Afrique (voir GRAIN, “L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique”, Oryza hibrida, 1er septembre 2009). Bref, une situation tout à fait courante. Lire la suite

(02.11.2009)

Strauss-Kahn “inquiet” de l’augmentation du salaire minimum en Ukraine

Une mission récente du Fonds en Ukraine a conclu que les politiques dans certains domaines, dont la nouvelle loi sur le salaire minimum, menaçaient la stabilité” du pays, a indiqué M. Strauss-Kahn. “Donc, nous sommes inquiets de la promulgation de la loi,” a-t-il ajouté, une critique rare de la part du plus haut dirigeant du FMI envers un pays auquel le Fonds prête de l’argent. Le Monde

USA: 9 banques mises en faillite en une journée

Les autorités américaines ont fermé vendredi neuf banques, un record pour une seule journée depuis le début de la crise financière. Cette opération porte à 115 le nombre de banques mises en faillite depuis le 1er janvier, soit le plus haut niveau annuel depuis 1992. Les analystes s’attendent à ce que d’autres surviennent encore d’ici la fin de l’année. Parmi les neuf établissement fermés vendredi se trouve la California National Bank, qui devient donc la quatrième plus grosse faillite du secteur cette année. La CNB dispose de 68 antennes dans l’ensemble du sud de la Californie, pour plus de 7 milliards d’actifs. Boursorama

Amérique latine: les bourses de Sao Paulo et Buenos Aires en chute

La Bourse de Sao Paulo, première place financière d’Amérique du sud, a de nouveau clôturé vendredi en chute de 3,41%, dans le sillage des autres places financières. Le principal indice de la bourse des valeurs, l’Ibovespa, a terminé une semaine mouvementée à 61.545 points, en recul de 5,39% par rapport au vendredi précédent (65.058). La bourse de Buenos Aires a elle aussi clôturé en forte baisse de 4,1% à 2.115,76 points. La place argentine a perdu 7,84% sur l’ensemble de la semaine. L’Agefi

USA: l’impact du plan de relance américain sur l’emploi surestimé

Selon le premier bilan des effets sur l’emploi du plan de 787 milliards de dollars, ce sont 30.000 postes qui ont été créés ou sauvés. Mais en examinant des contrats financés avec l’argent du dispositif, l’Associated Press a constaté que le chiffrage des créations d’emploi était dans certains cas jusqu’à dix fois supérieur à la réalité. Certains emplois sont comptés deux fois et parfois même plus de quatre fois, et d’autres emplois ont été indûment mis au crédit du plan de relance. Nouvel Obs