Pourquoi il est si difficile de contenir la surconsommation de terres agricoles

Depuis des décennies, agriculteurs et représentants du monde rural n’ont de cesse d’alerter sur la surconsommation de foncier agricole, venant ponctionner toujours plus le potentiel de l’agriculture. Malgré un nouveau rapport sur la gestion des sols agricoles, rendu par le Cese mercredi 13 mai 2015, le cap à franchir pour des résultats positifs sur le terrain reste important.

En matière de lutte contre le gaspillage des terres agricoles, les rapports se succèdent et, malheureusement se ressemblent. Mercredi 13 mai, le Conseil économique, social et environnemental a voté un avis sur la « bonne gestion des sols agricoles ». Un avis consultatif qui reprend un constat établi depuis des années : la France consomme trop de terres agricoles pour son développement économique, et réduit ainsi inexorablement son potentiel agricole. « D’autant que les terres artificialisées sont le plus souvent les plus fertiles », expliquent les rapporteurs de l’avis Agnès Courtoux et Cécile Claveirole. Dans un précédent rapport publié en avril 2005, le Cese s’inquiétait déjà d’une consommation de foncier deux fois supérieure à celle de l’Allemagne.

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La France a détruit l’équivalent de 7 départements en 30 ans

La France détruit son territoire à vitesse grand V. C’est ce que l’on apprend à la lecture d’une enquête consacrée à l’évolution des villes depuis 30 ans publiée le 15 avril dernier par l’Insee (1).

Les chiffres, parfois, sont terribles. Entre 1982 et 2011, la population des villes s’est accrue de 23%, en gagnant près de 9 millions d’habitants supplémentaires. Le problème est que l’espace urbain a, lui, augmenté beaucoup plus rapidement : il a gagné… 42%, en passant de 84000 km² à 119000 km². Dit comme cela, évidemment, cela peut laisser de marbre. Tout change quand on sait que ces 35000 km² perdus correspondent à l’équivalent de… sept départements français. C’est comme si, en l’espace d’une génération, nous avons collectivement bétonné l’équivalent de l’Ariège, de la Haute-Loire, du Jura, des Bouches-du-Rhône, de la Lozère, de la Mayenne et du Lot !

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Aéroports : Le grand gaspillage ?

La France compte près de 160 aéroports. Depuis les années 1960, les écologistes dénoncent le gaspillage des ressources et une vision de l’aménagement du territoire obsolète. Mais aujourd’hui, les critiques viennent du secteur aérien lui-même.

Il y a 84 aéroports en France métropolitaine qui ont des passagers commerciaux, dont 66 se répartissent environ 4,3 % du trafic français. Et 40 aéroports représentent moins de 0,3 % du trafic, soit environ 300.000 passagers”, précise Jean-Pierre Sauvage, président du Board of Airlines Representatives (BAR) France.

En comparaison, l’Allemagne totalise 16 aéroports, soit dix fois moins. Et sur les 160 aéroports de l’Hexagone, 17 seulement sont rentables. La Normandie, pour moins de 2 millions d’habitants, compte cinq aéroports, dont trois dans un rayon de 50 kilomètres. D’autres structures sont situées à moins d’une heure de route l’une de l’autre, comme Annecy et Chambéry, Nîmes et Montpellier, ou Nancy et Metz. Un véritable gâchis qui coûte cher.

La post-croissance contre les «grands projets»

Aujourd’hui en France, l’équivalent d’un département français disparaît chaque décennie sous le béton et les bulldozers. Les effets n’en sont pas toujours spectaculaires à court terme, mais il est facile de comprendre qu’à ce rythme, l’artificialisation des sols constitue une sérieuse limite aux velléités actuelles d’aménagement du territoire.

Cette érosion des terres agricoles et des zones naturelles s’incarne sur le terrain en une multitude de petits grignotages locaux, auxquels s’ajoutent quelques projets de plus grande envergure – ici un aéroport, là une ligne TGV, une autoroute, un barrage, etc.

Depuis quelques années, ces grands projets d’aménagement ont motivé certains des combats les plus emblématiques du mouvement écologiste contemporain. Les mobilisations locales contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le barrage du Testet ou la ligne TGV Lyon-Turin s’inscrivent dans un mouvement plus général d’opposition à ce que les militants appellent désormais les « grands projets inutiles et imposés » (GPII).

La lutte contre l’artificialisation des sols n’est pas nécessairement la motivation directe de ceux qui s’engagent dans ces conflits, mais elle contribue à conférer une cohérence et une résonance globales à ce qui ne serait sinon qu’une juxtaposition de contestations locales.

Inutiles et imposés
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Le sacrifice des classes populaires

Émission “Les Matins” diffusée le 16 septembre 2014 sur France Culture, sur le thème: “Des statistiques aux réalités territoriales : une nouvelle carte sociale se redessine-t-elle?“ 

Invités: Christophe Guilluy, géographe, consultant, Béatrice Giblin, professeur des Universités et directrice de l’Institut Français de Géopolitique Université Paris VIII. Jean Lassalle, député Modem.

Saga Cité

Court métrage d’animation sur la lutte contre les changements climatiques. Face à ces défis, l’urbanisme et l’aménagement du territoire ont un rôle central à jouer. En définissant la forme des collectivités à l’origine de nos habitudes de vie, ils permettent de réduire à la source les émissions de gaz à effet de serre.

Les bantoustans de la République

Par Georges Feltin-Tracol

Dans l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et jusqu’en 1994, le bantoustan était un foyer national attribué à la population noire suivant des critères ethno-linguistiques. Officiellement indépendants mais non reconnus par les autres diplomaties, les bantoustans formaient des unités territoriales dispersées en de nombreuses parcelles discontinues. Les habitants de ces États qui vivaient en République sud-africaine ne disposaient d’aucun droit civique parce qu’ils étaient considérés comme des étrangers.

N’en déplaise au soi-disant ministère de l’« Égalité des territoires », la France de 2013 s’achemine subrepticement vers une situation analogue. Une nette accélération s’opère dans le cadre fictif de l’« acte III de la décentralisation » réclamé avec insistance pendant la campagne présidentielle de 2012 par le candidat François Hollande. Or le temps des responsabilités venu, la cigale socialiste s’est tue : le grand chambardement promis débouche sur une recentralisation insidieuse.

Le président socialiste aurait pu apparaître comme un réformateur courageux qui s’attaque enfin au mille-feuille territorial hexagonal. Certes, la France est l’État le plus étendu de l’Union européenne; son armature administrative diffère bien sûr de celle du Portugal, de la Slovénie ou de la Finlande. En outre, la diversité des paysages et la cœxistence de plaines, de plateaux et de montagnes modifient tout raisonnement purement cartographique émis depuis Paris. Toutefois, l’encadrement géo-administratif du pays craque partout. On a recensé 17.000 groupements de collectivités territoriales, 36 786 communes, 101 départements, 26 régions, 5 collectivités d’Outre-mer, un Pays d’Outre-mer, 15 communautés urbaines, 202 communautés d’agglomération, 2.358 communautés de communes, 5 syndicats d’agglomérations nouvelles et 14.787 syndicats de communes ! Tous ces ensembles exigent des élus : 519.417 conseillers municipaux, 4.052 conseillers régionaux et 1.880 conseillers généraux (ou bientôt départementaux). Les échelons administratifs s’empilent, d’où des dysfonctionnements permanents et croissants. On estime qu’elles se répartissent près de 60.000 corps administratifs et près d’un demi-million d’élus, ce qui fait de la France le pays qui a un élu pour 130 habitants environ ! Est-il par ailleurs bon que des régions comme Rhône-Alpes ou Provence – Alpes – Côte d’Azur aient chacune deux rectorats ? Que la région parisienne en est trois (Créteil, Paris, Versailles), cela peut – à la rigueur – se comprendre du fait du nombre élevé de Franciliens.

Naguère maire de Tulle (2001 – 2008) et ancien président du conseil général de la Corrèze (2008 – 2012), François Hollande avait suggéré une refonte complète de la carte administrative. Mais cette belle intention s’est finalement transformée en trois projets de loi distincts. Le président a été contraint de revoir sa copie, car le parti dont il est issu est essentiellement une formation de notables élus qui tiennent à leurs mandats et qui embauchent les quelques rares militants.
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Les Français menacés par un «désert» de stations-services

Près de quatre millions de Français sont menacés par la “désertification” des stations-services, surtout à la campagne mais aussi jusque dans Paris, a averti mardi la Fédération nationale de l’artisanat automobile (Fnaa), citant une étude de l’administration.

Environ 300.000 personnes n’ont déjà aucune station-service à moins de 10 minutes en voiture de chez eux, et quelque 3,6 millions de personnes supplémentaires seront dans ce cas si la station la plus proche de leur domicile ferme, selon la fédération, qui cite une étude de la Datar.

L’administration de l’aménagement du territoire à recensé 871 stations “ ultimes, dont la disparition plongerait les automobilistes, les entreprises et les services publics géographiquement concernés dans une dangereuse situation de désertification”.

Entre 15 et 38 minutes pour atteindre une station
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Chine : “Promouvoir énergiquement le développement d’une civilisation écologique”

Extraits du rapport d’Hu Jintao au 18e Congrès du Parti Communiste Chinois

Le développement d’une civilisation écologique constitue un projet à long terme dont dépendent le bonheur de la population et l’avenir de la nation chinoise . Face à une situation difficile – où les contraintes des ressources naturelles se durcissent, la pollution de l’environnement s’aggrave et l’écosystème se détériore -, nous devons inculquer au peuple entier les notions d’une civilisation écologique préconisant de respecter la nature, de s’adapter à ses exigences et de la préserver. En accordant une attention particulière au développement d’une civilisation écologique, nous ferons en sorte que celui-ci fasse partie intégrante des programmes de l’édification du pays sur les plans économique, politique, culturel et social. Nous nous efforcerons ainsi de construire une Chine magnifique et de réaliser un développement perpétuel de la nation chinoise.

En maintenant la politique fondamentale nationale relative aux économies de ressources et à la protection de l’environnement, et le principe recommandant d’accorder, dans l’application de cette politique, la priorité à la régénération des écosystèmes, nous nous attacherons à promouvoir un développement “vert“, de recyclage et à bas carbone.

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La compétitivité, ou la loi des multinationales

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » appelé des vœux de la droite et du MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande. Une préoccupation bien ancrée dans l’air du temps : la « compétitivité » est désormais sur toutes les lèvres, omniprésente dans le débat public. Sans qu’on se donne la peine de se demander : la compétitivité, c’est quoi au juste ?

Depuis les années 90, la compétitivité est devenue le maître mot du discours politique, un véritable mantra. Aujourd’hui encore, depuis le Parti socialiste jusqu’à la droite, la compétitivité serait l’unique voie de sortie de la crise. Pourquoi au juste ? Parce qu’il n’y a pas le choix. Dans un contexte de libéralisation et de concurrence généralisées, la compétitivité, c’est l’équation gagnante : compétitivité des entreprises = croissance = créations d’emploi.

Cette simple équation permet de comprendre comment la compétitivité s’est imposée comme un objectif ultime, un modèle « gagnant-gagnant » : les entreprises, les salariés et les gouvernements, tout le monde y gagne ; c’est la fin de la lutte des classes, sous la bénédiction bienveillante du capitalisme financier.

Cette potion magique ne s’applique pas seulement à l’économie, mais à la société toute entière. Bien entendu, sur le plan économique, il faut plus de libre-échange, moins de régulation, moins d’impôts pour les (grandes) entreprises, moins de droit du travail, moins de cotisations sociales… Mais il faut aussi mettre l’école, la recherche, les services publics, l’écologie, la culture, nos villes, nos régions… et nous-mêmes au service de la compétitivité.

Sauf que, sauf que… appliquées depuis plus de 20 ans, les bonnes recettes de la compétitivité n’ont jamais tenues leurs promesses. Loin d’apporter des perspectives pour les économies européennes, ces mesures ont en grande partie préparé la crise financière de 2008, puis elles ont contribué à l’empirer [1].

Pourtant, la quête de la sacro-sainte compétitivité n’a pas été en pertes pour tous. Les privatisations, dérégulations, et autres flexibilisations du marché du travail, menées au nom de la compétitivité semblent finalement aboutir aux mêmes conséquences : les bénéfices de quelques-uns ne cessent d’enfler, au détriment des conditions de vie de la majorité. Alors, quid de la compétitivité ? Un petit retour historique s’impose.

Le rêve des industriels

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