Préface de l’ouvrage portant ce titre [Belén Balanyá, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma'anit et Erik Wesselius : "Konzern Europa. Die unkontrollierte Macht der Unternehmen", Ed. Rotpunktverlag, Zürich 2001, ISBN 3-85869-216-6]
Par Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud (organisation commune des six organisations de développement Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et Eper pour les questions de politique de développement en Suisse).

Une réunion de l'ERT (European Round Table of Industrials - Table ronde des industriels européens) le 2 octobre 2008. Au milieu, José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne.
Les chauds partisans du néolibéralisme estiment que les décisions en politique économique risquent, dans les Etats nationaux à structure démocratique, de déboucher dans l’irrationnel.
En effet, dans ce contexte, les parlements et les gouvernements agiraient sous la prise de groupes d’intérêts et seraient, de plus, soumis aux décisions du corps électoral. Ceci les conduirait à décider constamment des dépenses inconsidérées et de décréter des lois qui limiteraient le fonctionnement de marchés libres et ouverts.
Il serait donc plus simple, selon ces mêmes partisans, que les gouvernements s’entendent entre eux – sur la base de négociations internationales – pour décider de règles «rationnelles» et favorables au marché libre. Dans ce cas, ils seraient moins soumis aux pressions de groupes et de partis qui influencent fortement l’opinion publique.
Ces règles décidées en commun, et les actes des acteurs internationaux qui en suivraient, agiraient en «chocs externes», comme par exemple le «choc pétrolier» des années soixante-dix, sur les économies nationales, obligeant ces dernières à se soumettre aux nécessités du marché mondial.
C’est dans ce sens que les gouvernements occidentaux, les politiciens et les journalistes économiques ont tenté de nous persuader, au cours de la décennie écoulée, que nous pouvions décider au niveau national tout ce que nous voulions, mais qu’il n’y avait aucune alternative face au marché mondial, au marché commun européen ou à la mondialisation et qu’il ne nous restait qu’à nous soumettre si nous ne voulions pas que l’économie s’effondre.
En même temps, nos gouvernements s’efforçaient de transformer le marché mondial ou le marché commun européen par des accords internationaux et des institutions, de telle façon que toute possibilité d’alternatives se trouvait réduite.
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