Russie : Vodka Factory

A Jigouliovsk, à 1.000 kilomètres de Moscou, il fait nuit toute la journée ou presque. Un accordéon lointain et lent renforce la mélancolie cafardeuse du lieu, entre gris et neige. Dans cette Russie profonde vit Tania, quinqua qui a élevé seule ses trois enfants. Elle vend et contrôle les tickets dans un bus fatigué, tout en rêvant au retour d’un amour de jeunesse.

Sa fille Valia, mère d’un petit garçon, est ouvrière dans la distillerie de vodka du coin, un grand bâtiment en briques, sinistre. Avec ses ongles manucurés paillettes, elle colle des étiquettes, à la chaîne, toute la journée, sur des bouteilles de vodka. Quand elle retire sa blouse bleue d’ouvrière, Valia est en talons aiguilles et manteau de fausse fourrure.

Elle s’imagine grande actrice, à la capitale. Elle ne sait pas quoi faire de son gosse. Après l’usine, elle a cours de danse orientale ou de théâtre. Ce jour-là, elle a choisi un extrait de la Mère, de Gorki. Elle récite, litanie : «Franchement, c’est quoi notre vie ? As-tu vraiment vécu ?»

Mère et fille, tabassées puis rescapées du désastre conjugal, gardent la tête hors de l’eau sans pour autant la garder froide. Valia et ses sourcils épilés, ses yeux trop maquillés, préfère ses rêves de starlette à son fils. Tania retrouve son fameux amoureux d’il y a trente ans. Ils se bécotent à l’arrière du bus. Elle a peut-être un peu honte.

Mère et fille montrent tout à la caméra de Sladkowski. Leurs engueulades sont capturées avec une finesse incroyable. Les bonnes femmes de l’usine aussi sont sans filet : ça jase, ça charrie, ça se chamaille. Vodka Factory est tellement juste, tellement dans l’intime, qu’on croit voir une fiction ultra-réaliste. Mère et fille, actrices complices de leurs propres vies un peu tristes, livrent leur intimité, leur ennui, leurs cuites et leur solitude.

Neknomination : Le dangereux jeu

La “Neknomination” est un jeu d’alcool véhiculé par les réseaux sociaux qui consiste à se filmer en train de boire un verre d’alcool d’une seule traite. Une fois le verre bu, l’acteur de la vidéo désigne une nouvelle personne qui doit en faire de même dans les 24 heures qui suivent.

Le jeu d’origine australienne s’est ainsi propagé rapidement et la pratique a pris de l’ampleur en janvier dernier. En Europe, le jeu est même devenu une mode où les “neknominés” ont commencé à se mettre en scène face caméra.

Au Royaume Uni, le jeu a pris une tournure extrême et dramatique. L’augmentation des quantités d’alcool (voire de drogue) ingurgitées, a notamment conduit à la mort de deux irlandais de 19 et 22 ans, fin janvier. Suivi le mois suivant du décès d’un londonien de 20 ans et d’un Gallois de 29 ans. Ce dernier s’était écroulé après avoir bu trois quarts de litres de vodka en moins d’une minute.

La France n’y a pas échappé. Dans le sud-ouest,  le phénomène n’a pas seulement touché Bordeaux, mais également la Dordogne et le Gers.

Femmes : Enquête sur les nouvelles victimes de l’alcool

Le sujet est encore tabou mais la consommation des femmes de moins de 25 ans a augmenté de 20% ces 5 dernières années alors que, dans le même temps, celle des hommes a baissé. Envie de faire la fête avec les amis? Besoin de décompresser après le travail? Quelles que soient les raisons qui les poussent à boire, rares sont celles qui témoignent devant une caméra.

Certaines ont pourtant accepté de briser ce tabou. Nous découvrons les ravages de l’alcoolisme sur la vie sociale et professionnelle, les rapports complexes avec sa famille, l’incroyable défi que représente une cure de sevrage, longue, douloureuse, incertaine. Comment une femme qui semble avoir tout pour réussir tombe-t-elle dans l’alcool? Jusqu’où peut-elle perdre pied? Comment sa famille le vit-elle?

Le Baclofène est un médicament, utilisé pour le traitement de la sclérose en plaque, aurait selon certains grands médecins des résultats inespérés lorsqu’il est prescrit à très forte dose à des alcooliques. Mais très peu de médecins en France savent le prescrire.

La molécule du Baclofène est-elle vraiment efficace ? Quels en sont les effets secondaires, les dangers et les contre-indications ? Pourquoi le traitement fait-il polémique?

Partie 1:


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Allemagne : Le tabou de la détresse psychologique au travail

En Allemagne, le nombre d’arrêts de travail liés à un problème psychologique a augmenté de 75 % en dix ans. Les salariés concernés tentent généralement de cacher le motif de leur absence. Et quand ils sont au travail, ils consacrent la plus grande partie de leur énergie à garder le masque.

C’est ce qu’ont fait, aussi longtemps que cela a été possible Jutta Seiler, puéricultrice depuis vingt-cinq ans dans un hôpital de Berlin, Birte Kreitlow, fonctionnaire du Land de Berlin qui a dirigé pendant cinq ans une équipe de dix personnes, Günter Ebner, ancien militaire devenu vendeur automobile et René Bidmon, tuyauteur soudeur dans une entreprise de BTP.

Sur les cinquante personnes contactées par la réalisatrice, eux seuls ont accepté de raconter comment ils ont vécu leur maladie en situation professionnelle, qu’elle ait été diagnostiquée comme dépression, burn-out, trouble bipolaire ou alcoolisme.

Sur la violence économique illégitime

Par Michel Drac

Sauf dans les cas pathologiques, la violence est un moyen, pas un but en soi. En règle générale, on use de la violence pour obtenir, par la contrainte, quelque chose que la victime de la violence a refusé de donner, de transférer, d’exécuter ou de faire connaître.

Parler de violence économique, c’est donc, hors les cas pathologiques, énoncer qu’il existe, dans la sphère économique, un usage de la violence en vue d’obtenir d’un acteur économique donné quelque chose qu’il refuserait sinon : une coopération, un service, etc.

Encore faut-il savoir si cette violence est légitime ou pas.

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Afrique du Sud : voyage au coeur d’un ghetto blanc

C’est l’apartheid à l’envers. En Afrique du Sud, des « petits Blancs » laissés-pour-compte du nouveau régime croupissent dans une misère effroyable. Mis à l’écart dans des camps de fortune, ravitaillés par des Noirs, ils tentent de survivre tant bien que mal, parfois depuis plusieurs années.

Inimaginable il y a quinze ans : des volontaires noirs ravitaillent les 400 squatters afrikaners démunis de tout dans le camp de Coronation Park. (Finbarr O'Reilly/Reuters)

Direction Krugersdorps, une ville située au Transvaal, dans la province de Gauteng. A une trentaine de kilomètres de Johannesburg, dans un township de Blancs dénommé Coronation Park, végètent dans une crasse effroyable quelque 400 Afrikaners, ces Africains à la peau blanche d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave, descendants des colons du XVIIIème siècle. Parmi eux, Anne Le Roux, 60 ans, est assise sur une chaise, les yeux rivés sur une photo. Ah… le mariage de sa fille… Il est bien loin ce temps où Nelson Mandela était le premier président noir du pays, où elle vivait avec son époux dans une maison à Melville, où elle travaillait comme secrétaire… Aujourd’hui, seize ans après l’accession au pouvoir de « Madiba », Anne partage une caravane déglinguée et une pauvre tente avec sept autres personnes, dont sa fille et ses quatre enfants, dans un campement pour Blancs.

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Garçon, un cancer ! Entretien avec le professeur Dominique Belpomme

Dominique Belpomme est un médecin et professeur de cancérologie au Centre Hospitalier Universitaire Necker-Enfants malades. Il est membre de plusieurs sociétés savantes internationales et président de l’ARTAC, Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, fondée en 1984, et connu pour ses travaux de recherche sur le cancer. Il est ici interrogé par le magazine Le Choc du mois.

Ce qui vous frappe le plus en tant que cancérologue, c’est que le cancer est une maladie créée par l’homme ? 70.000 personnes en mouraient après la Seconde Guerre mondiale. Combien aujourd’hui ?

150. 000, plus du double.

Et combien sont-ils à développer un cancer aujourd’hui ?

Avant le premier plan cancer (2003-2007), on comptait chaque année environ 280.000 personnes atteintes de la maladie. Après (soit en 2009), 350.000.

C’est la raison pour laquelle je pense qu’en terme de santé publique, le premier plan cancer est au mieux un demi-échec et que le second plan risque de se solder par un constat du même ordre si la prévention environnementale n’est pas prise en compte.

Versant positif, on a pris conscience qu’il y avait un fléau, le cancer, et confirmé la réorganisation des soins et la lutte contre le tabagisme, tout en créant l’INCa, l’Institut national du cancer.

Pour autant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances. On a aujourd’hui annuellement 350.000 nouveaux cancers. C’est une croissance quasi-exponentielle du nombre de cas. Quant à la mortalité, elle est pratiquement stable : elle a diminué de moins de 10 % pour les hommes et n’a pas bougé pour les femmes, en taux standardisé (qui gomme l’effet de l’âge).

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