Jean-Claude Trichet : “Vous l’appelez la crise, je l’appelle processus d’adaptation”

L’ancien président de la Banque centrale européenne était invité sur BFM Business ce jeudi 4 octobre. S’il refuse de prévoir une sortie de crise, il martèle que les pays avancés doivent ajuster leurs politiques pour en sortir.

En fait de crise, ce que vivent “les Etats-Unis, l’Angleterre, le Japon, et la Zone euro”, c’est un “processus nécessaire d’ajustement”.

C’est ce qu’a martelé Jean-Claude Trichet ce jeudi, au micro d’Hedwige Chevrillon dans le Grand Journal sur BFM Business.

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L’euro peut-il survivre à la crise ?

Par Jacques Sapir

Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

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Le FMI prédit une croissance faible aux pays riches

Dans une interview publiée jeudi 30 décembre par le magazine en ligne de l’institution, le Bulletin du FMI, l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) prédit une reprise mondiale à deux vitesses en 2011, les pays développés affichant une croissance modeste alors que les marchés émergents feront figure de moteur de la croissance mondiale.

Olivier Blanchard explique qu’il est nécessaire que les pays rééquilibrent leur économie en laissant les taux de change évoluer plus librement. Il souligne également qu’il est vital pour les Etats de prendre des mesures visant à maîtriser leur dette. « Sans un rééquilibrage mondial, il n’y aura pas de reprise robuste », prévient-il.

Le FMI a exhorté certains pays, comme les Etats-Unis, qui fondent leur croissance sur la consommation, à épargner et investir davantage. Les pays qui dépendent des exportations, comme la Chine, sont en revanche invités à encourager la consommation.

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Vers une crise terminale de la zone euro ?

Par Jacques Sapir

Après l’annonce du plan d’aide à l’Irlande, la situation continue à se dégrader dans la zone euro. Cette dégradation annonce la crise terminale de cette zone, qui devrait survenir d’ici à l’hiver 2011/2012, et peut-être avant. Fondamentalement, ce plan n’a pas rassuré les marchés. D’ores et déjà, les inquiétudes montent sur le Portugal, mais aussi sur l’Espagne, qualifiée « d’éléphant malade » par certains analystes.


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Chômage : Non, nous n’avons pas tout essayé

Remettre les chômeurs au travail. Tout le monde est à peu près d’accord avec cet objectif alors que notre pays compte environ 3 millions de chômeurs “officiels” (classe A) auquel il faut rajouter 2 millions de quasi-chômeurs. Ensuite, les sentiments des français sont plus ambivalents sur la méthode à appliquer et leur sentiment à l’égard des chômeurs.

Le chômage est, sondage après sondage, LA priorité des français. Un nombre croissant et très important d’entre nous ont peur, pour eux-mêmes, du chômage et du glissement vers la précarité. Ce qui n’empêche pas des sentiments de suspicion à l’égard de ceux qui sont frappés sur le mode du «S’ils le voulaient vraiment, les chômeurs retrouveraient du boulot». 

En 2005, 70% des français étaient d’accord avec cette assertion, 43% partants pour une réduction de la durée d’allocation et 72% pour couper les allocs à ceux qui, au bout de quelques mois, refusent une offre. Ce sujet traverse toutes les démocraties. Les conservateurs britanniques projettent de durcir drastiquement les règles des allocations chômage britanniques : 1 refus =  3 mois de suspension, 2 refus = 6 mois, 3 refus = 3 ans. Sans compter des Travaux d’Intérêts Généraux.

Alors, les chômeurs sont-ils des fainéants profiteurs du système qu’il faut pousser à retrouver un travail ? Ou sont-ils seulement victimes du système ? Faut-il les indemniser généreusement ou les mettre à la diète? Les former, les faire bosser gratuitement pour la collectivité ? Chaque pays a mis en oeuvre des stratégies plus ou moins heureuses, humanistes, efficaces en fonction de son histoire et de sa culture. Petit passage en revue.

Ajustement entre chercheurs d’emploi et marché : une Theory in Progress

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La crise ? Quand c’est fini, ça recommence !

Par Frédéric Lordon

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui, depuis l’été 2007, ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certain, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Caspar David Friedrich, Naufrage, 1822 (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Stupéfiante, la situation l’est, sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques, étaient prévisibles dès la fin 2007.

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L’euro et ses prochaines aventures

Par Jean-Claude Werrebrouck

Note au lecteur : la bonne compréhension de ce texte suppose la lecture des articles du 28/01/2010 (L’euro : implosion ou sursaut ?) et du 16/02/2010 (Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat).

La crise grecque et ses prolongements confirment que ce prêt à porter qu’est la monnaie unique est porteur de méfiance chez les passagers clandestins du bateau euro.

Tous veulent conserver les avantages qu’ils se sont progressivement créés dans le bateau : faibles taux d’intérêt, « monnaie de réserve à l’américaine », terrain de jeu plus vaste au profit des entrepreneurs politiques pour certains, exportations « à la chinoise » pour d’autres.

Aucun ne voulant en payer le prix, c’est-à-dire le coût de l’entretien du bateau pour le maintenir à flots : création d’une zone monétaire optimale par vaste édification d’un Etat européen à l’instar de l’Etat fédéral américain, politique de change, contrôle de la banque centrale, etc.

La grande crise des années 2010 devant inéluctablement connaître des développements monétaires, il était logique qu’elle développe d’abord une métastase dans le bateau le plus sensible : l’euro zone.

La solution toute temporaire à la crise grecque et à ses prolongements immédiats, confirme le refus de payer le prix d’une bonne maintenance du bateau.

Avec le temps, il se confirmera que les entrepreneurs politiques français ont préféré une nouvelle fuite en avant, plutôt que d’affronter leurs collègues allemands et d’exiger des solutions plus radicales : quel entrepreneur politique français au pouvoir pourrait aujourd’hui, sans risque, oser vendre sur le marché des idées, outre le « quantitative easing » semble-t-il acquis de haute lutte, la fin de l’indépendance de la BCE, ou la fin de la libre circulation des capitaux ?

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Grèce : les 3 mensonges des médias et des experts (1)

«Les Grecs vivent au dessus de leurs moyens.» «L’économie allemande est plus vertueuse.» «L’Euro nous protège de la crise.» Ces trois affirmations font partie du mantra néolibéral répété en boucle par les économistes invités sur les plateaux. L’économiste Jacques Sapir démolit consciencieusement ces pétitions de principe.

La Grèce serait l’homme malade de la zone Euro

Les récents événements en Grèce et dans la zone Euro ont donné lieu à beaucoup de commentaires, au sein desquels on peut constater que certains mythes ont la vie (très) dure. Sans prétendre leur faire la peau définitivement, il convient de rappeler ici certains faits, par sympathie pour les travailleurs grecs mais aussi par amour de la vérité.

La presse allemande, et même française, a usé de termes, en réalité, bien plus injurieux. On se souvient des « cueilleurs d’olives » et même de l’exécrable calembour (la « mauvaise Grèce ») par lequel un quotidien français s’est déshonoré. Il convient de rétablir ici les faits.

Un pays se juge à sa productivité du travail. Mais, cette dernière dépend aussi des activités qui dominent dans ce pays. Ainsi, les services non financiers ont-ils une productivité plutôt basse, tandis que l’industrie a une productivité qui, toutes choses étant égales par ailleurs, est plus élevée. Les services financiers aujourd’hui sont l’activité dont la productivité est la plus forte, sans d’ailleurs que cela ne préjuge de leur contribution réelle à la richesse du pays ou de leur utilité. La Grèce est plutôt une économie de services (le tourisme et les services associés), avec aussi un secteur agricole qui – pour des raisons géographiques – est plutôt intensif en travail qu’en capital. Or la productivité de la Grèce, en dépit de tous ces facteurs, est loin d’être ridicule (graphique 1).

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Une masse monétaire constante est-elle le gage de la stabilité économique ?

Par Frank Shostak, professeur d’économie australien, de tendance “autrichienne”, et directeur de la recherche économique de M.F. Global.

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Selon le prix Nobel d’économie Milton Friedman et ses disciples, plus connus sous le nom de monétaristes, la volatilité du taux de croissance de l’offre de monnaie est la source majeure des cycles économiques alternant phase de croissance et récession.

Le monétarisme argue qu’à court terme, les augmentations du taux de croissance de l’offre de monnaie font augmenter le taux de croissance de biens réels. Et inversement, une baisse de ce taux induit une baisse de la production réelle.

A long terme, les variations de la monnaie n’ont aucun effet sur la production réelle et n’affectent que les variations de niveaux de prix. En d’autres termes, selon le monétarisme, la monnaie est neutre pour l’économie réelle à long terme mais elle ne l’est pas à court terme.

La principale raison de cette différence, selon les monétaristes, c’est le fait que les variations de l’offre de monnaie à long terme sont entièrement anticipées et donc escomptées. Cependant, à court terme, les variations de l’offre de monnaie ne sont pas prévisibles. Les monétaristes maintiennent pourtant que la banque centrale peut rendre la monnaie neutre à court terme. Selon eux, cela peut être obtenu en fixant un pourcentage de croissance de la masse monétaire constant et le maintenant pendant un laps de temps infini. Le point clef de cette théorie, c’est qu’il n’existe pas de relation entre le taux de croissance monétaire à un rythme constant et le taux de croissance de la production réelle.
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Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet

Dans une note de recherche non encore publiée, l’économiste Jacques Sapir explique pourquoi, malgré la déflation salariale, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a pas baissé depuis 1990. En cause : la hausse des salaires les plus élevés et la transformation de revenus du capital en salaires.

Et pour les autres ? La chute des revenus.
La question du « partage de la Valeur Ajoutée » a suscité de nombreux débats en France depuis le début de la crise.

Sans avoir atteint le niveau des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, la baisse relative sur longue durée des revenus salariaux a été invoquée comme l’une des causes de la fragilité de l’économie française.

Cependant, la diversité de ces mêmes revenus salariaux, qui incluent désormais ce qui était autrefois des revenus du capital, pose le problème de ce que l’on mesure.

Enfin, l’impact du libre-échange sur l’évolution des rémunérations salariales est aussi un facteur qu’il faut pouvoir estimer.

Si l’on fait l’hypothèse que les salaires dans l’industrie ont été en France tirés vers le bas par l’importation de produits provenant des économies à très bas coûts salariaux, c’est plus vers la relation Salaires-Productivité qu’il faut tourner ses regards.

L’ouverture au commerce international fragilise en effet le mécanisme d’indexation des salaires sur la productivité dans l’industrie et donne aux entreprises qui s’externalisent la possibilité de ne plus dépendre du marché intérieur, et des salaires qui y sont payés. Lire la suite

Et maintenant il faut choisir : l’hyperinflation ou l’hyperimpôt

La sortie de crise paraît bien incertaine. Plus l’économie réelle souffre, plus la Bourse pavoise. C’est simplement le fruit de l’abondance de liquidités des plans de relance. Ces politiques monétaires laxistes des banques centrales et ces politiques budgétaires aventureuses des États portent un nom ancien, «la planche à billets».

Malgré le vernis technique mis à les habiller, ce n’est qu’un réflexe panique, une fuite en avant sans prétention ni d’anticipation ni de réforme. On fera plus tard le bilan de cette période où les plans de relance ont marqué un basculement, dans le sens où l’Asie et les autres pays émergents sont devenus propriétaires des économies occidentales en les finançant à crédit.

Cette crise est nouvelle. Ce n’est ni une crise de l’offre ni une crise de la demande. C’est une «crise des actifs». La spéculation autonomise la valeur des actifs : elle crée les bulles. La finance a cru être une source autonome de richesse. L’affaire des subprimes a montré qu’il n’en était rien. La spéculation (alimentée par le crédit facile) et le carry trade sont devenus le poison d’une économie virtuelle. C’est le signe d’une société qui privilégie la rente sur le travail.

Bouclier fiscal, exonération des droits de succession, diminution relative du coût du travail, défiscalisations, les exemples ne manquent pas de ces politiques, initiées à l’origine par la droite américaine, qui nous ont précisément menés à la crise d’aujourd’hui. L’ajustement des valeurs d’actifs est inévitable et la crise reste devant nous. Personne n’envisageant le retour à une croissance flamboyante, la sanction des relances sera fatalement classique: l’hyperinflation ou l’hyperimpôt.
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La crise imposera des ajustements douloureux… pour certains

La crise implique une perte irréversible de PIB (Produit Intérieur Brut) dans les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

En effet, elle voit disparaître la partie de la demande intérieure qui était financée par la hausse de l’endettement.

Autrement dit, avant la crise, le PIB était dopé par le crédit, et cette partie du PIB disparaît.

La crise est alors particulièrement sévère, parce qu’elle implique la baisse de tout ce qui était proportionné au niveau antérieur de PIB : du côté des entreprises, les capacités de production et l’emploi ; du côté des États, les dépenses publiques.

L’ajustement (rétrécissement) des entreprises étant beaucoup plus rapide que celui des États, la situation des finances publiques se dégrade fortement.

Par ailleurs, si l’exigence de rentabilité du capital, dans les pays de l’OCDE, reste la même que ce qu’elle était avant la crise, le freinage durable de la croissance imposera aux entreprises, pour maintenir les revenus des actionnaires, de comprimer fortement les coûts salariaux, comme on l’a vu au Japon et en Allemagne depuis 10 ans.

L’arrêt de la hausse des taux d’endettement conduirait donc, en raison de son effet négatif sur la croissance, à une inégalité croissante du partage des revenus, au détriment des salariés, avec les conséquences sociales prévisibles.

Sauf si l’exigence des actionnaires des entreprises diminuait, en ce qui concerne la rentabilité du capital.

Il est permis de rêver…

Source NATIXIS: document 1, document 2