Espagne : Marée humaine contre l’austérité (Màj vidéo)

Addendum du 25/02/2013 : Affrontements avec la police suite aux manifestations de samedi.

Des dizaines de milliers de personnes ont envahi le centre de Madrid ce samedi. L’Espagne, en récession, affiche un chômage à plus de 26%. Les révélations successives sur des affaires de corruption qui éclaboussent les grandes institutions du pays renforcent encore le malaise.

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Jacques Blamont : “La machine s’est emballée” (Màj Vidéo)

Addendum du 31/01/2013 : Vidéo intégrale de l’intervention.

Jacques Blamont, membre de l’académie des sciences, est le père de la recherche spatiale française. Il est convaincu que l’humanité ne sera pas capable de relever l’ensemble des défis qui vont se poser à elle dans les prochaines décennies. Un changement de phase va se produire…

La technologie avance à une telle vitesse que toutes les structures sociales mondiales sont bouleversées.

Dans son ouvrage “Introduction au siècle des menaces” paru en 2004, il écrivait déjà:
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La «tension psychologique insurrectionnelle»

Par Philippe Grasset

Honoré Daumier, "L'insurrection" (1860)

(…) Dans Notes sur l’impossible “révolution” du 24 septembre 2009, sur dedefensa.org, était exprimée la conviction que les mouvements d’insurrection et de révolte auxquels nous avons l’habitude de nous référer sont définitivement dépassés parce que totalement inefficaces, voire contreproductifs.

Pour diverses raisons exposées dans l’analyse, de tels mouvements sont condamnés par avance s’ils prétendent obtenir directement un résultat décisif correspondant au but d’insurrection de ceux qui l’initient. Pour moi, c’est un fait indiscutable, même si le mouvement parvient à un résultat tangible.

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Notes sur la crise de la raison humaine

Par Philippe Grasset

Le chemin vers l'Enfer (Alfred Kubin, 1904)

(…) Dans ce numéro du 10 juillet 2010 [de la revue DDE Crisis], nous abordons le thème qui pourrait être résumé sous l’expression de “crise de la raison humaine”, qui caractérise, à notre sens, le fondement de la crise générale de notre civilisation. (…)

La raison humaine en accusée principale

Si nous acceptons l’observation, de plus en plus partagée, que nous nous trouvons dans une crise générale de civilisation, alors la raison humaine s’y trouve en accusée centrale incontestable. C’est elle qui a conçu et conceptualisé, dirigé, orienté, ce qu’on entend d’une façon générale aujourd’hui par “Progrès”, c’est-à-dire les sciences, les systèmes politiques et sociaux, les orientations morales et les mœurs, cela depuis plusieurs siècles.

Selon notre schéma propre (voir La grâce de l’Histoire), l’actuelle dynamique a pris son essor décisif à la fin du XVIIIème siècle, lorsque la prépondérance de la raison fut assurée, dans une période si nouvelle que nous la désignons comme la “deuxième civilisation occidentale”. Au constat du résultat auquel cette dynamique aboutit aujourd’hui, à l’heure de sa grande crise, nous pourrions aussi bien nommer la période “contre-civilisation”. Lire la suite

Le virus mutant de la crise

Entretien avec Jacques Sapir

1.- Vous affirmez que l’on ne doit pas confondre le capitalisme et le marché. Quelle est la différence entre l’économie capitaliste et l’économie de marché ?

On a en effet souvent tendance à confondre ces deux notions. Or elles ne sont pas synonymes. Le marché, pris au sens théorique du terme, est un mode de coordination, mais il n’est pas le seul. On constate que, partout où l’on trouve des marchés, on trouve aussi d’autres modes de coordination, comme les réseaux et les hiérarchies, et surtout des institutions sans lesquelles les marchés ne sauraient fonctionner.

Au sens strict du terme, une économie de marché utiliserait uniquement le « marché » comme mode de coordination. Les entreprises n’y existeraient pas. Dans un sens moins strict, on utilise souvent le terme en opposition à « économie mixte » ou encore à « économie planifiée » en oubliant que, dans ces économies, les marchés sont aussi présents. Le problème, avec ceux qui parlent d’économie de marché, est qu’ils ne savent pas à quels marchés ils font référence, et qu’ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que certains marchés sont des institutions et parfois même, comme dans le cas des Bourses du monde entier, des entreprises. L’économie de marché, au sens d’une économie entièrement régie par le principe du marché, me semble une impossibilité théorique. Elle relève d’une utopie libérale, au même titre que la société sans classes et sans État.

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L’imagination assiège le pouvoir

Par Philippe Grasset

Les exemples se succèdent et il est parfois bon de s’arrêter à l’un et l’autre, pour faire un bilan et mesurer l’évolution de la chose. Il s’agit de la “colère populaire”, voire de la “révolte populaire” contre le pouvoir du système anthropotechnique, ou système du technologisme et son allié incertain, le système de la communication ; tout cela, politiquement étiqueté “système occidentaliste-américaniste”, cette ampleur de l’étiquette justifiée par la diffusion et la généralisation du chaos qu’il engendre. En première ligne de ce système, les élites politiques, complètement soumises à lui, qui sont chargées à la fois de le gérer et de lui assurer une bonne réputation avec l’étiquette convenue (démocratie, droits de l’homme, bla bla bla).

Trois affaires en cours, en même temps que l’évolution générale de la “colère populaire“ aux USA, justifient notre commentaire à ce point. Il s’agit d’une part de l’affaire britannique, d’autre part de l’affaire japonaise. Ces deux affaires montrent l’imagination instinctive dont peut faire montre cette “colère populaire” contre le pouvoir politique assujeti au système. Dans un autre sens, exactement contraire, nous citons la question grecque, notamment avec les troubles (trois morts) qui ont eu lieu la semaine dernière, alors que le Parlement votait les mesures d’austérité.

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Critique de l’idéologie libérale

Par Michel Drac

Note sur le libéralisme économique, tel qu’analysé par Alain de Benoist.

Le Marchand de Venise, de William Shakespeare (gravure du XVIIIème siècle)

Qu’est-ce que l’idéologie libérale ?

Alain de Benoist (AdB) commence par préciser que ce n’est pas un corpus unitaire. C’est une école, organisée autour d’une doctrine économique (le marché autorégulateur), dont découle une vision politique adaptée au déploiement de ladite doctrine – et c’est, aussi, une anthropologie de type individualiste.

De quoi l’idéologie libérale est-elle l’adversaire obligé ?

Marché et individu ont en commun leur incompatibilité avec toute forme d’identité collective : le Marché a besoin des individus pour imposer la monnaie comme seul support de l’échange, et seule l’abolition au moins partielle de l’identité collective fabrique l’individu.

Comment cet antagonisme s’est-il constitué historiquement ?

A l’origine est, pour AdB, le christianisme. Il introduit, contre les représentations holistes de l’Antiquité, l’idée du Salut individuel. Au départ, l’homme intérieur chrétien se retire du monde. Mais progressivement, il va le réinvestir, et une représentation ultra-mondaine finira par contaminer les représentations sociales : l’individu est né. Pour reprendre une distinction célèbre : la communauté s’efface devant la société.

Dans la foulée, la vision portée sur le monde évolue : de l’abolition des cadres holistes découle l’émergence d’une conception nominaliste potentiellement négatrice du réalisme aristotélicien, et l’individu cartésien proclame sa capacité à poser le sens sur un monde constitué d’êtres singuliers. Le cartésianisme marque le triomphe de l’individualisme jusque dans la conception de l’esprit humain.

Dès lors, l’homme individuel se construit, théoriquement, sans référence à un héritage ou une dynamique collective. L’homme individualiste se pense humain indépendamment de tout processus d’hominisation social. Il en découle mécaniquement que l’individu précédant le social, les droits (de chaque individu) sont censés précéder les devoirs (à l’égard des autres individus).

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La bataille derrière le désordre du monde

Par Philippe Grasset

Il existe aujourd’hui une convergence remarquable de points de désaccords, de tensions et de crises dans divers domaines politiques et autres, et dans diverses zones géographiques, qui mesurent un niveau important d’augmentation du désordre dans les relations internationales. Une appréciation générale n’est pas inutile, après avoir cité les divers points de désordre.

Nous ne citons même pas ici les crises endémiques, en cours depuis plusieurs années et dont la résolution n’est nulle part envisageable. Il s’agit de points tel que l’Afghanistan, la crise iranienne, voire l’Irak lui-même où le “triomphe de la démocratie” pourrait aboutir à une situation qui constituerait l’exacte antithèse d’une victoire pour l’ordre que voudrait imposer le système américaniste et occidentaliste. Tous les éditoriaux du monde n’y changeront rien.

La bataille de Zama (qui a vu la défaite des Carthaginois, malgré leurs éléphants de guerre, contre les Romains, en 202 av. J.C.)

Passons en revue quelques-uns de ces points particulièrement actifs en ce moment.

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L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat

Par Jacques Sapir

Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programmes. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenables ».

Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter.

I. De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité.

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Lagarde, une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

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Notes sur la vertu ultime de la nation

Philippe Grasset nous explique pourquoi, en ce temps de crise, la nation est incontournable.

Voici un sujet par essence intemporel malgré l’apparence, ou bien, jugeront certains, un peu trop durable dans le temporel. Il s’agit du thème de “la nation”, qui est un sujet toujours d’actualité, qui l’est toujours aujourd’hui.

L’idée même de “nation” semble toujours susciter une sorte de passion constante, une rage, un désespoir, une fureur et une haine, un amour jusqu’au sacrifice. (Il m’arrive parfois d’en juger dans mes pérégrinations de chroniqueur, devant telle ou telle réaction, où la chose, “la nation”, est parfois encombrée d’épithètes définitifs et d’une polémique si excessive – et je m’ébahis, devant l’obsolescence de ces critiques d’un autre temps, comme si l’on débattait de la question du sexe du Diable avec les barbares déjà là, si pressants qu’ils sont déjà en nous.)

S’interroger sur “la nation” aujourd’hui revient à s’interroger sur la situation de notre civilisation, c’est-à-dire sur la crise que subit cette civilisation plus que sur le concept de nation. La question de la nation est un biais pour aborder les problèmes qui nous hantent et nous assaillent à la fois. Prenons garde à ces deux verbes, précisément choisis parce qu’ensemble, ils relient notre mémoire historique à notre situation contemporaine.

Le problème de la nation “nous hante” parce qu’il s’agit d’une question historique fondamentale; il “nous assaille” parce qu’il se manifeste chaque jour dans notre esprit, comme facteur organisateur de la réflexion sur la situation en cours. Les deux – l’Histoire et la “situation en cours” – sont ainsi étrangement liés.

Nous disons et redisons que le caractère exceptionnel de notre temps historique, dû à la pression des événements telle que nous la répercute le phénomène fondamental de la communication, est bien de simultanément disposer d’un regard immédiatement “historique” sur “la situation en cours”.

Nous suivons une actualité colossale au jour le jour et sommes en position, pour qui y pense et le veut et grâce à la communication, d’en distinguer aussitôt les caractères historiques qui les relient à ce que nous savons de notre passé. Nous regardons et voyons sous nos yeux l’Histoire se faire, et sommes à même d’en tirer grand profit si nous faisons appel à ce que nous savons de l’Histoire.

Là-dedans, la nation, qui hante notre histoire, est si présente dans notre “situation présente” que sa problématique ne cesse de nous assaillir. Lire la suite