La «tension psychologique insurrectionnelle»

Par Philippe Grasset

Honoré Daumier, "L'insurrection" (1860)

(…) Dans Notes sur l’impossible “révolution” du 24 septembre 2009, sur dedefensa.org, était exprimée la conviction que les mouvements d’insurrection et de révolte auxquels nous avons l’habitude de nous référer sont définitivement dépassés parce que totalement inefficaces, voire contreproductifs.

Pour diverses raisons exposées dans l’analyse, de tels mouvements sont condamnés par avance s’ils prétendent obtenir directement un résultat décisif correspondant au but d’insurrection de ceux qui l’initient. Pour moi, c’est un fait indiscutable, même si le mouvement parvient à un résultat tangible.

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Le pari risqué de la Fed pour stimuler l’économie américaine

La Banque centrale américaine s’apprêtait mercredi à annoncer une initiative très risquée censée stimuler l’économie des Etats-Unis. La Fed rachèterait pour 500 à 1.000 milliards de dollars (356 à 713,7 milliards d’euros) de dette du gouvernement fédéral afin de faire baisser les taux d’intérêt à long terme, déjà extrêmement faibles.

Le rachat se ferait par blocs de 100 milliards par mois et commencerait probablement immédiatement. Il s’agirait d’un « assouplissement quantitatif », ou « QE2 » [quantitative easing n°2], en jargon d’économiste. Entre 2008 et le début 2010, la Fed a déjà dépensé environ 1.700 milliards de dollars (1.213 milliards d’euros) pour racheter des créances aux banques et stabiliser ces établissements.

Cette fois, la Fed rachèterait des bons du Trésor aux banques, ce qui fournirait à ces dernières des liquidités à prêter aux consommateurs. Acquérir d’aussi grandes quantités de bons du Trésor fait baisser les taux d’intérêts car la demande en bons du Trésor fait monter les prix et baisser le rendement. Or, les taux d’intérêts sont liés au rendement. Des taux d’intérêt plus bas encouragent les gens à emprunter de l’argent pour un crédit immobilier, par exemple.

Parallèlement, des taux d’intérêts bas rendent des investissements relativement sûrs comme les bons moins attractifs, ce qui incite les entreprises et investisseurs à s’équiper ou acheter des actions cotées. La Bourse grimpe et les Américains consomment. Le commerce tourne, l’emploi repart à la hausse et un cercle vertueux de dépense et d’embauche.

Mais de nombreux analystes et même certains partisans du plan de la Fed estiment que la manoeuvre comporte aussi des dangers. Cela pourrait affaiblir davantage le dollar et déclencher des conflits commerciaux avec d’autres pays ; les courtiers en bons pourraient être amenés à croire qu’une accélération de l’inflation se profile, ce qui ferait monter les taux d’intérêt, au grand dam de la Fed.

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La descente aux enfers des Etats-nations

Les indicateurs économiques évoluent sans cesse, voici la réactualisation des chiffres-clés de l’économie mondiale concernant la dette et les produits dérivés (les “métastases”).

Tous ces chiffres proviennent de sources clairement identifiées comme le FMI ou pour l’essentiel, du Bureau des Règlements Internationaux (BRI), du très sérieux donc.

Situation fiscale et perspectives (en pourcentage du PIB) : déficit fiscal annuel, déficit structurel annuel, dette publique - Cliquez sur le tableau pour l'agrandir

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Jacques Sapir, économiste alternatif et souverainiste

Par Laurent Pinsolle

Après avoir lu beaucoup de livres de penseurs alternatifs (…), Jacques Sapir était le dernier grand intellectuel que je voulais étudier.

« Le nouveau 21ème siècle » [Ed. du Seuil, mars 2008], écrit avant le déclenchement de la crise économique, est un ouvrage de référence sur l’économie et l’idée nationale.

Retour sur la crise de 1997-1999

C’est un point commun de Jacques Sapir avec les deux prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman, que de donner une importance particulière à la crise qui a secoué les pays émergents à la fin des années 90. Pour lui, comme pour eux, cette crise est la conséquence d’une déréglementation excessive, notamment sur le plan financier et monétaire et elle démontre, 10 ans avant la crise des subprimes, les immenses dangers de la globalisation néolibérale.

Ce livre complète parfaitement « La grande désillusion » de Joseph Stiglitz, qui travaillait à la Banque Mondiale à cette époque.

S’il en donne une lecture plus politique, le constat économique est aussi sévère. Il montre l’absurdité d’un système où le FMI prêtait de l’argent à des pays émergents pour défendre leur monnaie, à un coût exorbitant, tout en étant voué à l’échec la plupart du temps. Il souligne que « la Malaisie et le Chili (…) ont dû leur réussite à des mesures de contrôle de capitaux ».

Bref, alors que le FMI déversait de l’argent pour lutter contre les marchés, tout en imposant des mesures d’austérité souvent violentes pour la population, la solution à cette crise était une restriction des marchés de capitaux. L’auteur souligne malicieusement : « si les Etats-Unis sont capables d’engager à perte plus de 60 milliards de dollars pour tenter d’enrayer une crise financière (…) n’eût-il pas été plus judicieux d’investir la même somme dans des actions de développement ? »
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