Les mains nettes

Long métrage de fiction dont l’histoire gravite autour d’une dizaine d’employés de bureau. Ils vivent ensemble une existence médiocre, monotone et banale jusqu’à l’arrivée d’un nouveau gérant de personnel dont la mission sera de moderniser l’administration.

En voulant congédier un employé de quarante-cinq ans de services, il découvrira la révolte et la solidarité des employés. Claude Jutra rend ici, avec justesse, la misère psychologique qui accable les cols blancs dans les années 1950.

Les mains nettes par Claude Jutra, Office national du film du Canada

“Grand Lyon la métropole” ou les tontons flingueurs du Rhône

Le 1er janvier 2015, la communauté urbaine de l’agglomération va remplacer le département du Rhône sur son territoire. Une première en France, qui supprimera une couche du millefeuille administratif. Mais, des finances aux calculs politiques, l’opération a aussi sa face cachée.

Par Michel Feltin-Palas

Gérard Collomb et Michel Mercier sont tombés d’accord pour se partager le département du Rhône.

A première vue, le croisement de la rue Jean-Moulin et du chemin de Crépieux, à Caluire-et-Cuire, a tous les aspects d’un rond-point ordinaire. Un bête et honnête giratoire permettant aux automobilistes de se croiser sans danger, comme il en existe des milliers à travers la France. Grave erreur: sous son allure débonnaire, ce rond-point est en fait un pervers, un sadique, un retors. Pourquoi? Parce que la rue Jean-Moulin appartient à la communauté urbaine de Lyon alors que le chemin de Crépieux dépend du département du Rhône.

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France : Les tribulations d’une chômeuse qui ne chôme pas

Sous forme de lettre adressée à ses confrères « chômeurs ou chômeurs en activité réduite», la journaliste Ariane Dollfus explique, à travers son expérience, comment Pôle Emploi est une machine à dissuader de travailler.

Cher confrère «chômeur en activité réduite»,

Je t’écris parce que même si je ne te connais pas, je sais ce que tu vis. Je suis dans ton cas. Comme moi, tu as été licencié économique, parce que ton entreprise a connu la crise, et a dû se résoudre à un plan social. Mais comme moi, tu ne t’es pas laissé abattre. Tu as droit à 24 mois d’indemnisation chômage (ce qui va très vite) parce que tu as suffisamment cotisé, mais tu ne «chômes» pas en attendant le virement mensuel de Pôle Emploi. Car tu continues à trouver du travail. Coûte que coûte. A enchaîner les contrats courts, les piges, les commandes d’écriture qui ne font pas l’objet d’un CDI, spécimen désormais en voie d’extinction. Tu fais donc partie des 1,594 million de «chômeurs en activité réduite» en décembre 2013 (catégories B et C), et tu as sûrement découvert comme moi à quel point Pôle Emploi est une machine à dissuader le travail. Ce n’est la faute de personne, si ce n’est celle du système, archaïque, complexe, contre-productif malgré lui, et nécessitant une réforme urgente, à l’épreuve ces jours-ci.

La langue française dénigre la personne qui a perdu son emploi. Elle devient « chômeuse ». Du bas latin, « caumare », « se reposer pendant la chaleur ».
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Une société de l’incertitude

La rhétorique de la crise empêche de saisir les recompositions à l’œuvre au sein de la société française. En filigrane des mutations contemporaines, on peut pourtant saisir le modèle d’une société incertaine, prise entre la généralisation d’un principe d’autonomie et une demande de sécurité accrue.

Fransisco Goya : Une reine du cirque

Il est devenu banal de le constater : la société française a connu de profonds changements au cours de ces vingt dernières années. Elle manifeste pourtant bien des difficultés à penser ses propres transformations autrement que par l’actualisation de ses défections. D’où ce paradoxe : interpréter dans leur globalité les mutations sociologiques et politiques qui travaillent la France contemporaine n’a jamais semblé aussi délicat, voire périlleux. C’est ce paradoxe que nous voudrions contribuer à dénouer en mettant l’accent sur l’incertitude comme forme sociale et enjeu stratégique.

Ce que la crise nous cache

Les lectures si fréquentes en termes de crise, de déclin ou de manque sont à bien des égards l’expression d’une incapacité à penser le monde complexe, opaque et incertain dans lequel nous vivons aujourd’hui. Il nous semble en effet qu’elles procèdent d’un réflexe quasi naturel de la pensée (chaque époque produit sa littérature de la décadence) qui incline à la déploration et à l’inquiétude en renvoyant souvent à un âge d’or plus ou moins révolu. Or elles ratent l’essentiel : en majorant ce qui se défait ou se déforme, on ne voit pas (ou pas assez) ce qui se restructure ailleurs et autrement, ou, plus profondément, le lien entre ces deux mouvements.

De ce point de vue, deux lignes de transformation se conjuguent. La première pourrait être caractérisée par la fragmentation. Nous vivions dans une société qui articulait les mondes du travail, les grandes familles politiques et les styles de vie dans une même représentation. Le travail salarié qui en était le pivot assurait une continuité du social au politique, et du public au privé, dans l’expression des conflits sociaux, la construction des identités collectives et des modèles sexués. L’Etat-nation en était la clé de voûte en embrassant un type d’organisation politique, une identité culturelle et un espace de souveraineté.

Or c’est cet agencement qui se défait aujourd’hui. Les représentations d’un espace social structuré autour de classes aux intérêts et aux styles de vie opposés se sont érodées. Le travail a perdu son rôle de « grand intégrateur » et sa capacité à donner sens aux identités collectives. Les sociétés nationales ont perdu leur légitimité, menacées par la globalisation d’un côté, la territorialisation de l’autre. Dès lors, c’est tout le socle de nos repères collectifs qui vacille.

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François Hollande peut-il encore éviter un «1789» bis?

A la Une du Point cette semaine, « Sommes-nous en 1789 ? ». L’hebdomadaire évoque les dernières heures de la monarchie et révèle les troublantes similtudes entre la chute de Louis XVI et l’abandon complet des rênes du pouvoir par François Hollande. Un historien explique que nous sommes sans aucun doute en 1788 : les marges de manoeuvre sont réduites pour le pouvoir (si mal) en place, afin d’éviter d’entrer de plain-pied en 1789, bis.

Ce n’est pas Frigide Barjot qui a appelé le 5 mai à une grande manifestation nationale afin de donner un « coup de balai » : c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle il y a 10 mois, qui a attiré sur lui 11,1 % des suffrages. Les sondages lui en accordaient souvent 15 ou 18 %. C’est Marine Le Pen, (particuliérement discrète en ce moment, pour des raisons stratégiques évidentes), qui a atteint les 18 % promis à Mélenchon. A eux deux, ils ont rassemblé 39 % de l’électorat français. Que réclame Mélenchon ? Ni plus ni moins qu’une sixième République. Que réclame Marine Le Pen ? Une dissolution, et la proportionnelle. La démission du gouvernement et du Président au passage.

Qui doit payer ? Le Tiers-Etat, les classes moyennes

Mais qui défile dans la rue tous les soirs depuis des semaines, non seulement à Paris, mais un peu partout en France ? Des hommes et des femmes, leurs fils et leurs filles, de tous âges. La plupart n’ont jamais manifesté de leur vie, ou alors pour les plus vieux, en 1984 pour l’Ecole Libre, et en 1997 contre le PACS. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne. Les cheveux peignés. Les filles en ballerines. Tous mains nues.

Retournons un instant en 1789. Qui, excédé par le mépris dans lequel le Roi les enferme, se proclame Assemblée nationale constituante ? Les députés du Tiers-Etat. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne.

Qui, en 2013, retourne dans la rue tous les soirs, quasiment tous les week-ends (les prochaines manifestations massives sont programmées pour le 5 mai, le 26 mai). Des petits bourgeois, la classe moyenne.

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Louvois : L’incroyable inertie administrative qui a conduit à la catastrophe

On se pince pour y croire, mais les problèmes du logiciel de paiement des soldes Louvois ont bien été identifiés dès le départ ! Et rien n’a été fait pour y remédier. Résultat : deux ans plus tard, ça ne fonctionne toujours pas et les militaires sont payés au petit bonheur la chance.

Par Jean-Dominique Merchet

Reprenons : lors des tests du système,

début 2011 – avant le basculement des personnels du Service de santé des Armées en avril – entre dix et quinze problèmes majeurs (bugs) ont été identifiés par les spécialistes.

C’est notamment ce qu’à découvert le général Gérard Lapprend, directeur général des sytèmes d’information et de communication du ministère de la défense dans l’audit qui lui été demandé.

Or, la résolution de ces bugs passait alors par la création de cinq ou six emplois dédiés à cette affaire. Mais, au sommet de la hierarchie du ministère de la défense, chacun s’est renvoyé la responsabilité (et l’énorme charge financière afférente…), sur le thème ”ce n’est pas notre boulot”… –  et ces postes n’ont pas été créés !

Evidemment les bugs n’ont pas disparu par enchantement.
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Une pieuvre nommée Bercy

Combien ? Qui ? Et comment paie-t-on ses impôts en France, pauvres, riches et très fortunés ?

Ce documentaire diffusé mardi 17 janvier 2012 sur France 5, rédigé, à partir de leur livre, par Thomas Bronnec et Laurent Fargues, et réalisé par Jean Crépu, explore les coulisses du ministère des Finances. Edifiant.

Exemples criants (le bouclier fiscal, avec ou sans chèque de remboursement), anecdotes stupéfiantes (le choix contraint du directeur de cabinet) et batailles homériques (la suppression de la cellule fiscale)… Une pieuvre nommée Bercy, documentaire rédigé, à partir de leur livre, par Thomas Bronnec (journaliste à L’Express) et Laurent Fargues, et réalisé par Jean Crépu, se regarde (presque) comme un thriller. Conclusion : ce n’est pas le ministre de l’Economie qui commande l’administration, c’est l’inverse.

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La puanteur du déclin économique des USA augmente. Quand les Américains opprimés vont-ils descendre dans la rue ?

Par Paul Craig Roberts

Nécrophores américains sur une charogne

La veille de Thanksgiving, le China Daily en Anglais et le site People’s Daily Online rapportaient que la Chine et la Russie s’étaient mis d’accord pour utiliser leurs monnaies respectives au lieu du dollar dans leurs transactions commerciales bilatérales. Les Russes et les Chinois ont dit qu’ils avaient pris cette décision pour protéger leur économie des problèmes qui ont ébranlé leur confiance dans le dollar comme monnaie de réserve mondiale.

C’est une nouvelle importante spécialement pendant la période des congés de Thanksgiving où il n’y a pas beaucoup de nouvelles, mais on n’en a pas parlé sur Bloomberg, CNN, [le] New York Times, ni nulle part dans les médias, presse ou TV, étasuniens. L’autruche ne sort pas sa tête du sable.

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Brève histoire de l’oligarchie en Russie

Par Xavier Moreau

Mikhaïl Khodorkovski

Le mot oligarque symbolise à lui tout seul l’histoire de la Russie de ces vingt dernières années et nous le trouvons utilisé pour désigner tout et n’importe quoi. Ce terme qui, au milieu des années 90, était synonyme de puissance et était ouvertement revendiqué est aujourd’hui récusé par les grandes fortunes de Russie, tant il est lié aux pires heures de l’ère Eltsine.

L’oligarchie a fortement évolué tout au long de la période. Certains oligarques sont tombés dans l’oubli, d’autres ont fui ou sont en prison. Les plus pragmatiques se sont adaptés en renonçant à toute prétention politique, ce qui rend d’autant le terme inadéquat pour les désigner aujourd’hui.

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Saisies immobilières : les Etats-Unis lancent une enquête

Addendum 15/10 :

- Synthèse – Pour y voir plus clair dans un gigantesque scandale financier

(Merci à Franc)

et pour mémoire :

- Banques US : vers un gigantesque «foreclosure-gate» ?

Une enquête a été lancée conjointement par les 50 Etats américains et les autorités fédérales sur des pratiques douteuses dans des milliers de dossiers de saisies immobilières.

La prochaine vague de saisies menace l'économie (caricature américaine)

Les 50 Etats américains et les autorités fédérales ont lancé, mercredi 13 octobre, une enquête conjointe sur les pratiques du secteur du crédit immobilier et sur les possibles erreurs de procédures dans des dizaines de milliers de dossiers de saisies immobilières. Selon certains spécialistes, cette initiative pourrait menacer la reprise des ventes de logements.

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La (re)traite des Blanches

Tous les arguments sont bons pour tenter de décrédibiliser la réforme des retraites, pourtant nécessaire car mettant en cause la solidarité intergénérationnelle et l’obligation d’aliments collective à l’égard de nos vieux.

Halde là !

C’est ainsi que l’on se lamente sur l’injustice de la réforme qui pénaliserait les femmes, lesquelles se verraient contrainte de prendre leur retraite plus tard que les hommes. La belle affaire ! Et d’expliquer que « l’avenir de l’homme », comme le chantait Ferrat, est obligé de s’arrêter de travailler pour élever les enfants ce qui le conduit à avoir des carrières en dent de scie, entre temps partiel et pluriactivité.

Doit-on rire ou pleurer devant une telle tartufferie de la gauche syndicale et politique qui puise son argumentaire dans un avis de la HALDE du 13 septembre écoulé et l’agite comme un vague chiffon programmatique ?

La Haute Autorité, dans sa lutte guillotinesque pour l’égalité à tout prix, « s’est saisie d’office de la question des inégalités de genre en matière de retraite » (sic !) et après avoir affirmé que « les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, qu’elles évoluent dans des métiers moins rémunérateurs et qu’elles font moins d’heures supplémentaires [à quoi] s’ajoutent (…) les conséquences pour les femmes de la maternité sur leur déroulement de carrière et leur rémunération ainsi que les impacts de la répartition des responsabilités en matière de garde d’enfants (selon l’Insee les femmes assument 80% du noyau dur des tâches domestiques) et de garde des personnes dépendantes », appelle le gouvernement à « favoriser et rééquilibrer l’accès [des femmes] au congé parental » et à mettre en œuvre des mécanismes compensatoires destinés à corriger l’inégalité hommes/femmes dans l’accès à la retraite.

La femme à barbe

Si tout cela semble bel et bon, il s’agit de ne pas se laisser berner par un discours dont la sincérité de façade masque, en réalité, une manœuvre idéologique destinée à faire prendre les vessies d’aujourd’hui pour les lanternes d’hier.

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Le krach de 2010 : la crise systémique

Par Paul Bara (ancien trader, économiste de marché puis directeur financier, il a parallèlement enseigné l’économie et la finance à Paris X et à l’ENA)

Hokusai, La grande vague de Kanagawa (1831)

La crise actuelle n’est pas une crise comme celles que nous avons connues depuis 1945. La croissance au quatrième trimestre 2009, en France et aux Etats-Unis, n’est due (en partie) qu’à un facteur technique transitoire, le moindre déstockage des entreprises. Nous ne sommes pas dans un enchaînement cyclique normal.

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Nouveaux pauvres américains

Et si on oubliait Wall Street et ses riches, pour parler des “nouveaux pauvres” ? Aux Etats-Unis, les médias, formules chocs à l’appui (”L’Amérique de l’ombre”, “Nos transparents voisins”…), se préoccupent de plus en plus de l’émergence d’une vaste pauvreté.

Pourcentage de pauvres aux USA (source : visualizingeconomics.com, août 2007). Cliquez sur la carte pour l'agrandir

Une récente étude du Centre du marché du travail de Northeastern University, constate que le décile inférieur de la population active, où le revenu familial n’excède pas les 12 500 dollars annuels, a connu au dernier trimestre 2009 un taux de chômage de 30,8 % – supérieur de 5 points au taux constaté au pic de la Grande Dépression, dans les années 1930. Le décile précédent, situé entre 12 500 et 20 000 dollars par an, enregistre un chômage de 19,1 %.

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Le capitalisme français reste aux mains d’un club très fermé

L’année 2010 sera-t-elle celle des grands changements au sein des conseils d’administration ou des conseils de surveillance des sociétés du CAC 40 ?

Pour l’instant, ni la crise ni les recommandations du code de bonnes pratiques du Medef et de l’Association française des entreprises privées (AFEP), édictées fin 2000, n’ont provoqué de modifications majeures : les instances continuent d’être globalement très homogènes et consanguines.

Le cumul des mandats demeure une pratique régulière. Une petite centaine de personnes (98 exactement), soit 22% des administrateurs, détient 43% des droits de vote des sociétés du CAC 40, selon le cabinet Ernst & Young.

Ces conseils – ils comptent en moyenne 14 membres – n’accueillent que 21% d’étrangers quand ceux-ci détiennent 40% du capital des groupes du CAC 40 et que l’activité à l’international assure désormais l’essentiel de la croissance de leur chiffre d’affaires.

Enfin, les femmes occupent moins de 10% des sièges d’administrateurs.

Une entreprise, la banque BNP Paribas, illustre cette concentration des pouvoirs au coeur de la gouvernance des entreprises du CAC 40 : quatre personnes – trois dirigeants de la banque et un ex-dirigeant encore influent dans le groupe – sont répartis dans les conseils de douze sociétés de l’indice phare de la Bourse de Paris.

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Combien d’or reste-t-il vraiment à Fort Knox ?

Selon le département du Trésor des Etats-Unis, la chambre forte située sous le camp militaire de Fort Knox conserve actuellement un peu plus de 4 000 tonnes de lingots d’or [N.B. : au 30 novembre 2009, 147 341 858 onces à Fort Knox, soit 4 177 071 kilos ; voir par exemple ce logiciel de conversion - Fortune] ; ce pactole se veut un symbole de la solidité du dollar américain.

Ben Bernanke - "Bienvenue à Fort Tungstène"

Apparemment, ces millions de kilos de métal précieux attestent également de la force de l’euro ; en effet, l’été dernier, le journaliste Max Keiser a obtenu l’aveu d’un officiel selon lequel “presque tout l’or appartenant à la Bundesbank” est entreposé aux Etats-Unis.

La semaine dernière [fin novembre 2009], l’analyste Jim Willie a révélé que, en octobre, des banquiers de Hongkong auraient découvert des lingots en provenance des Etats-Unis contenant en grande majorité du tungstène recouvert d’or. Pas du tout surpris, l’auteur Rob Kirby a proposé l’explication suivante : il y a une quinzaine d’années, sous la houlette du président Clinton, environ un million et demi de tels lingots factices (d’un poids total de 16 000 tonnes) auraient été fabriqués sur l’ordre du gouvernement. La moitié de ces lingots aurait été transférée à Fort Knox. Lire la suite

Bourse : avec l’informatique haute fréquence, certains «savent, tout simplement…»

Ces mois de crise qui n’en finissent pas, et ne sont pas prêts de le faire, auront déjà été l’occasion de multiples et étonnantes découvertes. Non pas en raison de l’attitude de ses principaux acteurs – sans surprise, la plupart d’entre eux restant rigoureusement dans leur rôle – mais à cause de l’inventaire en cours des petites merveilles que contient la boîte à outils de la finance, désormais que son couvercle est un peu ouvert.

Il est devenu courant, parfois même dans les milieux bien-pensants, d’évoquer la partie fantôme du monde de la finance et de reconnaître qu’un secteur important de celle-ci échappe, faute d’être à ciel ouvert, à toute inventaire. De la même manière que l’on s’est mis à parler de l’économie réelle, comme si une partie d’entre elle ne l’était pas.

Des esquisses de la finance fantôme peuvent commencer à être tracées, en s’appuyant sur de premiers repères : centres non coopératifs (paradis fiscaux), structured investment vehicles (structures de parking d’actifs), hedge funds (mercenaires de la finance), etc. On parvient à distinguer, dans ces coulisses dépourvues de tout éclairage, un petit monde assez mystérieux qui actionne toute une machinerie complexe, aux rouages qui nous dépassent. Jouant de commodités, semble-t-il, d’autant plus décisives qu’elles restent dans l’ombre.

On finit par pressentir que le monde visible de la finance a un double qui ne l’est pas, et qui joue pourtant un rôle fonctionnel. Etablissant le parallèle avec le double langage que les membres de sa confrérie pratiquent couramment, s’étant donné entre initiés des raisons d’être distinctes de celles qu’ils affichent pour la galerie (soutenir l’économie). Lire la suite

Sénat – Enquête sur les super-privilégiés de la République

Travailler moins pour gagner plus?

Présentation du livre de Robert Colonna D’Istria et d’Ivan Stéfanovich qui ont enquêté sur les petits et gros privilèges des sénateurs. Conclusion: les contribuables français paient 300 millions d’Euros par an pour financer le Sénat, dans l’opacité la plus totale…

http://www.dailymotion.com/video/xasyv4

Contrefaçon d’actions à Wall Street : histoire d’une escroquerie monumentale

En 2008, de mystérieux spéculateurs ont inondé les marchés financiers d’énormes quantités d’actions de contrefaçon, ce qui a contribué à tuer Bear Stearns et Lehman Brothers. Le gouvernement américain ne se presse pas pour enquêter…

Cet article est la traduction résumée d’une longue et complète enquête de Matt Taibbi pour le compte de Rolling Stone, magazine dans lequel avait déjà paru un autre article retentissant du même auteur sur Goldman Sachs.

L’après-midi du 11 mars 2008, les actions de la vénérable banque d’investissement Bear Stearns s’échangeaient à 62,97 dollars. Mais l’établissement commença sa descente aux enfers dès le lendemain.

A la fin de la semaine, l’entreprise avait perdu la quasi-totalité de sa trésorerie et pendant le week-end, elle fut achevée par la FED et le Trésor US, forcée de se vendre à JPMorgan Chase (qui a utilisé 29 milliards de dollars d’aides publiques pour ce faire) au prix humiliant de… 2 dollars par action.

Quand Nostradamus joue en bourse…

Ce qui est remarquable, c’est que le 11 mars 2008, “quelqu’un” a fait l’un des paris les plus fous de l’histoire de Wall Street, investissant 1,7 millions de dollars dans une série d’options (produits financiers complexes) bien particulières : pour gagner, il fallait que Bear Stearns perde plus de la moitié de sa valeur en moins de neuf jours.

À ce moment là, il ne s’agissait pas d’un pari fou, mais d’une pure folie ! Aussi dingue qu’“acheter pour 1,7 millions de billets de loterie”.

Mais ce qui est encore plus fou, c’est que notre Nostradamus boursicoteur a gagné son pari… empochant 159 fois sa mise, soit environ 270 millions de dollars.

Réunion secrète à la FED Lire la suite

Afrique du Sud : voyage au coeur d’un ghetto blanc

C’est l’apartheid à l’envers. En Afrique du Sud, des « petits Blancs » laissés-pour-compte du nouveau régime croupissent dans une misère effroyable. Mis à l’écart dans des camps de fortune, ravitaillés par des Noirs, ils tentent de survivre tant bien que mal, parfois depuis plusieurs années.

Inimaginable il y a quinze ans : des volontaires noirs ravitaillent les 400 squatters afrikaners démunis de tout dans le camp de Coronation Park. (Finbarr O'Reilly/Reuters)

Direction Krugersdorps, une ville située au Transvaal, dans la province de Gauteng. A une trentaine de kilomètres de Johannesburg, dans un township de Blancs dénommé Coronation Park, végètent dans une crasse effroyable quelque 400 Afrikaners, ces Africains à la peau blanche d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave, descendants des colons du XVIIIème siècle. Parmi eux, Anne Le Roux, 60 ans, est assise sur une chaise, les yeux rivés sur une photo. Ah… le mariage de sa fille… Il est bien loin ce temps où Nelson Mandela était le premier président noir du pays, où elle vivait avec son époux dans une maison à Melville, où elle travaillait comme secrétaire… Aujourd’hui, seize ans après l’accession au pouvoir de « Madiba », Anne partage une caravane déglinguée et une pauvre tente avec sept autres personnes, dont sa fille et ses quatre enfants, dans un campement pour Blancs.

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L’US Army à la chasse au trésor afghan

Le Pentagone a découvert un nouveau « Klondike » en Afghanistan. Près de 1 000 milliards de dollars seraient enfouis dans le sous-sol du pays, ce qui en ferait un géant minier d’une taille comparable à celle de l’Australie.

Minéraux en Afghanistan (cliquez sur la carte pour l'agrandir)

Depuis longtemps, les géologues russes et américains avaient identifié d’importantes richesses minières en Afghanistan. Dans ses rapports annuels sur les pays, l’US Geological Survey (USGS) avait listé les minerais présents en abondance dans ce pays : cuivre, or, minerai de fer, marbre, nickel, soufre, talc… Toutefois, Chin S. Kuo, le responsable de l’étude, notait que l’absence d’infrastructures, de main-d’œuvre qualifiée, sans oublier les problèmes non résolus de sécurité, interdisaient pour le moment l’exploitation de ces richesses.

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Marée noire, crise économique : l’inconscience atteint ses limites (?)

BP, et l’industrie pétrolière dans son ensemble, négligent les règles de sécurité. Résultat : une marée noire sans précédent qui pourrait bien ne pas rester isolée, vu l’état des diverses installations, l’absence de contrôle et la cupidité de certains responsables. Mais, au fait, ça ne vous rappelle rien ? La crise…

BP n’a pas fauté, elle a joué à la roulette russe… en pointant son flingue sur nos tempes. La firme était au courant que ses installations de forage étaient foireuses et qu’elles risquaient l’explosion à tout moment. Depuis des années. Mais elle n’a rien fait. Elle n’a rien contrôlé, elle n’a rien surveillé, elle n’a rien réparé.

Les contrôles de l’administration ? D’une indépendance sans égale : certains rapports étaient rédigés par les compagnies elles-mêmes, sans parler des menus avantages en nature concédés aux “enquêteurs”. Point de corruption (oula non, comme vous y allez !) juste quelques menus cadeaux d’affaires. Dont voici le résultat.

Garcimore au secours de BP

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La pire catastrophe écologique continue, mais…

Par Denissto (article reproduit avec la bénédiction de l’auteur, tous droits réservés)

Il fallait bien que la guignolesque d’outre-Atlantique nous serve un pamphlet contre les compagnies pétrolières.

Le comique de situation fait parfois discrètement déraper les comédiens, drame oblige…

Le dérapage présidentiel : “Il est évident que le système a échoué, et gravement“, a également reconnu le président américain, n’exonérant pas son gouvernement. “Depuis trop longtemps, pendant une décennie ou plus, une relation de proximité a existé entre les compagnies pétrolières et l’agence fédérale qui leur permet de forer“, a-t-il constaté.

Ce mea-culpa n’est qu’un gros mensonge !

Comment le président des États-Unis pourrait-il ne pas savoir que le lien qui unit les pétroliers et l’administration américaine depuis des décennies, ne se situe pas au niveau de l’agence fédérale, mais directement au sommet de l’Establishment ? On ne devient pas président des États Unis sans le soutien financier des Cartels !

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« Modernisation » de l’État : rupture ou révolution culturelle à la chinoise ?

Par Michel Geoffroy

La réforme de l’État constitue l’un des axes de la présidence de Nicolas Sarkozy. Elle est activement conduite par l’Élysée sous le nom de code RGPP : Révision générale des politiques publiques. La méthode est simple : on change tout, on lance tous les chantiers en même temps. C’est la rupture, pilotée par les grands corps de l’État, qui se placent par la même occasion hors de portée du séisme qu’ils provoquent chez les autres.

Le bouleversement est en effet considérable : fusion progressive des grands corps techniques et des services déconcentrés de l’État, fusion des services d’assiette et de recouvrement de l’impôt, modifications statutaires tous azimuts, externalisations, réforme des concours administratifs « pour plus de diversité, » suppressions d’emplois, recrutements de contractuels à tous les niveaux, etc.

Certaines réformes, prises isolément, sont parfois bienvenues. Mais leurs bénéfices sont dilapidés par la dynamique d’ensemble de « la réforme de l’État » : car le parti pris de tout changer en même temps, crée le chaos. La RGPP ne débouche pas sur l’efficience mais sur une gabegie contagieuse.

Le tout, conduit à un rythme d’enfer : les audits, les réformes, les réorganisations se succèdent. De quoi faire apparaître la révolution culturelle chinoise comme une paisible transformation.
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La déchéance du management des grandes entreprises

Alors que les sociétés du CAC 40 devraient surperformer, elles stagnent, voire régressent parfois, ou font tout simplement moins bien que ce qu’elles pourraient faire. Pourquoi ?

Les raisons de ces contre-performances sont en fait découvertes depuis les années 50. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’aussi vieux soient-ils, ces principes sont toujours et encore d’actualité.

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Santé : la victoire coûteuse de Barack Obama

“Oui, ils ont fait l’histoire”, titre le Washington Post. Après des mois d’âpres négociations au Congrès, Barack Obama a remporté, dimanche 21 mars, une victoire législative majeure avec l’adoption d’une réforme historique de l’assurance-maladie. En portant personnellement cette réforme, M. Obama “a démontré qu’un président qui a un but, adopte un plan de bataille et s’y tient, n’est pas facile à mettre en défaut”, souligne le Los Angeles Times.

Obama au contribuable désargenté : "Je veux de l'argent pour ce tacot" (jeu de mot sur le nom de la prime à la casse automobile de 2009, l'ambulance représentant le projet de réforme)

La Chambre des représentants a approuvé par 219 voix contre 212 le texte adopté en décembre par le Sénat, alors qu’une majorité de 216 voix était nécessaire. “En bien des manières, cette bataille est la continuation des débats passionnés de la campagne de 2008″, souligne Mother Jones. Le Wall Street Journal, pour sa part, ne décolère pas du ralliement de l’élu du Michigan, Bart Stupak, connu pour ses positions anti-avortement, et qui aurait “vendu son âme à un exécutif édenté”. Au total, 34 démocrates ont voté contre le projet de loi avec 178 républicains, dont pas un n’a voté pour la réforme.

Sur dix ans, la réforme, d’un coût de 940 milliards de dollars (695 milliards d’euros), devrait aussi réduire le déficit américain de 138 milliards de dollars (102 milliards d’euros), selon le bureau du Budget du Congrès. Le texte prévoit en effet une baisse des dépenses du programme d’assurance-maladie des personnes âgées (Medicare). Au total, le texte devrait permettre de garantir une couverture à 32 millions d’Américains qui en sont dépourvus.

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74 milliards de dollars de pertes pour Fannie Mae

Les deux grands géants malades du refinancement hypothécaire américains sont loin d’être guéris.

Après l’annonce d’une perte nette de 25,7 milliards de dollars en 2009 par Freddie Mac, l’autre grande société de refinancement des prêts hypothécaires, Fannie Mae, a publié ce week-end une perte massive de 72 milliards de dollars pour 2009, contre 58,7 milliards en 2008.

Y compris le versement de 2,5 milliards de dollars de dividendes au titre des actions préférentielles détenues par l’Etat, le total de ses pertes s’élève à 74,4 milliards de dollars contre 59,8 milliards un an plus tôt.

Pour faire face à l’aggravation de la situation, la Federal Housing Finance Agency, le régulateur de Fannie Mae, a demandé 15,3 milliards de dollars d’aide supplémentaire au Trésor, ce qui portera le soutien public total dont a bénéficié la société à 76,2 milliards.

Sur le dernier trimestre, la société, passée sous le contrôle de l’Etat, a indiqué que sa perte s’élevait à 15,2 milliards de dollars, outre le versement de 1,2 milliard de dollars de dividendes pour les actions préférentielles détenues par l’Etat.

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USA : le Pentagone plombé par ses sous-traitants… vive les fonctionnaires !

Comment réduire les coûts du Pentagone ? Grave question, à laquelle le Congrès vient de trouver une réponse : en remplaçant ses sous-traitants privés par des fonctionnaires, l’Etat économisera 44 000 dollars par poste ! Une pierre dans le jardin du l’ultralibéralisme et… un Nobel de l’économie pour Obama ?

Mercenaires de la société Blackwater

Le département de la Défense américain estime qu’il pourra économiser 44.000 dollars tous les ans pour chaque poste de sous-traitant remplacé par un fonctionnaire, selon un rapport du Sénat détaillé par le Washington Post.

D’où le vote, [le 19 décembre 2009] au Congrès, d’une ligne de crédit de 5 milliards de dollars, pour embaucher de nouveaux agents gouvernementaux amenés à remplacer ces onéreux contractants, aux Etats-Unis comme à l’étranger. L’histoire ne dit pas combien d’employés seront embauchés, pas plus qu’elle ne précise le nombre de contractuels débauchés.

La faillite de la privatisation de l’armée

A l’occasion de la guerre en Irak, l’administration Bush a largement favorisé le recours au privé. À l’époque, les responsables de la Défense faisaient valoir que le Pentagone avait un besoin urgent et temporaire de personnel ; la guerre était encore considérée comme une opération devant se solder par un triomphe rapide.

Le fait que les décès de mercenaires tués dans les zones de combat ne sont pas comptabilisés officiellement n’était pas pour déplaire non plus. Et le privé étant soumis à la sacro-sainte règle de libre concurrence, l’objectif était également d’économiser de l’argent.
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Sondage – Les Français et l’économie : une nation de schizophrènes ?

Un sondage TNS-Sofres a été réalisé fin octobre pour essayer de décrypter le complexe rapport des Français à l’économie et à l’entreprise. Le résultat en est troublant.

Il a été demandé si certains mots évoquaient des valeurs positives ou négatives. Certains termes sont sans surprise des valeurs-repoussoir : mondialisation, capitalisme, profit, libéralisme (avec respectivement 73, 72, 56 et 53% d’opinions négatives).

D’autre résultats sont plus surprenants : la nationalisation est majoritairement une valeur négative, tout comme le protectionnisme (52%/48%) ; l’entreprise privée (28% négatif) est mieux vue que l’entreprise publique (33%) et que l’administration (51%). Enfin, les valeurs travail/argent/consommation sont plébiscitées (84%/71%/66% de positif), mais aussi… le temps libre (94% de positif).

On peut dire que ces simples attributions sont bourrées de paradoxes : le libéralisme est majoritairement repoussé, mais les nationalisations aussi (retour du “ni-ni” ?) et, plus surprenant, les Français ont plus confiance dans le privé que le public. Le capitalisme et le profit sont conspués, mais pas l’argent et la consommation. Le travail est une valeur-refuge (une des explications de l’élection de Nicolas Sarkozy ?), mais le temps libre aussi (donc, a priori, pas de remise en cause des 35 heures).

Ces multiples paradoxes montrent que les français sont perdus. Mais, surtout, qu’une dichotomie (voire schizophrénie) croissante s’opère entre l’individu-consommateur qui ne veut pas changer son mode de vie (consommation, protection de l’Etat, pollution) et l’individu-citoyen qui ne veut pas subir les conséquences des actes de l’individu-consommateur (capitalisme effréné, taxes, dégradation de l’environnement). Lire la suite

Cessation des paiements : après l’administration pénitentiaire, la chancellerie

C’est une première en France : le ministère de la Justice ne paiera pas les astreintes et permanences de ses personnels en 2009, faute de crédits suffisants en fin d’année.

La Chancellerie vient de demander à ses services administratifs régionaux (SAR), qui sont notamment en charge du calcul du traitement dû aux fonctionnaires du ministère de la chancellerie, primes et indemnités d’astreinte inclus, de ne pas payer les indemnités de permanences du mois d’octobre, versées en décembre (il y a un décalage de deux mois) et de transférer les fonds correspondant à la Chancellerie.

Toutes les permanences des juges des libertés et de la détention, des juges d’instructions, des procureurs, et surtout de leurs greffiers passent ainsi à la trappe. Lire la suite