Les biotechs : La nouvelle bulle spéculative ?

La bourse et les investisseurs sont-ils en train de surévaluer les perspectives du secteur de la santé ? Les opérations dans ce domaine se multiplient ces derniers mois, et la valorisation de certaines sociétés commence à inquiéter sérieusement certains observateurs.

475 milliards de dollars en 15 mois ! Le montant total des opérations de fusion-acquisitions dans les secteurs de la santé (biotech/medtech) laisse un peu songeur, d’autant que tout s’est fait avec une rapidité foudroyante, témoignant d’une véritable frénésie.

Et la tendance n’est pas au ralentissement, vu que ce sont 70 milliards de dollars d’opération qui ont été d’ores et déjà annoncées depuis le début de l’année.

La dernière d’entre elles est particulièrement parlante, il s’agit du rachat de la biotech américaine Pharmacyclics par le laboratoire Abbvie pour 21 milliards de dollars. Rachat qui est intervenu au prix d’une bataille boursière assez tendue avec Johnson & Johnson, qui proposait 17 milliards, et un acquéreur non-identifié, sans doute pour un montant comparable.
Lire la suite

La fin du travail, la faim de travail

La vraie crise, pour Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM Lyon, n’est pas à chercher dans les chiffres mais dans l’intensification, au-delà du supportable, du travail des actifs. Un travail de plus en plus «productif», vidé de son sens.

C’est un titre, à vrai dire, un peu sibyllin: «Le travail invisible», enquête sur une disparition. Le livre de Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM Lyon, est pourtant une plongée passionnante dans les rouages de la crise. Une crise imputable aux excès de la finance, certes. Mais qui, en réalité, nous confronte surtout à nos vains espoirs et vraies contradictions.

Lire la suite

États-Unis : Philadelphie, la 5ème plus grande ville du pays est en faillite

(Un grand merci à notre lecteur Wisewhite pour la rapidité et la qualité de sa traduction.)

Philadelphie, la 5ème plus grande ville des États-Unis, est en faillite dans les faits ; le maire a tenu une réunion secrète avec Wall Street pour discuter de la cession d’actifs.

Vous savez qu’une ville connaît de sérieux ennuis  lorsque son maire invite Wall Street, mais ni la presse ni les citoyens, à une réunion secrète afin de discuter de l’avenir, y compris pour solder les actifs de la ville.

Le maire de Philadelphie Michael Nutter (NDT : en anglais, Nutter signifie “dingue”), dont la municipalité a la réputation de solvabilité la plus basse des cinq villes américaines les plus peuplées, a tout simplement fait cela.
Lire la suite

« Le problème n’est pas la Grèce mais la finance spéculative qui l’a rendu possible »

La finance sans visage, voilà l’ennemi.” Depuis que François Hollande s’est lancé sur ce thème au Bourget, la formule – volontairement floue – a fait florès. Jerôme Cazes, spécialiste des risques financiers – il a été directeur général de l’assureur-crédit Coface – se montre doublement plus précis que le candidat socialiste. S’il cible d’abord la finance spéculative et non la finance en général, c’est pour mettre dans son collimateur plus particulièrement les activités pour compte propre des banques.

En délaissant le crédit pour une quête forcenée de rentabilité, le système bancaire est devenu intrinsèquement un facteur de risque ; danger qui n’a d’ailleurs pas manqué de se concrétiser”, analyse l’expert qui met radicalement en cause les états-majors financiers de l’Hexagone pour leur défense obtue – et intéressée – de la banque universelle. Pour éclairer l’opinion sur ces enjeux essentiels et mettre en scène les acteurs de façon vivante et accessible, Jerôme Cazes a emprunté une voie originale, celle d’une fiction qui prend la forme d’un thriller” financier haletant – forcément haletant.

Pourquoi un thriller ? Cette forme m’a paru adaptée pour décrire un monde – celui de la finance – réputé compliqué et ennuyeux qui place avec tous ces acronymes l’opinion dans un rapport d’infériorité. La finance fonctionne pourtant avec des invariants à la portée de la compréhension de tout le monde. Les motivations des acteurs relèvent de la même logique que celles d’un détective privé dans un thriller. La complexité du sujet est bien réelle.

Si elle permet d’écarter les curieux, elle dépasse bien souvent l’entendement même des opérateurs, ce qui la rend dangereuse. Il est temps de revenir à des mécanismes simples et compréhensibles. Cette conviction que je me suis forgée après une expérience professionnelle de plusieurs années dans une grande banque, j’ai voulu la faire partager à mes lecteurs en faisant preuve de pédagogie. J’y décris la prochaine crise de crédit, encore pire que la crise actuelle, dont le point de départ est situé dans les fonds municipaux américains, impliquant des investisseurs internationaux dont chinois et français. J’y décris aussi des milieux financiers qui sont à des années lumière des enjeux collectifs et de l’intérêt général.

La finance spéculative

Lire la suite

La retraite à 62 ans, un échec annoncé

Ainsi, le gouvernement (ce n’est pas une surprise) a décidé d’axer ses réformes des retraites sur l’allongement de la durée du travail : mais a-t-il les moyens de sa politique?

C’est, certes, une bonne chose que d’avoir abandonné le discours libéral à la mode il y a 10 ans, selon lequel l’avenir, c’était la capitalisation (qui ne créé aucune richesse supplémentaire, et ne met pas fin à la solidarité entre générations, comme l’a montré Jean-Paul Fitoussi) discours difficilement tenable après la crise financière qui a vu beaucoup de Britanniques et d’ Américains perdre la quasi-totalité de leur retraite… mais ce n’est qu’un changement de discours, pas d’objectif.

Je ne vais pas reprendre ici l’analyse classique des multiples paramètres jouant sur la retraite par répartition, le principal étant le chômage, dont la disparition ne se proclame pas par décret (il implique une modification radicale, et qui prendra du temps, de toute la politique économique et monétaire européenne, car, au niveau national, comme l’a dit Mitterrand, « on a tout essayé ») .

Problème démographique

Mais il faudrait que chacun admette enfin que l’allongement spectaculaire de l’espérance de vie et la modification du rapport entre actifs et retraités pose, toutes choses égales par ailleurs, un problème qu’il serait vain de nier : percevoir sa retraite en moyenne pendant moins de dix ans, comme c’était le cas en 1945, ou la percevoir en moyenne pendant 22 ans comme aujourd’hui (voir évolutions de l’espérance de vie à 60 ans et de l’âge de la retraite) change évidemment la nature du problème.

Il ne faut pas oublier que, lorsque Bismarck a institué la retraite, il a demandé à des démographes de lui dire à quel âge il fallait la fixer pour que le système ne coûte rien; et la réponse ayant été 60 ans, c’est ce chiffre qui a été retenu (ce qui l’avait beaucoup amusé, parce qu’il avait 70 ans à l’époque). Lire la suite

«Vers la modération» [monétaire et bancaire]

Quelles sont les missions d’une banque ? Est-elle au service de la population en recevant des dépôts et en accordant des crédits, en émettant et administrant des titres, en effectuant des opérations boursières, des transactions et en conseillant sa clientèle en matière financière ? Contribue-t-elle ainsi à l’évolution sociale ? Ou doit-elle obtenir des rendements les plus élevés possible pour ses investisseurs, s’agrandir sans fin, si possible dans le monde entier, prendre des risques ? Doit-elle rétribuer ses directeurs comme des princes ?

Silvio Gesell

Le titre du dernier ouvrage du professeur Hans Christoph Binswanger «Vorwärts zur Mässigung» (Vers la modération) convient bien au débat actuel. Il constitue un tour d’horizon à travers l’œuvre de l’auteur. Ceux qui cherchent des suggestions de solutions à la crise actuelle ne seront pas déçus.

Binswanger propose une restructuration du système monétaire en relation avec une réorientation de l’économie : il faut abandonner la recherche unilatérale de taux de crois­sance élevés et s’orienter vers une meil­leure préservation des ressources naturelles qui se raréfient et vers le respect de l’environnement.

Une croissance modérée et davantage d’argent en circulation sont certes indispensables pour ne pas mettre en danger le fonctionnement de l’économie moderne mais la «modération» est nécessaire. Qu’est-ce que cela signifie dans le domaine financier?

Restructuration du système monétaire

Binswanger propose une procédure qui va plus loin que les propositions de Thomas Jordan (BNS) ou de Boris Zürcher (Avenir Suisse). Il faut restructurer le système monétaire et réorienter l’économie.

Lire la suite