1er mars 1999 : l’OMC impose la dérégulation financière mondiale

Par Michel Santi

La dérégulation à outrance des marchés financiers, ayant abouti à la crise des années 2007-2010, remonte au 1er Mars 1999.

C’est en effet sous l’impulsion de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que des nations aussi diverses que Bahrein, les Etats-Unis ou l’Australie et représentant 90% du chiffre d’affaires mondial en terme de services financiers, signèrent le “Financial Services Agreement” (FSA), qui devait consacrer l’invulnérabilité des “Too Big To Fail” [trop gros pour faire faillite].

Cet accord ouvrait ainsi une voie royale aux fusions d’établissements financiers d’importance moyenne, qui avaient dès lors la bénédiction de l’OMC et de ses membres pour se transformer en mastodontes, sans devoir être inquiétés par les autorités internationales, ni devoir leur rendre des comptes…

L’OMC, qui tentait déjà, depuis plusieurs années, de promouvoir la dérégulation financière sous couvert de libéralisation du commerce international, imposait ainsi aux nations signataires de ne s’engager dans aucune réglementation, pour certains pays de procéder à une libéralisation à pas forcé, de leurs services financiers ! Dans la foulée, les Etats-Unis s’engagèrent à répudier le fameux Glass-Steagall, qui devait effectivement être abrogé 8 mois plus tard…

En fait, les Etats-Unis décideront, en cette occasion, de quasi supprimer, progressivement, toute régulation financière intérieure, afin de se mettre en conformité avec les accords dits du “GATT”. Plus aucune restriction sur les nouveaux produits financiers, ouverture totale de leur marché à toutes les entreprises actives dans la finance et encouragements à la création de corporations géantes, telles étaient donc les directives acceptées, le coeur léger, par des pays qui considéraient cet accord comme une percée considérable dans l’histoire de la civilisation moderne.
Lire la suite

Jacques Sapir, économiste alternatif et souverainiste

Par Laurent Pinsolle

Après avoir lu beaucoup de livres de penseurs alternatifs (…), Jacques Sapir était le dernier grand intellectuel que je voulais étudier.

« Le nouveau 21ème siècle » [Ed. du Seuil, mars 2008], écrit avant le déclenchement de la crise économique, est un ouvrage de référence sur l’économie et l’idée nationale.

Retour sur la crise de 1997-1999

C’est un point commun de Jacques Sapir avec les deux prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman, que de donner une importance particulière à la crise qui a secoué les pays émergents à la fin des années 90. Pour lui, comme pour eux, cette crise est la conséquence d’une déréglementation excessive, notamment sur le plan financier et monétaire et elle démontre, 10 ans avant la crise des subprimes, les immenses dangers de la globalisation néolibérale.

Ce livre complète parfaitement « La grande désillusion » de Joseph Stiglitz, qui travaillait à la Banque Mondiale à cette époque.

S’il en donne une lecture plus politique, le constat économique est aussi sévère. Il montre l’absurdité d’un système où le FMI prêtait de l’argent à des pays émergents pour défendre leur monnaie, à un coût exorbitant, tout en étant voué à l’échec la plupart du temps. Il souligne que « la Malaisie et le Chili (…) ont dû leur réussite à des mesures de contrôle de capitaux ».

Bref, alors que le FMI déversait de l’argent pour lutter contre les marchés, tout en imposant des mesures d’austérité souvent violentes pour la population, la solution à cette crise était une restriction des marchés de capitaux. L’auteur souligne malicieusement : « si les Etats-Unis sont capables d’engager à perte plus de 60 milliards de dollars pour tenter d’enrayer une crise financière (…) n’eût-il pas été plus judicieux d’investir la même somme dans des actions de développement ? »
Lire la suite