Inégalités, surendettement, les deux faces d’une même réalité

(extraits) Par Albert Edwards, responsable de la stratégie à la Société Générale

Quelle est la relation, si elle existe, entre le laxisme extrême des banques centrales aux États-Unis et au Royaume-Uni et le fait que ces pays aient été ceux où les inégalités ont augmenté de façon la plus extrême durant ces dernières décennies ?

Etait-ce un facteur important ?

J’ai lu quelques réflexions provocantes de Marc Faber, dans son Gloom, Boom and Doom report, sur les inégalités extrêmes qui existent aujourd’hui.

Elles m’ont rappelé que nos excellents économistes américains Steven Gallagher [économiste en chef, Société Générale New York] et Aneta Markowska [économiste, Société Générale New York] avaient également traité du sujet.

Sans aucun doute, aux États-Unis l’augmentation des inégalités a été fulgurante ces dernières années (voir graphique ci-dessous).

A gauche : répartition des revenus aux USA de 1917 à 2007, en pourcentage du revenu total. En rouge, les 10% de la population qui ont les revenus les plus élevés. En noir, le 1% de la population qui a les revenus les plus élevés. A droite : évolution du pourcentage de la population dépendant de bons d'alimentation pour se nourrir. (Cliquez sur le graphique pour l'agrandir)

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Qui sont les accapareurs de terres agricoles à l’étranger ?


Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf. « La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar » – en fait, il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises.

L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie Saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre.

Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »

Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute.

Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : l’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le sud de l’Afrique (voir GRAIN, “L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique”, Oryza hibrida, 1er septembre 2009). Bref, une situation tout à fait courante. Lire la suite