Dix-huit mois décisifs

Par Jacques Sapir

La suspension, probablement temporaire, du mouvement social qui s’est manifesté à travers l’opposition au projet de réforme des retraites du gouvernement, ouvre ce que l’on peut appeler la « grande » année électorale. Désormais, il est clair que tous les acteurs vont avoir les yeux rivés sur les échéances de 2012.

Cela ne signifie pas que tout se réduise à cette forme de lutte politique. Cependant, pour tenter de prolonger le mouvement social dans ce nouveau contexte, il faut tirer les leçons de ce que nous venons de vivre depuis septembre, et se projeter au-delà.

Une victoire tactique et une défaite stratégique

La première leçon est, incontestablement, que si le gouvernement a remporté une victoire tactique contre le mouvement social, il l’a payée d’un prix exorbitant. Cette victoire pourrait se transformer en une défaite stratégique.

Lire la suite

Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet

Dans une note de recherche non encore publiée, l’économiste Jacques Sapir explique pourquoi, malgré la déflation salariale, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a pas baissé depuis 1990. En cause : la hausse des salaires les plus élevés et la transformation de revenus du capital en salaires.

Et pour les autres ? La chute des revenus.
La question du « partage de la Valeur Ajoutée » a suscité de nombreux débats en France depuis le début de la crise.

Sans avoir atteint le niveau des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, la baisse relative sur longue durée des revenus salariaux a été invoquée comme l’une des causes de la fragilité de l’économie française.

Cependant, la diversité de ces mêmes revenus salariaux, qui incluent désormais ce qui était autrefois des revenus du capital, pose le problème de ce que l’on mesure.

Enfin, l’impact du libre-échange sur l’évolution des rémunérations salariales est aussi un facteur qu’il faut pouvoir estimer.

Si l’on fait l’hypothèse que les salaires dans l’industrie ont été en France tirés vers le bas par l’importation de produits provenant des économies à très bas coûts salariaux, c’est plus vers la relation Salaires-Productivité qu’il faut tourner ses regards.

L’ouverture au commerce international fragilise en effet le mécanisme d’indexation des salaires sur la productivité dans l’industrie et donne aux entreprises qui s’externalisent la possibilité de ne plus dépendre du marché intérieur, et des salaires qui y sont payés. Lire la suite

Le chômage américain officiel au-dessus des 10%… et officieusement, près des 20%

Les prévisions de la banque centrale américaine sont désormais caduques, avec un taux de chômage de 10,2% en octobre.

[N.B. : rappelons qu'officieusement, en raison du mode de comptage discutable des chômeurs aux Etats-Unis, le taux réel de la "population active" sans emploi, avoisinerait plutôt les 20%, si l'on en croit certains économistes hétérodoxes, tels que le célèbre Gerald Celente (18,7% en juillet 2009), le moins connu Peter Morici (18 % en novembre 2009) ou le fameux site Shadowstats, autrement dit "statistiques fantômes" (22% en novembre 2009), ou encore... un responsable local de la Fed à Atlanta (16 % en août 2009) - Fortune]

Effet psychologique garanti : le chômage américain a dépassé en octobre la barre des 10%, atteignant 10,2%. Le marché de l’emploi souffre encore de destructions d’emplois massives, bien qu’en baisse, selon les chiffres officiels corrigés des variations saisonnières publiés vendredi à Washington.

Le rythme des destructions d’emploi a néanmoins ralenti par rapport à un mois de septembre catastrophique. L’économie américaine a détruit 190.000 postes en octobre, soit 13,3% de moins que le mois précédent, mais toujours bien plus qu’en août, quand les licenciements nets étaient tombés à 154.000, a indiqué le département du Travail.

“Faiblesse persistante”

Les chiffres publiés “contiennent à la fois les signes d’un rétablissement et la preuve douloureuse de la faiblesse persistante du marché de l’emploi”, a réagi la conseillère économique en chef du président Barack Obama, Christina Romer. Lire la suite