Notes sur la vertu ultime de la nation

Philippe Grasset nous explique pourquoi, en ce temps de crise, la nation est incontournable.

Voici un sujet par essence intemporel malgré l’apparence, ou bien, jugeront certains, un peu trop durable dans le temporel. Il s’agit du thème de “la nation”, qui est un sujet toujours d’actualité, qui l’est toujours aujourd’hui.

L’idée même de “nation” semble toujours susciter une sorte de passion constante, une rage, un désespoir, une fureur et une haine, un amour jusqu’au sacrifice. (Il m’arrive parfois d’en juger dans mes pérégrinations de chroniqueur, devant telle ou telle réaction, où la chose, “la nation”, est parfois encombrée d’épithètes définitifs et d’une polémique si excessive – et je m’ébahis, devant l’obsolescence de ces critiques d’un autre temps, comme si l’on débattait de la question du sexe du Diable avec les barbares déjà là, si pressants qu’ils sont déjà en nous.)

S’interroger sur “la nation” aujourd’hui revient à s’interroger sur la situation de notre civilisation, c’est-à-dire sur la crise que subit cette civilisation plus que sur le concept de nation. La question de la nation est un biais pour aborder les problèmes qui nous hantent et nous assaillent à la fois. Prenons garde à ces deux verbes, précisément choisis parce qu’ensemble, ils relient notre mémoire historique à notre situation contemporaine.

Le problème de la nation “nous hante” parce qu’il s’agit d’une question historique fondamentale; il “nous assaille” parce qu’il se manifeste chaque jour dans notre esprit, comme facteur organisateur de la réflexion sur la situation en cours. Les deux – l’Histoire et la “situation en cours” – sont ainsi étrangement liés.

Nous disons et redisons que le caractère exceptionnel de notre temps historique, dû à la pression des événements telle que nous la répercute le phénomène fondamental de la communication, est bien de simultanément disposer d’un regard immédiatement “historique” sur “la situation en cours”.

Nous suivons une actualité colossale au jour le jour et sommes en position, pour qui y pense et le veut et grâce à la communication, d’en distinguer aussitôt les caractères historiques qui les relient à ce que nous savons de notre passé. Nous regardons et voyons sous nos yeux l’Histoire se faire, et sommes à même d’en tirer grand profit si nous faisons appel à ce que nous savons de l’Histoire.

Là-dedans, la nation, qui hante notre histoire, est si présente dans notre “situation présente” que sa problématique ne cesse de nous assaillir. Lire la suite

Le chômage américain officiel au-dessus des 10%… et officieusement, près des 20%

Les prévisions de la banque centrale américaine sont désormais caduques, avec un taux de chômage de 10,2% en octobre.

[N.B. : rappelons qu'officieusement, en raison du mode de comptage discutable des chômeurs aux Etats-Unis, le taux réel de la "population active" sans emploi, avoisinerait plutôt les 20%, si l'on en croit certains économistes hétérodoxes, tels que le célèbre Gerald Celente (18,7% en juillet 2009), le moins connu Peter Morici (18 % en novembre 2009) ou le fameux site Shadowstats, autrement dit "statistiques fantômes" (22% en novembre 2009), ou encore... un responsable local de la Fed à Atlanta (16 % en août 2009) - Fortune]

Effet psychologique garanti : le chômage américain a dépassé en octobre la barre des 10%, atteignant 10,2%. Le marché de l’emploi souffre encore de destructions d’emplois massives, bien qu’en baisse, selon les chiffres officiels corrigés des variations saisonnières publiés vendredi à Washington.

Le rythme des destructions d’emploi a néanmoins ralenti par rapport à un mois de septembre catastrophique. L’économie américaine a détruit 190.000 postes en octobre, soit 13,3% de moins que le mois précédent, mais toujours bien plus qu’en août, quand les licenciements nets étaient tombés à 154.000, a indiqué le département du Travail.

“Faiblesse persistante”

Les chiffres publiés “contiennent à la fois les signes d’un rétablissement et la preuve douloureuse de la faiblesse persistante du marché de l’emploi”, a réagi la conseillère économique en chef du président Barack Obama, Christina Romer. Lire la suite

La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Laurent Pinsolle, blogueur dont nous avons déjà parlé et acolyte de Nicolas Dupont-Aignan, vient de publier sur son site trois articles pourfendant le mythe de la “mondialisation heureuse” (Dominique Strauss-Kahn) et proposant une alternative : la “ré-internationalisation” (terme forgé par l’économiste Frédéric Lordon).

Qu’est-ce donc que cette intéressante notion ? Laissons-le nous l’expliquer.

I – La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Depuis 30 ans, la globalisation néolibérale a transformé la planète. Ses promoteurs affirment que la liberté, promue objectif absolu de l’humanité, est le meilleur moyen de faire avancer le bien commun. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de ne pas constater qu’elle œuvre contre l’intérêt général.

Un idéal de liberté travesti

A la base, le libéralisme est porteur d’un bel idéal, celui d’une émancipation des hommes de sociétés féodales, où le destin des individus était trop souvent dans les mains d’un autre. Cet idéal a dirigé certains des plus grands progrès de l’humanité, notamment la fin de l’esclavage dans toutes ses formes. [Note de Fortune : nous laissons évidemment à l'auteur l'entière responsabilité de ces propos.] En cela, le mot « liberté » prend une place particulière dans le triptyque de notre République. Malheureusement, cet idéal a été travesti par sa transformation en néolibéralisme.

Un intellectuel affirme que cette mutation du libéralisme, qui se serait opérée vers la fin du 19ème siècle, s’explique par deux évènements : la théorie de Darwin et la mathématisation des sciences économiques. La première aurait poussé certains économistes à adopter la théorie de l’évolution aux sociétés humaines et à vouloir laisser faire la nature dans tous les aspects de l’économie. La seconde a favorisé des constructions purement abstraites, déconnectées de la réalité. Lire la suite

Qui sont les accapareurs de terres agricoles à l’étranger ?


Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf. « La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar » – en fait, il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises.

L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie Saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre.

Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »

Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute.

Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : l’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le sud de l’Afrique (voir GRAIN, “L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique”, Oryza hibrida, 1er septembre 2009). Bref, une situation tout à fait courante. Lire la suite

Le traité de Lisbonne fauteur de crise

Nous y sommes. Après la signature du Président tchèque Vaclav Klaus le 3 novembre 2009, le traité de Lisbonne entrera en vigueur le 1er décembre prochain, mettant un terme à dix ans de démêlés institutionnels, à contre-courant de la plupart des opinions publiques européennes.

Pourquoi ne pas l’avouer ? Nous avons cherché longuement une analyse économique un peu détaillée des conséquences de ce traité, et ne l’avons trouvée que dans… un article de L’Humanité, vieux d’un an. La qualité de ce texte justifie néanmoins que nous le reprenions.

Les dirigeants européens ont rivalisé de sévérité, ces dernières semaines, pour fustiger les « dérives du capitalisme financier » et « l’idée folle » de la liberté totale du marché. En pleine crise, ces postures peinent à faire oublier l’activisme de l’Union européenne en faveur de la dérégulation, de la déréglementation et d’une politique économique et monétaire tout entière tournée vers le soutien aux marchés financiers, au détriment de l’emploi, de la croissance, du développement humain.

Cette politique ultralibérale, au fondement de la crise actuelle, comme de celles qui l’ont précédée, fut inspirée, dans le sillage des années Reagan aux États-Unis, par les cercles prêchant la « modernisation » de la finance, le soutien à « l’innovation » et à la prise de risques dans ce secteur, la libre circulation des capitaux, l’ouverture des marchés et la confiance dans les vertus « autorégulatrices » de ces derniers. Un catéchisme popularisé, entre autres, par le fameux groupe des Trente rassemblant financiers privés et banquiers centraux parmi lesquels Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne.

Ces dogmes sont inscrits au coeur même des traités européens, et singulièrement du traité de Lisbonne que Nicolas Sarkozy et ses homologues européens espèrent toujours faire adopter en dépit de l’échec manifeste des politiques économiques et monétaires qu’il codifie. Retour sur un traité au service du capitalisme financier.

La libre circulation des capitaux sanctifiée Lire la suite

La Très Grande Illusion

Par Pascal Roussel, analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Les médias traditionnels voient des jeunes pousses éclore dans l’économie, se réjouissent du moindre résultat « moins mauvais » que prévu et sont résolument optimistes. Mais quand on observe le succès grandissant de certains sites web alternatifs d’informations financières, on ne peut s’empêcher de constater que de plus en plus d’investisseurs désabusés doutent de la neutralité des grands médias.

Ces derniers sont tous plus ou moins liés à de grands groupes financiers. Par exemple la chaîne de télévision financière CNBC est une filiale de General Electric qui aurait reçu du contribuable américain 51 mlds de USD via le programme TLGP . Est-il absurde de croire que les autorités américaines souhaitent que l’information financière soit présentée sous son « meilleur jour » et ainsi d’imaginer que CNBC soit tenue de respecter une certaine « ligne éditoriale » ?
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Le poids réel de la finance islamique

La finance islamique est souvent présentée comme un mastodonte, représentant une menace pour l’économie française et européenne.

Au-delà des polémiques sur la sincérité des principes religieux et moraux dont elle se réclame, ainsi que sur l’éventuelle agressivité des pratiques sociales dont elle émane, qu’en est-il de son poids financier, au plan strictement factuel ?

Une étude universitaire récente, le rapport Jouini et Pastré du 8 décembre 2008, fait le point. On peut évidemment ne pas partager son parti-pris favorable à l’introduction en France de la finance islamique, mais ses données chiffrées paraissent difficilement contestables.

En voilà un long extrait, qui répond à la question.

1.4.1 Les premiers développements de la Finance Islamique

Malgré ses racines théoriques lointaines, la Finance Islamique est une construction contemporaine. Durant des siècles, en effet, il n’y eut pas véritablement un système financier islamique complet. Il n’y eut que l’interdiction du riba [l'intérêt]. On ne proposa pas des modes de financement alternatifs, ni n’imagina d’organisations financières adaptées. Sans les structures et les produits, on ne peut évidemment pas parler de finance proprement dite.

Les premières expériences modernes dans ce domaine datent des années 1960, avec l’expérience des caisses rurales MitGammar en Egypte et du « Pilgrim’s Management Fund » (Tabung Hadjji) en Malaisie. Ces institutions avaient comme objectif de réduire l’exclusion bancaire et de promouvoir le développement des couches de population défavorisées. Leur activité qui avait essentiellement un objectif de développement, restait confinée au niveau local.

Ainsi, de nombreux économistes, sans ignorer ces premières expériences, s’accordent à considérer comme véritable date de naissance de la Finance Islamique moderne le début des années 1970, au carrefour de la montée du panislamisme et du boom pétrolier. Selon certains observateurs, le développement spectaculaire de la Finance Islamique à partir des années 1970 est une conséquence directe de la mise en exploitation des gisements du pétrole dans le Golfe Persique et des richesses que cette industrie a générées. Lire la suite

Le travail sous tension

Des conditions de travail dégradées, conjuguées à un recul des solidarités collectives, expliquent la souffrance psychique de nombreux salariés.

25 suicides en un peu plus d’un an et demi : l’effroi a saisi France Télécom, braquant une nouvelle fois les projecteurs médiatiques sur la souffrance au travail, deux ans après la série noire qui avait endeuillé le Technocen­tre de Renault, à Guyan­court.

Cette violence, que les salariés retournent contre eux, n’épargne aucun secteur : PSA, BNP Paribas, IBM, EDF ou encore l’Assistance ­publique-Hôpitaux de Paris y ont été ou y sont confrontés. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Le phénomène dépasse donc largement le huis clos de telle ou telle entreprise, en prise avec des méthodes de management contestables. Difficile, pour autant, d’en évaluer l’ampleur de manière précise. Le nombre de suicides liés au travail est estimé à 300 à 400 par an, en extrapolant à l’ensemble de la France les résultats d’une étude réalisée en Basse-Normandie par l’Inspection médicale du travail en 2002.

Il s’agit néanmoins d’un phénomène relativement récent, apparu au cours des années 1990 dans l’industrie et les services, selon les médecins du travail. Auparavant, seule l’agriculture était repérée comme touchée. Condi­tions de vie très dures, isolement, endettement et risque de paupérisation formaient les ingrédients d’un cocktail potentiellement explosif pour les petits exploitants agricoles. Ils ne sont désormais plus les seuls à mettre fin à leurs jours au boulot. Qu’est-ce qui a changé ? Lire la suite

Jean Montaldo dézingue les bandits de la finance

« Chez moi quand on tue le cochon, tout le monde est content ! Sauf le cochon ! ». Cette citation, l’écrivain et journaliste d’investigation Jean Montaldo la place en exergue de son tout dernier livre (le 16ème depuis 1971) : “Lettre ouverte aux bandits de la finance” (Albin Michel, juin 2009). Bretteur hors norme, Jean Montaldo, 68 ans, est toujours un combattant actif dont la capacité d’indignation est intacte.

Dans ce nouvel ouvrage documenté, luxuriant, touffu, voire baroque, il tente de démêler pour nous les arcanes de la finance et de comprendre comment la crise annoncée notamment par le FBI en 2004 n’a pas été enrayée par le gouvernement Bush, trop occupé sur d’autres fronts.

Il explique comment un homme de l’ombre, Angelo Mozilo, l’inventeur des subprimes il y a quarante ans, aidé de ses amis, les dirigeants de Fannie Mae et de Freddie Mac, entre autres, ont plongé le monde dans le marasme. Il dévoile enfin pourquoi les banquiers français, dans un bel ensemble, se sont engouffrés dans le piège des subprimes pour aboutir notamment à l’affaire Kerviel.

“Je suis sûr, que s’ils continuent comme avant”, a-t-il confié en marge de l’interview qui figure ci-dessous, “s’ils n’ont pas tiré les leçons de la crise, c’est sûr, il y aura une deuxième vague, une autre crise qui risque de faire exploser totalement le système financier international. Je le crains vraiment. J’ai les chiffres. Il y a aujourd’hui plus de 365, voire 400 000 milliards de produits titrisés en circulation. On ne peut pas les maîtriser. Ils ne sont même pas localisables. C’est ça le problème. Et ils en inventent tous les jours.”

On comprend dès lors pourquoi l’auteur cite Enver Hodja à la fin de son livre : “Malheureusement, l’année qui commence sera pire que la précédente… mais meilleure que la prochaine”. Le dictateur albanais n’est sans doute pas la référence suprême du libéral Montaldo. Gageons qu’il conjure le sort en le citant.

Chevalier blanc ? Populiste ? Prophète ? Jean Montaldo, souvent attaqué par la “bien pensance”, n’est rien de tout ça. C’est d’abord un journaliste d’investigation comme on n’en fait plus, qui porte la plume là où ça fait mal et qui ne craint pas d’appeler un chat un chat. Son livre n’est pas un pamphlet. Il attaque les coupables avec impartialité et sans manichéisme.

Jean Montaldo était l’invité d’Agoravox en juillet 2009.

En quoi ce nouveau livre est-il une suite logique au “Marché aux voleurs” ? Lire la suite

Eric Laurent dénonce la collusion entre Wall Street et le pouvoir politique aux USA

Entretien avec le journaliste et écrivain Eric Laurent, auteur de « La face cachée des banques » (Editions Plon, octobre 2009), une enquête sur les scandales dans les milieux financiers.

Timothy Geithner, Barack Obama, Lawence Summers


Une étude britannique révèle que les bonus semblent repartir à la hausse, 7 milliards d’euros, soit 50 % de plus que l’an dernier. Et le Wall Street Journal qui rapportait il y une dizaine de jours que les banques américaines allaient verser 140 milliards à leurs salariés… Les G-20 n’auraient servi à rien ?

Je pense que les G-20 n’ont pas servi à grand-chose, on s’aperçoit que le sommet de Pittsburgh a finalement accouché d’une souris.

Je crois surtout qu’on s’est volontairement trompé de cible, les paradis fiscaux ne sont pas à l’origine de la crise, qu’ils l’aient un peu amplifiée, c’est possible.

D’autre part, la focalisation sur les bonus des traders est une vaste plaisanterie, dans la mesure où les traders ne sont pas à l’origine de la crise.

Ce qui est vraiment impardonnable, c’est la stratégie des banquiers et des établissements financiers. Lire la suite

Etre pauvre, c’est quoi ?

Une analyse de la pauvreté par une approche sur les conditions de vie met en évidence une vision restrictive du phénomène.
La définition de la pauvreté dans les sociétés riches est un débat récurrent [1] . Le plus souvent, il porte sur le seuil monétaire en deçà duquel on est considéré comme pauvre (50 % ou 60 % du revenu médian). Un article de la revue de l’Insee Economie et statistique [2] nous invite à une autre approche de la pauvreté, celle des conditions de vie.

Le nécessaire. Etre pauvre, rappellent Jérôme Accardo et Thibault de Saint Pol, peut être défini comme le fait d’être victime de privations. Encore faut-il préciser lesquelles.

A travers l’enquête « Standards de vie » réalisée par l’Insee en janvier 2006 auprès de 5 900 personnes, ils observent ­quelles sont les privations jugées les plus inacceptables par les personnes interrogées.

Conclusion : l’opinion publique ne se met d’accord que sur une sorte de noyau essentiel : « le consensus n’est net que sur un petit nombre de privations, témoignant d’une vision restrictive de la pauvreté limitée aux privations alimentaires sévères, aux manques fonctionnels relatifs à l’habillement, à la très mauvaise qualité du logement et aux difficultés à se soigner », expliquent les chercheurs.

Logiquement, l’accès des enfants à ces éléments de base est largement perçu comme une nécessité : 90 % des personnes interrogées jugent inacceptable de « ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille », 89 % de « ne pas pouvoir payer des appareils dentaires à ses enfants » et 86 % de « ne pas avoir assez de rechange pour envoyer ses enfants à l’école avec des vêtements toujours propres ».

Pour l’ensemble de la population, « se priver régulièrement d’un repas plusieurs fois par semaine », « être obligé de vivre dans un logement sans eau chaude », « ne pas pouvoir se payer de prothèses auditives » sont les items jugés les plus inacceptables. Lire la suite

La crise n’a pas remis en cause les modèles mathématiques utilisés dans les banques

Trop simples, les modèles mathématiques n’ont pas su prévenir l’effondrement de la finance mondiale, résumaient les spécialistes de mathématiques financières réunis en début d’année, à Paris, par l’Institut Europlace. Le temps passe, et rien ne change, semble-t-il.

Benoît Mandelbrot, mathématicien auteur de la théorie des fractales, alerte depuis les années 1960 sur les dangers des modèles mathématiques inspirés de l’étude du mouvement brownien, utilisés en finance. Son dernier livre, Une approche fractale des marchés (Odile Jacob, 2004), paru quatre ans avant la crise financière, était prémonitoire. Mais il ne fut guère écouté.

Ses travaux ne semblent guère davantage pris en compte maintenant que la crise est passée, a-t-il confirmé au Monde lors de son passage à Paris, le 11 octobre.

Certains de ses collègues, mathématiciens ou physiciens, dissidents du modèle brownien, et qui espéraient aussi que la crise allait enfin donner du crédit à leurs travaux, confirment. Ils redoutent qu’une crise financière aussi grave ne survienne dans les prochaines années et se désolent de voir que les modèles alternatifs qu’ils proposent ne soient pas plus utilisés.

“La crise financière est comparable à un court-circuit électrique. Un réseau électrique périmé, en l’occurrence une modélisation mathématique inadaptée, a provoqué un court-circuit qui a déclenché un incendie ; c’est la crise économique”, résume Christian Walter, chercheur à l’EM Lyon et coauteur du livre Le Virus B, crise financière et mathématiques (Seuil, 2009, 128 p., 14 euros). “Les pompiers ont inondé les marchés avec des liquidités. Et maintenant, on repeint la maison, mais sans refaire le réseau électrique ! Le court-circuit peut se reproduire. Ces outils sont dangereux.” Lire la suite

La débâcle des assignats

L’article suivant, de Shannara Johnson, rédactrice à l’International Speculator, examine les racines monétaires de la Révolution Française, et fournit par la même occasion un parallèle incontestable avec l’état actuel du dollar américain.

L’un des comptes-rendus les plus fascinants des effets catastrophiques du remplacement par de l’argent papier d’une devise basée sur l’or ou l’argent nous vient d’Andrew Dickson White (1832 – 1918), diplomate, auteur et éducateur ayant cofondé Cornell University. Au début du XIXe siècle, White a commencé à rassembler et analyser des articles de journaux et des documents publiés pendant la Révolution Française, plus particulièrement ceux se rapportant aux problèmes du papier–monnaie sous la Révolution. En 1912, il a publié Fiat Money Inflation in France, un essai qui aujourd’hui n’a pas pris une ride.

En 1789, à la veille de la Révolution Française, le gouvernement français faisait face à de graves problèmes de surendettement et de déficit chronique. Un manque général de confiance de la part du monde des affaires avait conduit à la baisse des investissements, et l’économie stagnait.

Des mesures dignes de véritables hommes politiques, une surveillance attentive et une gestion raisonnable auraient sans aucun doute mené rapidement à un retour de la confiance, à la réapparition de l’argent et la reprise des affaires, mais cela demandait de la patience et de l’abnégation, et jusque-là, dans l’histoire de l’humanité, ce sont les choses les plus rares de la sagesse politique. Peu de nations ont jamais été capables d’exercer ces vertus, et la France n’a pas fait exception », a écrit White.
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Salaires des patrons : la dérive continue

On a assisté ces dernières années à une explosion des revenus des dirigeants d’entreprise. Aboutissant à des niveaux d’inégalités incompatibles avec une quelconque « responsabilité sociale ». Même si les salaires des patrons ont un peu baissé l’an dernier avec la crise, la question est loin d’être réglée.
Si l’Américain à haut revenu vers 1905 était par essence un baron de l’industrie qui possédait des usines, son homologue cent ans plus tard est un cadre supérieur immensément récompensé de ses efforts par des primes et des stock-options », rappelle Paul Krugman, le prix « Nobel » d’économie 2008, dans L’Amérique que nous voulons (Ed. Flammarion, 2008).

Même si les niveaux atteints en France restent inférieurs à ceux des Etats-Unis, la même dérive s’observe de ce côté-ci de l’Atlantique. Rien d’étonnant puisqu’à travers la mondialisation, les normes sociales et les modes de rémunération inventés aux Etats-Unis se sont progressivement répandus sur toute la planète.

Les entreprises ne pourront évidemment pas se prétendre responsables tant que les rémunérations de leurs dirigeants mettront en cause à ce point la cohésion des sociétés où elles sont actives.

La récession a entraîné l’année dernière une petite baisse des rémunérations des patrons, mais on constate toujours des hausses et les niveaux atteints restent d’autant plus choquants que la crise est passée par là. Elle a démontré en effet tous les effets pervers des modes de rémunération qui aboutissent à ces niveaux indécents.

Le jackpot des stock-options

Les Etats-Unis ont beaucoup de défauts, mais ils présentent au moins un avantage : ils ont une tradition ancienne d’information statistique. C’est ce qui a permis de reconstituer l’évolution des rémunérations des dirigeants des plus grandes entreprises du pays depuis 1936. Les résultats sont spectaculaires.

Entre 1936 et 1939, la rémunération moyenne des 150 dirigeants les mieux payés des 50 plus grandes entreprises américaines représentait 82 fois le salaire moyen.

Entre 1960 et 1969, ce ratio était tombé à 39.

Mais, après l’élection de Ronald Reagan, en 1980, ce ratio est remonté en flèche, pour atteindre 187 durant la décennie 1990 et culminer à 367 au début des années 2000 ! Lire la suite

Etats-Unis : l’organisme de tutelle des banques contredit les rumeurs de reprise

L’OCC, “The Office of the Comptroller of the Currency”, l’organisme de tutelle des banques US, a publié récemment deux rapports qui sont en totale contradiction avec le discours ambiant.

Tout d’abord, nous trouvons l’OCC’s Quarterly Report on Bank Derivatives Activities qui fait un point précis sur l’état du marché des produits dérivés que Paul Jorion résume par un seul mot qui se passe de commentaires : les métastases.

Vous pouvez consulter directement ce rapport Second Quarter 2009 (2ème trimestre 2009) sur le site de l’OCC, ici.

Vous apprendrez ainsi que le marché des produits dérivés continue de croître (page 10) mais, de plus, est presque totalement contrôlé par 5 banques (JP Morgan Chase, Goldman Sachs, Bank Of America, Citibank, Wells Fargo) pour un montant dépassant les 200 000 milliards de dollars (les Américains parlent en billions pour les milliards et en trillions pour les milliers de milliards), c’est à dire près de 4 fois le PIB mondial (voir graphique page 12).

Répétons-le pour que vous puissez bien l’ancrer dans vos têtes : 5 banques contrôlent un marché représentant 4 fois le PIB mondial (les montants exacts page 22) !

Le deuxième rapport, OCC and OTS Mortgage Metrics Report, Second Quarter 2009, est encore pire et tord le cou à la soi-disant “fin de la crise”. Vous pouvez le trouver en ligne ici.

En effet, il prouve que 11,4 % des prêts hypothécaires ne sont pas remboursés et que les saisies immobilières ont augmenté de 16,9 % par rapport au premier trimestre ( tableau page 8 ) avec 11 600 saisies par jour !

(Sur l’état du marché immobilier US, voir ici.)

Le rapport de juin 2009 sur les sans abris nous rappelle que ce ne sont pas 11 600 saisies qu’il faut retenir, mais 11 600 familles jetées à la rue chaque jour, ceux qu’il nomme “les oubliés de la crise”.

Ce qui est intéressant à noter, c’est que la plupart de ces maisons sont désormais détruites (Source : Telegraph). Oui, on jette des centaines de milliers de familles à la rue pour détruire ensuite leurs maisons. Quel est le sens?

Gilles Bonafi

Le risque de dépression n’est toujours pas écarté

Les milliards consacrés aux renflouements des banques et aux plans de relance ont permis d’arrêter la glissade vers l’abîme de l’hiver dernier et ramené le sourire à Wall Street, mais les problèmes de fond restent entiers, et tout risque de dépression n’est pas écarté, avertit l’économiste post-keynésien Thomas Palley. La consommation des ménages, représentant 70% du PIB américain, est désormais plombée par le remboursement de la dette et la montée du chômage, et elle ne retrouvera pas son niveau initial. Les États de l’Union qui ont vu fondre leurs recettes fiscales procèdent également à des coupes sombres dans leurs dépenses. Lorsque deux moteurs sur trois de la croissance US – crédit, inflation des actifs et consommation – sont grippés, le risque est réel de voir s’installer une spirale récessive, juge-t-il.

L’an dernier, l’économie mondiale a subi une contraction massive, la plus forte depuis la Grande Dépression des années 1930. Puis, au printemps, les économistes ont commencé à parler de « petits signes » de reprise et cette vision optimiste s’est alors propagée rapidement à Wall Street. Plus récemment, le jour de l’anniversaire du krach de Lehman Brothers, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a officiellement adoubé ce consensus en déclarant que la récession était « très probablement terminée ».

L’avenir est fondamentalement fait d’incertitudes, rendant toujours téméraire l’exercice de la prévision. Cela dit, il existe une probabilité non négligeable que ce nouveau consensus soit erroné. A contrario, on trouve de solides motifs de penser que l’économie américaine subira un deuxième plongeon, suivi d’une stagnation prolongée qui pourra être qualifiée de seconde Grande Dépression. Des signes commencent déjà à apparaitre avec les fortes et inattendues destructions d’emplois aux USA en septembre et la chute des ventes d’automobiles intervenue après la fin de la prime à la casse.

Que l’optimiste soit de retour à Wall Street ne devrait pas surprendre. Les bénéfices de Wall Street proviennent de la hausse des cours des actifs, sur lesquels les établissements financiers perçoivent des frais de gestion, de la signature de contrats sur lesquels elles touchent des honoraires pour leurs conseils, ainsi que de l’incitation des petits investisseurs à acheter des actions, ce qui augmente le chiffre d’affaire. Ces revenus sont bien plus importants lorsque les marchés boursiers sont à la hausse, ce qui explique la propension génétique de Wall Street à amplifier la reprise économique.

De la même façon, les modèles théoriques de la majorité des économistes ont été aveugles face à la crise et ne peuvent aujourd’hui que prévoir la reprise en raison même des hypothèses de ces modèles. Dans la théorie économique dominante, on présuppose que le plein emploi est un point de gravité vers lequel tend l’économie.

Les modèles économétriques empiriques sont tout aussi discutables. Ils prévoient également une reprise progressive, mais c’est le résultat de schémas de retour à la tendance longue fondés sur l’observation des données historiques. Le problème, comme le disent les professionnels de l’investissement, c’est que « la performance passée n’est pas une indication des performances futures ». Cette crise économique marque l’implosion du modèle économique qui gouvernait la croissance américaine et mondiale depuis ces trente dernières années. Ce modèle était basé sur la consommation alimentée par l’endettement et l’inflation du prix des actifs. Mais c’est terminé.

Il existe une raison simple pour laquelle l’économie connaîtra une deuxième baisse d’activité. Elle se fonde sur le cycle économique du désendettement, qui produit inévitablement une correction en deux étapes. La première étape a été franchie, et elle a déclenché une crise financière qui a causé la pire récession depuis la Grande Dépression. Mais la deuxième étape ne fait que commencer.

Le désendettement peut être compris grâce à une métaphore où l’économie serait représentée par une automobile. Le crédit y serait la pédale des gaz, qui accélère l’activité économique. Lorsque cesse l’emprunt, que le pied cesse d’appuyer sur la pédale, la voiture ralentit. Mais lorsque le coffre de la voiture est alourdi par la dette accumulée, l’activité économique ralentit en dessous de son niveau initial.
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France Télécom, laboratoire de catastrophe générale

Une tribune libre de Michel Drac

L’auteur a publié plusieurs ouvrages de réflexion sur la situation contemporaine – principalement, Céfran et De la souveraineté – et une oeuvre d’anticipation romancée, Eurocalypse.

Il vient de faire paraître Crise ou coup d’Etat ?, une étude des mécanismes de la crise économique et de ses aspects délibérés.

Il nous montre ici comment, loin d’être anecdotique, l’affaire des suicides au sein du personnel de France Télécom est le produit d’un mode d’ingénierie sociale, vecteur d’un changement radical d’existence des classes moyennes au travail, ainsi que le symptôme d’une perte de sens susceptible de déboucher sur la violence, dans un contexte général de déclassement et même de destruction, servant peut-être des fins autoritaires.

La crise qui commence (ou plutôt : qui vient d’entrer en phase aigue) va certainement impacter très lourdement les «classes moyennes». Logiquement, on peut même dire que du point de vue des classes dirigeantes mondialistes, cette crise ne marque que l’étape ultime dans le processus de démantèlement des classes moyennes occidentales.

Depuis 30 ans, au fur et à mesure que l’offre mondiale de main d’œuvre était multipliée par 3 (essentiellement du fait de l’entrée de la Chine et de l’ex-bloc soviétique dans l’économie capitaliste), la mise en concurrence du travail ouest-européen et américain (cher) avec le travail asiatique ou est-européen (bon marché) a rendu possible un ajustement progressif de la structure de classe en Occident.

Cet ajustement a porté essentiellement, jusqu’ici, sur la transformation forcée (délocalisations) d’une partie du prolétariat entre précariat (explosion du travail temporaire et à temps partiel) et sur l’érosion des revenus des couches moyennes (évolution des revenus des neuf dixièmes de la population les moins riches, sur la dernière décennie : – 1,5 % par an aux USA sur la base de l’inflation réelle, – 0,5 % par an en Europe, même base).

Cependant, jusqu’ici, les couches moyennes n’ont pas été impactées au point de prendre conscience du fait qu’elles basculaient dans l’appauvrissement (l’ajustement hédoniste des biens et les nouvelles technologies ont en partie masqué la réduction du revenu disponible réel, étant donné la structure de consommation ludique qui caractérise ces couches). Lire la suite

Néolibéralisme : la tentation anti-démocratique du marché-roi

Laurent Pinsolle, prolifique blogueur gaulliste et villepiniste, porte-parole du mouvement Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, n’aime pas les néolibéraux.

Il nous explique pourquoi.

On peut ne pas être d’accord avec tout ou partie des autres options de l’auteur, force est de convenir que son argumentation sur ce sujet ne manque pas de cohérence.

D’autant plus qu’on peut se demander si ce que redoute Laurent Pinsolle n’est pas déjà, plus ou moins, en action.
The Economist vend la mèche : pour l’organe central du parti neolibéral mondial, il est urgent de limiter le pouvoir des politiques. Afin que survienne enfin le règne du marché-roi. On croyait ce genre du discours révolu à cause de la crise. On se trompait.

C’est une série d’articles dans The Economist du 12 septembre [un exemple ici] qui m’a mis la puce à l’oreille. Devant l’insistance de l’hebdomadaire anglais à limiter le pouvoir des politiques, n’y a-t-il pas une tentation anti-démocratique dans la pensée néolibérale ?

Il faut dire que ce numéro était truffé de remarques acerbes sur les hommes politiques. The Economist soutient l’indépendance des banques centrales. Il veut limiter le plus possible toute socialisation, même partielle et temporaire, du crédit. Il demande également un encadrement plus strict du processus budgétaire pour limiter les futurs déficits et réduire les dettes publiques. Enfin, il soutient l’idée de Barack Obama de « confier à un comité technocratique la tâche de réformer Medicare, pour enlever intelligemment les décisions difficiles des mains des hommes politiques ». Lire la suite

“Le G-20 manipulé”

Selon le journaliste et économiste français Jean-Michel Quatrepoint, le G-20, dont les principaux protagonistes vantent actuellement le succès, à l’issue de sa dernière réunion à Pittsburgh (Etats-Unis) les 24 et 25 semptembre 2009, est, en réalité, impuissant ; les banques s’enrichissant déjà sur le dos des Etats qui les ont sauvées.

Voici le texte de l’entretien décapant qu’il a accordé au journal suisse Le Matin.

Auteur de «La crise globale» (Ed. des Mille et une Nuits, 2008), et de «La dernière bulle», qui vient de paraître (chez le même éditeur), l’économiste français Jean-Michel Quatrepoint déplore que le sommet du G-20 à Pittsburgh se tienne sur fond de fausse reprise, purement financière.

Jean-Michel Quatrepoint, vous dénoncez les lobbies financiers américains qui auraient organisé une fausse reprise. De quelle façon ?

Après la faillite de Lehman Brothers il y a un an, la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) et les banques centrales européennes ont «fait l’hélicoptère». Rien qu’aux Etats-Unis, la Fed a arrosé le marché financier de 5 000 milliards de dollars pour éviter une panique. Les grandes banques commerciales reçoivent donc de l’argent à taux zéro, qu’elles reprêtent, uniquement aux bons risques, à des taux qui vont de 4% à 25%. Lire la suite

La crise imposera des ajustements douloureux… pour certains

La crise implique une perte irréversible de PIB (Produit Intérieur Brut) dans les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

En effet, elle voit disparaître la partie de la demande intérieure qui était financée par la hausse de l’endettement.

Autrement dit, avant la crise, le PIB était dopé par le crédit, et cette partie du PIB disparaît.

La crise est alors particulièrement sévère, parce qu’elle implique la baisse de tout ce qui était proportionné au niveau antérieur de PIB : du côté des entreprises, les capacités de production et l’emploi ; du côté des États, les dépenses publiques.

L’ajustement (rétrécissement) des entreprises étant beaucoup plus rapide que celui des États, la situation des finances publiques se dégrade fortement.

Par ailleurs, si l’exigence de rentabilité du capital, dans les pays de l’OCDE, reste la même que ce qu’elle était avant la crise, le freinage durable de la croissance imposera aux entreprises, pour maintenir les revenus des actionnaires, de comprimer fortement les coûts salariaux, comme on l’a vu au Japon et en Allemagne depuis 10 ans.

L’arrêt de la hausse des taux d’endettement conduirait donc, en raison de son effet négatif sur la croissance, à une inégalité croissante du partage des revenus, au détriment des salariés, avec les conséquences sociales prévisibles.

Sauf si l’exigence des actionnaires des entreprises diminuait, en ce qui concerne la rentabilité du capital.

Il est permis de rêver…

Source NATIXIS: document 1, document 2

109 milliards : le déficit de l’État a doublé en un an

Le déficit du budget de l’État français, marqué par la crise et le plan de relance, a plus que doublé. Il atteint 109 milliards d’euros au 31 juillet, contre 51,4 milliards un an plus tôt.

Selon les dernières prévisions officielles, le déficit devrait atteindre le niveau record de 140 milliards d’euros à la fin 2009, mais le gouvernement, qui met la dernière main au budget 2010, assure qu’il n’augmentera pas les impôts.

L’écart d’une année sur l’autre [57,6 milliards d'euros] s’explique principalement par le poids de la conjoncture économique sur l’évolution des recettes, et à hauteur de 25,8 milliards, par l’effet des différentes mesures de soutien à l’économie“, indique le ministère.
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Chute de 56 % des profits des sociétés du CAC 40 au premier semestre

Durant le premier semestre, le chiffre d’affaires des entreprises du CAC 40 a régressé de 10,9 % et le résultat net de 56,4 %, par rapport à la même période de l’année précédente.

Le premier semestre 2008 avait été excellent pour les entreprises du CAC. La comparaison par rapport à cette période de l’année est donc extrêmement cruelle. Ces mêmes sociétés avaient vu leur chiffre d’affaires baisser de 9 % au 1er trimestre. Ce qui signifie que la chute d’activité s’est encore aggravée durant le 2nd trimestre.

Les entreprises des secteurs de la santé, de l’agroalimentaire, des télécommunications, de service aux collectivités résistent. En revanche, l’industrie a souffert. Dans l’automobile, le bonus écologique et la prime à la casse ont permis de soutenir le marché. Mais malgré ces incitations, Renault et PSA Peugeot Citroën ont vu leur chiffre d’affaires régresser de plus de 20 %, et ont affiché de lourdes pertes.

Pourquoi les marchés boursiers sont-ils alors si euphoriques ? L’indice CAC 40 a progressé de 13,5 % depuis le 1er janvier. “L’euphorie est attribuable au fait que les résultats sont moins mauvais qu’anticipé“.

Les investissements dans l’industrie manufacturière pourraient chuter de 23 % en France en 2009, indique l’Insee. Les crédits à la consommation ont aussi reculé de plus de 18 % sur un an.

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La revue de presse économique de Boreas (Archives)

L’un des plus célèbres prévisionnistes mondiaux prévoit aux États-Unis une révolution, des émeutes de la faim et des rébellions contre les impôts d’ici 2012. Lire l’article et l’interview de Gerald Celente

L’OMC prévoit un recul du commerce en 2009. Lire

Goldman Sachs, une banque toute-puissante. Lire

Contraction inédite des crédits à la consommation au premier semestre. Lire

Le modèle néolibéral a tourné court. Lire

Emmanuel Todd : Le protectionnisme ou le chaos. Lire

(Lire les commentaires : FDS)

L’agonie du dollar et le besoin d’une nouvelle unité d’échange (Archives)

Tribune Libre de Boreas – En contrepoint de cette tribune, FDS vous propose une vidéo récente de Pierre Hillard

Lors du dernier G8 du 08 au 10 juillet 2009 à L’Aquila (Italie), le Président russe Medvedev a fait sensation en présentant, pour souligner le fait que le sujet était d’actualité, une monnaie mondiale fictive.

Cette monnaie, dont un échantillon a été remis à chaque représentant d’un pays participant au G8, s’inscrit dans le cadre d’un projet élaboré par une Fondation italienne, créée par le Dr Sandro Sassoli en 1996, qui fait du lobbying en ce sens. Cette fondation prétend vouloir développer, à travers la création d’une monnaie mondiale ayant pour devise «Unity in diversity» («L’unité dans la diversité» ), un esprit de fraternité et de paix, tout en préservant les particularismes et les droits nationaux. A chacun de se faire son idée, à la lecture de la charte de cette organisation et de ses autres publications.

Quoi qu’il en soit, on pourrait être tenté de penser que le Président Medvedev et, à travers lui, les autres participants au G8, ont voulu promouvoir une fois de plus ce «Nouvel Ordre Mondial» dont Nicolas Sarkozy et, avant lui, plusieurs membres de la classe politique et de l’intelligentsia mondialistes, font leur idéal.

«Nouvel Ordre Mondial» qui se traduirait, dans l’esprit de ses promoteurs, par un gouvernement mondial supranational, facteur de paix et de prospérité, et serait en fait, aux yeux de ses détracteurs, une dictature technocratique bénéficiant à ce que Jacques Attali a appelé «l’hyperclasse», constituée de quelques dizaines de millions de personnes détenant et/ou contrôlant toutes les richesses de la planète, au détriment du reste de la population, réduite pour l’essentiel à l’état de sous-consommateur métissé, sans identité et sans autre liberté que la soumission à un matérialisme tout-puissant.

En réalité, la nécessité d’une valeur ou d’une monnaie internationale n’est pas nouvelle. Lire la suite

La crise pourrait dégénérer en guerre civile (Archives)

Lu dans le quotidien suisse Le Matin :

2010, 2013 ou 2015, quand finira la crise? Les instituts de conjoncture font ce qu’ils peuvent pour prévoir la date de la reprise – malheureusement, en ce moment, ils revoient leurs projections à la baisse. Le plus pessimiste prévoit en plus une aggravation des conflits sociaux et politiques. Les pays à faible couverture sociale comme les Etats-Unis risqueraient même la dislocation.

(…) Que s’est-il passé en si peu de temps? Bruno Parnisari, chef du secteur Conjoncture à la Direction de la politique économique du SECO, ne cache pas avoir été surpris de voir «avec quelle vitesse tous les indicateurs ont plongé entre l’automne 2008 et le printemps 2009, et comment ce que l’on pensait être des phénomènes isolés – la bulle immobilière aux USA ou les problèmes de certaines banques comme Lehman Brothers – ont créé un effet domino. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : la crise est systémique. On est très largement en dehors des variations normales – un peu comme un médecin qui voit arriver un patient grippé avec une température de 45».

C’est précisément ce que clame depuis un certain temps le Leap, qui s’est projeté au-delà et qui met en garde : si la crise économique dure trop longtemps et frappe des pays qui ont peu de protection sociale pour aider les plus démunis, on peut craindre des tensions sociales et politiques… voire des conflits armés. «En Europe, on n’en arrivera certainement pas à cette extrémité, en tout cas dans les pays qui ont les moyens de financer durant trois ans les assurances sociales – on risque par contre de voir des manifestations et des pressions politiques, mais certainement pas de violence systématisée», explique Franck Biancheri.

Aux USA par contre, le LEAP n’exclut pas cette éventualité. Le pays compte déjà 8% de chômeurs, et voit ce pourcentage grossir de jour en jour: «Ils ont généralement perdu à la fois leur job, leur assurance-maladie, leur maison, et leur retraite, investie en actions. Et ils savent que l’Etat ne les aidera pas». De quoi rendre un peu nerveux en effet, ce qui n’est jamais bon dans un pays où les armes sont en libre-service. Plus fondamentalement, Franck Biancheri craint une «dislocation» du pays : basée sur la prospérité, la cohésion nationale, vieille d’un peu plus d’une centaine d’années seulement, pourrait éclater, certains Etats se rebellant – sur le plan fiscal par exemple – contre Washington et se lançant dans la sécession.

Un scénario catastrophe? Des experts reprochent au Leap une petite tendance à la paranoïa – disant en substance que si leur hypothèse n’est pas impossible, elle est peu probable. Ce à quoi Franck Biancheri a beau jeu de répondre que c’est aussi ce qu’on lui disait en 2006 quand il annonçait une crise systémique pour 2008… (Le Matin)

(Merci à Boreas)

(FDS)