L’Europe toujours divisée par les inégalités, 20 ans après la chute du mur

Malgré la chute du mur de Berlin, l’Europe est toujours coupée en deux. Les pays de l’Est, faute de bénéficier de la solidarité de leurs voisins de l’Ouest, sont amenés à recourir au dumping fiscal, dans une Union européenne plus inégalitaire que jamais.

Les pays de l’Union européenne et leur PIB

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Notes sur la vertu ultime de la nation

Philippe Grasset nous explique pourquoi, en ce temps de crise, la nation est incontournable.

Voici un sujet par essence intemporel malgré l’apparence, ou bien, jugeront certains, un peu trop durable dans le temporel. Il s’agit du thème de “la nation”, qui est un sujet toujours d’actualité, qui l’est toujours aujourd’hui.

L’idée même de “nation” semble toujours susciter une sorte de passion constante, une rage, un désespoir, une fureur et une haine, un amour jusqu’au sacrifice. (Il m’arrive parfois d’en juger dans mes pérégrinations de chroniqueur, devant telle ou telle réaction, où la chose, “la nation”, est parfois encombrée d’épithètes définitifs et d’une polémique si excessive – et je m’ébahis, devant l’obsolescence de ces critiques d’un autre temps, comme si l’on débattait de la question du sexe du Diable avec les barbares déjà là, si pressants qu’ils sont déjà en nous.)

S’interroger sur “la nation” aujourd’hui revient à s’interroger sur la situation de notre civilisation, c’est-à-dire sur la crise que subit cette civilisation plus que sur le concept de nation. La question de la nation est un biais pour aborder les problèmes qui nous hantent et nous assaillent à la fois. Prenons garde à ces deux verbes, précisément choisis parce qu’ensemble, ils relient notre mémoire historique à notre situation contemporaine.

Le problème de la nation “nous hante” parce qu’il s’agit d’une question historique fondamentale; il “nous assaille” parce qu’il se manifeste chaque jour dans notre esprit, comme facteur organisateur de la réflexion sur la situation en cours. Les deux – l’Histoire et la “situation en cours” – sont ainsi étrangement liés.

Nous disons et redisons que le caractère exceptionnel de notre temps historique, dû à la pression des événements telle que nous la répercute le phénomène fondamental de la communication, est bien de simultanément disposer d’un regard immédiatement “historique” sur “la situation en cours”.

Nous suivons une actualité colossale au jour le jour et sommes en position, pour qui y pense et le veut et grâce à la communication, d’en distinguer aussitôt les caractères historiques qui les relient à ce que nous savons de notre passé. Nous regardons et voyons sous nos yeux l’Histoire se faire, et sommes à même d’en tirer grand profit si nous faisons appel à ce que nous savons de l’Histoire.

Là-dedans, la nation, qui hante notre histoire, est si présente dans notre “situation présente” que sa problématique ne cesse de nous assaillir. Lire la suite

Pourquoi la hausse de l’or est théoriquement illimitée…

… et va être effectivement considérable ?

Depuis le début de la décennie et, en même temps, du XXe siècle, l’or a incontestablement sur-performé tous les autres actifs financiers de papier ou réels (obligations, actions, monnaies, matières premières, etc.) et cela continue.

Nous allons prochainement assister à une hausse hyperbolique du métal jaune (doublement, triplement, quadruplement de son prix dans toutes les monnaies -impossible de dire de combien au stade actuel-), puis à sa stabilisation à un très haut niveau de prix. Prélude de sa réintégration de facto ou de jure comme principal actif de réserve des banques centrales voire étalon monétaire international.

Pourquoi? Tout simplement parce que la valeur de l’étalon-dollar US et des autres monnaies de papier se réduisant par suite de l’écroulement progressif du Système monétaire international en vigueur depuis 1971 basé sur le néant et les politiques ultra laxistes des banques centrales, les détenteurs de monnaies de papier (et autres instruments financiers gagés par elles -comme les obligations d’Etat et aussi les actions-) n’ont pas d’autre choix pour se protéger contre la perte de leur pouvoir d’achat que d’acheter l’or qui est ainsi en train de redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

A savoir la seule et unique authentique et réelle monnaie acceptable par tous parce que la moins manipulable par les pouvoirs politiques et oligarchiques et que l’on obtient que pour l’avoir gagnée et non pas artificiellement créée.

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La relance en Chine ne fait que repousser les problèmes

L’objectif d’une croissance de 8% en 2009 est en passe d’être atteint. La croissance devrait être encore plus élevée en 2010, et la Chine devrait supplanter cette année-là le Japon au rang de deuxième puissance économique mondiale.

La Chine avance de nouveau à pas de géant mais pour combien de temps ?

Les déséquilibres au coeur du modèle économique chinois – excès d’investissements, excès d’épargne, consommation trop faible – s’appliquent parfaitement à la maxime de l’économiste américain Herbert Stein: “Quelque chose qui ne peut pas durer éternellement s’arrêtera.

Exactement un an après avoir dévoilé un plan de relance massif de 4.000 milliards de yuans (392 milliards d’euros), la Chine se targue aujourd’hui du succès de sa politique offensive face à la crise financière. La Chine contribue davantage à la croissance mondiale que les États-Unis, la zone euro ou le Japon et le bond de ses importations a permis de limiter le recul du commerce mondial. Lire la suite

Les 65 misérables années de cet esclavagiste appelé FMI

Le Fonds Monétaire International a été créé il y a à peine 65 ans. Sa charte originale lui imposait de créer des taux de changes fixes entre devises mais aussi des devises couvertes par l’or. Il était supposé être la charnière du système monétaire international.

En moins de 25 ans, il a réussi à épuiser les réserves qui constituaient son capital de départ. Une à une les obligations du FMI furent allégées, laissant l’institution sans mission ou objet. Le FMI aurait dû être dépouillé et son or rendu dans sa totalité aux souscripteurs originaux quand des politiciens corrompus, conseillés par des économistes corrompus également, ont abandonné le régime de changes fixes en 1971. Mais le FMI resta en place et demeura tel un abri anti-aérien détruit par les bombes. Il continue à être utilisé comme une chaire depuis laquelle l’évangile de la rectitude monétaire est prêché – ce qui en fait la risée du monde entier.

Cela ne veut pas dire que le Trésor Américain n’a pas fait de torts importants aux économies qui étaient occupées par les Soviets alors qu’elles reconquéraient l’indépendance après la chute du mur de Berlin. Le FMI a gagné une honte éternelle en agissant comme instigateur en chef « pour rendre le monde sûr pour accueillir une monnaie à cours forcé ». Il n’a pas réussi sa mission, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé.

L’une des premières choses que le FMI a faites en tant qu’agent du Trésor américain, après la chute peu glorieuse de l’Union Soviétique en 1990, a été de forcer les pays qui faisaient précédemment partie du bloc soviétique à se séparer de leur or en échange de leur qualité de membre auprès du FMI. Un crime énorme.

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L’irrésistible ascension des entreprises du Sud

“Les gros poissons mangent les petits”… Ce principe européen, depuis les tableaux de Jérôme Bosch jusqu’au sauvetage actuel des banques, serait-il aujourd’hui périmé ? Zhang Ruimin, le patron de Haier, entreprise chinoise inexistante il y a quelques années et devenue leader mondial de l’électroménager, le reformule à sa façon : “Les poissons rapides finissent toujours par manger les plus lents.”

Ce décalage expliquerait-il que nous soyons surpris de l’émergence de ces nouvelles multinationales chinoises, indiennes, brésiliennes, mexicaines…, que l’on continue à considérer comme de simples opportunistes bénéficiant de leurs faibles coûts de main-d’oeuvre, et qu’un peu de protectionnisme suffirait à contrer.

En réalité, la rapidité de leur croissance internationale a été préparée de longue date. Toute la question est de savoir si la crise va accélérer ces trajectoires ascendantes ; ou si elle leur fournit, à l’occasion de la paralysie du Nord, une pause nécessaire à la digestion de leurs acquis.

Ces firmes émergentes ont d’abord bénéficié d’un avantage classique, mais efficace : leur position dominante sur leurs marchés domestiques, en croissance forte, finance leur développement.

Les sociétés privées chinoises de technologie (Haier, les électroniciens Hisense et ZTE) ont été les meilleures à ce jeu, suivies des brésiliennes (Sabo pour l’automobile, Gerdau pour l’acier), indiennes (Tata, Mahindra pour les véhicules, Reliance pour la téléphonie) et mexicaines (le téléphoniste America Movil). Lire la suite

Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme

Certains textes sont parfois difficiles à présenter ici, nous en avons déjà fait l’expérience (exemple). Pour autant, nous n’entendons pas nous censurer et, par là-même, censurer sur ce site des opinions que nous trouvons intéressantes, sous prétexte que leurs défenseurs ne sont pas “de notre bord”.

Redisons donc que, comme d’ailleurs pour les textes ou vidéos exprimant des pensées plus “orthodoxes”, chaque fois que nous citons un auteur “de gauche” ou “hétérodoxe”, une telle publication ne revient pas à cautionner toutes les options de cette personne, ni en général, ni dans le détail de l’article publié.

Tel est le cas de Slavoj Zizek (philosophe, psychanalyste, ancien candidat du parti Démocratie libérale slovène en 1991 à la première élection présidentielle libre qui a précédé l’indépendance de son pays en 1991), personnalité clairement “de gauche”, que le chapitre “critique” de Wikipédia présente même comme “stalinien”. Au lecteur de juger.

Vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, ce 9 novembre : célébrer cet événement devrait nous donner à réfléchir.

C’est un lieu commun que d’insister sur ce que ces événements ont eu de “miraculeux”.

Un rêve est devenu réalité, il s’est passé quelque chose qu’on n’aurait même pas envisagé quelques mois auparavant : des élections libres, la fin des régimes communistes qui se sont effondrés comme un château de cartes. Lire la suite

Le chômage américain officiel au-dessus des 10%… et officieusement, près des 20%

Les prévisions de la banque centrale américaine sont désormais caduques, avec un taux de chômage de 10,2% en octobre.

[N.B. : rappelons qu'officieusement, en raison du mode de comptage discutable des chômeurs aux Etats-Unis, le taux réel de la "population active" sans emploi, avoisinerait plutôt les 20%, si l'on en croit certains économistes hétérodoxes, tels que le célèbre Gerald Celente (18,7% en juillet 2009), le moins connu Peter Morici (18 % en novembre 2009) ou le fameux site Shadowstats, autrement dit "statistiques fantômes" (22% en novembre 2009), ou encore... un responsable local de la Fed à Atlanta (16 % en août 2009) - Fortune]

Effet psychologique garanti : le chômage américain a dépassé en octobre la barre des 10%, atteignant 10,2%. Le marché de l’emploi souffre encore de destructions d’emplois massives, bien qu’en baisse, selon les chiffres officiels corrigés des variations saisonnières publiés vendredi à Washington.

Le rythme des destructions d’emploi a néanmoins ralenti par rapport à un mois de septembre catastrophique. L’économie américaine a détruit 190.000 postes en octobre, soit 13,3% de moins que le mois précédent, mais toujours bien plus qu’en août, quand les licenciements nets étaient tombés à 154.000, a indiqué le département du Travail.

“Faiblesse persistante”

Les chiffres publiés “contiennent à la fois les signes d’un rétablissement et la preuve douloureuse de la faiblesse persistante du marché de l’emploi”, a réagi la conseillère économique en chef du président Barack Obama, Christina Romer. Lire la suite

La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Laurent Pinsolle, blogueur dont nous avons déjà parlé et acolyte de Nicolas Dupont-Aignan, vient de publier sur son site trois articles pourfendant le mythe de la “mondialisation heureuse” (Dominique Strauss-Kahn) et proposant une alternative : la “ré-internationalisation” (terme forgé par l’économiste Frédéric Lordon).

Qu’est-ce donc que cette intéressante notion ? Laissons-le nous l’expliquer.

I – La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Depuis 30 ans, la globalisation néolibérale a transformé la planète. Ses promoteurs affirment que la liberté, promue objectif absolu de l’humanité, est le meilleur moyen de faire avancer le bien commun. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de ne pas constater qu’elle œuvre contre l’intérêt général.

Un idéal de liberté travesti

A la base, le libéralisme est porteur d’un bel idéal, celui d’une émancipation des hommes de sociétés féodales, où le destin des individus était trop souvent dans les mains d’un autre. Cet idéal a dirigé certains des plus grands progrès de l’humanité, notamment la fin de l’esclavage dans toutes ses formes. [Note de Fortune : nous laissons évidemment à l'auteur l'entière responsabilité de ces propos.] En cela, le mot « liberté » prend une place particulière dans le triptyque de notre République. Malheureusement, cet idéal a été travesti par sa transformation en néolibéralisme.

Un intellectuel affirme que cette mutation du libéralisme, qui se serait opérée vers la fin du 19ème siècle, s’explique par deux évènements : la théorie de Darwin et la mathématisation des sciences économiques. La première aurait poussé certains économistes à adopter la théorie de l’évolution aux sociétés humaines et à vouloir laisser faire la nature dans tous les aspects de l’économie. La seconde a favorisé des constructions purement abstraites, déconnectées de la réalité. Lire la suite

Qui sont les accapareurs de terres agricoles à l’étranger ?


Avec tout ce qu’on entend sur la “sécurité alimentaire” et les déclarations déformées des médias (cf. « La Corée du Sud achète la moitié des terres de Madagascar » – en fait, il ne s’agissait pas de la Corée du Sud, mais de Daewoo Logistics), il n’est sans doute pas évident pour tout le monde que les principaux responsables de l’actuel accaparement des terres ne sont pas les pays ou les gouvernements, mais les grandes entreprises.

L’attention s’est vraiment focalisée sur le rôle d’États comme l’Arabie Saoudite, la Chine ou la Corée du Sud, alors qu’en réalité, même si les gouvernements facilitent les accords, ce sont des entreprises privées qui prennent le contrôle de la terre.

Et leurs intérêts ne sont tout simplement pas les mêmes que ceux des gouvernements.

« Ce sera une initiative privée. »

Amin Abaza, ministre de l’Agriculture d’Égypte, dans son exposé aux autres nations africaines sur les acquisitions de terres agricoles en Égypte, lors de la Journée mondiale de l’alimentation de 2009

Prenons un exemple. En août 2009, le gouvernement de l’île Maurice a, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, obtenu un bail à long terme pour 20 000 hectares de terre agricole fertile au Mozambique pour y produire du riz pour le marché mauricien. Il s’agit bien d’une externalisation de la production alimentaire, cela ne fait aucun doute.

Mais ce n’est pas le gouvernement mauricien qui va, au nom du peuple mauricien, cultiver cette terre et rapatrier le riz dans l’île. Le ministère mauricien de l’Agro-industrie a en effet immédiatement sous-loué la terre à deux grandes entreprises : l’une, singapourienne, tient beaucoup à développer des marchés pour ses semences propriétaires de riz hybride en Afrique ; l’autre, du Swaziland, est spécialisée dans la production de bétail, mais aussi engagée dans la production d’agrocarburants dans le sud de l’Afrique (voir GRAIN, “L’île Maurice en tête des acquisitions de terres rizicoles en Mozambique”, Oryza hibrida, 1er septembre 2009). Bref, une situation tout à fait courante. Lire la suite

“Les choses ne redeviendront pas comme avant”

Mario Draghi ne fait pas beaucoup parler de lui mais n’est pas pour autant n’importe qui ! Gouverneur de la Banque d’Italie, c’est également le président du Conseil de stabilité financière (CSF), à qui le G20 a confié dans les flonflons d’importantes responsabilités en matière de régulation financière mondiale. Il est aussi parfois présenté comme le successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE. A Rome, jeudi dernier, il a lâché un lapidaire « les choses ne reviendront pas comme avant », dans l’intention d’anéantir l’espoir plus ou moins caché de tous les acteurs du marché financier.

Rajoutant, pour être bien compris : « Il n’est pas souhaitable que cela arrive ». Sans expliciter son propos, dans la grande tradition des banquiers centraux. Ne pouvant faire état de la réalité de leur pouvoir, leurs décisions étant le plus souvent confidentielles, ceux-ci s’efforcent en effet de donner de cette manière une portée à leur propos. Cultivant le mystère, comme les médecins d’autrefois, détenteurs d’un savoir qu’ils ne partagent pas, membres d’une confrérie d’initiés dans un monde qui prétend à la transparence.
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Sur les Bourses, le grand retour du doute

Trop, trop vite, trop tôt.” Fidèle à sa réputation de “Dr. Doom” (Dr Fatalis), l’économiste américain Nouriel Roubini juge, depuis plusieurs mois déjà, que la hausse des marchés boursiers en Europe et aux États-Unis – plus de 45 % depuis mars – est à la limite de l’exubérance. “Une correction est inévitable”, a-t-il conclu, jeudi 29 octobre, lors d’une conférence organisée à Paris.

En l’espace d’une semaine, les places boursières aux États-Unis, en Asie et en Europe ont nettement reculé. A Paris, entre le lundi 26 et le vendredi 30 octobre, l’indice CAC 40 a chuté de 5,27 %, s’éloignant encore des 4 000 points, à 3 607,69 points. A Londres, le Footsie a, de son côté, lâché 3,78 % tandis que le Dow Jones de New York et le Nikkei de Tokyo ont cédé respectivement 2,60 % et 2,41 %.

M. Roubini – qui avait annoncé un peu avant tout le monde, en septembre 2006, le désastre économique consécutif à l’éclatement d’une bulle du crédit et de l’immobilier américain – dit espérer se tromper. Mais, sur les marchés, les investisseurs ont l’air de penser que “Dr. Doom” a raison, une fois de plus.
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La Très Grande Illusion

Par Pascal Roussel, analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Les médias traditionnels voient des jeunes pousses éclore dans l’économie, se réjouissent du moindre résultat « moins mauvais » que prévu et sont résolument optimistes. Mais quand on observe le succès grandissant de certains sites web alternatifs d’informations financières, on ne peut s’empêcher de constater que de plus en plus d’investisseurs désabusés doutent de la neutralité des grands médias.

Ces derniers sont tous plus ou moins liés à de grands groupes financiers. Par exemple la chaîne de télévision financière CNBC est une filiale de General Electric qui aurait reçu du contribuable américain 51 mlds de USD via le programme TLGP . Est-il absurde de croire que les autorités américaines souhaitent que l’information financière soit présentée sous son « meilleur jour » et ainsi d’imaginer que CNBC soit tenue de respecter une certaine « ligne éditoriale » ?
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Le poids réel de la finance islamique

La finance islamique est souvent présentée comme un mastodonte, représentant une menace pour l’économie française et européenne.

Au-delà des polémiques sur la sincérité des principes religieux et moraux dont elle se réclame, ainsi que sur l’éventuelle agressivité des pratiques sociales dont elle émane, qu’en est-il de son poids financier, au plan strictement factuel ?

Une étude universitaire récente, le rapport Jouini et Pastré du 8 décembre 2008, fait le point. On peut évidemment ne pas partager son parti-pris favorable à l’introduction en France de la finance islamique, mais ses données chiffrées paraissent difficilement contestables.

En voilà un long extrait, qui répond à la question.

1.4.1 Les premiers développements de la Finance Islamique

Malgré ses racines théoriques lointaines, la Finance Islamique est une construction contemporaine. Durant des siècles, en effet, il n’y eut pas véritablement un système financier islamique complet. Il n’y eut que l’interdiction du riba [l'intérêt]. On ne proposa pas des modes de financement alternatifs, ni n’imagina d’organisations financières adaptées. Sans les structures et les produits, on ne peut évidemment pas parler de finance proprement dite.

Les premières expériences modernes dans ce domaine datent des années 1960, avec l’expérience des caisses rurales MitGammar en Egypte et du « Pilgrim’s Management Fund » (Tabung Hadjji) en Malaisie. Ces institutions avaient comme objectif de réduire l’exclusion bancaire et de promouvoir le développement des couches de population défavorisées. Leur activité qui avait essentiellement un objectif de développement, restait confinée au niveau local.

Ainsi, de nombreux économistes, sans ignorer ces premières expériences, s’accordent à considérer comme véritable date de naissance de la Finance Islamique moderne le début des années 1970, au carrefour de la montée du panislamisme et du boom pétrolier. Selon certains observateurs, le développement spectaculaire de la Finance Islamique à partir des années 1970 est une conséquence directe de la mise en exploitation des gisements du pétrole dans le Golfe Persique et des richesses que cette industrie a générées. Lire la suite

L’impasse des stratégies de sortie de crise

Par Nicolas Baverez, économiste et historien.

Un an après la faillite de Lehman Brothers qui fut près de provoquer l’effondrement du capitalisme mondialisé, les principales institutions financières américaines annoncent des résultats et des bonus record, tandis que leurs homologues européennes se bousculent pour rembourser aux États les dotations en capital et les prêts d’urgence mis en place pour les sauver.

La reprise qui se dessine est insoutenable à terme. Elle repose tout entière sur le restockage des entreprises et la poursuite de politiques de soutien public à un niveau jamais atteint en temps de paix. Elle réédite les erreurs commises après 2001 en reconstituant deux bulles spéculatives sur les marchés d’actions et les dettes des États. Elle relance le modèle économique qui a conduit au krach sans résorber les déséquilibres structurels de la mondialisation. Or la dégradation des finances publiques et des banques centrales dans les pays développés laisse le capitalisme sans défense en cas de nouveau choc.

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Le travail sous tension

Des conditions de travail dégradées, conjuguées à un recul des solidarités collectives, expliquent la souffrance psychique de nombreux salariés.

25 suicides en un peu plus d’un an et demi : l’effroi a saisi France Télécom, braquant une nouvelle fois les projecteurs médiatiques sur la souffrance au travail, deux ans après la série noire qui avait endeuillé le Technocen­tre de Renault, à Guyan­court.

Cette violence, que les salariés retournent contre eux, n’épargne aucun secteur : PSA, BNP Paribas, IBM, EDF ou encore l’Assistance ­publique-Hôpitaux de Paris y ont été ou y sont confrontés. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Le phénomène dépasse donc largement le huis clos de telle ou telle entreprise, en prise avec des méthodes de management contestables. Difficile, pour autant, d’en évaluer l’ampleur de manière précise. Le nombre de suicides liés au travail est estimé à 300 à 400 par an, en extrapolant à l’ensemble de la France les résultats d’une étude réalisée en Basse-Normandie par l’Inspection médicale du travail en 2002.

Il s’agit néanmoins d’un phénomène relativement récent, apparu au cours des années 1990 dans l’industrie et les services, selon les médecins du travail. Auparavant, seule l’agriculture était repérée comme touchée. Condi­tions de vie très dures, isolement, endettement et risque de paupérisation formaient les ingrédients d’un cocktail potentiellement explosif pour les petits exploitants agricoles. Ils ne sont désormais plus les seuls à mettre fin à leurs jours au boulot. Qu’est-ce qui a changé ? Lire la suite

Vente aux enchères des réserves d’or du FMI

Par Antal E. Fekete professeur de mathématiques et de statistiques, Université de Newfoundland (Canada).


Le vieux cheval de bataille du Fond Monétaire International est de sortie : le FMI menace de vendre aux enchères ses réserves d’or monétaire. Cette fois cela semble être pour de bon. Le FMI fait des préparatifs pour se débarrasser d’une bonne partie de son capital non lié à une quelconque contrepartie sous la forme de certificats monétaires de la banque centrale ou de bons du gouvernement, alias des certificats de confiscation garantie.

Le FMI insiste fortement sur ses intentions d’une délicate automutilation de manière à ne pas causer de disfonctionnements les marchés de l’or. Prenez pitié du FMI. Il se soucie de ne pas déranger le marché de l’or mais ne s’inquiète pas de l’émiettement de son capital. Le FMI promet de conduire les enchères de manière « transparente ». Il est vrai que le marché de l’or est petit dans le système de mesures actuel, dans lequel les millions de milliards de dollars vont bientôt être eux-mêmes inadéquats.

Il a été dit suffisamment clairement que le FMI et ses maîtres marionnettistes derrière le rideau souhaitent atteindre les investisseurs dans l’or et les blesser sérieusement. Comme les monnaies-papier sont toutes engagées dans un jeu de quilles et ceci de manière impulsive et compétitive, l’or est la seule monnaie qui parvient à se maintenir. Il faut la faire tomber à coup de batte ou de toute autre façon.

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Bilan accablant pour la décentralisation, selon la Cour des Comptes

La Cour des comptes estime que la décentralisation en France, pays aux 500 000 élus locaux, a abouti à un enchevêtrement de compétences et à des sureffectifs.

Les contribuables s’en doutaient, la Cour des comptes vient de le confirmer dans un rapport publié ce mardi : «La décentralisation n’a jusqu’à présent conduit ni à une baisse des dépenses publiques, ni à une maîtrise de la fiscalité locale.»

Plus précisément, en vingt-cinq ans de décentralisation, la dépense des collectivités locales a été multipliée par plus de cinq et celle de l’État, par plus de trois.

Première source de dérapage, dénoncé par Philippe Séguin, le premier président de la Cour : l’inflation des effectifs.

Jusqu’en 2007, l’État, qui a pourtant transféré de larges compétences aux collectivités locales (gestion des collèges, lycées, RMI, prestations pour les personnes âgées, etc.), a continué à embaucher.

D’après Philippe Séguin, les 400 000 fonctionnaires supplémentaires engagés par l’État entre 1980 et 2006 représenteraient un surcoût équivalent à un tiers du déficit structurel de l’État, évalué autour de 50 milliards d’euros. Lire la suite

Prêts pour la prochaine crise ?

Par Paul Craig Roberts (économiste et Sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan).

Les USA sont non seulement sous la coupe des intérêts privés du secteur financier qui a réussi jusqu’à présent à échapper à toute mesure de régulation sérieuse, mais ils sont aussi dans le peloton de tête des statistiques des inégalités de revenu et du taux de pauvreté. Ces deux caractéristiques sont en général celles des États faillis, souligne Paul Craig Roberts, qui s’inquiète que l’absence de réglementation des produits dérivés ne provoque un nouveau désastre.

Les preuves montrant que les États-Unis sont un État failli s’accumulent plus vite que je ne peux les répertorier. L’une des caractéristiques décisives d’un État failli est que les escrocs sont placés à l’intérieur du gouvernement, et utilisent ce gouvernement pour protéger et promouvoir leurs intérêts privés. Une autre caractéristique déterminante est l’inégalité croissante des revenus, lorsque ces « insiders », ces initiés, manipulent la politique économique pour assurer leur enrichissement au détriment de tous les autres. Lire la suite

Culture de l’assistance : un désastre total pour l’Afrique

Une financière africaine fait le procès de l’assistance étrangère. Elle dynamite cinquante ans de mauvaises habitudes.

(Nous revenons ici sur un sujet déjà abordé par FORTUNE en septembre dernier mais toujours d’actualité)

Universitaire zambienne, âgée de 40 ans, Dambisa Moyo n’a pas connu le combat pour l’indépendance mené par ses aînés, ni leurs engagements tiers-mondistes dans la rivalité Est-Ouest. Elle a grandi dans un continent abonné aux perfusions internationales puis s’est formée dans les meilleures universités occidentales. Elle y a découvert certaines routines intellectuelles et “la mauvaise conscience de l’homme blanc”. Revenue en Afrique, Dambisa Moyo dresse le constat des ravages provoqués par des méthodes de développement ineptes, perpétuées au nom de la stabilité par la plupart des élites africaines ou européennes, et bien souvent aussi pour des raisons d’intérêts personnels moins avouables.

Le constat qu’elle dresse dans l’Aide fatale est terrible. Lire la suite

Quand la Presse néolibérale critique le Marché

Alors que la Commission Européenne continue de préconiser une libéralisation des marchés de l’énergie en Europe, Laurent Pinsolle, blogueur dont nous avons déjà parlé, nous apprend que le magazine The Economist, la bible néolibérale, questionne durement l’efficacité du marché et de la concurrence dans ce domaine.

L’analyse de l’hebdomadaire anglais repose sur l’étude du marché britannique de l’énergie.

En effet, ce marché a été libéralisé au milieu des années 90, par le dernier gouvernement conservateur.

Les investissements dans les centrales produisant de l’énergie sont réalisés par des acteurs privés et une demi-douzaine d’entreprises se partagent le marché de la distribution de l’énergie aux ménages.

Il n’y a pas de contrôle des prix et l’intervention de l’Etat se limite à quelques centrales nucléaires.

Mais dans un papier intitulé « La remise en cause de la main invisible », The Economist critique radicalement la libéralisation. L’hebdomadaire liste trois arguments qui la remettent en cause. Lire la suite

Etre pauvre, c’est quoi ?

Une analyse de la pauvreté par une approche sur les conditions de vie met en évidence une vision restrictive du phénomène.
La définition de la pauvreté dans les sociétés riches est un débat récurrent [1] . Le plus souvent, il porte sur le seuil monétaire en deçà duquel on est considéré comme pauvre (50 % ou 60 % du revenu médian). Un article de la revue de l’Insee Economie et statistique [2] nous invite à une autre approche de la pauvreté, celle des conditions de vie.

Le nécessaire. Etre pauvre, rappellent Jérôme Accardo et Thibault de Saint Pol, peut être défini comme le fait d’être victime de privations. Encore faut-il préciser lesquelles.

A travers l’enquête « Standards de vie » réalisée par l’Insee en janvier 2006 auprès de 5 900 personnes, ils observent ­quelles sont les privations jugées les plus inacceptables par les personnes interrogées.

Conclusion : l’opinion publique ne se met d’accord que sur une sorte de noyau essentiel : « le consensus n’est net que sur un petit nombre de privations, témoignant d’une vision restrictive de la pauvreté limitée aux privations alimentaires sévères, aux manques fonctionnels relatifs à l’habillement, à la très mauvaise qualité du logement et aux difficultés à se soigner », expliquent les chercheurs.

Logiquement, l’accès des enfants à ces éléments de base est largement perçu comme une nécessité : 90 % des personnes interrogées jugent inacceptable de « ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille », 89 % de « ne pas pouvoir payer des appareils dentaires à ses enfants » et 86 % de « ne pas avoir assez de rechange pour envoyer ses enfants à l’école avec des vêtements toujours propres ».

Pour l’ensemble de la population, « se priver régulièrement d’un repas plusieurs fois par semaine », « être obligé de vivre dans un logement sans eau chaude », « ne pas pouvoir se payer de prothèses auditives » sont les items jugés les plus inacceptables. Lire la suite

La crise bancaire n’est pas terminée

Par Paul Krugman

Les banques d’affaires, dont l’emblématique Goldman Sachs, ont apparemment tiré leur épingle du jeu au troisième trimestre en spéculant grâce aux fonds publics, mais les banques du secteur qui compte vraiment pour l’activité économique, celui du crédit, vont à nouveau mal. Si elles avaient réussi à échapper à la nationalisation au premier semestre en affichant des bénéfices grâce à des jongleries comptables, la réalité de la crise profonde que traversent les États-Unis les rattrape aujourd’hui, et Citigroup comme Bank of America ont à nouveau annoncé des pertes.

Cette fragilité structurelle d’un secteur indispensable à une reprise économique compromet la reprise, avertit Krugman, qui rappelle par ailleurs que les questions de fond ne sont toujours pas réglées. En l’absence d’une réforme de la finance, les banquiers vont continuer à utiliser cette recette qui leur a si bien réussi jusqu’alors : profits privés, pertes publiques. Aussi scandaleux soient-ils, les mirobolants bonus qui ont fait les gros titres la semaine dernière ne doivent pas faire perdre de vue les fondamentaux, avertit Krugman.

Quand les banquiers parient avec l’argent des autres, face ils gagnent, pile nous perdons.

Nous vivons une époque formidable qui est la pire de toutes. OK, ce n’est peut-être pas littéralement la pire, mais elle est très dure. Et le contraste entre le bonheur immense de quelques-uns et les souffrances que continuent de subir beaucoup trop de gens augure mal de l’avenir.
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“Plan jeunes” du gouvernement, une bouteille à moitié vide

L’élargissement du revenu de solidarité active aux jeunes de moins de 25 ans, mesure phare du plan jeunes annoncé par Nicolas Sarkozy le 29 septembre, ne bénéficiera pas aux plus précaires de cette classe d’âge. Quant aux autres mesures, elles peinent à compenser cette limitation difficilement acceptable.
Le plan jeunes que vient de concocter le gouvernement est incontestablement « un pas en avant » pour reprendre le terme de la CFDT.

Mais, en même temps, c’est un plan qui oublie encore les plus précaires, pour reprendre le commentaire de la fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars).

Les deux appréciations sont vraies, et c’est bien cela qui est gênant : faut-il mettre l’accent sur le verre à moitié plein, ou sur celui à moitié vide ? Mais le plus gênant est que c’est la mesure phare de ce plan qui mérite ce double jugement, alors que les à-côtés sont soit insignifiants, soit très positifs.

La mesure phare ? Il s’agit, bien entendu, de l’attribution possible du revenu de solidarité active (RSA) – qu’il s’agisse du RSA « socle » (ex-RMI et API) ou du RSA « chapeau » (versé aux travailleurs pauvres) – aux jeunes de moins de 25 ans n’ayant pas de charges de famille. C’est là un pas en avant essentiel, qui répare à la fois une iniquité et une injustice.

L’iniquité résidait dans le fait que, entre deux jeunes travailleurs placés exactement dans les mêmes conditions d’emploi, mais dont l’un avait moins de 25 ans et l’autre 25 ans révolus, le premier était exclu du RSA alors que le second pouvait y prétendre.

L’injustice provenait de ce que c’était précisément les plus en difficulté sur le marché du travail qui, parmi les moins de 25 ans, étaient les plus précarisés. Lire la suite

La crise n’a pas remis en cause les modèles mathématiques utilisés dans les banques

Trop simples, les modèles mathématiques n’ont pas su prévenir l’effondrement de la finance mondiale, résumaient les spécialistes de mathématiques financières réunis en début d’année, à Paris, par l’Institut Europlace. Le temps passe, et rien ne change, semble-t-il.

Benoît Mandelbrot, mathématicien auteur de la théorie des fractales, alerte depuis les années 1960 sur les dangers des modèles mathématiques inspirés de l’étude du mouvement brownien, utilisés en finance. Son dernier livre, Une approche fractale des marchés (Odile Jacob, 2004), paru quatre ans avant la crise financière, était prémonitoire. Mais il ne fut guère écouté.

Ses travaux ne semblent guère davantage pris en compte maintenant que la crise est passée, a-t-il confirmé au Monde lors de son passage à Paris, le 11 octobre.

Certains de ses collègues, mathématiciens ou physiciens, dissidents du modèle brownien, et qui espéraient aussi que la crise allait enfin donner du crédit à leurs travaux, confirment. Ils redoutent qu’une crise financière aussi grave ne survienne dans les prochaines années et se désolent de voir que les modèles alternatifs qu’ils proposent ne soient pas plus utilisés.

“La crise financière est comparable à un court-circuit électrique. Un réseau électrique périmé, en l’occurrence une modélisation mathématique inadaptée, a provoqué un court-circuit qui a déclenché un incendie ; c’est la crise économique”, résume Christian Walter, chercheur à l’EM Lyon et coauteur du livre Le Virus B, crise financière et mathématiques (Seuil, 2009, 128 p., 14 euros). “Les pompiers ont inondé les marchés avec des liquidités. Et maintenant, on repeint la maison, mais sans refaire le réseau électrique ! Le court-circuit peut se reproduire. Ces outils sont dangereux.” Lire la suite

La débâcle des assignats

L’article suivant, de Shannara Johnson, rédactrice à l’International Speculator, examine les racines monétaires de la Révolution Française, et fournit par la même occasion un parallèle incontestable avec l’état actuel du dollar américain.

L’un des comptes-rendus les plus fascinants des effets catastrophiques du remplacement par de l’argent papier d’une devise basée sur l’or ou l’argent nous vient d’Andrew Dickson White (1832 – 1918), diplomate, auteur et éducateur ayant cofondé Cornell University. Au début du XIXe siècle, White a commencé à rassembler et analyser des articles de journaux et des documents publiés pendant la Révolution Française, plus particulièrement ceux se rapportant aux problèmes du papier–monnaie sous la Révolution. En 1912, il a publié Fiat Money Inflation in France, un essai qui aujourd’hui n’a pas pris une ride.

En 1789, à la veille de la Révolution Française, le gouvernement français faisait face à de graves problèmes de surendettement et de déficit chronique. Un manque général de confiance de la part du monde des affaires avait conduit à la baisse des investissements, et l’économie stagnait.

Des mesures dignes de véritables hommes politiques, une surveillance attentive et une gestion raisonnable auraient sans aucun doute mené rapidement à un retour de la confiance, à la réapparition de l’argent et la reprise des affaires, mais cela demandait de la patience et de l’abnégation, et jusque-là, dans l’histoire de l’humanité, ce sont les choses les plus rares de la sagesse politique. Peu de nations ont jamais été capables d’exercer ces vertus, et la France n’a pas fait exception », a écrit White.
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L’industrie de l’armement ne connaît pas la crise : l’exemple lyonnais

Testeur du canon de l’hélicoptère Tigre, système de navigation pour les blindés de la Bundeswehr, logiciel de détection des tirs d’armes légères, de mortiers et de roquettes pour l’armée américaine, indonésienne ou australienne, armement des sous-marins français Barracuda ou du missile balistique à têtes nucléaires M51…

Point commun de ces équipements ? Ils sont tous fabriqués à Lyon et dans sa région.

Des entreprises lyonnaises transforment le plomb en or

Le constat peut surprendre, la filière de l’armement évoquant plus Provence-Alpes-Côte-d’Azur (aéronautique, spatial), la Bretagne (chantiers navals), Midi-Pyrénées (Aerospace Valley) ou encore l’Aquitaine (aérospatial).

En réalité, selon une récente enquête, effectuée par la DGA (Délégation Générale pour l’Armement) et la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon, il y a en Rhône-Alpes plus de deux cents entreprises de défense qui participent à quelques cent vingt programmes de défense français, européens et internationaux. Sur ce secteur porteur, Rhône-Alpes se hisse même au deuxième rang national.

De petites entreprises qui ne connaissent pas la crise

“La défense est un secteur qui ne connaît pas la crise”, s’enthousiasme Guy Mathiolon, le président de la CCI de Lyon. “Les carnets de commande sont remplis, le chiffre d’affaires des entreprises locales augmente de manière quasi exponentielle… C’est simple, si l’on veut faire de l’argent, il faut être fort sur l’armement et la défense”.

Certainement l’un des meilleurs exemples : CentralpAutomatismes, une entreprise vénissianne leader européen dans les calculateurs embarqués dans les chars ou les porte-avions. 21,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007 et elle table sur 23 millions cette année. Lire la suite

Salaires des patrons : la dérive continue

On a assisté ces dernières années à une explosion des revenus des dirigeants d’entreprise. Aboutissant à des niveaux d’inégalités incompatibles avec une quelconque « responsabilité sociale ». Même si les salaires des patrons ont un peu baissé l’an dernier avec la crise, la question est loin d’être réglée.
Si l’Américain à haut revenu vers 1905 était par essence un baron de l’industrie qui possédait des usines, son homologue cent ans plus tard est un cadre supérieur immensément récompensé de ses efforts par des primes et des stock-options », rappelle Paul Krugman, le prix « Nobel » d’économie 2008, dans L’Amérique que nous voulons (Ed. Flammarion, 2008).

Même si les niveaux atteints en France restent inférieurs à ceux des Etats-Unis, la même dérive s’observe de ce côté-ci de l’Atlantique. Rien d’étonnant puisqu’à travers la mondialisation, les normes sociales et les modes de rémunération inventés aux Etats-Unis se sont progressivement répandus sur toute la planète.

Les entreprises ne pourront évidemment pas se prétendre responsables tant que les rémunérations de leurs dirigeants mettront en cause à ce point la cohésion des sociétés où elles sont actives.

La récession a entraîné l’année dernière une petite baisse des rémunérations des patrons, mais on constate toujours des hausses et les niveaux atteints restent d’autant plus choquants que la crise est passée par là. Elle a démontré en effet tous les effets pervers des modes de rémunération qui aboutissent à ces niveaux indécents.

Le jackpot des stock-options

Les Etats-Unis ont beaucoup de défauts, mais ils présentent au moins un avantage : ils ont une tradition ancienne d’information statistique. C’est ce qui a permis de reconstituer l’évolution des rémunérations des dirigeants des plus grandes entreprises du pays depuis 1936. Les résultats sont spectaculaires.

Entre 1936 et 1939, la rémunération moyenne des 150 dirigeants les mieux payés des 50 plus grandes entreprises américaines représentait 82 fois le salaire moyen.

Entre 1960 et 1969, ce ratio était tombé à 39.

Mais, après l’élection de Ronald Reagan, en 1980, ce ratio est remonté en flèche, pour atteindre 187 durant la décennie 1990 et culminer à 367 au début des années 2000 ! Lire la suite

Etats-Unis : l’organisme de tutelle des banques contredit les rumeurs de reprise

L’OCC, “The Office of the Comptroller of the Currency”, l’organisme de tutelle des banques US, a publié récemment deux rapports qui sont en totale contradiction avec le discours ambiant.

Tout d’abord, nous trouvons l’OCC’s Quarterly Report on Bank Derivatives Activities qui fait un point précis sur l’état du marché des produits dérivés que Paul Jorion résume par un seul mot qui se passe de commentaires : les métastases.

Vous pouvez consulter directement ce rapport Second Quarter 2009 (2ème trimestre 2009) sur le site de l’OCC, ici.

Vous apprendrez ainsi que le marché des produits dérivés continue de croître (page 10) mais, de plus, est presque totalement contrôlé par 5 banques (JP Morgan Chase, Goldman Sachs, Bank Of America, Citibank, Wells Fargo) pour un montant dépassant les 200 000 milliards de dollars (les Américains parlent en billions pour les milliards et en trillions pour les milliers de milliards), c’est à dire près de 4 fois le PIB mondial (voir graphique page 12).

Répétons-le pour que vous puissez bien l’ancrer dans vos têtes : 5 banques contrôlent un marché représentant 4 fois le PIB mondial (les montants exacts page 22) !

Le deuxième rapport, OCC and OTS Mortgage Metrics Report, Second Quarter 2009, est encore pire et tord le cou à la soi-disant “fin de la crise”. Vous pouvez le trouver en ligne ici.

En effet, il prouve que 11,4 % des prêts hypothécaires ne sont pas remboursés et que les saisies immobilières ont augmenté de 16,9 % par rapport au premier trimestre ( tableau page 8 ) avec 11 600 saisies par jour !

(Sur l’état du marché immobilier US, voir ici.)

Le rapport de juin 2009 sur les sans abris nous rappelle que ce ne sont pas 11 600 saisies qu’il faut retenir, mais 11 600 familles jetées à la rue chaque jour, ceux qu’il nomme “les oubliés de la crise”.

Ce qui est intéressant à noter, c’est que la plupart de ces maisons sont désormais détruites (Source : Telegraph). Oui, on jette des centaines de milliers de familles à la rue pour détruire ensuite leurs maisons. Quel est le sens?

Gilles Bonafi

Le risque de dépression n’est toujours pas écarté

Les milliards consacrés aux renflouements des banques et aux plans de relance ont permis d’arrêter la glissade vers l’abîme de l’hiver dernier et ramené le sourire à Wall Street, mais les problèmes de fond restent entiers, et tout risque de dépression n’est pas écarté, avertit l’économiste post-keynésien Thomas Palley. La consommation des ménages, représentant 70% du PIB américain, est désormais plombée par le remboursement de la dette et la montée du chômage, et elle ne retrouvera pas son niveau initial. Les États de l’Union qui ont vu fondre leurs recettes fiscales procèdent également à des coupes sombres dans leurs dépenses. Lorsque deux moteurs sur trois de la croissance US – crédit, inflation des actifs et consommation – sont grippés, le risque est réel de voir s’installer une spirale récessive, juge-t-il.

L’an dernier, l’économie mondiale a subi une contraction massive, la plus forte depuis la Grande Dépression des années 1930. Puis, au printemps, les économistes ont commencé à parler de « petits signes » de reprise et cette vision optimiste s’est alors propagée rapidement à Wall Street. Plus récemment, le jour de l’anniversaire du krach de Lehman Brothers, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a officiellement adoubé ce consensus en déclarant que la récession était « très probablement terminée ».

L’avenir est fondamentalement fait d’incertitudes, rendant toujours téméraire l’exercice de la prévision. Cela dit, il existe une probabilité non négligeable que ce nouveau consensus soit erroné. A contrario, on trouve de solides motifs de penser que l’économie américaine subira un deuxième plongeon, suivi d’une stagnation prolongée qui pourra être qualifiée de seconde Grande Dépression. Des signes commencent déjà à apparaitre avec les fortes et inattendues destructions d’emplois aux USA en septembre et la chute des ventes d’automobiles intervenue après la fin de la prime à la casse.

Que l’optimiste soit de retour à Wall Street ne devrait pas surprendre. Les bénéfices de Wall Street proviennent de la hausse des cours des actifs, sur lesquels les établissements financiers perçoivent des frais de gestion, de la signature de contrats sur lesquels elles touchent des honoraires pour leurs conseils, ainsi que de l’incitation des petits investisseurs à acheter des actions, ce qui augmente le chiffre d’affaire. Ces revenus sont bien plus importants lorsque les marchés boursiers sont à la hausse, ce qui explique la propension génétique de Wall Street à amplifier la reprise économique.

De la même façon, les modèles théoriques de la majorité des économistes ont été aveugles face à la crise et ne peuvent aujourd’hui que prévoir la reprise en raison même des hypothèses de ces modèles. Dans la théorie économique dominante, on présuppose que le plein emploi est un point de gravité vers lequel tend l’économie.

Les modèles économétriques empiriques sont tout aussi discutables. Ils prévoient également une reprise progressive, mais c’est le résultat de schémas de retour à la tendance longue fondés sur l’observation des données historiques. Le problème, comme le disent les professionnels de l’investissement, c’est que « la performance passée n’est pas une indication des performances futures ». Cette crise économique marque l’implosion du modèle économique qui gouvernait la croissance américaine et mondiale depuis ces trente dernières années. Ce modèle était basé sur la consommation alimentée par l’endettement et l’inflation du prix des actifs. Mais c’est terminé.

Il existe une raison simple pour laquelle l’économie connaîtra une deuxième baisse d’activité. Elle se fonde sur le cycle économique du désendettement, qui produit inévitablement une correction en deux étapes. La première étape a été franchie, et elle a déclenché une crise financière qui a causé la pire récession depuis la Grande Dépression. Mais la deuxième étape ne fait que commencer.

Le désendettement peut être compris grâce à une métaphore où l’économie serait représentée par une automobile. Le crédit y serait la pédale des gaz, qui accélère l’activité économique. Lorsque cesse l’emprunt, que le pied cesse d’appuyer sur la pédale, la voiture ralentit. Mais lorsque le coffre de la voiture est alourdi par la dette accumulée, l’activité économique ralentit en dessous de son niveau initial.
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France Télécom, laboratoire de catastrophe générale

Une tribune libre de Michel Drac

L’auteur a publié plusieurs ouvrages de réflexion sur la situation contemporaine – principalement, Céfran et De la souveraineté – et une oeuvre d’anticipation romancée, Eurocalypse.

Il vient de faire paraître Crise ou coup d’Etat ?, une étude des mécanismes de la crise économique et de ses aspects délibérés.

Il nous montre ici comment, loin d’être anecdotique, l’affaire des suicides au sein du personnel de France Télécom est le produit d’un mode d’ingénierie sociale, vecteur d’un changement radical d’existence des classes moyennes au travail, ainsi que le symptôme d’une perte de sens susceptible de déboucher sur la violence, dans un contexte général de déclassement et même de destruction, servant peut-être des fins autoritaires.

La crise qui commence (ou plutôt : qui vient d’entrer en phase aigue) va certainement impacter très lourdement les «classes moyennes». Logiquement, on peut même dire que du point de vue des classes dirigeantes mondialistes, cette crise ne marque que l’étape ultime dans le processus de démantèlement des classes moyennes occidentales.

Depuis 30 ans, au fur et à mesure que l’offre mondiale de main d’œuvre était multipliée par 3 (essentiellement du fait de l’entrée de la Chine et de l’ex-bloc soviétique dans l’économie capitaliste), la mise en concurrence du travail ouest-européen et américain (cher) avec le travail asiatique ou est-européen (bon marché) a rendu possible un ajustement progressif de la structure de classe en Occident.

Cet ajustement a porté essentiellement, jusqu’ici, sur la transformation forcée (délocalisations) d’une partie du prolétariat entre précariat (explosion du travail temporaire et à temps partiel) et sur l’érosion des revenus des couches moyennes (évolution des revenus des neuf dixièmes de la population les moins riches, sur la dernière décennie : – 1,5 % par an aux USA sur la base de l’inflation réelle, – 0,5 % par an en Europe, même base).

Cependant, jusqu’ici, les couches moyennes n’ont pas été impactées au point de prendre conscience du fait qu’elles basculaient dans l’appauvrissement (l’ajustement hédoniste des biens et les nouvelles technologies ont en partie masqué la réduction du revenu disponible réel, étant donné la structure de consommation ludique qui caractérise ces couches). Lire la suite

Néolibéralisme : la tentation anti-démocratique du marché-roi

Laurent Pinsolle, prolifique blogueur gaulliste et villepiniste, porte-parole du mouvement Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, n’aime pas les néolibéraux.

Il nous explique pourquoi.

On peut ne pas être d’accord avec tout ou partie des autres options de l’auteur, force est de convenir que son argumentation sur ce sujet ne manque pas de cohérence.

D’autant plus qu’on peut se demander si ce que redoute Laurent Pinsolle n’est pas déjà, plus ou moins, en action.
The Economist vend la mèche : pour l’organe central du parti neolibéral mondial, il est urgent de limiter le pouvoir des politiques. Afin que survienne enfin le règne du marché-roi. On croyait ce genre du discours révolu à cause de la crise. On se trompait.

C’est une série d’articles dans The Economist du 12 septembre [un exemple ici] qui m’a mis la puce à l’oreille. Devant l’insistance de l’hebdomadaire anglais à limiter le pouvoir des politiques, n’y a-t-il pas une tentation anti-démocratique dans la pensée néolibérale ?

Il faut dire que ce numéro était truffé de remarques acerbes sur les hommes politiques. The Economist soutient l’indépendance des banques centrales. Il veut limiter le plus possible toute socialisation, même partielle et temporaire, du crédit. Il demande également un encadrement plus strict du processus budgétaire pour limiter les futurs déficits et réduire les dettes publiques. Enfin, il soutient l’idée de Barack Obama de « confier à un comité technocratique la tâche de réformer Medicare, pour enlever intelligemment les décisions difficiles des mains des hommes politiques ». Lire la suite

“Le G-20 manipulé”

Selon le journaliste et économiste français Jean-Michel Quatrepoint, le G-20, dont les principaux protagonistes vantent actuellement le succès, à l’issue de sa dernière réunion à Pittsburgh (Etats-Unis) les 24 et 25 semptembre 2009, est, en réalité, impuissant ; les banques s’enrichissant déjà sur le dos des Etats qui les ont sauvées.

Voici le texte de l’entretien décapant qu’il a accordé au journal suisse Le Matin.

Auteur de «La crise globale» (Ed. des Mille et une Nuits, 2008), et de «La dernière bulle», qui vient de paraître (chez le même éditeur), l’économiste français Jean-Michel Quatrepoint déplore que le sommet du G-20 à Pittsburgh se tienne sur fond de fausse reprise, purement financière.

Jean-Michel Quatrepoint, vous dénoncez les lobbies financiers américains qui auraient organisé une fausse reprise. De quelle façon ?

Après la faillite de Lehman Brothers il y a un an, la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) et les banques centrales européennes ont «fait l’hélicoptère». Rien qu’aux Etats-Unis, la Fed a arrosé le marché financier de 5 000 milliards de dollars pour éviter une panique. Les grandes banques commerciales reçoivent donc de l’argent à taux zéro, qu’elles reprêtent, uniquement aux bons risques, à des taux qui vont de 4% à 25%. Lire la suite

La fécondité baisse chez les riches comme chez les pauvres

“Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire.”

(Houari Boumedienne, président algérien, discours à l’ONU, 1974)

Selon un préjugé répandu, le Maghreb serait encore une menaçante pouponnière dont les légions de marmots, bien plus nombreuses que les rares escouades de rejetons européens de souche, ne demandent qu’à déferler, avant même leur naissance (cf. la célèbre citation ci-dessus), sur notre Continent, pour y grandir et “le conquérir”.

Un article du Monde vient à propos nous rappeler, voire nous apprendre, que cette vision a une bonne dizaine d’années de retard.

L’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont quasiment terminé leur transition démographique.

Leurs taux de fécondité se rapprochent des nôtres, au contraire des pays d’Afrique subsaharienne où l’on constate encore des taux oscillant couramment entre 5 et 7 enfants par femme.

A quoi est dû ce phénomène, dans les pays du Maghreb dont le niveau de vie est très largement inférieur aux nôtres ?

Cet article du Monde suggère quelques pistes, dont, venant contredire certaines thèses économiques ou religieuses, celle de la propagation de la mentalité occidentale paraît la plus probable.

Le débat est ouvert : Lire la suite

“L’équilibre du pouvoir mondial est en train de changer”, selon l’ancien économiste en chef du FMI

L’économiste anglais Simon Johnson, professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), a quitté le Fonds Monétaire International en 2008 et publié en mai 2009, dans le magazine américain The Atlantic, un article retentissant, “Le coup d’Etat feutré”.

Auditionné peu auparavant par Comité Economique Conjoint des parlements des Etats Unis, il expliquait “comment la finance a conquis et ruiné l’Amérique”.

Il est l’un des rares à analyser cette crise en terme de rapports de force internationaux et considère qu’elle va durablement redistribuer les cartes.

Voici son analyse.

En 2002, Ben Bernanke [président de la Réserve fédérale des États-Unis] avait prononcé un discours décrivant exactement ce que la Fed devrait faire si les États-Unis étaient confrontés à une spirale déflationniste des prix et des salaires, qui pourrait causer des ravages sur l’économie.

Il avait proposé une série de mesures commençant par l’abaissement à zéro des taux d’intérêt à court terme, puis l’achat de bons du Trésor, suivi par celui de titres émis par Fannie Mae et Freddie Mac. Tout cela a été mis en oeuvre depuis la mi-2007.

Certes, M. Bernanke était bien préparé à cette crise, et il pourrait être reconduit dans ses fonctions de président de la Fed au début de 2010 [en définitive, cela a été fait, plus tôt que prévu, depuis la rédaction de cet article le 11 juin 2009].

Mais est-ce la bonne lecture de cette histoire ? Lire la suite

La crise imposera des ajustements douloureux… pour certains

La crise implique une perte irréversible de PIB (Produit Intérieur Brut) dans les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

En effet, elle voit disparaître la partie de la demande intérieure qui était financée par la hausse de l’endettement.

Autrement dit, avant la crise, le PIB était dopé par le crédit, et cette partie du PIB disparaît.

La crise est alors particulièrement sévère, parce qu’elle implique la baisse de tout ce qui était proportionné au niveau antérieur de PIB : du côté des entreprises, les capacités de production et l’emploi ; du côté des États, les dépenses publiques.

L’ajustement (rétrécissement) des entreprises étant beaucoup plus rapide que celui des États, la situation des finances publiques se dégrade fortement.

Par ailleurs, si l’exigence de rentabilité du capital, dans les pays de l’OCDE, reste la même que ce qu’elle était avant la crise, le freinage durable de la croissance imposera aux entreprises, pour maintenir les revenus des actionnaires, de comprimer fortement les coûts salariaux, comme on l’a vu au Japon et en Allemagne depuis 10 ans.

L’arrêt de la hausse des taux d’endettement conduirait donc, en raison de son effet négatif sur la croissance, à une inégalité croissante du partage des revenus, au détriment des salariés, avec les conséquences sociales prévisibles.

Sauf si l’exigence des actionnaires des entreprises diminuait, en ce qui concerne la rentabilité du capital.

Il est permis de rêver…

Source NATIXIS: document 1, document 2

La crise pourrait dégénérer en guerre civile (Archives)

Lu dans le quotidien suisse Le Matin :

2010, 2013 ou 2015, quand finira la crise? Les instituts de conjoncture font ce qu’ils peuvent pour prévoir la date de la reprise – malheureusement, en ce moment, ils revoient leurs projections à la baisse. Le plus pessimiste prévoit en plus une aggravation des conflits sociaux et politiques. Les pays à faible couverture sociale comme les Etats-Unis risqueraient même la dislocation.

(…) Que s’est-il passé en si peu de temps? Bruno Parnisari, chef du secteur Conjoncture à la Direction de la politique économique du SECO, ne cache pas avoir été surpris de voir «avec quelle vitesse tous les indicateurs ont plongé entre l’automne 2008 et le printemps 2009, et comment ce que l’on pensait être des phénomènes isolés – la bulle immobilière aux USA ou les problèmes de certaines banques comme Lehman Brothers – ont créé un effet domino. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : la crise est systémique. On est très largement en dehors des variations normales – un peu comme un médecin qui voit arriver un patient grippé avec une température de 45».

C’est précisément ce que clame depuis un certain temps le Leap, qui s’est projeté au-delà et qui met en garde : si la crise économique dure trop longtemps et frappe des pays qui ont peu de protection sociale pour aider les plus démunis, on peut craindre des tensions sociales et politiques… voire des conflits armés. «En Europe, on n’en arrivera certainement pas à cette extrémité, en tout cas dans les pays qui ont les moyens de financer durant trois ans les assurances sociales – on risque par contre de voir des manifestations et des pressions politiques, mais certainement pas de violence systématisée», explique Franck Biancheri.

Aux USA par contre, le LEAP n’exclut pas cette éventualité. Le pays compte déjà 8% de chômeurs, et voit ce pourcentage grossir de jour en jour: «Ils ont généralement perdu à la fois leur job, leur assurance-maladie, leur maison, et leur retraite, investie en actions. Et ils savent que l’Etat ne les aidera pas». De quoi rendre un peu nerveux en effet, ce qui n’est jamais bon dans un pays où les armes sont en libre-service. Plus fondamentalement, Franck Biancheri craint une «dislocation» du pays : basée sur la prospérité, la cohésion nationale, vieille d’un peu plus d’une centaine d’années seulement, pourrait éclater, certains Etats se rebellant – sur le plan fiscal par exemple – contre Washington et se lançant dans la sécession.

Un scénario catastrophe? Des experts reprochent au Leap une petite tendance à la paranoïa – disant en substance que si leur hypothèse n’est pas impossible, elle est peu probable. Ce à quoi Franck Biancheri a beau jeu de répondre que c’est aussi ce qu’on lui disait en 2006 quand il annonçait une crise systémique pour 2008… (Le Matin)

(Merci à Boreas)

(FDS)