Combien les associations touchent-elles de l’État ?

1 165 259 511 euros : c’est le total des subventions versées par l’État aux associations au cours de l’année 2008, selon les calculs de l’Observatoire des subventions.

1 165 259 511 euros, soit près d’1,2 milliard d’euros sont passés, au cours de l’année 2008, de la poche des contribuables français dans la caisse d’associations diverses. C’est ce qui ressort du calcul réalisé par l’Observatoire des subventions aux associations à partir du « Jaune budgétaire ».

Ce document officiel, qui s’intitule précisément: Effort financier de l’État en faveur des associations recense les chiffres de toutes les subventions versées par chaque ministère aux associations, « à quel titre que ce soit ». Une vraie jungle.

Immigration, intégration, identité nationale et développement solidaire :

10 677 634 euros

La palme revient au ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, qui a subventionné des associations à hauteur de 457,4 millions d’euros.
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Culture de l’assistance : un désastre total pour l’Afrique

Une financière africaine fait le procès de l’assistance étrangère. Elle dynamite cinquante ans de mauvaises habitudes.

(Nous revenons ici sur un sujet déjà abordé par FORTUNE en septembre dernier mais toujours d’actualité)

Universitaire zambienne, âgée de 40 ans, Dambisa Moyo n’a pas connu le combat pour l’indépendance mené par ses aînés, ni leurs engagements tiers-mondistes dans la rivalité Est-Ouest. Elle a grandi dans un continent abonné aux perfusions internationales puis s’est formée dans les meilleures universités occidentales. Elle y a découvert certaines routines intellectuelles et “la mauvaise conscience de l’homme blanc”. Revenue en Afrique, Dambisa Moyo dresse le constat des ravages provoqués par des méthodes de développement ineptes, perpétuées au nom de la stabilité par la plupart des élites africaines ou européennes, et bien souvent aussi pour des raisons d’intérêts personnels moins avouables.

Le constat qu’elle dresse dans l’Aide fatale est terrible. Lire la suite

Or, Rage et Désespoir

Un peu d’Histoire. Comment s’est déroulé le vol de l’or au particulier et la dévaluation de ce bon vieux dollar américain ?

L’investiture de Roosevelt a eu lieu le 4 mars 1933, date de sa prestation de serment.

Le jour suivant, il déclare le « bank holiday » et ferme les banques 4 jours. Plus aucune transaction financière n’a lieu.

Le 9 mars, il fait voter au congrès « l’Emergency Banking Act » qui lui octroie de nouveaux pouvoirs (mainmise sur les opérations des banques à l’étranger).

Dès l’instant où il fût en possession de tout l’or, il mit à exécution son plan: la dévaluation lente de la monnaie fiduciaire.

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Jean Montaldo dézingue les bandits de la finance

« Chez moi quand on tue le cochon, tout le monde est content ! Sauf le cochon ! ». Cette citation, l’écrivain et journaliste d’investigation Jean Montaldo la place en exergue de son tout dernier livre (le 16ème depuis 1971) : “Lettre ouverte aux bandits de la finance” (Albin Michel, juin 2009). Bretteur hors norme, Jean Montaldo, 68 ans, est toujours un combattant actif dont la capacité d’indignation est intacte.

Dans ce nouvel ouvrage documenté, luxuriant, touffu, voire baroque, il tente de démêler pour nous les arcanes de la finance et de comprendre comment la crise annoncée notamment par le FBI en 2004 n’a pas été enrayée par le gouvernement Bush, trop occupé sur d’autres fronts.

Il explique comment un homme de l’ombre, Angelo Mozilo, l’inventeur des subprimes il y a quarante ans, aidé de ses amis, les dirigeants de Fannie Mae et de Freddie Mac, entre autres, ont plongé le monde dans le marasme. Il dévoile enfin pourquoi les banquiers français, dans un bel ensemble, se sont engouffrés dans le piège des subprimes pour aboutir notamment à l’affaire Kerviel.

“Je suis sûr, que s’ils continuent comme avant”, a-t-il confié en marge de l’interview qui figure ci-dessous, “s’ils n’ont pas tiré les leçons de la crise, c’est sûr, il y aura une deuxième vague, une autre crise qui risque de faire exploser totalement le système financier international. Je le crains vraiment. J’ai les chiffres. Il y a aujourd’hui plus de 365, voire 400 000 milliards de produits titrisés en circulation. On ne peut pas les maîtriser. Ils ne sont même pas localisables. C’est ça le problème. Et ils en inventent tous les jours.”

On comprend dès lors pourquoi l’auteur cite Enver Hodja à la fin de son livre : “Malheureusement, l’année qui commence sera pire que la précédente… mais meilleure que la prochaine”. Le dictateur albanais n’est sans doute pas la référence suprême du libéral Montaldo. Gageons qu’il conjure le sort en le citant.

Chevalier blanc ? Populiste ? Prophète ? Jean Montaldo, souvent attaqué par la “bien pensance”, n’est rien de tout ça. C’est d’abord un journaliste d’investigation comme on n’en fait plus, qui porte la plume là où ça fait mal et qui ne craint pas d’appeler un chat un chat. Son livre n’est pas un pamphlet. Il attaque les coupables avec impartialité et sans manichéisme.

Jean Montaldo était l’invité d’Agoravox en juillet 2009.

En quoi ce nouveau livre est-il une suite logique au “Marché aux voleurs” ? Lire la suite

“C’est la fin du capitalisme américain”

Paul Jorion était interviewé dans l’émission Parlons Net le 5 juin 2009. Pour l’interroger, Philippe Labarde de Vendredi Hebdo, Philippe Cohen de Marianne2.fr, Samuel Laurent du Figaro.fr et Pascal Riché de Rue89.com.

Morceaux choisis:

- “Après les subprimes, d’autres prêts sont en train de tomber (ALT A, ou “OPTIONAL A). 60% des pertes sont encore cachés, ça va être pire car ça concernera bien plus de gens que les subprimes”

- “Il faut une alternative, il faut au moins envisager que le capitalisme soit blessé mortellement.”

- “L’Oligarchie est dans le brouillard elle aussi.”

- “On entend que c’est en train de repartir, c’est bidon… ça va aller très très mal. Tout ça est basé sur des chiffres et bilans camouflés.”

- “Les rats sont en train de quitter le navire.”

http://www.dailymotion.com/video/x9hzmv
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Paul Jorion analyse la crise économique

“La crise d’aujourd’hui est plus grave que celle de 1929… elle va entraîner un changement de civilisation.”

Paul Jorion est anthropologue et sociologue, spécialisé dans les sciences cognitives et l’économie. Il anime un blog très fréquenté dans lequel il traite surtout de matières économico-financières avec un regard anthropologique.

En 2004, Paul Jorion rédige La crise du capitalisme américain qu’aucun éditeur français ne veut alors éditer. En 2005, la revue Mauss publie l’introduction de l’ouvrage. Finalement, c’est en 2007, que Alain Caillé, informé de l’intérêt de Jacques Attali, édite le livre aux éditions La Découverte en le réintitulant euphémistiquement Vers la crise du capitalisme américain ?. L’ouvrage annonce la crise des subprimes qui se révèlera effectivement au grand public quelques semaines plus tard.

http://www.dailymotion.com/video/x8ugu2

Quand les Chinois mangent le pain des Algériens

Les méfaits inattendus de l’immigration…

Alors que les ressources d’hydrocarbures en Algérie dopent le secteur des travaux publics, ce sont les Chinois qui remportent la majorité des contrats, grâce à une main-d’œuvre défiant toute concurrence…

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(Merci à Christopher Johnson)

Archives (pour : “En France, la peur de la pauvreté gagne les classes moyennes”, 27.09.2009)

Les nouveaux visages de la pauvreté

LE MONDE | 24.09.09 | 15h19 • Mis à jour le 25.09.09 | 07h41

Isabelle, 40 ans

Sur la carte de la galère, Isabelle ne se situe “pas loin de la pauvreté”. Il y a deux ans, elle travaillait comme conseil en entreprise à Rouen. Un poste de cadre et un salaire de 2 500 euros. Aujourd’hui, elle a rejoint la foule qui se presse, chaque vendredi, rue du Vieux-Moulin, à l’épicerie solidaire du Secours populaire de Gravigny (Eure), où les produits les plus chers ne dépassent pas les 2 euros. Isabelle a mis du temps avant de pousser la porte de la petite permanence tenue par Monique et Evelyne. “J’ai toujours fait partie des personnes qui apportaient de l’aide, et pas de ceux qui en avaient besoin”, explique-t-elle.

Titulaire d’une maîtrise de droit, la jeune femme n’avait jamais connu le chômage. Depuis un mois, elle touche l’allocation de solidarité spécifique (ASS) réservée aux chômeurs en fin de droits. Avec 400 euros par mois, le loyer du petit F2 social est encore trop lourd, même une fois déduits les 160 euros touchés au titre de l’allocation logement. Pour l’alimentation, il y a l’épicerie sociale et quelques courses dans un hard discounter.

Fini le shopping, le petit pavillon, l’esthéticienne et le coiffeur de sa vie d’avant. Aujourd’hui, la mise est toujours soignée, mais le pas est devenu plus pesant. A l’agence de Pôle emploi, son conseiller lui a dit de travailler “sur son CV et sa lettre de motivation”, mais les rares retours des employeurs sont négatifs. Elle a pourtant revu ses ambitions professionnelles à la baisse. “Un emploi dans la formation ou même de secrétaire polyvalente”, lui conviendraient, juste pour ne plus “se sentir en survie”.

Marie-Thérèse et Claude, 73 et 79 ans

“On ne peut pas faire la java.” A 79 ans, Claude résume sa situation financière avec humour. Avec Marie-Thérèse, cinquante ans de mariage, “il a calculé toute sa vie, mais maintenant on peut plus joindre les deux bouts”. A eux deux, ils touchent 1 100 euros de retraite, résultat d’une vie de travail commencée à 14 ans comme ouvriers agricoles. Il y a eu ensuite l’usine pour lui et un travail d’employée dans une “maison bourgeoise” pour elle. La propriété était belle, “la patronne” ne déclarait pas son employée mais, qu’importe, pendant quarante ans “ils étaient bien, logés sur place”. Il y a cinq ans, “au décès de Madame, nous avons dû partir”, explique Marie-Thérèse. La mairie leur a trouvé un appartement social, mais “ils tournent en rond là-dedans”, et puis “379 euros, c’est cher”. “Les prix qui augmentent sans cesse”, “un fils au chômage qu’il faut aider”, des dépenses médicales inattendues les ont contraints à s’adresser au Secours populaire. “A chaque fois, on croit qu’on peut tenir le choc et puis…”, soupire Claude.

Chaque vendredi, ils trouvent à la permanence un fond d’épicerie, un peu de chaleur humaine et des propositions de sorties, eux qui n’étaient jamais partis en vacances. Les “papymamie”, comme les appellent les gosses du quartier, sont toujours partants, mais “à condition de payer”, précise Marie-Thérèse. “Jamais de dette, jamais d’acompte à l’usine”, explique Claude avec fierté. L’hiver 2008, quand les 175 euros de chauffage sont arrivés, ils “ne pouvaient pas”. Le Secours leur a avancé l’argent. Ils ont remboursé “rubis sur l’ongle” 40 euros par mois.

David, 27 ans

David ne se sent pas pauvre. “Les pauvres, ce sont les gens qui vivent sous les ponts.” Lui, il est juste dans une “mauvaise passe”. Il y a un an, il a perdu son emploi dans une entreprise de charpente. Il avait eu du mal à trouver ce contrat à durée indéterminée. “Six ans d’intérim à courir les missions”, avant de pouvoir se poser. Avec 1 300 euros mensuels, il s’était pris un studio. “Une petite vie tranquille”, rythmée par quelques sorties, la pêche et ses maquettes d’avion. Juste après les vacances, il a appris qu’il était licencié.

“Depuis, c’est la crise et, même en intérim, je ne trouve rien.” Deux fois par semaine, il appelle les quatre agences du coin. “Pas de diplôme, juste un niveau CAP maçonnerie et pas de permis de conduire, voilà ce que l’on me répond.” Il y a quelques mois, il y a cru. Il est parti en Savoie sur un chantier, avec l’espoir d’être embauché, “mais ça n’a pas marché”. Avec ses 900 euros de chômage, une fois le loyer et les charges payés, il peut remplir chaque semaine un panier du “Secours popu” à 5 euros et faire quelques courses. Mais “pour se payer le permis pêche à 140 euros, il faudra avoir trouvé du boulot”.

Aurélie, 24 ans

Les anniversaires, Noël… A 24 ans, Aurélie a appris à anticiper tous les événements et les dépenses afférentes. Secrétaire médicale à mi-temps à l’hôpital d’Evreux (Eure), son CDD court jusqu’en décembre. Avec ses 600 euros mensuels, elle est obligée elle aussi de fréquenter la permanence de la rue du Vieux-Moulin. “Quand je travaillais à plein-temps, je n’y allais pas, explique-t-elle. Au début de l’année, ma mère a perdu son emploi à cause de la crise. Avec mon salaire et son chômage, nous arrivons à 1 400 euros mais il faut vivre à quatre.” Aurélie a en effet un frère et une soeur plus jeunes. Alors, quand le réfrigérateur a commencé à se vider, “il n’y a pas eu le choix”. Il lui a fallu un mois pour franchir les quelques mètres qui séparent son appartement de la permanence du Secours populaire.

Catherine Rollot

Les catégories défavorisées sont les plus touchées

LE MONDE | 24.09.09 | 15h19

La crise a accentué la peur de la pauvreté. Selon une enquête conduite, en août, par Ipsos pour le compte du Secours populaire français, auprès de 2 000 Européens issus de quatre pays (France, Royaume-Uni, Espagne et Pologne) et rendue publique, jeudi 24 septembre, 92 % des Français considèrent que la précarité est en hausse. 73 % des Britanniques, 70 % des Espagnols et 62 % des Polonais pensent de même.

L’Hexagone est aussi le pays qui voit l’avenir de façon la moins optimiste. Alors qu’en 2007 45 % des Français redoutaient de connaître une situation de pauvreté, ils sont aujourd’hui 53 %. Pis : 85 % estiment que le risque de pauvreté est plus élevé pour leurs enfants que pour leur propre génération. L’enquête Ipsos révèle aussi une autre tendance. L’inquiétude du déclassement se répand d’abord et avant tout dans les classes moyennes.

Si la peur est générale, la pauvreté touche essentiellement les catégories les moins favorisées, ouvriers, employés et tous ceux qui ont un niveau d’études inférieur au bac. Elle touche néanmoins, dans une moindre mesure, de nouveaux publics, jeunes, salariés pauvres, retraités qui commencent à arriver dans les permanences des associations et dans les centres communaux d’action sociale (CCAS).

Selon une enquête inédite, réalisée entre mai et juin par l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), 75 % des 667 antennes interrogées font état d’une augmentation des demandes d’aides depuis le dernier trimestre 2008. 36 % des sollicitations portent sur des aides alimentaires et 30 % sur des coups de pouce financiers.

Mais la crise économique a aussi modifié le profil des demandeurs. 19 % d’entre eux sont des personnes jusqu’alors inconnues des services sociaux et 19 % ont un emploi. Ce phénomène est aussi observé par les grandes associations, qui craignent que l’arrivée de ces nouveaux pauvres ne s’accentue dans les prochains mois, avec la montée du chômage.

Catherine Rollot

Archives (pour “Goldman Sachs : la Maison Blanche sous influence”, 26.09.2009)

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/09/24/goldman-sachs-la-maison-blanche-sous-influence_1244668_1101386.html

Goldman Sachs : la Maison Blanche sous influence

LE MONDE | 24.09.09 | 14h45 • Mis à jour le 25.09.09 | 08h55

Le 11 septembre, Michael Moore présentait au Festival du cinéma de Toronto son nouveau film, Le Capitalisme, une histoire d’amour. Après la projection, un spectateur l’interroge sur Barack Obama. Le réalisateur rappelle qu’il a activement soutenu le candidat démocrate. Sa plus grande crainte, ajoute-t-il, est “l’influence que pourrait exercer Goldman Sachs sur la nouvelle administration”.

Pour le cinéaste comme pour de nombreux Américains, Goldman Sachs reste le diable. L’entregent, la qualité du lobbying, l’influence politique que l’on attribue à la première banque d’affaires du monde impressionnent toujours autant. Les administrations passent, “GS” reste. Son nom condense presque à lui seul l’identité des milieux d’affaires américains. “Quelque chose de similaire à ce que furent longtemps les Rothschild en Europe”, note le recteur de la Business School de l’université de New York, Thomas Cooley.

Goldman, dite encore “la firme”, continue de susciter louanges et jalousies – détestation parfois. Non seulement la banque est très rentable, mais admirateurs comme contempteurs admettent que sa “culture d’entreprise” lui confère des avantages inégalés. Et louanges et jalousies portent de plus en plus sur ses supposées connexions politiques. D’où son sobriquet : “GS” comme “Government Sachs”.

Goldman souffre désormais d’un “problème d’image”, notait le Wall Street Journal en juillet. En 2007, les 30 000 salariés de Goldman dans le monde ont géré 22 200 milliards de dollars d’actifs. Son PDG a perçu la plus forte rétribution de l’histoire de la finance : 74 millions de dollars, dont 41 en stock-options. La banque a eu un seul trimestre déficitaire en 2008 et a ensuite réalisé les plus gros profits de son existence : 5,3 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre 2009 ! Depuis son niveau le plus faible, en novembre 2008, le cours de l’action GS a plus que triplé !

Classé à la 20e place en 2008 dans la liste annuelle des “100 personnalités les plus influentes” du magazine Vanity Fair, Lloyd Blankfein, le PDG de GS, s’est retrouvé au premier rang de ce classement en 2009. Explication du magazine : “Difficile de trouver une institution financière qui a aussi bien traversé la crise que Goldman Sachs.”

Maria Woehr, sur le site spécialisé Dealscape, ne comprend pas les commentaires sur le “problème d’image” de Goldman Sachs : “Pourquoi tout ce buzz autour de la dégradation de l’image de Goldman ? C’est l’entreprise la plus grosse et qui réussit le mieux de toutes les institutions de Wall Street. Son image devrait être excellente ; or elle ne l’est plus.”

GS a la réputation d’être opaque ? Lucas Van Praag, son porte-parole, veut bien assumer. Lorsque nous lui avons demandé de rencontrer ses lobbyistes à Washington (GS est le numéro un du secteur bancaire en dépenses de lobbying), il nous a indiqué sans ambiguïté qu’il n’en était pas question. Quant à la nature de cette influence, la question se pose ainsi : GS bénéficie-t-elle d’un traitement privilégié de la part des pouvoirs publics américains ? Ce qui fait sa force, ou sa puissance, explique-t-il son entregent politique ?

Rétrospectivement, note le président de la filiale américaine d’une banque européenne, si Lehman Brothers avait été renflouée par l’Etat comme Bear Stearns l’avait été six mois plus tôt, “jamais le Congrès n’aurait voté les 700 milliards de dollars du plan de sauvetage financier”. Doit-on en conclure que l’intérêt de Goldman (voir disparaître Lehman, un concurrent direct) et celui de l’Etat (créer un choc pour obtenir l’aval des élus pour la recapitalisation publique du secteur financier) se conjuguaient conjoncturellement ? Le banquier sourit : oui, “la mort de Lehman était inscrite”, pour que Merrill Lynch puisse être reprise, et Morgan Stanley et Goldman préservées.

“C’est une certitude, si Goldman Sachs avait été à la place de Lehman, jamais le Trésor ne l’aurait laissé aller à la faillite”, estime le patron du hedge fund Dome Capital, Antoine Bernheim (aucun lien avec son homonyme, patron de l’assureur Generali). Cette phrase, nous l’avons entendue, quasi identique, dans la bouche de tous nos interlocuteurs à Wall Street. William Cohan, un ancien banquier qui prépare un livre sur Goldman Sachs, balaie cette conviction. Il la juge “rhétorique, parce que Goldman n’aurait pas pu se retrouver dans la situation de Lehman, sinon ce n’aurait pas été Goldman !”

Ce qui n’est pas rhétorique, c’est le nombre d’anciens banquiers de Goldman Sachs dans les allées du pouvoir depuis plus de quinze ans. Sous Bill Clinton, on entendait déjà : “Goldman est dans la Maison” – la Blanche, s’entend. Son représentant le plus connu fut Robert Rubin, vingt-six ans chez GS, qui abandonna sa présidence pour devenir secrétaire au Trésor américain. A la fin des années 1990, avec Alan Greenspan, le patron (républicain) de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale des Etats-Unis), Robert Rubin fut le grand architecte de la dérégulation massive des produits financiers à risque.

Mais c’est surtout sous George W. Bush que les allées du pouvoir virent affluer les anciens de GS. Henry “Hank” Paulson, trente ans chez Goldman Sachs, dont il fut PDG, devint lui aussi secrétaire au Trésor. Auparavant, Stephen Friedman, un co-numéro deux de GS, où il a passé vingt-huit ans, avait été le premier conseiller économique du président Bush, une position qu’il quittera pour devenir, en 2008, président du conseil d’administration de la réserve fédérale de New York (celle qui supervise les marchés financiers). Autant dire qu’il a participé de près à l’intervention publique dans la crise au côté de celui qui était alors son président opérationnel, Timothy Geithner, aujourd’hui secrétaire au Trésor de Barack Obama.

Ex-conseiller aux affaires internationales de GS, Robert Zoellick avait déjà travaillé au département du Trésor sous George Bush père, dont il fut ensuite chef de cabinet. Le fils allait en faire un représentant spécial au commerce, avant de le nommer à la tête de la Banque mondiale. Reuben Jeffery III, dix-neuf ans chez Goldman, finira sous-secrétaire d’Etat à l’économie, aux finances et à l’agriculture, de 2007 à 2008. Enfin, lorsqu’il dut assigner la gestion des 700 milliards de dollars de son plan de sauvetage financier, à qui Hank Paulson fit-il appel fin 2008 ? Au jeune Neel Kashkari, depuis cinq ans chez GS. Quant à Josh Bolten, ses cinq années passées chez Goldman suffirent pour que “W” en fasse son chef de cabinet.

La liste de ces supposées passerelles, recensées dans un article publié par le magazine Rolling Stone, perturbe pour deux motifs : elle est terriblement éloquente, au moins pour le passé récent ; et elle est reprise par d’autres, qui ne sont pas des adeptes des théories du complot.

Gretchen Morgenson, chroniqueuse vedette du New York Times, a dévoilé que, après avoir laissé Lehman Brothers aller à la faillite, le ministre Paulson a appelé en une semaine vingt-quatre fois Lloyd Blankfein, le patron de GS. Aucun autre banquier de la place n’a bénéficié d’une telle assiduité. “Qui donc le ministre aurait-il appelé ?, demande Lucas Van Praag, le grand communiquant de Goldman. Hormis JP Morgan et nous-mêmes, toutes les banques allaient alors si mal !”

La “Goldman Connexion” se poursuit-elle sous l’administration Obama ? Quelle chance, explique-t-on dans l’entourage de GS, il se trouve que Blankfein, l’actuel PDG, est plutôt démocrate. Pour GS, “l’accession d’Obama à la Maison Blanche ne modifie strictement rien”, dit le recteur Cooley.

Avant l’élection présidentielle de 2008, les cadres de Goldman ont versé 981 000 dollars à la campagne démocrate, quatre fois plus qu’aux républicains. Avec son flair usuel, GS avait très tôt pronostiqué la victoire d’Obama, dit la rumeur. “Le choix de Lawrence Summers à la tête du Conseil économique doit beaucoup à Robert Rubin”, dont il avait été l’adjoint sous Clinton, assure encore M. Cooley. Quant à Timothy Geithner, qui n’est pas un “Goldman Boy”, il a été remplacé poste pour poste à la tête de la Fed de New York par William Dudley, vingt et un ans chez GS.

Surtout, l’entrée en fonctions de Tim Geithner comme secrétaire au Trésor d’Obama n’était pas encore avalisée que le ministre avait déjà choisi son chef de cabinet. Il se nomme Mark Patterson. Depuis des années, il était l’un des plus importants lobbyistes pour Goldman Sachs à Washington.

Le jour même où il choisissait Patterson, M. Geithner a signé une directive d’application de l’ordre que le nouveau président avait signée cinq jours plus tôt pour tenir les lobbyistes “à l’écart” de l’attribution des fonds alloués aux banques par le plan de sauvetage financier (TARP). Le journal USA Today a alors immédiatement rappelé que, pour se faire élire, M. Obama avait insisté sur la nécessité de limiter drastiquement l’influence des lobbies à Washington. Il semblait donc que, même pour le président du “changement”, Goldman Sachs n’était pas soumis aux règles qui valent pour les autres. Le 26 septembre 2008, le Center for Responsive Politics (un groupe de recherche) avait indiqué que, sur l’année écoulée, GS avait dépensé 29,6 millions de dollars en financements politiques divers et 43 millions en lobbying au Congrès pour y défendre ses intérêts.

“Consanguinité” : le mot revient souvent. Entre Goldman Sachs et la haute administration existeraient des liens d’extrême proximité dont chacun tirerait avantage – surtout GS. Lloyd Blankfein feint de s’en offusquer : “Ce qui fut longtemps une vertu est en passe de devenir un vice”, a-t-il déclaré. En d’autres termes, la tradition serait ancrée : les banquiers de la firme, la cinquantaine atteinte et leur coffre-fort remarquablement rempli – il ne peut en être autrement, sinon ils n’auraient pas pu rester chez GS -, il leur est commun de rendre à la société ce qu’elle leur a donné.

Certains s’occupent de bienfaisance ou d’ONG, d’autres se laissent séduire par les sirènes de la haute fonction publique. Qu’y aurait-il de plus vertueux que de renoncer à des émoluments exceptionnellement gras pour servir l’Etat ?

“En France, dit notre banquier européen, énarques et polytechniciens servent d’abord l’Etat puis vont profiter dans le privé du carnet d’adresses acquis. Ici, c’est l’inverse. Dans les deux cas, politique et entreprise sont de plus en plus intriquées.” Sauf que cette “intrication” apparaît incommensurablement plus dense avec Goldman. Lors de la semaine fatidique du 14 au 21 septembre 2008, poursuit le banquier, l’Etat américain ne pouvait pas tout faire à la fois. Une fois Merrill Lynch reprise par Bank of America, l’essentiel était de sauver AIG, parce que cet assureur constituait un risque systémique amplement plus grave qu’un effondrement de Lehman.

Par ailleurs, il se trouve qu’une chute d’AIG aurait constitué un coup terrible pour Goldman, dont on dit qu’elle avait une exposition de 20 milliards de dollars envers l’assureur – ce que le porte-parole de la banque, M. Van Praag, nie. Notre banquier européen, lui, n’a aucun doute quant à la multiplicité des contacts entre le ministre du trésor et le PDG de GS au plus fort de la tempête financière.

Des pans entiers du renflouement de l’assureur par l’Etat – 200 milliards de dollars déboursés – restent opaques. Et les conditions dans lesquelles GS a perçu 13 milliards de dollars dès l’instant où la première tranche de 85 milliards a été débloquée par l’Etat américain suscitent des commentaires acidulés. “Sans renflouement public d’AIG, Goldman aurait sombré avec tous les autres, assure un grand banquier, sous le sceau de l’anonymat. On en sait peu sur ce qui s’est réellement passé. Qui a promis quoi à qui ? Pourquoi la garantie de l’Etat a-t-elle été si scandaleusement sous-payée ?”

Antoine Bernheim, lui, donne une autre explication. “Dans les moments de très grande tension, l’accès au pouvoir devient absolument essentiel. Dick Fuld (PDG de Lehman Brothers) ne l’avait pas. Goldman était, comme on dit ici, “one phone call away from the President”, “à un coup de fil du président” – en l’occurrence de son ministre des finances, auquel George Bush avait délégué tous les pouvoirs. Lors de la semaine fatidique, en septembre 2008, le Washington Post avait titré : “Les ex-Goldman tiennent les manettes à Washington”.”

Beaucoup plus que quiconque, GS semble toujours “à un coup de fil” plus près du centre de décision politique que ne le sont les autres banquiers. Cela reste vrai sous Obama, bien que la vox populi à Wall Street donne JP Morgan Chase “à la hausse”.

Des liens avec l’échelon politique, Lucas Van Praag en parlera peu. “La nouvelle administration, explique-t-il, a un modus operandi très différent de la précédente. On a beaucoup moins de contacts qu’avant.” Il préfère évoquer le G20 de Pittsburgh (Pennsylvanie) pour dire son inquiétude. “Un des aspects déprimants est que les élus ne comprennent souvent rien” à son métier, regrette-t-il. On prétend que les financiers n’ont pas vu venir la crise… “Et les politiques ? Encore moins !, tempête-t-il. Se focaliser sur les compensations est absurde : il est faux de penser qu’elles poussent aux risques.” C’est “la gestion du risque” qui doit être améliorée.

Et de se plaindre : “Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on ne peut presque plus rien titriser (transformer une créance en un titre financier revendu sur le marché pour évacuer le risque) ; c’est mauvais pour l’économie.” Quant à l’adoption de nouvelles règles, “on est d’accord. La crise a démontré que l’autorégulation des marchés, cela n’existe pas. Mais rien ne sera possible si le régulateur exige un risque zéro”.

L’attitude de l’administration Obama, les 24 et 25 septembre à Pittsburgh, dira si la parole de Goldman Sachs a toujours autant de poids à Washington.

Sylvain Cypel