La globalisation de l’économie a surtout profité à la Chine

En l’espace de vingt-cinq ans, le nombre de pauvres a fortement décru, mais les Chinois ont été les seuls à bénéficier de cette évolution.

Avant la crise, la globalisation avançait sur tous les continents avec cette formule conquérante : win-win, gagnant-gagnant.

Pour résumer, la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux devait bénéficier à toutes les zones de la planète. Enrichir les riches, ravis de pouvoir consommer à moindre coût, et sortir de la pauvreté les pauvres, enchantés de quitter les champs pour l’usine.

Info ou intox ? Pour répondre à cette question sensible, la Banque mondiale a dressé le bilan d’un quart de siècle de mondialisation. Verdict : depuis 1981, les pays en voie de développement comptent 517 millions de pauvres en moins.

Parfait. Mais, à regarder les chiffres de plus près, ces anciens miséreux fraîchement sortis du dénuement viennent, pour l’essentiel, d’un seul pays : la Chine.

D’après les deux auteurs de l’enquête, Shaohua Chen et Martin Ravaillion, seul l’empire du Milieu bénéficierait en profondeur de la globalisation. Le néocapitalisme tient donc ses promesses surtout à l’égard du dernier grand pays communiste. C’est cocasse, mais les chiffres l’attestent.

En 1981, 835 millions de Chinois vivaient avec moins de 1,25 dollar par jour. Aujourd’hui, ils sont « seulement » 208 millions. L’usine du monde tourne donc à plein régime, mais sans forcément faire le bonheur de ses voisins.

En Asie du Sud, le nombre de pauvres ne recule pas. L’Inde en a enregistré 36 millions de plus sur la période. Ramenée à la population, la pauvreté y baisse tout de même, passant de 58 à 42 %. Mais c’est pour passer de la catégorie « grand dénuement » à celle de « profonde précarité ». En effet, si des millions d’Indiens ont quitté la zone du 1,25 dollar par jour, les trois quarts d’entre eux restent sous la barre des 2 dollars quotidiens.

1981 2005 Différence
Asie de l’Est, Pacifique 1 071 316 - 755
dont Chine 835 208 - 627
Asie du Sud 548 596 + 48
dont Inde 420 456 + 36
Afrique subsaharienne 217 396 + 179
Autres régions 63 74 + 11
Total 1 899 1 382 - 517

Source : Banque mondiale (2008)

Quant à l’Afrique subsaharienne, le nombre de miséreux y a bondi de 83 % en vingt-cinq ans. « Les gagnants de la mondialisation – principalement la Chine et quelques pays d’Amérique latine – ont tous un point commun : ils exportent dans plusieurs secteurs », décrypte Michel Fouquin, directeur adjoint au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

Et les autres ? Les importateurs africains, comme la République centrafricaine et le Burkina, sortent perdants, mais les pays monoexportateurs (de pétrole pour l’Angola, de cacao pour la Côte d’Ivoire) ne s’y retrouvent guère. « Avec un ou deux produits à vendre, ils sont dépendants des cours mondiaux, très capricieux depuis une décennie », poursuit Michel Fouquin. Et cette instabilité des prix, corollaire de la mondialisation, les empêche de mener des politiques publiques de long terme au profit de l’éducation et des infrastructures.

Il ne leur reste que la solidarité internationale. Mais l’aide publique au développement dans le monde représente environ 100 milliards de dollars. Contre 700 milliards pour l’aide publique… aux banques.

L’Expansion

Commentaires (6)

  1. Toute l’industrie, c’est à dire toute la richesse réelle, se trouve désormais en Asie. C’est un basculement totale de pouvoir économique. L’Europe croupion finira dans la misère, la guerre civile chronique et le sang !

  2. La vrai question qu’il faut se poser … c’est …. La Chine serait elle encore un pays du tiers monde sans le libre échange ?

  3. L’economie des pays est comme des vases communicants.Depuis que les vannes de la mondialisation sont ouvertes, le vase chinois se remplie et le vase occidental diminue de niveau, mais il ne se videra pas car fatalement les salaires dans les pays emergents vont augmenter et la competitivité baissera.
    Le niveau des deux vases finira par se stabiliser ou augmenter de concert, sauf si une dictature ou la CIA passe par là

  4. @toss

    Vous êtes très optimiste. Je verrais plutôt une répression accrue des demandes d’amélioration de la condition de vie des ouvriers en Asie. Une production de plus mauvaise qualité pour baisser encore les couts (les Européen adorent même s’il changent tout les 2 ans ce qui durait 20 ans avant) et un effondrement de l’Europe organisé.

    Jamais la Chine ne fera machine arrière. Les politiques européen lui on livré toute l’économie gratuitement. Les Chinois sont bien trop intelligent pour ne pas saisir cette opportunité. Je ne crois pas que ce soit jamais arrivé dans toute l’histoire de l’humanité.

    Mais, j’éspère que vous êtes clairvoyant :-)

  5. « depuis 1981, les pays en voie de développement comptent 517 millions de pauvres en moins. »

    Ou comment enc… les mouches avec des chiffres à la …

    « Parfait. Mais, à regarder les chiffres de plus près, ces anciens miséreux fraîchement sortis du dénuement viennent, pour l’essentiel, d’un seul pays : la Chine. »

    Exact

    « Le néocapitalisme tient donc ses promesses surtout à l’égard du dernier grand pays communiste. C’est cocasse, mais les chiffres l’attestent.  »

    La Chine d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de Mao. Quand comprendra-t-on cela???

    Le nombre de « pauvres » en Afrique subsaharienne a augmenté de 179 millions entre 1981 et 2005: voilà la preuve évidente que les aides internationales et la corruption sont une entrave au développement africain.

    @toss
    A long terme, c’est pas faux. Mais en attendant, la Chine peut continuer sur sa voie, ce n’est pas un problème pour elle. Nous, non.

    @Saint Laurent
    Ou à l’élite chinoise (peu importe si on est encarté ou non).

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