“Sauvons nos emplois : délocalisons Pascal Lamy !”

L’hebdomadaire Marianne de cette semaine (n° 659 du 5 au 11 décembre 2009) nous offre un article décapant du prix Nobel d’économie Maurice Allais qui, dans cette « Lettre aux Français, » lance un cri d’alarme « contre les tabous indiscutés. »

Alors que nous traversons une crise importante, le seul Français Prix Nobel d’économie, écarté de la plupart des médias comme un éternel casse-pieds inclassable, n’est jamais sollicité pour donner à ses concitoyens ses explications des phénomènes dramatiques que nous vivons.

Quand, lors du dernier sommet du G-20, nos dirigeants appellent à conclure au plus vite le cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en faveur d’une dérégulation accrue, Allais évoque leur « ignorance criminelle ».

Car pour lui, « les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. »

Lamy, affirme Allais, « ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage ! »

Sur le silence des médias français à son encontre, Maurice Allais s’interroge. Il constate, comme nous pouvons le faire, que ceux qui n’avaient pas vu venir la crise et qui défendaient le système en place avant le déclenchement de celle-ci, sont toujours là, à nous expliquer les raisons de ce bouleversement économique et financier et les moyens à mettre en œuvre pour en sortir.

Ce constat pousse le Prix Nobel à se demander quel lien existe entre les grands médias et les « intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale. »

D’où les trois questions que pose Maurice Allais :

1°) « quelle est la liberté véritable des grands médias ? » ;

2°) « qui détient le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ? » ;

3°) « pourquoi les causes de la crise sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? ».

Les fondements de la crise, Maurice Allais en voit deux. Cette analyse forme la partie principale de son intervention. La principale cause de la crise économique se trouve selon lui dans l’organisation mondiale du commerce ; la seconde étant le système bancaire. À ce titre, il stigmatise la récente dénonciation du G-20 stipulant que le « protectionnisme » est dangereux et à bannir. Pour Allais, le protectionnisme est au contraire vertueux, à condition qu’il s’exerce « entre pays de niveaux de vie très différents. » Il est alors « non seulement justifié, mais absolument nécessaire. » Au contraire, le protectionnisme entre pays à salaire comparable « n’est pas souhaitable en général. »

Pour Maurice Allais, le chômage actuel « est dû à cette libéralisation totale du commerce » qui considère « les échanges comme un objectif en soi alors qu’ils ne sont que des moyens. » Partant donc du constat que « du chômage résultent des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaire » il préconise « de rétablir une légitime protection » à travers la recréation d’espaces régionaux économiques et sociaux homogènes, soit au sein des pays dits riches ou du côté des pays en voie de développement. Avec de telles régions, ces pays, en effet, pourraient développer « un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien des salaires bas. »

Allais se définit comme « socialiste et libéral, » socialiste par souci de « l’équité de la redistribution des richesses » et libéral par souci « de l’efficacité de la production de cette même richesse. » Les mots ne prennent pas en compte toute la réalité du problème, socialisme et libéralisme trouvant des racines communes dans le matérialisme. Mais ils expriment bien une certaine orientation, une certaine ambition, qui consistent à refuser l’étatisme mais à ne pas se désintéresser de la justice sociale et à désirer l’efficacité économique dans la mesure où elle peut servir au plus grand nombre.

C’est en tant que libéral qu’il tire à boulets rouges sur « un libre-échangisme appliqué aveuglément », justement un « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années. » Pour y remédier, Allais indique deux grandes réformes, aussi importante l’une que l’autre : celle de l’organisation des échanges mondiaux et celle du système bancaire.

Comme alternative au libre-échange, Allais estime que, bien que le protectionnisme puisse s’avérer néfaste entre pays à salaires comparables, « le protectionnisme entre pays de niveau de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire ». C’est en particulier le cas avec des Chinois, dit-il, avec lesquels « il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières », car, « outre leurs très faible prix de main-d’œuvre », ils « sont extrêmement compétents et entreprenants. »

Ainsi, la mondialisation, en tant que globalisation d’un libre-échangisme aveugle, et les délocalisations qu’elle provoque, est la source même de la débâcle actuelle. « Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones de moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services. »

Déjà en 1999, Allais dénonçait cette finance de « casino » et écrit : « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute, il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais, sans doute, une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général. »

Sans forcément partager toutes ses opinions, il est clair que l’on aurait intérêt à lire et à entendre aujourd’hui Maurice Allais. Il est âgé de 98 ans. N’attendons pas qu’il soit trop tard…

Pour aller plus loin, un site consacré à Maurice Allais : ICI.

Caelum et Terra

(Merci à Roberto)

Commentaires (17)

  1. J’ai bien peur que ce ne soit trop tard pour un retour à des principes économiques sains. La richesse réelle, c’est à dire la richesse industrielle se trouve aujourd’hui en Asie, et pas seulement en Chine. Elle a été délocalisée d’Europe et d’Amérique du Nord par des patrons usuriers en quête de baisse des coups (salaires) et de hausse de leur rente sur le capital. A moins de faire de la surenchère sur une baisse des salaires occidentaux, je vois mal comment cette richesse réelle créatrice d’emploi reviendra en occident.

    A moins qu’une guerre contre la Chine peut-être… (que je ne souhaite pas, naturellement)

  2. Bonjour, je m’appelle Casino-Club et je vais vous expliquer pourquoi c’est bien de libéraliser le commerce mondial.

    - Le pauvre patron pourra échanger son salarié français râleur contre un salarié chinois content, et le français râleur pourra faire caissière chez HDiscount.
    - On achètera partout, dans le monde entier, les mêmes
    produits. Un grand pas vers l’amitié entre les peuples.
    - Le cambodgien pauvre et infichu de produire de la richesse par lui-même aura enfin la chance de travailler à l’usine pour un grand groupe occidental, donc pour la liberté et la démocratie, donc contre le totalitarisme.

    Conclusion : libéraliser le commerce mondial, c’est lutter pour l’amitité, la liberté, la démocratie ; contre le totalitarisme et les râleurs. Merci Casino-Club.

  3. D’accord avec vous Eisbär sauf que ce ne sont pas les patrons au sens de gérants qui ont décidé cela mais les actionnaires. Et comme l’impôt et les charges spoliatrices d’une part, la réglementation ubuesque d’administrations qui vivent dans une bulle d’autre part ont, depuis 30 ans, fait de l’économie française un capitalisme sans capital, ce sont des anonymes étrangers qui possèdent nos grandes entreprises et n’ont pas vocation à défendre l’intéret général de nos compatriotes.

    Je salue l’initiative de blogue de relayer les dires de l’inoxydable Maurice Allais, un grand esprit et un grand Français, à la fois scientifique dur (physique) et économiste, pour cela détesté des uns et des autres.

  4. Les experts qui n’avaient pas vu arriver la crise financière, économique et sociale sont toujours là pour nous expliquer comment y faire face. Ils ne sont que les valets d’un système qui leur a mis une corde autour du cou. Seule une “révolution” permettrait de les éliminer, intellectuellement cela va sans dire mais mieux en le disant pour les esprits chagrins. Un bing bang mondial est nécessaire et que nos enfants devront probablement affronter par la faute de leurs parents. En tout cas merci d’avoir apporter ici l’éclairage de Monsieur Allais

  5. @ Pierre 1er,

    C’est clair que je serais un électeur socialo populaire confronté au capitalisme, à l’insécurité et à l’immigration…..et bien je serais déçu !

    Maintenant ces gens ont des yeux et des oreilles (pour la plupart)
    ils auraient pu eux aussi influer sur la politique en votant JMLP en 2002 !

  6. Nous ne sommes que six à avoir laissé de commentaire à propos d’une sortie – et elles sont rares – de notre seul prix Nobel d’économie, grand esprit et qui est patriote par-dessus le marché au sujet du cadre économique actuel. Qu’en penser ?

  7. @Papy Brossard,

    C’est effectivement malheureux, mais il est plus facile de commenter l’élection de miss France.

  8. Pascal Lamy qui comme DSK sont des socialistes Français.
    Le ps est un parti néo libéral.

    Le bi partisme ps-ump en France c’est la continuité néo libérale assuré et la crise de civilisation qui va avec qui si on laisse faire détruira la civilisation occidentale européene.

    Les vieux peuples européens ne deviendront pas les indiens des états unis d’europe. Suffit de voir au état unis pour constater que la civilisation a quasiment disparut. Ils sont minoritaires et citoyen de seconde zone. 40 % sont au chomage puisque la discrimination positive profite aux blacks, latinos, et asiats

  9. Un des points importants à saisir dans cet article, c’est aussi et surtout la nécessité d’un Protectionnisme modéré, à l’échelle de l’Europe.

    C’est sur ce thème évoqué par lui depuis longtemps que la censure agit !

    Alors qu’elle s’affirme comme une réelle nécessité pour préserver nos emplois !

  10. Oui on devrait plus écouter des sages tel Maurice Allais…

    Je rejoins l’analyse d’Eisbar et de Papy Brossard. On pourrait la résumer ainsi: l’Occident creuse sa propre tombe et la Chine la regarde faire en souriant.

  11. Bonsoir à tous .

    Il est certain qu’il existe une volonté de détruire les états nations .Cette volonté s’exprime en Europe, où ,contre les volontés populaire, a été créé ce machin informe et à géométrie variable.Cette destruction des Nations est voulue ,d’une part ,par le capitalisme apatride des grandes multinationales ,par cupidité et d’autre part ,par une idéologie de gauche (Verts ,rose ,rouge plus ou moins vif )qui croit au metissage et au grand brassage .Tout cela n’est pas bon pour les peuples qui finissent par se sentir comme des arbres sans racines .Quant à notre belle démocratie,il vaut mieux prendre la parti d’en rire…Nos gouvernements quoiqu’ils puissent penser ,dire et faire sont sous la coupe plus ou moins visible de toutes ces volontés allogènes et finissent par ne plus jouer que le rôle de pantins manipulés par des ficelles .Ces manipulateurs s’appelent ,CFR ,Groupe de Bilderberg (quoiqu’en dise Y Calvi…)et Trilatérale et une bonne dose de relais maçoniques .Les “élites” y trouvent nécessairement leur compte ,ce qui réduit les risques de révolution à néant.
    Que ne donnerais-je pour vivre sous le règne de Louis XIV !
    Vivent les Nations quand même !

  12. En fait M ALLAIS est un socialiste national européen! Non? Comme pas mal d’entre nous??
    Pour le reste, dés l’instant que tu autorises, la vente du premier bijou de famille au brocanteur de passage ,parce qu’il a des espèces que tu peux glisser dans la poche, ni vu ni connu;ta famille est foutue.Et tout les bijoux y passeront;les brocs seront à la porte jusqu’au dernier grain d’or,avec leurs promesses et les biffetons; ainsi qu’avec quelques voleurs pour avancer la chose plus vite.
    Nous sommes aux derniers grains d’or familiaux, après ce sera soit la famille d’abord, soit chacun pour sa mort.

  13. @ ar dru

    Vous faites erreur. Il n’est absolument pas socialiste. Il est plutôt libertarien (écrire libéral fait mauvais genre dans ces parages…), partisan de l’économie libre de marché mais largement circonscrite à des zones homogènes aux plans social (frais de santé, autres risques de la vie pris en charge en partie par l’employeur), salarial, réglementaire, etc… Autrement dit, il est favorable à ce que chaque grande civilisation* – et donc race – fonctionne quasiment en autarcie. La grande Europe (pas nécessairement l’UE actuelle d’ailleurs) avec des aménagements pour les pays ex-socialistes encore en retard, extrême Orient, Amérique du Nord, et ainsi de suite. Les difficultés liées au libre échange avec les autres grandes zones économiques devant être résolues grâce à un système de droits de douane adapté.

    ———————————————————
    * Le génie européen est tel que les différentes nations qui la composent, du moins celles qui ont donné le la pendant toute son histoire, peuvent prétendre à être considérées comme des civilisations apparentées mais spécifiques et pas des sous-civilisations. Pour moi, parler de civilisation française est tout à fait justifié.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>