La grande illusion (de la reprise économique)

Economiste suisse, analyste financier indépendant, membre du World Economic Forum ou Forum de Davos, Michel Santi nous dit son dégoût et son exaspération devant la situation actuelle, qui voit une oligarchie politico-financière déconnectée de l’économie réelle s’enrichir sur le dos des contribuables, tout en se gargarisant de la fin prétendue de la crise.

Comment tolérer un système financier dont la taille dépasse les capacités de production de l’économie ? Comment s’étonner que les liquidités excessives, incapables de se loger dans une économie aux habits décidément trop étroits, aillent se loger dans des marchés financiers et faire le bonheur des spéculateurs ?

Scénario pourtant répétitif d’un crédit subitement moins généreux, qui met en péril la bulle de l’endettement massif, tout en provoquant un effondrement boursier dont la combinaison déroule ses effets nocifs sur une activité économique et un taux du chômage érigés en victimes expiatoires…

Après l’euphorie, vient une déflation qui se répand sur l’ensemble des secteurs économiques, pendant que les Etats volent au secours d’un système financier autrefois champion des produits sophistiqués comme les subprimes. Les constructions financières ne sont-elles que des châteaux de cartes, donnant aux investisseurs et aux spéculateurs l’illusion de la richesse ?

Comment appréhender un instrument financier comme les subprimes, qu’il est pratiquement impossible – même aujourd’hui – de valoriser de manière fiable ?

Qu’à cela ne tienne : L’Etat, qui n’est providence que pour les investisseurs, soustrait ces instruments financiers toxiques aux affres (et à la cotation) d’un marché pourtant naguère encore bienfaisant.

L’hémorragie du système financier, les saignées boursières seront stoppées avec l’argent du contribuable : le destin du citoyen moyen est donc de sauver le spéculateur… Il est en effet écrit que les Etats dépenseront sans compter, dès lors qu’il s’agira de stabiliser le système financier, tandis qu’au même moment, les ménages devront subir des réductions drastiques de leur budget !

Qui aura le cran de brider un système financier de moins en moins corrélé à l’activité économique réelle?

La générosité étatique et les taux d’intérêts ridiculement bas, entretiennent ainsi les tendances autistes de banques qui sortent indemnes de la crise présente, car ces océans de liquidités, qui gonflent artificiellement leurs capitalisations boursières, compensent très largement leurs actifs pourris.

Les statistiques de la Réserve Fédérale américaine ne souffrent en effet nulle autre interprétation : l’endettement du système financier US au second trimestre 2009 était, à 16.500 milliards de dollars, identique à celui du second trimestre 2008… et ce, tandis que les pertes des ménages américains se montent à près de 14 milliards de dollars depuis le déclenchement de la crise !

Nos Gouvernements ont ainsi offert au système financier un parachute en or massif, pendant que les intervenants de l’économie réelle, eux, se débattent dans leur triste réalité.

La machine devient incontrôlable car, alors même que l’activité économique ralentit dangereusement et que le chômage augmente, les indices boursiers de pays dits “développés et modernes” enregistrent des progressions insensées, de plus de 60% depuis le mois de mars dernier !

Les cadavres – même pourris – sont toujours dans les placards, l’unique obsession de nos gouvernements ayant été d’inonder le système sans distinction, en priant pour que les flambées boursières subséquentes agissent à la manière d’un anesthésiant.

Nos Etats seraient-ils devenus de parfaits illusionnistes ? C’est en tout cas l’histoire que nous conte le dernier P.I.B. publié par les Etats-Unis, qui révèle une croissance de 3,5% pour le troisième trimestre de cette année.

En réalité, cette “fin de récession” est qualifiée d’illusoire même par Goldman Sachs, qui attribue la totalité de cette progression aux multiples stimuli gouvernementaux.

Ou quand l’Etat se retrouve, lui aussi – comme le spéculateur -, déconnecté des réalités d’un quotidien qui voit le citoyen moyen lutter pour conserver son niveau de vie, son pouvoir d’achat ou tout simplement son emploi… L’expansion du système financier devra impérativement être freinée, car il est aujourd’hui certain qu’elle empiète sur l’économie et sur ses cycles d’activité.

Ces crises financières, qui se suivent et qui se ressemblent, ont une capacité de nuisance évidente sur nos entreprises et sur l’emploi, car le capitalisme livré à lui-même est par nature instable.

De plus, c’est dans ses phases de prospérité qu’il est le plus dangereux, car ces périodes sont propices aux prises de risques excessives et nos économies ne peuvent éternellement tanguer par la faute d’un système intrinsèquement instable.

Gestion Suisse

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