Pourquoi la baisse du pétrole fait pschitt pour la croissance

Cela fait maintenant près de 18 mois que les cours du pétrole ont commencé à dégringoler et dans leur sillage celui des principales matières premières, et rien absolument rien ne se passe au niveau de la croissance mondiale: le compteur reste bloqué autour de 2%, et aucun signe d’accélération n’est perceptible.

Pourtant, un contre-choc sur les matières premières notamment un contre-choc pétrolier correspond à une réduction de la rente des pays exportateurs dont on sait qu’elle est mal recyclée.

Pour faire simple il s’agit d’une redistribution des revenus pétroliers, détenus par un petit nombre de personnes ayant un fort taux d’épargne, aux consommateurs des classes moyennes du monde entier, qui ont une forte propension à dépenser.

C’est donc un stimulant de la croissance mondiale. Alors pourquoi fait-il pschitt cette fois-ci ?
Évacuons les fausses pistes. Ce n’est pas une question d’ampleur, la baisse des cours du pétrole est désormais comparable à celle du milieu des années 80. Quant aux causes de la chute c’est comme en 1986, c’est d’abord du côté de l’offre qu’il faut aller chercher la réponse avec la révolution des pétroles et gaz de schiste. Alors pourquoi l’impact de ce contre choc est émoussé ?

Quatre éléments de réponse

D’abord, parce une la baisse généralisée des matières premières déclenche un effet revenu négatif sur des pays producteurs dont le poids dans l’économie mondial s’est considérablement accru.

Ensuite, parce qu’une part plus importante des revenus issus de la baisse du prix du pétrole est épargnée et non pas consommée. Les pays avancés ne sont pas les seuls à importer du pétrole. Il y aussi et de plus en plus de pays émergents. C’est normal. Leur croissance est plus forte mais également plus intense en énergie.

Bilan, la consommation de pétrole s’est déplacée vers ces pays : le Cinq formé par la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie et l’Afrique du Sud représentait à peine plus de 6% de la demande mondiale de pétrole au début des années 80 ; aujourd’hui c’est plus de 20%. Mais c’est aussi 22% des importations mondiales de brut contre moins de 6% au milieu des années 80.

Ce déplacement du centre de gravité n’est pas neutre car le taux d’épargne dans ces pays est traditionnellement plus élevé que dans les pays avancés.

En d’autres termes, la propension à dépenser les revenus de la baisse du prix du pétrole est plus faible. Le contexte d’austérité en Europe joue dans le même sens car une partie de la cagnotte pétrolière part au désendettement.

Troisième élément d’explication, le rôle des États-Unis. Leurs choix radicaux en matière d’exploitation des pétroles et gaz de schiste ont en fait de nouveau un grand producteur. Une baisse du cours du brut est certes profitable aux consommateurs mais elle déprime l’activité de la filière pétrolière qui a été l’un des fers de la croissance ces dernières années.

Un nouveau contexte financier

Quatrième élément d’explication, enfin, le contexte financier dans les pays avancés. Au milieu des années 80, l’inflation est forte la chute des prix du pétrole entraine celle des prix, les banques centrales abaissent leurs taux directeurs et les taux nominaux diminuent. Un véritable appel d’air pour la croissance. Aujourd’hui l’inflation est à un plancher historique et les taux proche de zéro, ne peuvent baisser davantage.

Hausse du poids des pays producteur de matières premières dans le PIB mondial, baisse du prix du pétrole plus épargnée aujourd’hui qu’hier, retour des États-Unis comme grand producteur de brut, contexte financier défavorable expliquent pourquoi la baisse du prix du pétrole ne soutient plus la croissance mondiale.

La Tribune

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