Mammon ou la religion de l’argent

« L’argent s’empare des choses et les rend anonymes. On ne peut pas savoir d’où il vient, ni où il est, ni où il va. » Qu’est-ce que l’argent ? Où va-t-il quand on le place dans une banque? Qui fixe les règles? Voyage étourdissant dans les labyrinthes de l’économie et de la finance.

L’argent. Médium du pouvoir. On peut le nier, on cherche pratiquement tous à le posséder, à en avoir toujours plus, au moins assez pour vivre bien. On l’utilise chaque jour, sans même se poser la question de sa provenance, ni de la réelle valeur du billet qu’on tient entre les mains.

À l’heure où le pouvoir d’achat semble s’effriter, beaucoup cherchent à faire fructifier le peu d’argent qu’ils économisent, à rendre tout simplement leur vie plus confortable, plus sécurisée. Prêts, intérêts, taux, bourse… autant de termes que l’on pense maîtriser, mais qui sont au final tous plus abstraits les uns que les autres. Et si l’argent que nous possédons était une notion abstraite? Et si, en définitivement, c’était lui qui nous possédait?


L’argent rapproche-t–il les hommes ?

Ce documentaire, extrêmement bien réalisé par Philipp Enders, nous éclaire sur un sujet épineux et pourtant si courant. Qu’es-ce que l’argent? D’où vient-il? Et comment est-il apparu ? Que s’est-il passé entre l’invention de la pièce de monnaie, il y a plus de 2500 ans, et les placements en bourse complètement délirants d’aujourd’hui?

En réalité, l’argent est apparu lorsque les hommes ont commencé éprouver le besoin de partager leurs richesses. Il est donc censé les réunir, par la transaction, et non les éloigner. Alors que les pièces et les billets se sont alignés pendant des siècles à une valeur réelle d’or et d’argent placés dans des coffres, on a peu à peu dématérialisé la monnaie avec le principe de dettes et d’emprunts.

Aujourd’hui, on atteint le sommet de cette abstraction avec la notion d’argent électronique et des paiements en ligne, qui facilitent toujours plus l’achat du consommateur.

S’il était nécessaire de le rappeler, ce reportage nous informe que l’argent d’un pays n’est en fait pas vraiment généré par l’État ou le collectif. Ce sont les banques qui génèrent quasiment tout l’argent d’un pays en faisant (ou non) des prêts à des entreprises ou à des particuliers.

L’entreprise elle-même va répercuter le taux de son emprunt sur le prix d’achat du produit qu’elle vend, et le consommateur, qui a un compte en banque et peut-être même un emprunt, va acheter ce produit. Ce cercle vicieux, à la base d’un capitalisme productiviste, entraine inévitablement une fuite en avant. Mais sommes-nous vraiment obligés de nous soumettre à ce système en empruntant et en remboursant toujours plus un monnaie dont le sens nous échappe ?

Le postulat défendu par le reportage, c’est que « la prospérité se concentre dans les couches supérieures ». C’est-à-dire que les milliards de bénéfices engendrés par les banques reviennent en définitive aux mêmes personnes : les détenteurs de capitaux. Lorsqu’on sait que 90% des richesses mondiales sont est déjà détenue par 10% de la population, on comprend que ce système est difficile à contrecarrer et semble voué à l’implosion à long terme. Peut-on envisager de répartir les richesses de façon équitable sans violer les libertés? Est-ce vraiment si utopique?

Pour déjouer ce système, des idées émergent des quatre coins du monde. Généralement locaux, ces projets veulent démontrer qu’il n’y a pas de fatalité et que la soumission à la finance et au système bancaire actuel pourrait un jour toucher à sa fin. Projets de démocratie directe, mise en place de monnaies locales, plans sociaux alternatifs à la consommation de masse, décroissance,…

Si cela peut sembler utopique, c’est pourtant avec beaucoup de volonté et de persévérance que des personnes tentent chaque jour de repousser notre modèle économique de façon utile et responsable sur le terrain.

Ainsi, comme le conclut parfaitement ce reportage, « L’économie est une invention de l’Homme. C’est nous qui l’avons créée. Donc, nous pouvons la recréer. » Arriverons-nous à nous émanciper de ce système? Le veut-on vraiment? À chacun d’en juger.

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