Jacques Attali : « La crise, Acte 2 »

Pour avoir écrit ici le 4 février dernier qu’une nouvelle crise économique mondiale menaçait, et en avoir révélé les signes avant-coureurs, j’ai déclenché d’innombrables ricanements. L’analyse est encore plus vraie aujourd’hui: le monde s’approche d’une grande catastrophe économique. Et personne n’en parle.

Nul ne voit, en particulier, que ce qui se joue en Chine peut entraîner, par contagion, une dépression planétaire si nous n’agissons pas vite, de façon préventive. L’évolution chinoise était prévisible: sa croissance à 10% par an ne pouvait être durable et le ralentissement était inévitable.

De plus, la Chine n’est plus compétitive, au cœur d’une Asie dont nombre de pays s’éveillent à leur tour. L’Empire du Milieu n’a pas su, comme l’ont fait les États-Unis et le Japon en leur temps, créer des firmes de taille internationale, avec des marques mondiales.

La catastrophe de Tianjin aggrave cette menace dans des proportions considérables, paralysant une ville de 15 millions d’habitants, l’un des premiers lieux d’exportation et d’importation du pays, et rappelant, après d’autres événements du même genre, combien ce pays souffre des censures que lui imposent les exigences d’un parti unique.
Les conséquences de cette situation peuvent être désastreuses pour le régime. La récession a, en effet, entraîné une baisse de plus d’un tiers de la valeur de la Bourse, où les 200 millions de membres de la classe moyenne ont investi la moitié de leur épargne, mise en réserve pour financer les frais de santé et d’éducation familiaux, ainsi que leurs retraites, que l’État ne couvre pas.

De plus, si la croissance continue de ralentir, c’est l’exode rural qui va s’essouffler, réduisant la demande de logements et menant l’immobilier à l’effondrement, ce qui détruira l’autre moitié de l’épargne de la classe moyenne. Et rien n’est plus dangereux, pour tout régime, que de ruiner sa classe moyenne, ossature de tout ordre social.

La manipulation du taux de change ne suffira pas à enrayer cette chute. Au contraire, même, elle peut l’aggraver en mettant la Chine en situation de dépendre du bon vouloir des spéculateurs internationaux, et en incitant d’autres pays à agir sur leur taux de change pour rétablir leur compétitivité.

Au total, la récession chinoise, si elle se confirme, entraînera celle du Brésil, qui provoquera celle des États-Unis puis la nôtre. Cette menace, aujourd’hui négligée, sera bientôt d’actualité. Au plus tard lors du G7 d’Istanbul, en septembre, les dirigeants occidentaux devront débattre d’un éventuel plan de relance.

Seulement voilà : nos États ne disposent plus, comme en 2008, de marges de manœuvre budgétaires, et nos banques centrales n’ont plus la possibilité, comme en 2010, de diminuer leurs taux d’intérêt.

Alors, que reste-t-il pour relancer la croissance? La solution la plus folle, la plus facile, serait d’imprimer encore plus de billets, comme on le fait déjà aux États-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne et dans la zone euro.

Cela finirait par ruiner les épargnants, c’est-à-dire les seniors, aujourd’hui grands vainqueurs d’un monde sans enfants, sans pour autant donner du travail et des perspectives de croissance aux plus jeunes.

Nous avons encore tous les moyens d’empêcher un tel scénario et, même, de ne pas se contenter d’une stagnation sans création d’emplois, qui semble pourtant être aujourd’hui la meilleure hypothèse.

L’économie mondiale a les possibilités d’une très forte croissance, d’un genre nouveau, à condition de mettre en place des mécanismes de coordination, de réorientation et de surveillance planétaires ; de penser l’économie en fonction de l’intérêt des générations suivantes ; de lutter contre les rentes économiques, financières, sociales et politiques ; et de favoriser les innovations de toutes natures.

Cela suppose de l’audace, de la confiance, de la transparence. Toutes choses que les politiques, quels que soient les régimes, détestent par-dessus tout.

L’Express

Commentaires (7)

  1. “hibou” d’ impatience à l’ idée d’ une grave crise économique qui s’ achèvera avec l’ avènement de la gouvernance mondiale .

  2. C’est bien d’enfoncer les portes ouvertes. Il était évident depuis 2008 que la croissance Chinoise allait chuter. Puisque sa production et sa croissance est essentiellement lié aux “pays industrialisés”. Comme politiquement, les chinois ne font pas mieux que les autres en terme de solution ou pratique.
    Les mêmes causes engendrent toujours les mêmes effets. Que cela soit en Chine, en Europe, aux Etats-Unis…
    Ensuite prôner une forme d’anarchisme économique sous couvert de surveillance globale… On s’approche d’une forme de dictature économique et politique larvée. En commençant par la surveillance des communications internet.
    Et en cela la France ne fait pas mieux que la Chine, ou les Etats-Unis.
    Evidemment, c’est pour votre bien et tous les prétextes sont bons pour terroriser la ménagère et acquérir son consentement docile.
    Quant à la transparence… Les décisions politiques n’étant prise que dans une optique clienteliste pour acquérir ou conserver le pouvoir….
    Bref, tout ceci pour nous mener surement dans une prochaine diatribe de notre philo-économiste national, à la solution d’un gouvernement mondial.
    Une accumulation de faiblesse n’ayant jamais fait une force. Cela me laisse pensif au delà de la simple mise en place d’une réelle dictature… Effectivement mondiale, basé sur l’homme au service “forcené” de l’économie entre autre forme de la théorie du Chaos.
    Bref, quand on ne maitrise plus rien… Lâchons tout, seul les nantis s’en sortiront !

  3. fortune le 1er blog officiel d’attali….

    [Étant donné qu'il finance le site - avec le B'nai B'rith (dixit une enquête approfondie de Pierre Hillard) - on ne peut jamais lui refuser un petit coup de pub. - Janu$]

  4. Attali dit constations exactent mais ces solutions sont communautaires avec les goyims comme classe inférieur

  5. “Et rien n’est plus dangereux, pour tout régime, que de ruiner sa classe moyenne, ossature de tout ordre social.”

    Tiens ca me rappelle la situation française….

  6. “Cela finirait par ruiner les épargnants, c’est-à-dire les seniors, aujourd’hui grands vainqueurs d’un monde sans enfants, sans pour autant donner du travail et des perspectives de croissance aux plus jeunes.”

    Le père Attali est vraiment impressionant,on sait jamais sur quel pied danser, mais il dit souvent des choses vrai, car visible par n’importe lequel d’entre nous qui à les yeux ouverts sur une réalité du quotidien. J’en retiens cette phrase plus particulièrement car ces les 68artds qui nous ont mis dans la panade, et en plus de ça ils nous narguent arrogamment de leur situation, en nous disant de travailler ou travailler plus car eux à leur age etc etc… on connait tous le refrain; malheureusement ils ne se rendent pas compte de comment le monde à changer et ceux qui s’en rendent compte font tout pour le laisser tel quel pour garder leur privilège de nabab.

  7. L’économie mondiale a les possibilités d’une très forte croissance, d’un genre nouveau, à condition de mettre en place des mécanismes de coordination, de réorientation et de surveillance planétaires ; de penser l’économie en fonction de l’intérêt des générations suivantes ; de lutter contre les rentes économiques, financières, sociales et politiques ; et de favoriser les innovations de toutes natures.
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    Ouais , alors là les abstractions fumeuses d’Attali me donnent toujours la nausée !!!

    Je préfère encore les solutions plus pragmatiques de Mao qui consistaient à manger les chats , les chiens et arracher les pâquerettes pour y repiquer des salades.

    Franchement c’était quand même plus poétique …

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