Céréales et changement climatique

Les récoltes de blé et d’orge en Europe pourraient chuter de plus de 20% d’ici 2040 à cause d’un réchauffement climatique estimé à une moyenne de presque 2 degrés Celsius (3,5°F). Pour le maïs, la perte est estimée à environ 10%, dans un type de culture qui a déjà été affecté par l’augmentation des températures depuis les années 80.

Ces chiffres sont issus d’une étude publiée en mai 2014 et menée par des chercheurs de l’université de Stanford (USA), Frances Moore, doctorante, et David Lobell, professeur associé en géophysiologie environnementale dans cette université californienne, et publiée dans la dernière édition de la revue Nature Climate Change.

Le groupe intergouvernemental d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC) avait déjà mis en avant les risques du réchauffement sur l’agriculture dans le monde dans un rapport publié le 31 mars 2014. On pouvait aussi s’inquiéter pour certains types de cultures très dépendantes du soleil, comme la vigne : des annonces avaient déjà été faites sur les conséquences du réchauffement sur le vin.

Mais cette fois, il s’agit bien de notre Europe tempérée, et de risques que font peser des augmentation de températures assez faibles sur les céréales. Cela a d’ailleurs surpris Frances Moore : “On aurait pu penser que (l’Europe) aurait bénéficié d’un réchauffement modéré”, mais “nos résultats ont montré clairement que des changements climatiques modestes peuvent avoir un gros impact sur plusieurs types de récoltes en Europe“.

Moore et Lobell ont analysé les récoltes et les bénéfices de milliers de fermes entre 1989 et 2009, en provenance du réseau d’information comptable agricole de l’Union Européenne. En les combinant avec les données météorologiques détaillées, ils ont ainsi pu comprendre comment la production céréalière avait changé avec le temps.

L’adaptation peut réduire le déclin

L’étude n’est pourtant pas pessimiste : elle offre des pistes d’adaptation pour les agriculteurs. Les chercheurs ont en effet comparé les données des régions les plus chaudes d’Europe avec celles des plus froides, ce qui leur a donné des éléments pour prévoir les nécessaires évolutions pour les années à venir.

Comment s’adapter ? Diverses options sont disponibles, basées sur des techniques existantes : alterner les variétés de céréales, irriguer, faire pousser autre chose, ou utiliser des céréales plus adaptées à des températures plus chaudes, comme l’explique David Lobell, qui est également le directeur associé du centre de la sécurité alimentaire et de l’environnement à Stanford.

D’après l’analyse effectuée par les deux scientifiques, le maïs aurait le plus fort potentiel d’adaptation : les agriculteurs pourraient réduire leurs pertes de 87% en s’adaptant sur le long terme. Le potentiel d’adaptation pour le blé et l’orge serait plus limité.

Tout cela a été discuté depuis longtemps, mais la nouveauté de cette étude est que nous avons utilisé des données passées pour quantifier le potentiel actuel d’adaptation, afin de réduire les impacts du changement climatique“, précise David Lobell. “Nous avons vu que dans certains cas l’adaptation pourrait réduire ces impacts substantiellement, mais que dans d’autres, leur potentiel pourrait être très limité avec les technologies existantes“.

La grande question soulevée par cette étude n’est pas forcément la nature exacte du changement climatique dans le domaine céréalier, pour laquelle d’autres scientifiques mènent des recherches poussées, mais la vitesse à laquelle les agriculteurs pourront s’adapter.

Globalement, les profits de l’agriculture pourraient légèrement augmenter si les cultivateurs s’adaptent, mais pourraient décroître dans de nombreux domaines s’il n’y a aucune adaptation“, prévient Lobell. La question suivante, qui sera le thème de recherche de ces deux scientifiques, sera de mesurer cette vitesse d’adaptation.

Notre étude a montré que les récoltes en Europe sont sensibles au réchauffement et que l’adaptation est importante pour réduire cet impact“, ajoute Frances Moore. Selon elle, si l’Europe a déjà constaté un réchauffement, “on peut s’attendre à constater l’adaptation, si les agriculteurs sont assez rapides pour répondre aux messages que le climat envoie“.

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