La Chine consommerait près de la moitié des antibiotiques de la planète

La surconsommation d’antibiotiques par la Chine aurait des conséquences désastreuses sur la qualité de l’eau des rivières du pays, vient de révéler une récente étude de l’Académie chinoise des sciences. 

Concentration en résidus d’antibiotiques par kg/km2 dans 58 bassins de rivières de la Chine continentale. (Source : South China Morning Post)

Le delta de la rivière des Perles serait une véritable « soupe d’antibiotiques ». L’expression employée par le South China Morning Post pour titrer un récent article sur la qualité de l’eau des rivières chinoises est radicale, tout comme les conclusions de la récente étude sur laquelle s’appuie le papier. Réalisée par des chercheurs de l’Institut de Géochimie de Guangzhou (Canton), sous la houlette de l’Académie chinoise des sciences, la recherche révèle que la rivière contiendrait l’une des plus importantes concentrations de résidus d’antibiotiques par km2 du pays. Selon les résultats de cette étude inédite à l’échelle nationale parue le mois dernier dans les pages de The Environmental Sciences & Technology, la surconsommation d’antibiotiques par les Chinois serait la première cause de cette pollution .

L’étude exhaustive s’est particulièrement concentrée sur 36 des antibiotiques les plus communément administrés, dont l’amoxicilline (mieux connu en France sous le nom de Clamoxyl, Amodex ou Bactox) et le florfenicol. On y apprend que 92 700 tonnes de ces produits auraient été utilisés en Chine continentale en 2013 et que plus de la moitié (53 800 tonnes) se seraient ensuite répandues dans l’environnement sous forme d’urine et d’excréments.

Interrogé sur l’impact de ce déversement massif d’antibiotiques dans les rivières de Chine, le professeur Ying Guangguo, à l’origine de l’étude, a déclaré au New York Times que malgré le fait que son travail « ne permette pas d’établir un lien direct entre les importantes concentrations d’antibiotiques dans l’eau et le développement d’une résistance accrue aux effets de ces derniers chez les humains, les résidus d’antibiotiques ont bien un impact négatif sur l’écosystème ».

Les chercheurs se sont aussi penchés sur la concentration en résidus d’antibiotiques de 58 bassins de rivières de la Chine continentale. Résultat : les concentrations les plus élevées sont à trouver du côté de Pékin, de Tianjin et de la province du Hebei (voir carte ci-dessus). Des zones qui ont toutes en commun une densité de population très importante, couplée à des pluies rares et irrégulières.

Les résultats les plus inquiétants sont cependant à trouver du côté de la rivière des Perles, dans le sud du pays. Les chercheurs mettent ici en avant l’intensité des activités d’élevage de volaille et de porcs dans la région. Il y est en effet monnaie courante d’ajouter des antibiotiques dans la nourriture des bêtes dans le but d’augmenter la production de viande afin de pouvoir répondre à une demande en protéines animales toujours plus importante. D’autre part, l’est de la Chine déverserait six fois plus d’antibiotiques dans l’environnement que l’ouest, principalement à cause des différences de population.

Selon Ying Guangguo, il faudrait que le gouvernement chinois mettent en place des mesures drastiques pour tenter de contrôler l’usage d’antibiotiques. « Les antibiotiques constituent une part très importante des médicaments prescrits par les docteurs, mais en Chine, n’importe qui peut s’en procurer dans sa pharmacie locale sans prescription », a-t-il expliqué au South China Morning Post. Pour l’heure, seuls quelques hôpitaux des grandes villes du pays font l’objet de contrôles réguliers en la matière. En revanche, les hôpitaux plus petits et les cliniques, tout comme les fermes d’élevages, ne font l’objet d’aucun suivi particulier.

La Chine continentale est le premier producteur, mais aussi le premier consommateur d’antibiotiques au monde. En 2013, plus de 162 000 tonnes, de plus de 200 produits différents, y auraient été consommée à valeur pratiquement égale entre les humains (48 %) et les animaux (52 %). Cette surconsommation a des conséquences particulièrement néfastes en matière de santé dans la mesure où elle contribue à la prolifération de bactéries résistantes aux traitements, réduisant ainsi au fil du temps leur efficacité.

Et si la situation est particulièrement inquiétante en Chine, l’empire du milieu n’est pas le seul pays touché, loin de là. Ainsi, selon les résultats d’une étude publiée l’année dernière par des chercheurs de l’Université de Princeton aux États-Unis, la consommation mondiale d’antibiotiques aurait augmentée de près de 36 % entre 2000 et 2010. Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) compteraient à eux seuls pour les 3/4 de cette hausse alarmante.

8e ETAGE

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