La croissance serait freinée par les inégalités de revenus

La croissance du PIB est-elle soutenue quand les revenus des plus riches connaissent une hausse rapide? Pas selon plusieurs économistes du FMI qui viennent de publier une étude sur les causes et conséquences des inégalités de revenus.

Les chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) seraient-ils devenus keynesiens? Les théories néo-libérales qui ont fondé les politiques américaine sous le mandat de Ronald Reagan et britannique sous Margaret Thatcher voient les rangs de leurs détracteurs gonfler. Rejoignant certains des points défendus par Jean Ziegler ou Richard Sennett, cinq chercheurs du FMI viennent de publier une étude baptisée Causes and Consequences of Income Inequality: A Global Perspective, qui vient remettre en cause les points les plus poussés de la théorie du Trickle-down, selon lesquels l’accroissement rapide des plus hauts revenus favorise la croissance du PIB.

Selon les auteurs de l’étude, si la part des 20% les plus riches d’un pays augmente d’1%, la croissance du PIB de ce pays sera freinée à hauteur de 0,08 point de croissance pendant les cinq années suivant cette hausse. A contrario, si c’est la part des revenus des 20% les moins fortunés qui gagne 1%, alors la croissance sera dopée: une hausse de 0,38 point en moyenne.

Déjà un avis similaire de l’OCDE

Cette étude publiée le 15 juin par le FMI (mais qui n’engage pas le Fonds monétaire international en tant qu’entité) rejoint les conclusions d’une autre étude publiée fin 2014 par l’OCDE et intitulée In it together: why less inequality benefits all, selon laquelle la réduction des inégalités de revenus profiterait à l’ensemble de l’économie d’un pays en termes de demande et de croissance.

Cependant. les auteurs ont également analysé l’impact d’une hausse de la part des revenus des classes moyennes sur la croissance, et là aussi le PIB bénéficie d’un accroissement des gains. Et ce profit est comparable à celui obtenu si ce sont les 20% les plus pauvres qui voient leurs revenus augmenter. Ils précisent donc que ce n’est pas uniquement la hausse des revenus les plus faibles qui profite à la croissance, mais la hausse de tous les revenus à l’exception des plus élevés.

D’ailleurs, loin d’adopter une position marxiste, les économistes qui ont rédigé cette étude notent qu’une «certaine dose d’inégalité n’est pas un problème dans la mesure où cette situation pousse les individus à exceller, à se battre, à épargner et investir pour aller de l’avant».

La Suisse réduit les inégalités

Dans les 159 pays pris en compte par les chercheurs, deux cas de figure majeurs émergent. Dans les pays en voie de développement, les revenus des catégories moyennes supérieures ont tendance depuis quelques années à rejoindre le niveau des revenus des plus riches. Dans les pays développés, on assiste à une polarisation des revenus entre les plus riches et les plus pauvres avec une réduction de la classe moyenne.

Toutefois, la situation dans les pays développés n’est pas uniforme. Sur un échantillon de 18 pays avancés (Europe, Océanie, Amérique du Nord), les situations sont très disparates entre des pays ayant largement réduit l’imposition des plus hauts revenus (USA, Royaume-Uni, Portugal) et ayant vu la part des revenus de ces contribuables augmenter de manière très importante, et des pays ayant peu réduit les impôts touchant les plus riches et ayant vu la part des revenus des catégories les plus fortunées se réduire. Dans cette deuxième situation, c’est la Suisse qui se distingue avec un niveau de fiscalité stable sur les hauts revenus et une réduction des inégalités.

Seule exception dans ce panel: l’Espagne a légèrement augmenté ses impôts sur les plus riches, mais a quand même vu la part des revenus des 1% les plus aisés croître.

Et les solutions? Pour les experts du FMI, une plus grande progressivité de l’imposition sur les hauts revenus, ainsi qu’un système fiscal davantage basé sur le niveau de fortune et la propriété devraient contribuer à juguler cette hausse des inégalités qui freine la croissance des pays développés notamment.

Pour les économies ayant déjà mis en place ce type de système, une autre recommandation réside dans la gestion des ressources humaines au sein des entreprises et dans la formation.

Bilan

Commentaires (1)

  1. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre qu’un mec qui gagne 2 000 000€ s’il gagne 2 500 000€ cela ne fera pas une grande différence dans l’argent qu’il dépensera (ou plutot qu’il réinjectera) dans l’économie … il en économisera toujours autant.
    Par contre passer des millions de smicard de 1200€ à 2000€ et ils ré-injecteront la quasi totalité de leurs revenus supplémentaire dans l’économie.

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