Miracle : Le Vatican a la solution à la crise financière

Taxes sur les transactions financières, recapitalisations des banques, création d’une “autorité publique universelle” et d’une “banque centrale mondiale.” Ce ne sont pas là les dernières trouvailles d’Attac ou un nouveau coup d’esbroufe de Sarkozy, mais bien les solutions du Vatican à la crise économique et financière. Un vœu pieux ?

Alors que les dirigeants de la zone euro, empêtrés dans leurs querelles de clochers, poursuivent leur chemin de croix et veulent croire à un dénouement miracle, mercredi soir, au sortir d’un nouveau sommet de la dernière chance, l’Église catholique dénonce “l’idolâtrie des marchés” et propose des solutions contre la crise économique.

Car, il y a urgence. Le diagnostic du Saint-Siège sur la situation actuelle est sombre: “Si aucun remède n’est apporté aux différentes formes d’injustice, les effets négatifs qui s’en suivront au plan social, politique et économique seront de nature à engendrer un climat d’hostilité croissante et même de violence, jusqu’à miner les bases mêmes des institutions démocratiques, celles qui sont également considérées comme les plus solides et les plus sûres. »

Le Vatican appelle donc à la création d’une “Autorité publique universelle” et d’une “Banque centrale mondiale” pour réguler les institutions financières. Un véritable pamphlet anti-libéral, qui s’en prend au FMI et aux abus de la finances. Au point de trouver un écho auprès de nombreux économistes italiens.

L’Église, “experte en humanité

L’Église catholique renoue ainsi avec une tradition oubliée depuis la guerre froide. La note de 18 pages du Conseil Pontifical “Justice et Paix” intitulée “Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle” replace l’Église au centre du débat social.

Dès la première intervention du Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson lors de la présentation de cette note, le ton est donné. L’heure est à la relecture du rôle universaliste de l’Église. Le Cardinal cite l’encyclique Populorum progressio de 1967, dans laquelle le pape Paul VI, en pleine guerre froide, présentait l’Église comme “experte d’humanité“:

La situation actuelle du monde exige une action d’ensemble à partir d’une vision claire de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l’Église, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des États, ne vise qu’un seul but: continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi.

Le Cardinal est convaincu du rôle actif que l’Église est amenée à jouer. Il tient à ce que sa proposition d’une “autorité publique à compétence universelle” soit prise au sérieux non seulement par les croyants, mais surtout par les États les plus riches de la planète: la note a été préparée pour être lue et étudiée au prochain G20 de Cannes des 3 et 4 novembre. L’objectif déclaré: être “utile pour les délibérations du G20“.

Une “taxe Tobin” très catholique

Monseigneur Mario Toso qui a contribué à la note apparaît tout aussi pragmatique. Le Saint-Siège propose ainsi un agenda en 3 points:

  • Des mesures de taxation des transactions financières.
  • Des formes de recapitalisation des banques.
  • La distinction entre activités de crédit ordinaire et celles d’investissement.

Le Vatican propose une sorte de “taxe Tobin” : il faut, estiment les auteurs des mesures de taxation des transactions financières, avec l’application de taux justes d’impôt, avec des charges proportionnées à la complexité des opérations, surtout celles réalisées dans le marché secondaire, ce qui permettrait, dans un second temps, de promouvoir le développement mondial et durable selon les principes de justice sociale et de solidarité.

L’autre proposition concrète est l’instauration d’une “Banque centrale mondiale” dont les décisions ne devront pas être le résultat de la toute-puissance des pays plus développés sur les pays plus faibles. Elles devront, au contraire, être assumées dans l’intérêt de tous et pas seulement à l’avantage de certains groupes, que ceux-ci soient formés de lobbies privés ou de gouvernements nationaux.

Un pamphlet anti-libéral

Les responsables de l’impasse économique et sociale actuelle sont désignés sans ambages:

En première ligne sur le banc des accusés, le libéralisme “sans règles ni contrôles“. Définition, selon le Saint-Siège: Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’apriorisme économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché.

Également pointées du doigt, “l’idéologie utilitariste, c’est-à-dire l’organisation théorique et pratique selon laquelle ‘ce qui est utile au plan personnel conduit au bien de la communauté’ et ‘le manque d’éthique‘”.

Dans son encyclique sociale, intitulé “Caritas in veritate” (“L’Amour dans la vérité“)le pape Benoit XVI avait déjà, en 2009, vilipendé la toute puissance de l’idéologie de la “technocratie“.

L’Europe ? Une bonne catholique

Les institutions mondiales, qui ne répondent plus aux objectifs qu’ils s’étaient fixés, sont brocardées. En particulier, le Fonds Monétaire International (FMI), qui selon les auteurs a perdu un caractère qui est essentiel pour la stabilité de la finance mondiale, celui de réguler la création globale de monnaie et de veiller sur le montant du risque de crédit que le système assume.

Devant une attaque aussi frontale, peut-on sauver quelques acteurs internationaux ? L’Europe est présentée comme le bon élève catholique: le document du Vatican estime que la future “banque centrale mondiale” devrait être structurée comme la Banque centrale européenne (BCE). Monseigneur Mario Toso ajoute par ailleurs que les manœuvres européennes, en particulier dans le domaine de la “recapitalisation des banques», sont un exemple à suivre.

Le Saint Siège fait cause commune avec Stiglitz

En Italie, l’appel du Vatican est amplement discuté. Alors que le chef du gouvernement ne semble plus apte à tenir le gouvernail d’un pays à la déroute, la nouvelle ligne défendue par le chef spirituel catholique  fait couler beaucoup d’encre.

Et le professeur d’économie italien Leonardo Becchetti de rappeler que ces propositions sont en accord avec l’appel, signé l’année dernière par 130 économistes italiens. Un appel qui a par la suite été relayé dans un texte validé par 1 000 économistes de 53 pays, parmi lesquels Dani Rodrik, Tony Atkinson, Joseph Stiglitz et Jeffrey Sachs. Le document avait été confié aux ministres des Finances des pays du G20 de Washington, les 14 et 15 avril 2011.

Le Saint Siège, chef de file des économistes non alignés? Dans quelques jours à Cannes, on pourra vérifier l’hypothétique influence de l’Église catholique sur la politique économique mondiale.

Myeurop.info

(Merci à frederic)

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Commentaires (65)

  1. par rapport à mon com précedent, a quoi va servir tous ce materiel lourd à la gréce? Crains t’elle une aggression exterieur? Veux t’elle participer aux guerres imperiale de l’oncle Sam où plus surement, se préparer à une rebellion populaire et arme ses forces de répression?

  2. Et bien Petit Camarade, on dirait que j’ai fait mouche quand même. Le problème, c’est que certains font débuter l’histoire du monde en 1945, d’autres en 1789 et d’autres encore en 33 à Jerusalem. Dans tous les cas, ça me gonfle. Génétiquement, je suis un chasseur-cueilleur et je regrette toujours la disparition des Mammouths et des rhinocéros laineux… Les alignements de Carnac ou Lascaux sont aussi importants à mes yeux que la Cathédrale de Chartres et vice versa. Un de mes ancêtres, en 1605, a écrit une parthénie de Chartres. Sous les fondations de la Cathédrale, il y aurait un gigantesque dolmen. Je mets le conditionnel mais à l’époque, c’était une évidence. Pour s’en assurer, il faudrait détruire la cathédrale, donc hors de question sauf si elle devient une mosquée bien sûr… Tout autour de la ville, il reste des pierres levées, le reste d’un gigantesque kern en arc de cercle sur une quinzaine de km.On est en pays carnutes, là d’où les druides ont lancé le signal de la révolte en -56. On peut voir encore quelques unes de ces pierres mais le cancer des zones pavillonaires et des centres commerciaux ont raison d’elles à vitesse accélérée depuis une vingtaine d’année. Tout cela pour dire que tout est imbriqué dans l’espace et dans le temps,que face à l’Islam qui arrive, ce sera un peu léger d’invoquer les gentils apôtres, l’accueil de l’étranger, Fripounet et Perlin Pinpin magazine, même en rajoutant des tee-shirts avec Jean-Paul II dessus…. Quand je suis dans la rue et que je vois les “Autres” d’importation, je sais que moi, ça fait au bas mots 40 000 ans que je suis là. Ca, c’est ce qu’on appelle un complexe de supériorité…

  3. La peur du Turc. Ca, c’est déjà une explication. C’est atavique. La répression, l’état grec a déjà tout ce qu’il faut (comme ici…). Après la seconde guerre mondiale, la Grèce a connu une terrible guerre civile jusqu’en 49-50(pire que la Guerre d’Espagne au dire de certains). Le spectre flotte peut-être dans les esprits…

  4. Réponse rapide à Imperator

    Je ne crache pas, j’explique aux gens, nuance… Mais si vous croyez qu’avec vos évangiles, le bulletin paroissial de la paroisse de la Blanche Colombes et des Télétubies réunis sans oublier la collection complète de Fripounet et de Perlin Pinpin, vous allez impressionner vos ennemis alors vous vous fourrrez le doigts dans l’oeil. C’est une manie ou quoi de se faire bouffer par les lions? Moi, j’ai 300 000 ans. J’ai couru après les Mammouths et les Rhinocéros laineux; A Carnac, je me suis usé les bras et les mains à mettre ces foutues pierres debout. J’ai peint le plafond de la grotte de Lascaux rien qu’à la lumière des torches. A Alesia, les romains m’ont tranché la tête mais douce revanche, en 9, à Teutoburg, on leur a anéanti trois légions… On a remis ça quatre siècles et demie plus tard et d’une manière plutôt définitive. Et puis on défriché, construit les monastères et ensuite les cathédrales. Et des histoires comme ça, j’en ai plein la tête: Lépante (déjà “Eux”). 1830 on débarque; 1962 on rembarque. Depuis c’est la débâcle généralisée; Désolé mon pote, mais le Pape et les curetons, on ne peut même plus compter sur eux…

  5. “le christianisme, pour être très clair, participe de la culture de mort.”

    ———–

    Toutes les “valeurs” enseignées par le christianisme sont des valeurs de mort et de négation de la vie.
    Appliquées à la société, ça donne la décadence mentale de l’Europe. Le triomphe des faibles, des malades, des tarés, la haine des blancs, l’amour de l’orient (terre sainte), l’amour de l’étranger au détriment de soi-même.

  6. Elsässer
    28 octobre 2011 à 11:57

    Allez dire ca à Saint Nicolas du Chardonnet, pour voir…

  7. Imperator

    vous parlez du micro-groupuscule hors de l’Eglise ?
    Vous résumez le christianisme à une secte microscopique ?
    De plus, en quoi ces catholiques (qui ne représentent qu’eux) s’opposent-ils aux “valeurs” de mort enseignées par l’évangile ?

  8. Elsässer
    28 octobre 2011 à 17:21

    Vous employez le même baratin suffisant que les ennemis de l’Eglise…
    De plus, qui enseigne des “valeurs de morts”? l’Eglise? C’est une blague? Qui promeut l’avortement? L’Eglise? Qui promeut l’euthanasie? L’Eglise? etc…

    Ce n’est pas parce que quelques prêtres gauchistes accompagnent la police de la pensée genre RESF, SOS racisme, etc qu’il faut mettre tout le monde dans le même panier! Et j’ai cité Saint Nicolas du Chardonnet, parce que ce sont les seules à exprimer ouvertement le catholicisme traditionnel.

    Quant au reste du christianisme, l’orthodoxie, le protestantisme, etc. Ca ne me concerne pas, sauf cas particuliers (exemple les Evangélistes – église américaine qui sert de relais d’influence US).

    Cracher sur l’Eglise comme n’importe quel nihiliste, c’est très facile. Mais on la remplace par QUOI? j’écoute…

  9. Le Vatican, les papes, TOUTE l’Eglise font la promotion :
    1. de l’antifascisme
    2. de l’anti-nationalisme (ils sont TOUS contre le FN, depuis 30 ans)
    3. de l’immigration-invasion, notamment africaine

    Il ne s’agit nullement de quelques vagues prêtres gauchistes (pléonasme) ni de quelques évêques marginaux, mais du christianisme en tant que tel. Le protestantisme c’est pareil.

    En Allemagne, il n’y a pas de SOS Racisme. En revanche, toutes les manifs anti-nationalistes et pro-immigrées sont organisées et manipulées par les 2 églises chrétiennes.

    Pourquoi ?

    Car c’est dans l’essence du christianisme de haïr les Européens enracinés. Lisez donc votre évangile, bréviaire de la haine et de la mort : universalisme, égalitarisme, apologie des faibles, des tarés, des malades; apologie de toutes les valeurs efféminées et décadentes.

  10. Elsässer
    28 octobre 2011 à 18:07

    Bon, visiblement j’ai encore à affaire avec un cas social qui a un problème…
    L’Evangile n’a JAMAIS promu tout ce que vous citez. C’est uniquement sorti de votre cerveau dérangé!
    Je n’ai pas le temps de vous répondre en détail, et même ce serait en pure perte…
    Allez donc jouer à Rambo (du clavier) face à une mosquée ou une synagogue, qu’on rigole… Facile de s’en prendre à l’Eglise, ca mange pas de pain.

  11. L’Evangile n’a JAMAIS promu tout ce que vous citez.

    —-

    Amour des faibles, tendre l’autre joue, bienheureux les pauvres en esprit, “le salut vient des juifs”, la lumière vient de l’orient et autres immondices… l’Evangile est rempli de ces apologies de la mort et de la décadence.
    Moi j’ai lu le livre que vous adorez, y compris les propos prêtés au rabbi que vous prenez pour Dieu.

    Je m’en prends au judéo-christianisme car il est à la pointe de la décadence en Europe.
    Il n’y a qu’à écouter vos papes…

  12. Ces critiques ont une apparence de fondement, mais elles oublient les croisades sans lesquelles l’Europe serait à l’image de l’Andalousie avant l’initiative d’Isabelle la Catholique. En fait l’Eglise de Vatican II est le résultat de son infiltration au plus haut niveau par la secte maçonnique: nombre de prélats n’ont pas la foi. Rome n’est plus dans Rome: elle s’effondrera comme l’Union Soviétique et le capitalisme financier.

  13. Quand Reuters et la BCE se mettent à causer religion, tandis que le Vatican se met à causer finance, vous savez que c’est Apocalypse Now. Cela dit, quelques pensées intéressantes dans le texte qui suit (en globish), même si je suis en cette matière agnostique et ne veux prêcher pour aucune paroisse.

    ——

    FRANKFURT, Oct 31 (Reuters) – Catholics are more likely support government intervention in the economy than Protestants and also have a stronger preference for sharing wealth equally, a European Central Bank study said.

    The research paper also said Max Weber’s theories about the Protestant work ethic were supported by the results of the study and that they apply more widely than thought, including in the choice of political institutions and in explaining income inequality.

    “We do find Protestant municipalities to exhibit clearly higher income inequality,” the study said.

    “Relative to Roman Catholicism, Reformed Protestantism has curbed preferences for redistribution and for government intervention in the economy,” it said, and added the impact of religion on income was not as significant.

    Moreover, the research paper found that Weber’s work better explains economic development than that of Karl Marx, the father of socialism, who saw culture reflecting the economic order, the research paper found.

    “Religion is not just, as Karl Marx would have us believe, ‘People’s Opium’, but can, by its own force, significantly change people’s preferences, both self-regarding and social ones,” the ECB study said.

    Weber, in his seminal work ‘The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism’, published in 1904, said that Protestants are more likely to regard hard work as a way to salvation and that it encouraged accumulation of wealth.

    The research paper, published on the ECB’s Internet site over the weekend, but not officially endorsed by it, comes on the heels of a Vatican paper which called for sweeping reforms of the world economy and the creation of an ethical, global authority to regulate financial markets.

    The Vatican’s Justice and Peace department said last week the financial downturn had revealed behaviours like “selfishness, collective greed and hoarding of goods on a great scale,” adding that world economics needed an “ethic of solidarity” among rich and poor nations.

    The ECB study was based on data from Swiss cantons of Fribourg and Vaud, the former Catholic and the latter Protestant.

    (Reporting by Sakari Suoninen, editing by Paul Casciato) ((sakari.suoninen@thomsonreuters.com)(+49 69 7565 1267)(Reuters Messaging: sakari.suoninen.thomsonreuters.com@reuters.net))

    Monday, 31 October 2011 17:39

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