Le jeune pauvre et le vieux riche

De ces deux affaires qui agitent ces jours-ci la City, on pourrait tirer cette fable : “Le jeune pauvre et le vieux riche”. Alors qu’arrivent de nouvelles générations sur un marché du travail mou sur fond de croissance atone et d’inégalités montantes, les “baby-boomers” ne veulent pas entendre parler de retraite et refusent d’assurer la relève.

Premier épisode, le drame Moritz Erhardt, ce stagiaire de 21 ans affecté au département fusions-acquisitions de Bank of America Merrill Lynch, qui serait mort d’épuisement après soixante-douze heures de travail sans interruption. Travailleur compulsif, le jeune Allemand espérait impressionner ses supérieurs et être embauché à l’issue de ses études, l’an prochain.

CONFLIT INTERGÉNÉRATIONNEL

Second épisode, le Credit Suisse Londres a été reconnu coupable de discrimination envers un employé senior. En 2011, Tony Shiret, 55 ans, avait été licencié sous prétexte de baisse de sa performance. Or, cet expert du secteur de la distribution était considéré comme l’un des meilleurs du quartier d’affaires londonien. “J’espère que d’autres suivront mon exemple“, a déclaré l’analyste à l’issue du verdict en sa faveur des prud’hommes de la capitale britannique.

Votre chroniqueur, qui entend enquêter sur le conflit intergénérationnel, prend rendez-vous avec Stephen D. King, l’économiste en chef de la banque HSBC.

En effet, depuis la publication de son ouvrage, When the Money Runs Out : The End of Western Affluence (Yale University Press, 304 pages, 18,62 euros), consacré à la fin de l’ère de prospérité occidentale, les angoisses des uns et des autres cherchent comme recours cet expert qui ne jargonne pas.

L’augure dissèque dans cet essai prophétique la réalité d’un monde dans lequel les gouvernements ont pris des engagements qu’ils sont incapables de tenir.

ACCEPTER UNE CROISSANCE FAIBLE

Des années 1950 jusqu’à la fin du XXe siècle, l’Occident a connu une prospérité sans égale. Le progrès technologique, l’ouverture du commerce mondial, l’augmentation du nombre de femmes au travail, le développement des études supérieures et l’explosion du crédit aux particuliers ont encouragé cette expansion tous azimuts.

Les banques centrales et les gouvernements avaient promis que l’âge d’or allait durer à l’infini. La crise financière comme celle de la dette souveraine ont eu raison de cet optimisme.

Il faut désormais accepter un taux de croissance faible.” Tel est le leitmotiv de Stephen King. “On ne s’est jamais posé la question de savoir si le niveau de l’activité pouvait satisfaire les pressions causées par le vieillissement de la population ou par le coût de l’innovation médicale.

Aujourd’hui, la génération des baby-boomers met la pression sur les jeunes, comme en témoignent la hausse des impôts ou la montée de l’endettement des étudiants. Les décisions sont de plus en plus influencées par la génération Mai 68, à l’exemple des politiques en matière de santé ou de retraite qui leur sont favorables.

FARDEAU FINANCIER SUR LES NOUVELLES GÉNÉRATIONS

Stephen King annonce, tel un météorologue, le “grain” à venir : on fonce dans le mur. Le comportement des baby-boomers est aussi égoïste que celui de la noblesse lors de la révolte des paysans de 1381 en Angleterre contre l’imposition de nouvelles taxes pour financer la guerre de Cent Ans contre la France.

Les privilèges dont bénéficient aujourd’hui les baby-boomers et qu’ils défendent bec et ongles imposent un fardeau financier sur les nouvelles générations, préjudiciable sur le plan économique.

Et pourtant, les pavés ne volent guère. Les mouvements comme Occupy ou bien encore les émeutes urbaines de 2011 ont été des épiphénomènes vite oubliés. “Cette apathie est la conséquence d’une concurrence à couteaux tirés, nationale comme internationale, sur un marché du travail restreint. Les rebelles des années 1960 étaient conscients qu’une carrière les attendait.

Il faut donc réviser nos batteries pour protéger les nouvelles générations qui sont l’objet d’une véritable discrimination. L’économiste d’HSBC préconise ce que fit Roosevelt en 1933 pour lutter contre le chômage, en un mot, un “new deal” qui réduirait les divisions entre classes d’âge.

Vaste programme !

Le Monde

Commentaires (6)

  1. Quand un salarie va partir a la retraite, le 1er reflexe de l’employeur est de regarder si les salaries restant peuvent prendre sa charge de travail, dans les emplois indirects c’est souvent le cas et le départ de l’Ancien se fait souvent sans maintien de l’emploi.
    Pour les salaries Directs c’est plus subtil.
    Avec l’âge le maintien sur des travaux pénibles était difficile, on maintenait des postes spécifiques pour ses salaries.
    Ainsi le gardiennage leur était réservé mais le gardiennage a été sous-traite a une société de gardiennage.
    On a mis les anciens a la gestion du magasin mais la aussi l’activiez a été sous-traite a ceux qui nous fournissaient en outillage qui mettent eux même en place les outils.
    L’employeur les a mis sur des chariots mais l’activité chariots a été sous-traite elle aussi.
    La dernière solution du patron a été de les mettre en retouche et en contrôle qualité des lignes de montage ou il n’y avait que des intérims.
    Les lignes ont été externalisées, les intérims remerciées et les anciens sont partit a la retraite.

    Mais il n’y a pas eu de remplacement des anciens par des jeunes.
    Finalement l’usine a ferme, la production partant en Italie, une partie des salaries a été reclasse dans le groupe dont la taille en salaries a été divise par 5 en même pas 20 ans.
    De tem[s en temps a la TV je vois les patrons se gargariser des ventes éphémères du groupe mais en général, ca monte un peu et ca redescente beaucoup.
    Aujourd’hui dans une voiture ou camions français, que ce soit les moteurs, les boites de vitesses, les Essieux les ponts, les châssis, 90% est fabrique a l’étranger, le départ des anciens permet simplement a la Direction de les faire partir sans trop de casse mais sans création d’emplois.
    Notre production est allé en Italie, l’usine vient d’y fermer, les salaries ont été licencies. Les chinois s’étant propose de faire la même qualité pour moins chère.
    Je me rappel encore leurs sourires gênés quand ils nous prenaient nos jobs, nous on avait pris le job des Suédois qui comme nous ont été reclasse partiellement. Les italiens eux ont été licencie car ils étaient des sous-traitants.
    Pour finir :
    Aujourd’hui quand les anciens partent a la retraite souvent ca ne permet plus aux jeunes de prendre leurs places car les activités partent a l’étranger.
    Il fut un temps pas si lointain ou le départ des salaries âges a la retraite permettait aux jeunes d’avoir une place, ca justifiait que le cout pour la société soit accepte mais aujourd’hui c’est de moins en moins le cas.
    D’où la réticence des jeunes d’avoir le sentiment de payer pour leurs départs mais de rester chômeurs.
    Les phénomènes migratoires ont largement amplifié la donne, une bonne partie des jeunes en attente d’emplois son issus de l’immigration en attente d’emplois qui n’existent plus.
    Auquel il faut rajouter les + de 200.000 entrées par an d’immigrants venant d’Afrique et pour lesquels il n’y a pas d’emplois et que l’on maintien dans la paix sociale par des aides financières diverses que l‘on a plus depuis longtemps les moyens de payer.

  2. “Il faut désormais accepter un taux de croissance faible.”
    Non. Il n’y a pas d’effet cliquet pour le PIB… Dans un monde en déplétion énergétique, il faudra désormais accepter un taux de croissance négatif!

    Les jeunes auront une vie de plus en plus merdique, et tout sera fait pour préserver le niveau de vie des 68tards…

  3. L’argent pourtant il est dans le cités des jeunes, avec toutes ces belles voitures et son négoce (de drogue) assumé !

  4. Intéressant car met le doigt sur 2 points essentiels:

    1-la croissance: pourquoi vouloir toujours plus de croissance ? Les journalistes nous posent comme évidence qu’il faut de la croissance.
    Or un état qui a un budget en équilibre n’a aucunement besoin de croissance. A oui, les promoteurs immobiliers et les boîtes de la grandes consommations ne sont pas d’accord…

    2-le gouffre qui sépare les baby-boomers, partis à la retraite vers 60 ans et n’ayant quasiment jamais connu le chômage, avec la jeune génération, qui est vraiment mal barrée.
    Amusants, ces commentaires du Monde, où le baby boomer explique qu’il n’avait pas les 35 heures et qu’il travaillait dur.
    Pour répondre à cela, c’est facile: demandez lui simplement si ses conditions de travail se sont améliorées avec le temps. La réponse est non.

    Car le temps de travail n’est qu’un facteur minime parmi bien d’autres:
    -Les processus progressivement mis en place par la plupart des entreprises pour optimiser le travail de leur employés, et qui font que l’intensité du travail s’est toujours accru.
    -Les nouveautés, le changement permanent généralisé.
    -L’absence de visibilité sur votre avenir.
    -Les compétences requises toujours changeants.
    -La mise en compétition avec des équipes d’Europe de l’Est et d’Asie.
    -Le chômage de masse, qui installe une pression constante.
    -etc.

    Cela étant dit, le but n’est pas de monter les uns contre les autres, mais de se demander pourquoi on s’acharne à payer une partie des retraites à crédit (1 à 2 mois il me semble), donc sur le dos des jeunes générations, alors que ces dernières n’ont même pas la chance de cotiser.

  5. “Amusants, ces commentaires du Monde, où le baby boomer explique qu’il n’avait pas les 35 heures et qu’il travaillait dur.”
    __________________
    Vous y croyez, vous à la réduction du temps de travail ?

    Il y a 2 générations, un homme à l’usine travaillait peut-être 60 heures par semaine, mais sa femme était à la maison e ils élevaient 6 enfants.
    Donc 60 heures faisaient vivre une famille de 8 personnes.

    Aujourd’hui, on est certes passé aux 35 heures, mais Mr et Mme doivent travailler tous les 2, et ont 2 enfants.
    Donc 70 heures pour faire vivre une famille de 4.

    Elle est où la réduction du temps de travail ?

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