La France championne des dépenses sociales : c’est grave, docteur ?

2013 ne sera pas l’année de la réduction des dépenses sociales publiques, à en croire les dernières prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Sur les 34 pays les plus riches de la planète qui composent la zone OCDE, elles seraient en moyenne de 21,9% du PIB. Une (très) légère baisse par rapport à 2009 (22,1%)… mais un niveau qui reste bien supérieur à celui de 2007 (19%), avant la crise. Et la France est en tête, avec un tiers de son PIB consacré aux dépenses sociales publiques.

Évolution de la part des dépenses sociales publiques dans le PIB entre 2009 et 2013

«Le niveau de dépenses sociales publiques représente la part des dépenses des ménages qui sont prises en compte de manière sociale et non privée, explique Henri Sterdyniak, directeur du département Économie de la mondialisation à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Quand il y a un grand niveau de dépenses, ça veut dire qu’il y a des prestations familiales et de chômage généreuses, que les enfants sont gardés, les retraites assurées publiquement, qu’il y a une assurance maladie universelle…»

Autrement dit, un taux relativement faible de dépenses sociales publiques peut induire des dépenses sociales privées supplémentaires – dites «volontaires» – ce qui engendre des inégalités d’accès à la santé, à la protection vieillesse, etc.

Ainsi aux États-Unis, en 2009, la part des dépenses sociales privées volontaires, incluant par exemple la souscription à une mutuelle de santé privée ou à une complémentaire retraite, était la plus élevée des 34 pays, avec 10,2%. En deuxième position se trouvaient les Pays-Bas (6%).

Mais la part de dépenses sociales publiques rapportées au PIB américain a légèrement augmenté ces dernières années, passant de 19,2% en 2009 à 20% en 2013. «En période de crise, il faut bien voir que le ratio de dépenses sociales augmente, puisque d’une part le PIB chute, et que d’autre part les besoins [en prestations chômage par exemple, ndlr] augmentent. Naturellement en période de récession, il y a un besoin plus fort de filets de protection sociale, analyse Henri Sterdyniak.

Ces filets sont nécessaires parce qu’ils protègent les marchés : quand les Bourses chutent, il vaut mieux une retraite par répartition que par capitalisation ; quand il y a eu la crise des subprimes, on a aussi vu qu’il valait mieux loger les pauvres dans les HLM construits sur des fonds publics que [de leur faire] prendre des crédits qu’ils ne peuvent pas rembourser…»

Au contraire, la Grèce, soumise à de drastiques plans d’économiesdepuis décriés - a vu son ratio dépenses sociales publiques/PIB baisser, de 23,9% en 2009 à 22% en 2013. «Quand un pays est un crise et qu’on lui impose de baisser ses dépenses, ça l’enfonce encore plus, indique Henri Sterdyniak.

Les pauvres ne peuvent plus consommer, ceux qui ont un emploi épargnent par peur du chômage… Cela pèse sur la croissance. C’est regrettable que nous n’ayons pas eu en Europe la solidarité nécessaire [pour éviter ça].»

Entre ces deux cas, la France fait figure de «survivante» de la dépense sociale publique, avec un tiers de son PIB qui y est consacré en 2013. «Ces 33% sont gonflés artificiellement à cause de la récession, tempère Henri Sterdyniak. Cela ne veut pas dire qu’on dépense trop, seulement qu’on a un système généreux (…) Cela est protecteur mais naturellement coûteux.»

Généreux ou excessif ? Il n’existe pas de modèle économique-type capable de définir un niveau idéal de dépense publique sociale par rapport à la croissance, tranche l’économiste.

«Les pays scandinaves sont très efficaces sur le plan économique, et leurs dépenses publiques sont extrêmement élevées, illustre-t-il. Au sens inverse, la Grèce et l’Espagne ont des dépenses publiques très faibles et elles ont souffert pendant la crise. Aux États-Unis, il y a une croissance satisfaisante avec un niveau de dépenses publiques relativement faible…»

Au final, poursuit l’économiste, «plus il y a de dépenses sociales, moins il y a d’inégalités, de pauvres, d’enfants pauvres. Cela favorise la croissance parce que l’ensemble de la population est bien éduqué, soigné, etc. Mais cela peut réduire l’incitation à travailler en raison des taux d’imposition.»

En tous cas, si le ratio de ces dépenses rapportées au PIB augmente en France en 2013, il pourrait également augmenter mécaniquement en 2014, où l’OCDE prévoit un chômage toujours aussi élevé… A moins, bien sûr, que la croissance ne reparte.

Libération

(Merci à Père Ubu)

Commentaires (16)

  1. Ce qui nous donne pour un PIB de 2000 milliards.

    0.33×2000 soit le chiffre de la bête en milliards d’euros.

    Merçi aux loges sataniques. Il est temps de les faire rebrousser en enfer.

  2. C’est quoi encore cet article de propagande rédigé par un pseudo-économiste au service de l’oligarchie ?

    ” Quand il y a un grand niveau de dépenses, ça veut dire qu’il y a des prestations familiales et de chômage généreuses, que les enfants sont gardés, les retraites assurées publiquement, qu’il y a une assurance maladie universelle…”

    C’est faux, le système d’enseignement est en décomposition, les retraites sont à un niveau de misère, il n’y a pas assez de places dans le crèches, les soins de santé sont de plus en plus de mauvaise qualité et tout ça coute 33% du PIB !

    Ah, j’oublie le chômage, c’est vrai, qu’il permet de ne pas crever de faim, un point positif

    Eh ben, il est optimiste cet économiste de pacotille !

  3. Rien que pour le budget de l’État, qui finance de nombreuses aides et prestations, ça représente plusieurs milliards d’euros/an, près de 19 si ma mémoire est bonne.
    Auxquels il convient d’ajouter les prestations sociales financées par les fonds propres de la CAF, de l’ass.chômage, des CCAS, des associations subventionnées.
    Vaut mieux ne pas savoir quelle est la somme totale (impôts nationaux, locaux, cotis sociales) qui nous est ponctionnée tous les ans pour alimenter le système.
    On ne fidélise pas les électeurs aidés avec du vinaigre.

  4. Merci à Fortune d’avoir démontrer à quel point je me fais plumer en bon pigeon, je crois que je vais devenir dépressif!

  5. Ce n’est pas en ponctionnant plus de la moitié des revenus par les impôts, les taxes et les cotisations sociales qu’on “favorise la croissance”, et si c’est pour financer des “services” publics complètement dysfonctionnels comme l’Hôpital (êtes-vous déjà allé aux Urgences ?), Pôle Emploi, la SCNF et les associations culturelles dans les Cités pour écrire du rap et apprendre l’Arabe on s’en passerait bien, merci. En matière d’emploi, de santé et d’éducation, mieux vaut toujours un service de qualité qu’un service “gratuit” collectivisé (et souvenez-vous : rien n’est jamais gratuit, vous payez toujours pour financer tout ça que vous en ayez besoin ou pas).

    Il est dommage de voire un site comme Fortune répéter la propagande gauchiste de Libération.

  6. @Bastion 5
    “C’est faux, le système d’enseignement est en décomposition, les retraites sont à un niveau de misère, il n’y a pas assez de places dans le crèches, les soins de santé sont de plus en plus de mauvaise qualité et tout ça coute 33% du PIB ! ”

    Désolé mais vous racontez n’importe quoi. Notre éducation nationale est le 1er budget de l’Etat et si elle est en décomposition ce n’est pas faute de moyens mais d’autre chose (au choix : mauvais profs, mauvais élèves, mauvaises attributions de cet argent allant vers des syndicalistes qui ne travaillent plus depuis des années,..). Il me semble que les pays voisins obtiennent de meilleurs résultats pour des budgets inférieurs.. CQFD

    Idem pour les retraites : la France a opté pour un système par répartition total, là où le privé finance le public… Mauvaise décision, mauvaise gestion, donc mauvais résultats.

    L’Etat est bel et bien coupable de ces échecs. C’est lui qui gère, donc c’est lui qui est en faute.

  7. -La majorité des services “publics” ne fonctionnent en rien pour satisfaire l’usager,mais pour entretenir ceux qui y travaillent,ainsi que parfois les corporations qui en vivent.Ainsi,les résultats ne peuvent êtres que catastrophiques dans tous les domaines et le sont en effet.
    -Dans la plupart des cas,”social” peut être avantageusement remplacé par “éthnique”.

  8. Certes il y a toujours besoin de solidarité pour ceux qui ont eu de la malchance dans la vie.
    Mais quand ça te coûte un tiers de ta production, c’est qu’il s’agit d’autre chose: parasitisme, triche, exploitation, spoliation, servage.

  9. @Sgt Garcia

    “Vaut mieux ne pas savoir quelle est la somme totale (impôts nationaux, locaux, cotis sociales) qui nous est ponctionnée tous les ans pour alimenter le système.”
    _________________________________________________

    Si vous bossez et que vous payez des impôts sur le revenu + taxe d’habitation + taxe foncière …. je pense que vous bossez du 1er janvier au 30 juin de chaque année pour l’état, les dépenses sociales ….etc… et les CPFs.
    Tout cela inclus, les taxes directes et indirectes.

  10. 12 vikking a écrit le 30 juillet 2013 à 21 h 05 min

    La réalité est malheureusement bien plus funeste. D’après mes calculs, on en est à mi septembre (70% de ce que votre patron sort pour vous verser votre obole).

  11. @ (12), vikking

    Si vous bossez et que vous payez des impôts sur le revenu + taxe d’habitation + taxe foncière …. je pense que vous bossez du 1er janvier au 30 juin de chaque année pour l’état, les dépenses sociales ….etc… et les CPFs.
    Tout cela inclus, les taxes directes et indirectes.

    X Fire vient de nous donner la réponse.
    Ce n’est pas un pur hasard si les contribuables ont opté pour les prélèvements mensuels de leurs IR, TH, TF, tant les taxes locales ont augmenté.
    Faut bien alimenter les CCAS et réaliser des aires d’accueil, les entretenir.
    Car, mine de crayon, certaines communes utilisent jusqu’à 50 % de leurs ressources pour le social.
    Ajoutés (je reviens sur les prélèvements) à ceux d’une mutuelle, plus ceux du gaz, de l’eau, EDF, le fournisseur d’accès Internet, le club de sport des minots, les assurances, l’entretien des voitures pour aller bosser…
    Franchement, faut être doté d´un moral d’acier pour ne pas envoyer tout chi..

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