France : l’emploi migre de l’industrie aux maisons de retraite, aux services et au tourisme

Depuis début 2008, l’industrie française a supprimé 330.000 postes, soit 10 % de ses effectifs. L’emploi a reculé dans l’automobile, le plastique, le textile. Il a grimpé dans les restaurants et les maisons de retraite.

Fermetures d’usines, licenciements, départs non remplacés… les effets dévastateurs de la crise sur l’emploi sont visibles tous les jours. Le bilan, publié ce matin [18 juillet 2013] par l’Acoss, l’organisme qui chapeaute l’Urssaf, en mesure l’ampleur exacte, secteur par secteur, depuis cinq ans. Les effectifs salariés dans le secteur privé ont reculé de 0,7 % entre 2007, la dernière année avant le retournement de la conjoncture, et la fin 2012. En cinq ans, malgré le court répit de 2011, l’économie française n’est pas parvenue à fournir plus d’emplois à une population active qui a progressé de plus de 2 % dans le même temps. D’où l’envolée du chômage. Sur la seule année 2012, l’emploi est resté parfaitement stable, à 17,9 millions de salariés.

Les statistiques de l’Acoss témoignent de fortes disparités selon les secteurs. Les services aux entreprises (sécurité, nettoyage, intérim…) ont perdu 120.000 postes en cinq ans. La métallurgie en a détruit plus de 60.000. L’industrie plastique a également payé un lourd tribut. Tout comme l’automobile, mais dans ce secteur, le déclin de l’emploi a commencé bien avant la crise, dès 2004. Les effectifs des constructeurs automobiles reculent toujours, mais beaucoup moins aujourd’hui qu’en 2009 et 2010. Dans le bois et le papier, l’emploi a fondu de 17 % depuis le début de la crise. Quant au textile et à l’habillement, ils emploient désormais 25 % de salariés en moins qu’en 2007.

D’autres activités, heureusement, continuent à générer de nouveaux emplois, même lorsque l’économie dans son ensemble tourne au ralenti ou traverse une récession.

C’est le cas des services à destination des personnes âgées et des jeunes enfants, qui ont fourni près de 150.000 nouveaux postes de travail en cinq ans. Les établissements pour personnes âgées et handicapées, l’aide à domicile et la garde d’enfants font vivre aujourd’hui plus de 1 million de salariés.

Les professions juridiques, de conseil et d’ingénierie sont elles aussi beaucoup moins pénalisées. Elles ont créé depuis 2007 plus de 80.000 emplois. L’hôtellerie et la restauration, qui comptent également plus de 1 million de salariés, ont réalisé la même performance (+ 78.000 postes). Parmi les autres secteurs qui sont restés porteurs ces dernières années, on retrouve la banque et l’assurance, la recherche et le développement ou encore les arts et les spectacles.

Au total, l’industrie a détruit plus de 330.000 postes en cinq ans, un recul de presque 10 %. Elle représente maintenant moins de 19 % de l’emploi du secteur privé en France. Un marqueur de plus de la désindustrialisation du pays. La construction a été beaucoup moins affectée, avec un effectif en recul de 1 % seulement.

Seuls les services ont surnagé et encore renforcé leur poids dans l’économie. On compte aujourd’hui 12,6 millions d’emplois tertiaires, 3 % de plus qu’en 2007.

L’Acoss a aussi mesuré l’évolution du salaire moyen au cours de cette période. Il a augmenté tous les ans, y compris au plus fort de la crise, en 2009. En cinq ans, la progression a atteint 11 %.

Les Echos

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A lire en complément :

L’Etat supprime 550 millions d’euros d’aides à l’apprentissage

L’indemnité versée aux entreprises qui accueillent des apprentis sera supprimée. Régions et entreprises dénoncent une mesure « contradictoire » avec la priorité donnée à l’emploi des jeunes.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne cessent de le marteler : les jeunes, l’emploi et la formation sont des « priorités ». Mais cela ne les empêche visiblement pas de passer l’aide à l’apprentissage à la moulinette de la réduction des dépenses publiques… Hier, à l’issue du comité interministériel de modernisation de l’action publique (Cimap), le gouvernement a annoncé la suppression de l’indemnité compensatrice de formation. Cette prime financée par l’Etat est versée par les régions aux entreprises accueillant des apprentis.

L’économie annuelle attendue est de 550 millions d’euros, soit 20 % des quelque 2,8 milliards d’aides totales à l’apprentissage. Cette suppression s’ajoute au 1,5 milliard d’euros d’économies prévu sur les aides aux entreprises et au milliard que doit dégager la réforme du quotient familial. L’indemnité qui va être supprimée est de 1.000 euros au minimum par an mais peut être modulée selon la taille de l’entreprise.

Les deux tiers des bénéficiaires sont des TPE (moins de 10 salariés).

A cette aide financée par l’Etat, les régions ajoutent des subventions pour l’équipement, le transport et le logement des apprentis. En Ile-de-France, les 64.341 apprentis reçoivent 94 millions d’euros financés par l’Etat, sur un budget total consacré par la région de 401 millions.

Alors que la France compte 440.000 apprentis et que le gouvernement en vise 500.000 en 2017, l’Association des régions de France (ARF) prévenait dès mardi que la suppression de cette aide serait « une erreur majeure en contradiction avec la priorité donnée à l’emploi des jeunes, qui risquerait de casser l’élan en faveur de l’apprentissage ». Jean-Jack Queyranne, président (PS) de Rhône-Alpes, a dénoncé un « très mauvais coup porté aux entreprises » en insistant sur l’incapacité des régions à prendre le relais de l’Etat. En coulisse, les grands élus, Jean-Paul Huchon en tête, ont tenté sans succès de convaincre Matignon de conserver les aides uniquement pour les TPE.

La stupeur est aussi de mise côté patronal. « C’est incompréhensible et contradictoire. Cette aide était importante pour les TPE-PME, qui forment l’essentiel des apprentis. Cela laisse craindre un recul des entrées en apprentissage dès la rentrée », prévient l’UPA (artisans). Les chambres de métiers dénoncent aussi un « non-sens » et un « véritable tsunami ». En réponse, le ministère du Travail souligne que d’autres dispositifs de soutien, jugés « plus efficaces », restent en place (exonérations de charges et crédit d’impôt) et précise que les modalités et le rythme de la suppression de l’indemnité compensatrice de formation vont faire l’objet d’une concertation. Il rappelle en outre qu’une réforme de la taxe d’apprentissage sera lancée à la rentrée. Mais les ressources nouvelles qu’elles dégageront devraient surtout permettre de doper l’offre de formation (CFA) et non de rendre aux entreprises d’une main ce qu’on s’apprête à leur prendre de l’autre.

Les Echos

Commentaires (10)

  1. L’hotellerie et la restauration sont à l’heure actuelle des branches qui attirent car elles représentent des réservoirs d’emplois importants .Mais, ce son t des secteurs ou les gens ne restent pas.
    -Le travail y est très dur : la journée commence à 9heures du matin, et s’achève à minuit , pendant ce temps , le travail se fait debout .Les heures supplémentaires ne sont pas payées.
    - Le travail en cuisine, ce n’est pas “MASTER CHEF”, la structure d’une brigade , quasi militaire, est basée sur la hiérarchie, la discipline, le respect et le travail en équipe ….Autant dire que toute une frange de la population , jeune et moins jeune est inadaptée à cet environnement.
    -Sur le plan de la formation , les centres de formation ont un gros effort à faire pour se mettre à la page et lacher sur le marché de l’emploi des personnels formés et de qualité.
    - Pour un chef d’entreprise en hotellerie et restauration , la principale difficulté est de recruter du personnel de qualité et au niveau de l’établissement .

  2. Il y a trente ans, le plan (voir les propositions formulées à l’époque par la Commission Trilatérale, etc.), c’était de faire de l’Europe l’un des “cerveaux” de l’économie-monde, en considérant que les pays du Tiers Monde, qu’on n’appelait pas encore “émergents”, deviendraient et resteraient ses bras.

    Via le libre-échange mondialisé ayant mis en concurrence non seulement les bras mais aussi les cerveaux, à des prix de dumping écrasant de plus en plus toute production européenne, cette vision est aujourd’hui devenue largement obsolète, puisque même le secteur tertiaire délocalise.

    Un emploi d’aide-soignante en maison de retraite ne compense pas un poste d’ingénieur en R&D.

    Pourtant, la politique économique ne change pas.

    C’est dire si le tableau actuel d’incompétence et d’impuissance des dirigeants politiques européens, engoncés, fossilisés dans leur idéologie mondialiste, est vraiment noir.

    En arriver à supprimer, en France, les aides publiques à l’apprentissage, ce n’est pas le résultat d’une simple hypocrisie oligarchique, de la part de gens qui poursuivraient un hypothétique plan de destruction de l’économie réelle au profit d’on ne sait quelle volonté globale de domination de quelques retraités super-riches sur des sous-prolétaires confinés à des emplois de larbins, au pouvoir d’achat quasi-nul. Quel avenir ? Quel intérêt ? Si plus personne n’avait les moyens d’acheter quoi que ce soit, comment les super-riches resteraient-ils riches ?

    Non, cette suppression des aides à l’apprentissage, c’est, en réalité, simplement, une incarnation de l’aboutissement logique du Principe de Peter ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Peter ), à tous les niveaux de la hiérarchie des élites.

    On me dit parfois, répétant un marronnier de la propagande mainstream : “Oh, mais si on dégageait tous nos politiciens corrompus, il n’y aurait plus personne de compétent pour ‘gérer la France’ ” (comme si la France, ça se “gérait” : ça vous donne une idée de la mentalité boutiquière des politiciens qui ont accolé ce verbe à leurs prétentions dirigeantes, et de la naïveté des conformistes qui le répètent…).

    Eh bien, chiche.

    Si nos politiciens sont “compétents”, moi je suis Pape.

    Un enfant de dix ans prendrait de meilleures décisions au service de la France et de son peuple.

    Pour reprendre la formule de Mélenchon (en incluant toutefois son auteur dans le lot) :

    QU’ILS DEGAGENT, TOUS !

    C’est un préalable non négociable.

    Nous verrons après, qui est le plus à même de les remplacer.

    Les compétences, ça se prouve sur le terrain. Pas par des discours.

  3. C’est en cohérence totale avec l’idéologie de l’Etat Français consistant à dire que l’économie française repose sur la consommation. C’est aussi ce que j’ai appris à l’école il y a 20 ans et qui est toujours maintenu par nos zéroconomistes.

    D’un autre côté, on veut nous focaliser sur la “répartition inégale des richesses” alors même que l’Etat Français est le plus redistributif au monde (57% du PIB) ou est en passe de le devenir.

    Un seul exemple : j’ai connu un chercheur de l’Institut Pasteur, au caractère certes exécrable mais pas mauvais dans son domaine, qui bossait presque nuit et jour dans des conditions minimalistes. Il a fini par partir aux USA pour un salaire largement supérieur, et des moyens concrets pour ses recherches. Cela lui a permis de faire quelques publications, et des conférences de bon niveau.

    En France, on préfère les consommateurs aux créateurs/inventeurs. Il faut en assumer les conséquences.

  4. Restauration, Tourisme et les Services à la personne….

    Ce ne sont pas les activités principales des pays en voie de développement ? ;-)

  5. L’Etat supprime 550 millions d’euros d’aides à l’apprentissage

    Effarant! On en aura vu de belles avec ce gouvernement!

  6. @Boreas, effectivement tout est dans le principe de Peter. J’ai eu l’occasion par le passé de graviter (en tant que subordonné limite sous fifre) dans un milieu para politique. quand la nouvelle équipe est arrivée on ne comprenait rien à leurs plans. On est arrivé à leur preter des capacités de billard à trois (et plus) bandes. et en fait non, ils étaient nuls tout simplement et ils faisaient n’importe quoi.
    les mêmes dans une boite qui doit gagner l’argent qu’elle dépense auraient soit fait faillite soit auraient ete foutus dehors.
    et quant à l’équation un emploi égale un emploi, c’est typique des clampins qui nous gouvernent. ils n’ont aucune culture scientifique et ne font pas de différence entre chercher et gratte-peau dans une maison de retraite. il y a bien qques X-mines-pont-ENA mais leur carrièrisme les étouffe et c’est la partie ENA qui l’emporte.
    Ces rigolos ne savent pas mais ne peuvent même pas imaginer le temps qu’il faut pour former un bon ouvrier. pour eux il n’existe que deux classes, les seigneurs et les manants.
    Tout le monde peut constater l’apauvrissement général du pays ça se voit comme le nez au milieu de la figure. mais ils s’en foutent.
    si demain ils ne peuvent plus sortir dehors parce que la plebe risque de les mordre un peu alors ils voteront des regimes d’exception. On sait ce que ça donne, on en a eu pas mal en Europe.
    et pour repondre à Noway, c’est vrai que dans les années 70 on apprenait que le tourisme c’était une caractérisitique des pays sous dev (à l’epoque on parlait clairement) . Lesquels pays étaient en général tenus par une classe dirigeante à tendance dictatoriale.
    Donc la trajectoire du pays on la connait, disparition des savoirs faire à forte valeur ajoutée, remplacement par du sous prolétariat (importé ou non) que l’on fabrique à la chaine dans nos belles écoles. et le jour où ce bas peuple commencera à regimber parce que l’on ne pourra plus lui offrir sa dose de panem et circense alors mise en place d’un régime “fort”.
    l’avenir est totalitaire.

  7. @Britt
    Ma question était humoristique et à l’objet de votre conclusion.

    Sinon, je ne suis pas certain que cela s’apprenait et s’observait uniquement dans les années 70. On a élargi la palette des destinations, mais sur la définition de base.

    Le Tourisme, la restauration… sont des activités qui ne nécessite “aucune industrie locale”, tout au mieux une urbanisation de base et de la main d’oeuvre.

    Le reste de l’activité économique peut résider dans une activité agraire pour nourrir le chaland.

    Quand à la fuite des savoir-faire et de la matière grise, nos élites économiques l’ont organisé eux-même avec le transfert de technologie.

    Aujourd’hui nous avons encore de bons chercheurs, mais c’est l’industrialisation et la commercialisation du produit fini dans lequel réside le bénéfice de la R&D, qui nous font défaut.

    Nous ne sommes présent dans aucun des secteurs de pointe, à part peut être la santé. (électronique, informatique, TIC…) on fait parent pauvre et l’on tient manifestement à le rester, au profit des US et autres.

    Pour la Chine, elle a bien compris ce principe. Les bénéfices engendrés, les investissements réalisés, les savoir-faire transféré partiellement, leur cash-flow leur permet aujourd’hui d’attirer la matière grise qui leur faisait encore défaut dans la R&D et la conceptualisation.

    Pour le reste, ils ont un marché local de la consommation potentiel bien suffisant.

    Quand à l’Europe, si l’on observe le cheminement de l’Egypte… qui fait partie des pays vivant principalement du tourisme, et nous ne sommes plus dans les années 70.

    Grande civilisation, urbanisation, déclin… retour à la case départ…
    pays en voie de développement.

  8. Même avec beaucoup de naïveté, il est difficile de croire que les papies et les mamies vont pourvoir aux besoins de l’économie en remplacement de l’industrie des télécoms, de l’informatique et de l’automobile …. encore une douce utopie socialiste , malheureusement relayée par la traitre UMP.

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