De la croissance à la résilience

Par Jean-Marc Jancovici

Qui n’a jamais entendu que les arbres ne grimpaient pas jusqu’au ciel ? Que cela soit heureux ou malheureux est un débat intéressant, mais il en est un qui l’est bien plus : savoir quoi faire quand l’arbre a terminé sa croissance. Depuis 2007, et pris en monnaie constante, le PIB français n’a pas augmenté. Celui de l’Europe pas plus, celui du Japon a un peu diminué, et même celui des États-Unis est globalement ce qu’il était il y a 5 ans.

L’économie sans croissance dans l’OCDE, c’est maintenant, et c’est parti pour durer un certain temps. Affreux ? Intolérable ? Peut-être, mais réel. Pour un individu pris isolément, l’arrêt de la croissance physique ne pose pas le moindre problème. Comme nous savons que cela arrivera, nous avons le temps de préparer des activités et des motifs d’espoir qui sont adaptés à l’évolution de notre situation physique.

L’économie industrielle est à ce tournant que nous connaissons tous comme individus : elle a vieilli, et ne peut plus assurer la performance d’antan. Les mines et puits de pétrole sont moins généreux, l’espace encore disponible est plus difficile à trouver, et plus généralement toutes ces ressources que 15 milliards d’années d’évolution depuis le Big Bang ont mis gratuitement à notre disposition se font un peu plus tirer l’oreille pour devenir disponibles.

Le problème, c’est que, tel l’artiste qui refuse de se voir vieillir, nous n’avons pas voulu voir le coup venir. On a beau se tourner partout, il n’existe pas la moindre production intellectuelle digne de ce nom sur ce que signifie de gérer un univers sans croissance. Cette question n’a pas besoin de savoir si la croissance est désirable ou pas : elle a vocation à explorer les modes de gestion qui permettent de conserver une société avec un bon moral si la croissance physique n’est pas ou plus là.

Habituées aux coups durs, les entreprises sont un peu mieux armées, mais guère plus. Il leur reste aussi à opérer la difficile mutation de la performance à la résilience, qui ne garantira plus les rendements d’antan quand tout va bien, mais assurera la survie à des horizons de temps plus longs. Sacré défi!

Les Échos

Commentaires (10)

  1. “Depuis 2007, et pris en monnaie constante, le PIB français n’a pas augmenté. Celui de l’Europe pas plus, celui du Japon a un peu diminué, et même celui des États-Unis est globalement ce qu’il était il y a 5 ans.”

    ———————–

    Et encore.

    Les augmentations antérieures étaient essentiellement dues à la financiarisation de l’économie et donc, au crédit d’un côté, et à l’endettement de l’autre.

  2. Ce problème est connu depuis 40 ans. Maintenant qu’on va droit dans le mur, il va falloir très sérieusement réfléchir à un nouveau mode de production.

  3. Jancovici est un petit marrant, j’ai beaucoup de respect pour ses travaux qui sont à des années lumières par rapport à certains raisonnements fossiles gaucho-écologiques mais il ne semble pas intégrer le fait que nous sommes avant tout dans une crise du capitalisme, une crise de surproduction. Avant la crise nous avons acheté la croissance à crédit, maintenant que nous sommes dans un surendettement nous n’avons plus de croissance et nous n’en aurons pas.
    S’il n’y a pas de modèles de gestion dans une configuration de croissance zéro c’est tout simplement parce que le capitalisme est mort sans croissance. Or donc il faudrait plutôt parler de changement de modèle économique. Tout changement de modèle économique ne peut se faire que grâce à un changement de régime de gouvernance.

  4. Le capitalisme ? le mafiapitalisme vous voulez dire.

    Il y a bien longtemps que le “système capitaliste” se serait effondré, si l’on n’avait pas fait du keynsianisme une règle au lieu d’une exception.

    Les plans de relance de la consommation, de l’investissement…, comme d’autres subterfuges de crédit, n’ont consisté qu’à masquer les déséquilibres des modèles dans leur concentration des richesses et des pouvoirs.

    Un déséquilibre tel, que le système vacille sur lui-même, comme cela a été le cas dans l’ancien bloc de l’Est.

    Les mêmes causes engendrent les mêmes effets.

    On prélève à gauche puis l’on subventionne à droite pour continuer à maintenir un système dans lequel l’égalité est toute relative à des intérêts privés.

    On ne souffre ni d’endettement, ni d’un manque de consommation et encore moins d’un modèle social obsolète…

    Mais simplement du mal lié à toute concentration.

    Que celle-ci soit chimique, biologique, économique, politique…
    Elles mènent toutes au déclin inéluctable.

  5. Bonjour,

    Je trouve que le travail de ce mec est très intéressant. En prenant le parti de sortir des batailles idéologiques, il nous ramène à de simples évidences scientifiques et ce, afin de nous démontrer que notre modèle économique ne mourra pas à cause des chinois ou du réchauffement climatique mais bel et bien du simple fait que les énergies qui ont permis ce développement ne seront bientôt plus disponibles si facilement…

    Pour ceux que cela intéresse, vous trouverez une serie de conférences et d’entretiens de JANCOVICI ci-dessous:

  6. Et pourtant….l’energie c’est pas ce qui manque..Le soleil en dispense à profusion…1 kw par metre carré…rien que le gulf stream remonte de l’equateur l’equivalent de 1000 reacteurs nucleaires..

  7. @dupontg
    Vous avez raison, et on le sait depuis longtemps que l’énergie est accessible par d’autres moyens (géothermie, solaire, éolienne, marée-motrice…)

    Seulement, l’énergie est dans les pays développés (Europe, US…) ce que la nourriture est en Afrique.

    C’est le même principe que l’interdiction de circuler en calèche qui a été promulguer en Roumanie (sous prétexte de moyen de locomotion trop ringard !)

    Plus vous rendez les gens dépendant d’un système et moins ils le remettront en cause, même au prix de leur liberté.

  8. On ne souffre ni d’endettement, ni d’un manque de consommation et encore moins d’un modèle social obsolète…

    Mais simplement du mal lié à toute concentration.
    ————————–
    Ah ben non on n’a aucun surendettement, le service de la dette bientôt première dépense dans le budget de l’état mais à part ça c’est rien
    lol
    Très bonne conférence économique de MLP:
    http://www.youtube.com/watch?v=IaYWxqYjUwU

  9. Très bonne conférence économique de MLP:
    http://www.youtube.com/watch?v=IaYWxqYjUwU
    ——————-
    Vers la moitié de la conférence on apprend d’après les derniers chiffres fournis par Bercy que le DEFICIT EN 2013 EST EN AUGMENTATION PAR RAPPORT A 2012 !
    Le résultat de la politique actuelle d’austérité donne en réalité des résultats catastrophiques puisque le déficit (et donc l’endettement) augmente. Cette réalité est largement occultée dans la grande presse.

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