Pologne – Bienvenue chez les païens !

Depuis les années 1980, quelques enthousiastes font revivre de vieilles croyances slaves et forment des communautés religieuses reconnues par l’Etat. Ils vont bientôt célébrer le solstice d’été.

Par Wiktor Ferfecki Rzeczpospolita

Des offrandes de guirlandes dédiées aux déités de la récolte, des sauts par-dessus le feu allumé pendant la nuit du solstice d’été, des couronnes des fleurs avec des bougies que les jeunes filles font flotter sur la rivière dans l’espoir de trouver un mari…

Voilà comment des adeptes polonais d’anciennes croyances slaves, présentes avant la christianisation du pays [survenue en 966], s’apprêtent à fêter la plus courte nuit de l’année, la Kupala. Les célébrations principales vont se dérouler dans un chram, le temple, à Pruszkow, près de Varsovie. La Kupala sera le point culminant des festivités.

Le retour aux anciennes croyances slaves remonte aux années 1980, et leurs disciples affirment que le nombre d’adeptes est en augmentation.

Le Congrès national de la religion indigène est prévu pour le mois d’août, à Lodz (Pologne centrale). Selon Scott Simpson, spécialiste des religions à l’université de Cracovie, ce congrès pourrait constituer un tournant pour les disciples des vieilles croyances.

Chaque année, les païens célèbrent six grandes fêtes en Pologne, parmi lesquelles quatre sont liées au Soleil. Lors de l’équinoxe de printemps, qui survient entre les 19 et 21 mars, ils célèbrent Jare Gody, le “mariage de printemps”, où l’hiver est chassé, puis les moissons, qui marquent le début de l’automne, et la mort du “vieux Soleil”, puis sa renaissance, lors du solstice d’hiver. A quoi s’ajoutent les Dziady (les “aïeux”), une fête des morts célébrée au printemps et à l’automne. De loin, la Kupala est le plus populaire et cette année, on accomplira des rites païens à Varsovie, mais aussi dans d’autres villes comme Szczecin, Wroclaw, Opole, Poznan, Lodz ou Sopot.

“Pour eux, l’Eglise catholique n’est plus crédible”

Ratomir Wilkowski [dont le prénom, d'origine slave, signifie "celui qui se bat pour la paix"] est un zerca, prêtre slave qui officie à l’Eglise indigène polonaise. Selon lui, il y aura environ un millier de participants à Pruszkow. “Mais il y a de plus en plus de gens qui veulent en savoir plus”, ajoute-t-il.

Selon Scott Simpson, il y aurait environ 2 000 disciples engagés. “En plus, il faut ajouter des sympathisants, dont le nombre ne cesse d’augmenter, mais peut-être pas aussi vite que dans les années 1990″, explique l’universitaire. “Ces derniers temps, les païens font beaucoup pour s’unir”, poursuit-il.

Tout d’abord, ils ont réussi à réactiver la revue Gniazdo, “le nid”, puis il y aura le congrès, où interviendra l’écrivain Witold Jablonski, auteur de l’ouvrage consacré à l’insurrection anti-chrétienne dans la Pologne du XIe siècle.

A ce jour, quatre communautés religieuses indigènes sont enregistrées auprès du ministère de l’Administration et de la Numérisation : l’Eglise slave polonaise, la Foi indigène, la Foi slave et l’Eglise polonaise indigène. Elles ont toutes essayé de reproduire les principes de leurs croyances à partir des sources historiques. Leurs disciples croient en des dieux assimilés aux forces de la nature. Mokosz est la Terre Mère, Swiatowid règne sur les cieux, le Soleil est le domaine de Swarog, et le tonnerre celui de Perun.

Une alternative au catholicisme

Mais il y a des différences théologiques qui divisent les païens. “Certains affirment qu’on peut faire du syncrétisme religieux, mais je considère ça inadmissible. Je compte sur le congrès pour dissiper les doutes théologiques”, déclare Stanislaw Potrzebowski, membre de la Foi indigène.

Pourquoi les Polonais se tournent-ils vers les croyances d’avant le christianisme ? Le professeur Zbigniew Pasek, historien des religions, soutient qu’à la source,

il y a une envie de rechercher une alternative à l’enseignement de l’Eglise catholique. “Pour ces gens, cette dernière n’est plus crédible. Et puis, la thèse selon laquelle nous, les Slaves, on ne va jamais récupérer notre identité propre sans retourner à nos racines et sans rejeter les dieux étrangers, est populaire”,

explique le Pr Pasek.

Selon lui, beaucoup de gens adhèrent aux mouvements néo païens parce qu’ils aiment participer aux reconstitutions historiques. Quant à Ratomir Wilkowski,

il explique que sa foi est authentique. “Nous ne sommes pas une bande d’allumés qui courent à moitié nus dans la forêt”,

déclare-t-il. Et de poursuivre : “Sinon, on n’aurait pas formé de nouvelles communautés religieuses.”

courrierinternational.com