Le risque aigu d’une crise bancaire chinoise

Les rumeurs de cessation temporaire de paiement de Bank of China la semaine dernière mettent en lumière l’état du système financier.

La quatrième banque chinoise a-t-elle connu, le 20 juin, un bref épisode de défaut de paiement ? Selon le compte officiel de microblogging du journal 21st Century Business Herald, Bank of China aurait cessé tout paiement pendant une heure et demi dans l’après-midi. Le journal citait des sources anonymes. Si la Bank of China y voit des rumeurs «sérieusement infondées» et se réserve le droit d’opter pour des poursuites judiciaires, cela laisse tout de même planer le doute.

Le système bancaire chinois s’affole. Le crédit interbancaire est totalement gelé, des rumeurs de faillite circulent. Les banques chinoises, qui ont accumulé pendant la folle période d’expansion des milliards de créances pourries, sont prises à revers par le retournement de conjoncture.


La cause de cette crise bancaire s’explique globalement par le comportement des gouvernements locaux dans l’incapacité de rembourser leur dette (malgré les fortes réserves en dollars de la Chine) ; ce qui a eu lieu depuis avril 2012, à Shanghai, dans les provinces du Sichuan et du Yunnan.

Cependant, tout comme aux Etats-Unis, la profonde raison vient de la bulle immobilière qui s’est constituée en Chine ces dernières années. Pour éviter la crise, le gouvernement chinois a décidé en 2009 d’injecter l’équivalent de 12% de son PIB dans l’économie. Le crédit depuis l’effondrement de Lehman est passé de 9.000 à 23.000 milliards de dollars.

Mais l’essentiel de cet argent s’est concentré sur l’immobilier, secteur déjà en surchauffe, assorti d’énormes dettes sur les autorités locales. Une spéculation effrénée s’est déchaînée dans ce secteur (avec l’aide des banques de l’ombre). Profitant d’une politique monétaire très laxiste, les banques ont prêté et investi à tout va dans des projets de plus en plus pharaoniques.

Le système bancaire chinois a connu beaucoup de problèmes ces dernières années. Parmi les 16 banques cotées, 10 ont vu leurs actions chuter en dessous de leur valeur comptable, et cinq autres sont au bord de franchir ce cap.

Il y a aujourd’hui de fortes craintes que certaines grandes banques pourraient être insolvables voir proches de la faillite. Un exemple : Ordos, la ville chinoise de Mongolie intérieure célèbre pour ses investissements disproportionnés, s’enfonce dans la crise. D’après le 21st Century Business Herald, les revenus budgétaires de la ville auraient fondu de 15,8% sur un an au cours des cinq premiers mois de l’année. Ce contrecoup du ralentissement économique en cours, qui pèse sur les recettes fiscales émanant des entreprises, fait s’envoler la dette de la ville, qui atteindrait désormais 100 milliards de yuans (12 milliards d’euros). Le paiement des fonctionnaires de la ville est en retard. La municipalité exerce donc actuellement une pression accrue sur les entreprises en retard de paiement de l’impôt pour qu’elles effectuent les versements qu’elles doivent aux autorités. En pleine tension sur le financement bancaire, le gouvernement local risque d’avoir bien du mal à rembourser 20% de son stock de dette en 2013, comme il s’en était fixé l’objectif en début d’année.

Des responsables de la banque centrale chinoise (PBOC) ont prévenu, la semaine passée et ce week-end, les banques commerciales qu’elles ne devaient pas s’attendre à pouvoir compter indéfiniment sur un flux de liquidités abondant et que la politique monétaire resterait prudente.

C’est un message clair à destination des banques qui utilisent des financements à court terme pour des opérations de trading au lieu de les consacrer au crédit.

Alors que le ratio crédits/PIB de la Chine atteint 200% (en 2008, le ratio accordé aux firmes et aux ménages chinois atteignait 118%…), le PBOC agit dans la droite ligne des efforts du gouvernement pour réduire l’effet de levier, rééquilibrer et repositionner l’économie dans le sens d’une croissance soutenable.

La banque centrale a aussi exigé des banques commerciales qu’elles améliorent la gestion de leurs liquidités, à commencer par les plus grandes d’entre elles, censées contribuer à la stabilisation du marché, ont précisé quatre sources.

Ces annonces ont eu (entre autre) pour effet d’envoyer le taux repo à des niveaux inquiétants (certains établissements financiers ont dû accepter des taux d’intérêt allant jusqu’à 25% pour des financements au jour le jour). Les banques chinoises refusant de se prêter entre elles, elles laissent planer la rumeur d’un credit crunch qui pourrait menacer toute l’économie chinoise.

Les craintes d’une aggravation des tensions ont toutefois reflué à la faveur de rumeurs de marché évoquant l’injection de liquidités par la banque centrale. Deux des principales banques du pays ont en outre démenti avoir reçu des financements d’urgence de la PBOC.

Pour la première fois la PBOC a évoqué la nécessité d’un «fine tuning» de sa politique monétaire. Une façon de laisser entendre que, le cas échéant, elle pourrait envisager de rouvrir partiellement le robinet du crédit. Ce dont on doute tout de même au vue d’un commentaire publié le 22 juin 2013 par l’agence officielle Xinhua, qui met en garde contre des conclusions trop hâtives dans la période de stress actuelle. «Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’argent, mais que l’argent n’est pas au bon endroit», y lit-on aussi…

Alors que les banques ordinaires croulent sous les dettes, le système financier non bancaire (les fameuses banques de l’ombre), à savoir prêts privés, crédits aux entreprises et opérations de financement souterraines, sont également en difficulté.

Les banques de l’ombre sont des officines privées et illégales qui accordent aux PME des crédits à des taux exorbitants. Ces officines de crédit sont alimentées en fonds par la population, attirée par des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que ceux des banques d’épargne officielles.

Souvent, en raison du monopole de l’Etat sur le système bancaire, les entreprises privées ne sont pas en mesure d’obtenir des prêts auprès des banques – on se tourne alors vers les prêts au noir parfois usuraires. De nombreuses entreprises locales préfèrent aussi le système bancaire officieux, de l’immobilier aux producteurs, car ils disposent d’énormes montants.

Ces banques de l’ombre se présentent sous différentes formes: des privés ou bien des prêteurs sur gage aux activités doubles. Aujourd’hui, ces «établissements» soutiennent et tiennent plusieurs entreprises mais aussi plusieurs villes.

L’on estime que ces «banques» fournissent environ 10% des prêts au niveau national.

Aveu de faiblesse, les autorités l’admettent elles-mêmes qu’il y a un problème sur ce type de financement, tout comme le directeur de la Banque de Chine, en octobre 2012 qui déclarait que le système bancaire au noir posait «d’énormes risques pour le système bancaire et financier de la Chine.»

La conséquence immédiate de la faillite d’un établissement bancaire (ou à l’extrême limite du système bancaire chinois) consiste dans le fait que les porteurs ne seront plus en mesure de récupérer leur argent.

L’une des solutions la plus simple serait bien évidemment d’imprimer de l’argent pour résoudre le problème, mais cela provoquerait une escalade de l’inflation, qui rappelons-le est le deuxième cheval de bataille du gouvernement après le maintien de la croissance.

Si certains prétendent que l’économie chinoise présente les mêmes symptômes inquiétants qui avaient déclenché la crise financière de 2008 et qu’il y a des similitudes entre ce qui se passe aujourd’hui en Chine et la nervosité à la veille de l’effondrement de Lehman Brother’s, il ne s’agit pas non plus de dramatiser sur le court terme.

A la différence des tensions sur les marchés interbancaires occidentaux durant la crise de 2008-2009, la situation du marché chinois reflète en majeure partie l’évolution de la politique de la banque centrale et sa volonté de freiner certaines formes de crédit.

Le gouvernement chinois a réaffirmé son engagement à réduire les risques financiers et à faire en sorte que la croissance du crédit profite à l’économie réelle. En 2011, par exemple, le pouvoir central avait consacré, sur six mois, entre 2.000 et 3.000 milliards de yuans (214 et 320 milliards d’euros) au renflouement des établissements bancaires en difficulté.

La vision des agences de notation

Les principales agences de notation avertissent depuis un certain temps les autorités chinoises et la communauté internationale qu’il y a une tension sur le volet des banques locales. Exemples.

Moody’s

Début juin 2011, l’agence de notation Moody’s estimait déjà que le niveau d’endettement des collectivités locales en Chine était supérieur de 30% (de 373 milliards d’euros!) à celui avancé dans un rapport officiel chinois publié une semaine avant.

Elle mettait en garde sur le risque potentiel de défaut sur une partie de ces dettes, et sur le placement du système bancaire chinois sous perspective négative. Pour l’agence de notation, cette révision pourrait l’amener à dégrader les notes des collectivités, en raison du plus grand nombre de défauts qui pourraient intervenir dans un proche avenir. Selon le rapport officiel, 70% de ces dettes doivent être normalement remboursées dans les cinq prochaines années.

Le risque de pertes plus élevées pour les créanciers, en particulier si les prix baissaient dans l’immobilier et continuaient à se réduire sur le foncier qui a été gagé, s’avère donc plus important. En conséquence, Moody’s avertit que le système bancaire chinois peut potentiellement être placé sous perspective négative, ce qui pourrait avoir des effets sur la croissance économique du pays.

Le 16 avril 2013, l’agence de notation a coupé ses perspectives de positives à stables. Dans le dernier signe d’inquiétude sur la Chine, Moody a averti qu’il n’avait pas fait beaucoup de progrès dans la lutte contre les mauvaises créances potentiels détenus par ses organismes publics locaux.

Fitch

L’agence de notation Fitch Ratings a abaissé d’un cran la note souveraine de la Chine en yuan, lors du premier trimestre 2013, qui passe de AA- à A+ en raison de la forte augmentation du crédit bancaire, le poids de l’endettement public, ainsi que l’étroitesse relative de la base fiscale. La note souveraine en devises reste pour sa part inchangée à A+. Pour sa part Moody’s a abaissé la perspective de la note souveraine chinoise Aa3 d’optimiste à stable en raison notamment des risques posés par les emprunts des gouvernements locaux.

De plus en plus de prêts détournés

De grands groupes publics chinois qui ont un accès facile au crédit empruntent non pour investir mais pour prêter à leur tour à d’autres entreprises plus petites, à des taux d’intérêts parfois plusieurs fois supérieurs aux taux officiels, constituant un marché du crédit officieux qui se trouve dans le collimateur de Pékin.

Même si les craintes d’une crise du crédit se sont estompées lundi avec la nette détente des taux sur le marché interbancaire, la Banque populaire de Chine (PBoC) a appelé les banques à mieux gérer leur trésorerie et à mieux contrôler leurs prêts.

Plusieurs entreprises publiques contournent néanmoins l’interdiction de prêter directement à de plus petites entreprises, car il est plus intéressant pour eux d’accorder des crédits que de développer leur propre activité, dans un contexte de ralentissement de la croissance chinoise. «Est-ce que nous sommes en mesure d’utiliser l’argent pour accroître notre production ? Franchement, non», explique un cadre d’un sidérurgiste public, sous couvert d’anonymat. «Nous perdrons plus d’argent si nous produisons plus. Nous ne pouvons que recourir à d’autres canaux.» Pour pouvoir accorder des crédits, les grands groupes mandatent des banques afin de servir d’intermédiaires, mais déterminent eux-mêmes le montant des prêts et leur taux.

Les prêts de ce type ont représenté 179 milliards de yuans (27,3 milliards de francs) par mois en moyenne entre janvier et avril 2013, contre 106 milliards un an plus tôt.

Ils constituent l’une des pratiques de «banque occulte», que l’agence de notation Fitch évaluait en avril à près de 200% du produit intérieur brut (PIB) chinois, et dont les autorités craignent qu’elles alimentent la spéculation sur le marché immobilier en particulier.

Selon un responsable des statistiques de la PBoC dans la ville de Dalian, environ 30% des prêts accordés par des entreprises de cette localité l’an passé, par l’intermédiaire de banques, étaient destinés au secteur immobilier, à un taux moyen de 12%. – (ats)

Liquidités à niveau approprié

Les liquidités dans le système bancaire sont à un «niveau approprié», a estimé hier la Banque centrale chinoise, signalant par là son refus d’intervenir et faisant chuter la Bourse de Shanghai.

«Dans l’ensemble, les liquidités dans le système bancaire chinois se situent à un niveau approprié», selon le communiqué publié sur le site internet de l’institut d’émission. Après avoir très fortement progressé, les taux interbancaires s’étaient brusquement détendus vendredi, le taux de refinancement à sept jours tombant de 11,62% à 8,33%, sur fond de rumeurs de pression de la Banque populaire de Chine (PBOC, Banque centrale) pour que les bailleurs libèrent des fonds. La presse avait aussi rapporté que la Banque centrale avait injecté 40 milliards de yuans (4,88 milliards d’euros) dans certaines banques pour soulager leur crise de liquidités.

Mais les autorités chinoises ne veulent pas donner l’impression d’assouplir leur politique monétaire, alors que la très forte croissance du crédit en début d’année a eu pour corollaire une augmentation des prêts difficilement remboursables, ou mauvaises créances. Les efforts de Pékin pour limiter la hausse du volume des prêts surviennent alors que les signaux d’alerte se multiplient sur une poursuite du ralentissement du rythme de croissance de l’économie chinoise, tombé l’an dernier avec 7,8% à son plus faible niveau en 13 ans.

L’AGEFI

Commentaires (3)

  1. La Chine n’a qu’un objectif :faire des affaires ,et pour cela elle s’en donne les moyens .

  2. Les Chinois veulent dévaluer le Yuan, ce qui en rajoutera une couche a la “guerre des devises”, et à la baisse de valeur des monnaies fiduciaires.
    Cela coïncide avec la chute historique de l’or, grâce aux alarmants rapports des grandes banques d’investissement comme Goldman & sachs, et les mêmes grandes banques d’investissement retirent discrètement leur or du Comex depuis plusieurs mois.
    http://vente-achat-or.org/les-reserves-dor-du-comex-32/
    C’est comme même facile a manipuler, l’opinion publique.

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