Le risque de dépression n’est toujours pas écarté

Les milliards consacrés aux renflouements des banques et aux plans de relance ont permis d’arrêter la glissade vers l’abîme de l’hiver dernier et ramené le sourire à Wall Street, mais les problèmes de fond restent entiers, et tout risque de dépression n’est pas écarté, avertit l’économiste post-keynésien Thomas Palley. La consommation des ménages, représentant 70% du PIB américain, est désormais plombée par le remboursement de la dette et la montée du chômage, et elle ne retrouvera pas son niveau initial. Les États de l’Union qui ont vu fondre leurs recettes fiscales procèdent également à des coupes sombres dans leurs dépenses. Lorsque deux moteurs sur trois de la croissance US – crédit, inflation des actifs et consommation – sont grippés, le risque est réel de voir s’installer une spirale récessive, juge-t-il.

L’an dernier, l’économie mondiale a subi une contraction massive, la plus forte depuis la Grande Dépression des années 1930. Puis, au printemps, les économistes ont commencé à parler de « petits signes » de reprise et cette vision optimiste s’est alors propagée rapidement à Wall Street. Plus récemment, le jour de l’anniversaire du krach de Lehman Brothers, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a officiellement adoubé ce consensus en déclarant que la récession était « très probablement terminée ».

L’avenir est fondamentalement fait d’incertitudes, rendant toujours téméraire l’exercice de la prévision. Cela dit, il existe une probabilité non négligeable que ce nouveau consensus soit erroné. A contrario, on trouve de solides motifs de penser que l’économie américaine subira un deuxième plongeon, suivi d’une stagnation prolongée qui pourra être qualifiée de seconde Grande Dépression. Des signes commencent déjà à apparaitre avec les fortes et inattendues destructions d’emplois aux USA en septembre et la chute des ventes d’automobiles intervenue après la fin de la prime à la casse.

Que l’optimiste soit de retour à Wall Street ne devrait pas surprendre. Les bénéfices de Wall Street proviennent de la hausse des cours des actifs, sur lesquels les établissements financiers perçoivent des frais de gestion, de la signature de contrats sur lesquels elles touchent des honoraires pour leurs conseils, ainsi que de l’incitation des petits investisseurs à acheter des actions, ce qui augmente le chiffre d’affaire. Ces revenus sont bien plus importants lorsque les marchés boursiers sont à la hausse, ce qui explique la propension génétique de Wall Street à amplifier la reprise économique.

De la même façon, les modèles théoriques de la majorité des économistes ont été aveugles face à la crise et ne peuvent aujourd’hui que prévoir la reprise en raison même des hypothèses de ces modèles. Dans la théorie économique dominante, on présuppose que le plein emploi est un point de gravité vers lequel tend l’économie.

Les modèles économétriques empiriques sont tout aussi discutables. Ils prévoient également une reprise progressive, mais c’est le résultat de schémas de retour à la tendance longue fondés sur l’observation des données historiques. Le problème, comme le disent les professionnels de l’investissement, c’est que « la performance passée n’est pas une indication des performances futures ». Cette crise économique marque l’implosion du modèle économique qui gouvernait la croissance américaine et mondiale depuis ces trente dernières années. Ce modèle était basé sur la consommation alimentée par l’endettement et l’inflation du prix des actifs. Mais c’est terminé.

Il existe une raison simple pour laquelle l’économie connaîtra une deuxième baisse d’activité. Elle se fonde sur le cycle économique du désendettement, qui produit inévitablement une correction en deux étapes. La première étape a été franchie, et elle a déclenché une crise financière qui a causé la pire récession depuis la Grande Dépression. Mais la deuxième étape ne fait que commencer.

Le désendettement peut être compris grâce à une métaphore où l’économie serait représentée par une automobile. Le crédit y serait la pédale des gaz, qui accélère l’activité économique. Lorsque cesse l’emprunt, que le pied cesse d’appuyer sur la pédale, la voiture ralentit. Mais lorsque le coffre de la voiture est alourdi par la dette accumulée, l’activité économique ralentit en dessous de son niveau initial.
Lors d’une phase de désendettement, les ménages augmentent leur épargne et remboursent leur dette. C’est la deuxième étape, identique à un coup de frein qui ralentit encore plus l’économie, en une séquence semblable à celle d’une récession en deux temps. Le désendettement rapide, comme c’est le cas à l’heure actuelle, est l’équivalent d’un freinage violent. Le seul point positif, c’est que cela réduit la dette, ayant pour effet d’alléger le coffre. Cette activité contribue à stabiliser l’activité à un nouveau palier, mais elle n’accélère pas la voiture, contrairement à ce qu’affirment les économistes.

La métaphore automobile ne décrit cependant que partiellement la situation actuelle car elle suppose que le processus de freinage soit régulier. Dans la réalité, la crise financière s’est déjà déclenchée et l’économie réelle est désormais victime d’un processus démultiplicateur, entraînant une diminution des dépenses, des pertes massives d’emplois et des faillites. S’ajoutant à cela, le désendettement ouvre la possibilité que s’installe une spirale à la baisse, c’est à dire une dépression.

Une telle spirale peut être décrite par l’image du Titanic, que l’on croyait insubmersible grâce à ses compartiments séparés par des cloisons étanches. Toutefois, ces cloisons n’avaient pas de plafond, et lorsque le Titanic a heurté l’iceberg qui déchiré son flanc, le compartiment avant s’est rempli d’eau, provoquant l’enfoncement du navire. L’eau a ensuite envahi les compartiments suivants, provoquant le naufrage.

L’économie américaine a heurté l’iceberg de la dette. La déchirure provoquée menace de submerger les mécanismes de stabilisation de l’économie. C’est ce que l’économiste Hyman Minsky appelait « enrayer les institutions ».

L’assurance chômage n’est pas à la hauteur de la tâche et elle arrive à expiration pour de nombreux travailleurs. Ce qui augure de nouvelles réductions dans les dépenses des ménages et d’une augmentation du nombre de saisies.

Les États de l’Union sont tenus par les exigences d’équilibre budgétaire et ils taillent dans les emplois publics. Par conséquent, le secteur public contracte ses dépenses, imitant ainsi le secteur privé.

En raison de la destruction de la valeur de leurs actifs, de nombreux foyers ont un patrimoine net quasi-nul, voire négatif. Ce qui augmente la nécessité d’épargner et interdit l’accès aux emprunts qui pourraient dynamiser une reprise. En outre, les ménages comme les entreprises sont menacés de faillites qui amplifient le choc démultiplicateur à la baisse et pénalisent l’activité économique future en leur interdisant ultérieurement l’accès au crédit.

Enfin, les États-Unis continuent de souffrir de la triple hémorragie du déficit commercial, qui draine des dépenses par les importations, de la délocalisation des emplois et de la délocalisation de nouveaux investissements. Cette hémorragie est évidente dans le cas de la prime à la casse, où les huit véhicules les plus vendus étaient de marques étrangères. Par conséquent, même une énorme relance budgétaire n’aurait que des effets limités.

La crise financière a créé une boucle de rétroaction négative sur les marchés financiers. Un niveau de désendettement inégalé et le processus de démultiplication ont créé une boucle de rétroaction négative dans l’économie réelle. C’est une boucle qui est bien plus difficile à inverser, et c’est pourquoi une seconde Grande dépression reste une réelle possibilité. Contre-Info

L’auteur de ce texte, Thomas Palley, est l’ancien économiste en chef de l’US-China Economic and Security Review Commission. Il est membre invité de la Schwartz Economic Growth de la New America Foundation.

Commentaires (6)

  1. Sans trop de rapport avec l’article (bien que je sois d’accord avec l’idée générale que le pire reste à venir), l’image de l’article me rappelle un blog sur lequel on peut voir des photos de la bonne “vieille” Amérique…

    Quelqu’un sait de quel blog je parle et aurait un lien ?

  2. @Boreas et Choucroutgarnix

    Merci !

    C’est vraiment incroyable tout le charme et la dignité naturels qui se dégagent de ces clichés en n0ir (sait-on jamais pour le robot de censure)et blanc…

    Ca me rend nostalgique tout ça, un monde qui avait autre chose à foutre que des lubies gauchistes et “tolérantes” à la con…

  3. Celente – les gens devraient s’attendre à « une plus forte dépression »

    Prévisions pour l’an 2012 – émeutes du pain, marchés fantômes, voyoucratie, terreur

    Un conjoncturiste des tendances affirme que la présente récession économique suite à la faillite, l’hiver dernier, des banques de Wall Street, des compagnies d’assurance et des fabricants d’automobile, est un soubresaut artificiel inventé « de l’argent fantôme imprimé à partir d’air de faible densité sans support ».

    Par ailleurs, Gerald Celente de TrendsResearch.com affirme que les gens devraient s’attendre à la « plus grande récession » à l’échelle mondiale, qui marquera le « déclin de l’empire américain ». Les récoltes déficitaires ne constitueraient en effet qu’un des défis mineurs.

    « Voici à quoi ressemblera l’an 2012. Émeutes du pain, manifestations contre les impôts, rebellions des paysans, révoltes des étudiants, creusement des squatters, insurrection des sans-abri, villages de toile, marchés fantômes, grèves générales, enlèvement des patrons, kidnappings, saboteurs industriels, guerres de bandes, voyoucratie, terreur », écrivait-il pour le compte d’une publication trimestrielle disponible sous souscription sur son site web.

    Il a également parlé de ses prévisions à Greg Corombos de la Radio America/WND lors d’une interview publiée en ligne.

    La récente montée des indices de Wall Street avoisinant les 10 000 points niveau, quoi qu’étant inférieure à 14 000 points d’avant le krach, ne devrait pas servir de réassurance pour qui que ce soit, affirme-t-il.

    « Il n’y a aucun recouvrement, Mais plutôt une certaine dissimulation », ajoute-t-il. « Les cours du marché ont chuté en mars 2009 et le monde entier a constaté les dégâts à partir du déclin avec l’argent fantôme imprimé à base d’air de faible densité sans support ».

    Cette situation est pire qu’un naufrage économique, déclare-t-il. « C’est tout simplement le déclin de l’empire américain », conclut-il.
    Découvrez comment mieux vous préparer

    « Considérez un instant ce qui est arrivé au dollar », dit-t-il. « La preuve en est que le prix de l’or ne fait qu’augmenter. Toute autre preuve qui émane de Washington et de Wall Street n’est que rhétorique ».

    « Il s’agit ici du début d’une très forte dépression. Nous incitons nos lecteurs à prendre des mesures proactives qui leur permettraient d’appréhender le malheur futur », ajoute-t-il.

    Selon Celente, le journal USA Today « a la chance de bénéficier du droit à l’esprit du siècle » et à CNBC d’ajouter que « l’homme sait de quoi il parle ».

    Il a affirmé lors d’une interview sur Radio America/WND que les ventes aux enchères pendant les prochaines fêtes de Noël constitueront un « coup dur pour l’économie »

    Il annonça que « la seconde révolution américaine avait déjà commencé. Il ne reste donc plus qu’aux médias grand public de l’annoncer. Toute personne qui espérait se forger une fortune sera vouée au choc ».

    Tim Barello, en sa capacité d’examinateur, a soulevé que depuis 1980, Celente a fait au moins 40 prévisions exactes sur les grands événements du monde, notamment le krach boursier de 1987.

    « Tout au long des années 90, nombre d’autres prévisions s’étaient réalisées, à savoir la dissolution de l’Union soviétique, l’expansion du terrorisme mondiale, l’accroissement des philosophies spirituelles et de l’ère nouvelle, la manifestation publique contre la mondialisation, la prolifération des achats en ligne et la crise financière asiatique de 1997, pour ne citer que celles-ci », avait-il écrit.

    Vient le moment de sa prévision d’une dépression mondiale et d’un « Obamageddon » pour les Etats-Unis.

    « Nous voulons démontrer que les politiques responsables du déclin de « l’Empire américaine » ne datent pas d’aujourd’hui », expliquait Celente à Barello.

    « Ce qui est arrivé à l’administration Obama est qu’ils ont étendu leurs politiques au delà de la limite de celles de Bush avec son programme TARP ; par exemple, avec son lot de redressement, les achats, les opérations et les programmes de sauvetage sont sans précédent dans l’histoire de l’Amérique ».

    Celente ajouta que « jamais auparavant, autant d’argent fantôme n’avait été imprimé à base d’air de faible densité sans support ».

    Vous ne deviez nécessairement pas être étudiant en Histoire pour comprendre l’impact d’une telle action. Il suffit simplement de rester vigilant et de penser à soi-même.

    Au cours d’une conversation avec l’examinateur, Celente a averti à coups de bulle, que les contribuables américains seront violemment critiqués parce que, contrairement à la révolution Internet, à celle des marchés boursiers et à celle des immobiliers, ils représentent des actionnaires dans nombre de grandes sociétés.

    Il envisage la possibilité d’une guerre civile, et affirme que si les gens veulent voir à quoi ressemblerait la grande rue d’Amérique, ils n’ont qu’à « passer près de Detroit. Ils pourront contempler toutes les maisons détruites et les voisinages déguerpis.

    Puis examiner la violence grandissante. Ils pourront s’informer de tous les crimes odieux commis par les hommes dont certains exterminent toute leur famille entière. »

    http://www.spreadthetruth.fr/?p=4162

    https://secure.trendsresearch.com/orders.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>