Italie: Une banqueroute de Monte dei Paschi menacerait l’Europe

On savait que Monte dei Paschi, la grande banque de Sienne, la troisième d’Italie, était en difficultés. Mais ce n’est pas pour participer  à un des somptueux diners donnés dans le superbe Palazzo Salimbeni par cette institution que Mario Draghi s’est envolé ce soir pour l’Italie. Mont de Piété créé en 1472 par les magistrats siennois, elle a pour principal actionnaire une fundazione aussi prestigieuse que peu transparente. AXA en est le troisième actionnaire avec plus de 3% du capital.

Par georges ugeux

C’est au chevet de cette institution systémiquement importante pour l’Europe et le monde bancaires, que le Président de la BCE se rend, à en croire le Financial Times. Une réunion au sommet est en effet convoquée à Rome ce mardi.

C’est que la faillite de la BMPS serait une catastrophe à plusieurs niveaux.

Produits dérivés, acquisition surpayée et obligations souveraines

La cause de la culbute est complexe ;  un scandale autour d’activités de la banque en produits dérivés, des opérations appelées Santorini et Alexandria, dont les contreparties sont Deutsche Bank et Nomura. Elle est accusée d’avoir camouflé 820 millions d’euros de pertes avant l’intervention de sauvetage du Gouvernement, avec l’approbation de la fundazione.

Il y eut surtout une acquisition en 2007 pour de Banca Antonveneta : 9 milliards d’euros. Elle avait payé à Santander (qui l’avait achetée récemment a ABN Amro) une prime de 2,4 milliards. La même erreur que Royal Bank of Scotland et Fortis, au même moment : la crise des subprimes avait déjà commencé depuis mai 2007. La supervision de cette opération et de la banque était exercée par le Gouverneur de la Banca d’Italia, Mario Draghi. Il n’avait paraît-il pas le pouvoir d’arrêter l’acquisition fatale.

BMPS détient en plus des montants importants en obligations d’Etat italiennes, qui, elles aussi, ont perdu leur valeur.

Les conséquences d’une faillite pour les banques, l’Italie, et l’Europe seraient létales

Elle entrainerait une faiblesse contagieuse des deux autres grandes banques italiennes, Unicredit et  Intesa San Paolo, ainsi que du réseau de caisses d’épargne du pays.

Ce faisant, elle menacerait l’ensemble du secteur bancaire européen à travers le marché interbancaire et provoquerait une crise de liquidité. Parmi elles, un montant substantiel prêté à 1% à 3 ans au début de 2012 par la Banque Centrale Européenne.

Ancien Gouverneur de la Banca d’Italia, Mario Draghi connaît parfaitement les fils qui lient les institutions bancaires de son pays avec l’Europe et le reste du monde.

Une panique entrainerait un effondrement des obligations souveraines italiennes qui s’étaient améliorées suite à l’engagement pris par la BCE de soutenir l’Italie et l’Espagne. Cet engagement a rassuré, mais n’a pas encore été exécuté.

Face à un risque de 2.000 milliards d’euros de titres du Tesoro italien, la BCE pourrait se trouver elle-même en difficulté, vu son bilan déjà largement surexposé en créances bancaires de l’Europe du Sud.

L’affaire ne s’arrêterait pas à l’Italie : la France serait aux premières loges, et en particulier BNP Paribas, qui détient la Banca Nazionale del Lavoro, elle-même la quatrième banque du pays et qui célèbre son centenaire en 2013.

Qui plus est, on voit mal comment un effondrement de la dette italienne n’affecterait pas d’autres pays européens, relançant une spéculation contre les obligations souveraines.

Ce scenario pourra-t-il être évité ?

La MPS a perdu 91% de sa capitalisation boursière en cinq ans.

Elle est de 3 milliards d’euros pour des fonds propres de 17 milliards, soit moins de 20%. Son nouveau Président, Alessandro Profumo, ancien patron de la banque Unicredito, cherche désespérément un investisseur stratégique. On cite JP Morgan, Deutsche Bank ou Nomura.

La Banca d’Italia a décidé samedi d’augmenter un prêt obligataire de sauvetage à 3,9 milliards d’euros. Ce prêt fait déjà hurler dans la péninsule. Mais la banque centrale n’a pas le choix.

Les moyens de cette banque centrale et de la BCE permettront-ils d’endiguer une possible banqueroute ? Il faut le souhaiter.

Même si l’on y arrive sans qu’une panique éclate, il ne faudra pas oublier que, malgré quelques mois de répit, l’Europe reste vulnérable à la faillite de l’une quelconque de ses grandes banques, surtout lorsqu’elle est située dans un pays qui a une dette publique de 120% du Produit Intérieur Brut.La combinaison d’une grave faiblesse bancaire dans un pays surendetté peut être létale.

Décidément, la planche sous les pas de Mario Monti semble bien savonneuse. A coté de cette crise, la course du Palio entre les contrade (paroisses) siennoises est un  jeu d’enfant.

Dans le contexte italien, à trois semaines des élections, l’ancien Ministre des Finances italien de l’époque, Giulio Tremonti, nommé par Silvio Berlusconi,

se demande publiquement comment Mario Draghi, proche de Mario Monti, a pu commettre une telle bévue.

Mais c’est Silvio Berlusconi qui a refusé à Mario Draghi le droit de démissionner le conseil de BMPS.

E la nave va…

finance.blog.lemonde.fr

Commentaires (10)

  1. À part ça, le palais Salimbeni est magnifique, un des sommets de Sienne qui pourtant n’est pas avare en splendeurs…

  2. Mardi 29 janvier 2013 :

    « Un défaut de Chypre poserait un risque systémique pour la zone euro ».

    Mario Draghi, le patron de la Banque Centrale Européenne, s’inquiète des effets désastreux d’un défaut de Chypre pour la zone euro.

    Lors d’une réunion des ministres des finances la semaine dernière, Mario Draghi a contredit Wolfgang Schaüble, le ministre des finances allemand, qui avait estimé que Chypre n’était pas « importante sur le plan systémique », que c’était un pays trop petit pour que son défaut éventuel pose un réel problème pour l’Europe.

    Draghi a tancé Shaüble, en disant qu’il avait souvent entendu ce type d’arguments provenant de juristes (Shaüble est avocat de formation), mais que c’était plutôt les économistes qui pouvaient en juger. Il estime que l’implication des banques chypriotes dans le système bancaire grec, où elles effectuent 40% de leurs opérations, pose un risque, et qu’elles sont assez grandes pour poser un risque systémique à la zone euro.

    Chypre a réclamé un plan de sauvetage à l’UE au cours de l’été dernier, et elle pourrait nécessiter 17 milliards d’euros, soit près de 100% de son PIB, mais l’UE traîne des pieds pour accorder cette aide.

    Der Spiegel avait rapporté en effet qu’un rapport confidentiel du BND, l’agence allemande du renseignement extérieur, affirmait que des magnats russes établis à Chypre seraient les premiers bénéficiaires éventuels de l’argent du plan de sauvetage, s’il était accordé.

    Environ 80 oligarques russes ont obtenu la nationalité chypriote et se seraient ainsi établis sur le territoire de l’UE. Leur fortune est souvent issue d’activités mafieuses et ils trouveraient à Chypre les conditions idéales pour blanchir leur argent sale : la possibilité de faire appel à des sociétés écrans anonymes, des banques complaisantes, et une fiscalité qui fait que, pour beaucoup, Chypre est un paradis fiscal.

    Les Sociaux Démocrates allemands refusent d’accorder un bailout à Chypre, affirmant qu’ils ne veulent pas soutenir « le crime organisé », ce qui place la Chancelière Angela Merkel dans une position délicate.

    D’un autre côté, Olli Rehn, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, craint qu’un éventuel défaut de Chypre n’entame la fragile confiance retrouvée des marchés pour la zone euro, et qu’il ne déclenche une nouvelle fuite des capitaux. « Il est essentiel que tout le monde réalise qu’un défaut désordonné de Chypre mènerait à une sortie de Chypre de la zone euro. Cela serait extrêmement stupide de prendre un risque de cette nature », a-t-il déclaré.

    http://www.express.be/business/fr/economy/un-defaut-de-chypre-poserait-un-risque-systemique-pour-la-zone-euro/185251.htm

  3. Dette publique au troisième trimestre 2012 :

    1- Médaille d’or : la Grèce. Dette publique de 301,193 milliards d’euros, soit 152,6 % du PIB.

    2- Médaille d’argent : l’Italie. Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1995,143 milliards d’euros, soit 127,3 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son incompétence.

  4. Ben moi ça me fait bien “flipper” tout ça, en plus je suis à la BNP… J’ai l’impression que si une grande banque tombe, ce sera le chateau de carte, avec toutes les conséquences catastrophiques que cela peut entrainer.

  5. Tout ça pour faire peur à tout le monde et justifier un sauvetage par l’Etat (donc par les impôts de tous). Evidemment que ça va faire mal si une grande banque s’écroule, mais en venant au secours de banques aux manoeuvres risquées et insolvables, on les encourage à poursuivre.
    Laissons ceux qui ont pris des risquent s’écrouler, même s’ils sont nombreux. Qu’ils prennent leurs responsabilités ! Que les gens prennent aussi leurs responsabilités en sortant leur argent des banques.

  6. l europe ne peut pas faire banqueroute ,elle peut emprunter ,elle est toujours solvable ,elle devra couper dans le social ,dans la fonction publique ,elle pourra emprunter ,et elle pourra rembourser ,en augmentant les impots !!

  7. AXA en est le troisième actionnaire

    —-
    J’avais trouvé que Castries avait une mine verdâtre.

  8. @ canari;

    L’europe ne pourra empreinter que tant que quelqu’un voudra bien lui prêter, pas plus . Mais l’éssentiel n’est pas là . Pour sortir de la dette, vous n’avez que deux solutions .
    La première consiste à faire de l’inflation, de façon modérée . C’est la méthode la moins douloureuse pour le contribuable, mais la moins probable, car nous sommes dix sept à décider, et que personne ne peut augmenter seul sa masse monétaire . C’est la BCE qui décide, autrement-dit l’Allemagne .
    La seconde, la plus probable, c’est que la dette soit telle, que l’euro en perds toute sa valeur, plus personne n’en veut . Dans ce cas, vous avez l’hyperinflation . C’est ce qu’a connu la république de Weimar, c’est ce qui se passe en ce moment au Zimbabwe .

    dans les deux cas, l’euro est mort .

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