PS et ouvriers : «On est passé de l’abandon au mépris»

La plume est cinglante comme après un amour déçu. «De l’abandon au mépris : comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière», ainsi s’intitule le livre publié jeudi par Bertrand Rothé, professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise.

Dans cet ouvrage historico-économique, l’auteur revient sur les «trahisons» du parti à la rose vis-à-vis de ceux auxquels il avait tant promis en 1981, lors de sa première accession au pouvoir sous la Ve République. (…) Interview.

Comment se manifeste cette rupture que vous dénoncez ?

En 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Au premier tour, les ouvriers ont plus voté pour lui que pour le communiste Georges Marchais. Pourtant, trois ans plus tard, l’idylle s’achevait avec Laurent Fabius et le tournant de la rigueur. A l’époque, par exemple, le gouvernement affronte déjà l’hostilité des métallos lorrains, car il fait le choix de ne plus avoir d’industrie sidérurgique en France, en supprimant 21.000 emplois dans les usines nationalisées. Il s’agit bien d’un choix politique, car, de son côté, l’Allemagne, avec des coûts similaires, produit aujourd’hui 25% ou 30% de l’acier européen.

Et quel est ce «mépris» dont vous parlez ?

Il est le fait autant du PS que des élites françaises en général. Il consiste à représenter les ouvriers en imbéciles violents, voire racistes.


(…) dans quelle mesure l’Europe a-t-elle influé sur les changements que vous dénoncez au PS ?

Le PS n’a jamais été une force de résistance face aux progrès du libéralisme porté par l’Union européenne. Au contraire, il a, plus que les autres partis, contribué à ces progrès. Il faut revenir à 1983, où, après le tournant de la rigueur, il doit faire le deuil de son programme originel. L’Europe va faire office de projet de substitution. Sans projet précis à ce sujet, Jacques Delors, ministre de l’Economie puis président de la Commission, est à l’écoute de la «Table ronde européenne», un lobby patronal qui veut renforcer la concurrence pour créer des géants économiques comme aux Etats-Unis et au Japon.

L’Acte unique de 1986 ouvre un âge d’or des fusions-acquisitions. Mais les socialistes ont oublié l’avertissement de Pierre Mendès-France, en 1957, pour qui une telle ouverture appelait d’abord «l’égalisation des charges et la généralisation rapide des avantages sociaux à l’intérieur de tous les pays du marché commun». Au début des années 2000, on a ainsi intégré à l’UE les pays de l’Est, dont certains affichaient un salaire minimum inférieur à 200 euros.

Mais historiquement, le PS a-t-il jamais été le parti de la classe ouvrière ?

Il a longtemps eu à disputer ce rôle au Parti communiste. Ce n’est donc pas systématique, mais il l’a été dans certaines régions, le Nord par exemple. (…)

A partir des années 1980, en revanche, les socialistes ont abandonné cette catégorie sociale pour se consacrer à la défense des minorités ethniques. Et pas de tous les immigrés, pas des vieux par exemples : des jeunes immigrés, sous la devise un brin condescendante «Touche pas à mon pote». C’est médiatique, ça passe bien, ça fait festif.

D’ailleurs, le travail est alors invité à devenir une fête. Et en Lorraine, Jacques Chérèque, le père de François, délégué pour le redéploiement industriel, propose de remplacer les aciéries par un parc d’attraction sur le thème des Schtroumpfs.

Cette classe ouvrière est-elle toujours une réalité aujourd’hui ?

Au juste, il n’y a jamais eu de classe ouvrière absolument homogène, il vaudrait mieux parler de monde ouvrier. Mais il est absolument faux d’affirmer que celui-ci soit en voie de disparition. En 2003, Aurélie Filipetti, aujourd’hui ministre de la Culture, écrivait un roman intitulé : «Les derniers jours de la classe ouvrière». Alors qu’à l’époque, celle-ci était encore le premier groupe social de France ! Bien sûr, les effectifs vont diminuant, et les ouvriers sont désormais éclatés en de multiples catégories et statuts, notamment depuis l’essor de l’intérim.

Mais je crois que, si cette catégorie a perdu de son homogénéité, c’est aussi parce que le discours qui la constituait est lui-même en déclin. On n’existe qu’à travers le regard des autres. Or, le monde intellectuel a abandonné la classe ouvrière. Des économistes comme Philippe Cohen, des sociologues comme Alain Touraine, font l’éloge de la société post-industrielle, d’une France qui ressemblerait à un grand musée. A la télévision, on ne montre jamais les ouvriers qu’en bloqueurs de route ou en vandales. (…)

Libération

(Merci à Boreas)

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A lire ou relire en complément :

- «La gauche et la préférence immigrée», de Hervé Algalarrondo

- La guerre des gauches est déclarée

- Christophe Guilluy : “Plaidoyer pour une gauche populaire”

Commentaires (5)

  1. Où se trouvent les imbéciles ?
    Serait-ce la troupe bien fournie des dupes du ” socialiste ” Mitterrand ?
    Il se pourrait que le PS et ses complices UMP se soient répartis les rôles pour entretenir leurs clients d’ espérances fallacieuses .
    Il est facile de duper les peuples et de se gausser de cet éternel mineur qu’est Popu-Roi .
    Le peuple ne manie pas aisément le langage ;c’est vrai . Il n’est pas le seul . Le jargon des gauchistes n’est-il pas le sien .
    Une vérité connue de longue date : un peuple pourrit par la tête . Les ouvriers et le petit peuple sont plus sains que les chantres du mariage homosexuel et de ” la France, terre d’accueil ”
    Des défis au bon sens populaire , à moins qu’ils ne relèvent de la trahison pure et simple …

  2. Le PS n’a pas tourné le dos qu’aux ouvriers et à la classe populaire,il faut le savoir.
    Mais cela les patriotes le savent tous.
    Le PS a tourné le dos à tout le peuple Français à partir du moment où à l’époque un de ses leaders politiques disait déjà qu’il préférait ” les autres aux nôtres”
    Comment peut-on se dire alors homme politique Français et favoriser outrageusement les étrangers, au détriment des ses compatriotes,y compris certains parmi les plus violents qui veulent jusqu’à notre colonisation et en attendant imposer la charia au peuple Français ?

    http://www.youtube.com/watch?v=wiaakIoG2Qc

  3. @albert com 1

    Ca fait des années que je le dis.
    L’alternance est un concept politique qui permet de remettre une couche de vaseline au bon peeuuuuuple.
    Un piège à cons diffusé en boucle par les portes paroles au service, les médias.
    Suffit de regarder vers l’ouest pour s’en convaincre.
    L’impuissance politique n’est pas une fatalité elle est bien réelle.
    La seule occupation qui anime cette caste de parasites sangsues qui sont légitimement élus par LE peuple et s’accroche à ses gonades, c’est de défaire ou retoquer ce que les précédents ont mis en place, en empilant des textes sur des textes et des lois sur de lois, avec toujours dans l’idée, il faut l’avoir à l’esprit que c’est pour mieux faire rentrer le phalange que le précédent n’a pas pu mettre.
    Les seuls domaines dans lesquels ils excellent sont le slogan et la vente.
    Slogans politiques et vente d’espoir et 90% des gens s’en nourrissent.

    En attendant, les années passent et nous remplissons collectivement leur pense à penser à nous la vider en divisant habilement et de manière séquentielle la collectivité.
    Mais ça pas grand monde l’a compris.

  4. Furax a écrit le 12 janvier 2013 à 17 h 40 min

    ” les autres aux nôtres”

    Qui a dit ça svp ?

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