L’essentiel avec… : Jean-Claude Trichet

L’invité de notre série L’essentiel est aujourd’hui une grande figure du monde de l’économie et des finances en Europe, Jean-Claude Trichet, ancien Directeur du Trésor de 1987 à 1993. Gouverneur de la Banque de France de 1993 à 2003, avant de devenir Président de la BCE, Banque Centrale Européenne de novembre 2003 à novembre 2011, Jean-Claude Trichet est membre de l’Institut de France où il a été élu à l’Académie des sciences morales et politiques le 22 février 2010. [Extraits]

2- Qu’est-ce qui vous paraît essentiel à dire aujourd’hui Jean-Claude Trichet, sur votre domaine d’activité, l’économie et la finance ?

J’ai deux idées à faire passer : une sur l’Europe et une sur notre pays. Sur l’Europe : il est absolument indispensable de mener à bien, de manière extrêmement déterminée, et aussi rapidement que possible, l’ensemble des décisions déjà prises pour améliorer la gouvernance de l’économie et des budgets de la zone euro. Et non seulement de les mettre en œuvre mais d’aller nettement plus loin. La crise démontre à l’évidence que nous avons besoin de renforcer la gouvernance économique et budgétaire la zone euro.

3- On va élargir les perspectives, à votre regard sur le monde et sur l’évolution de notre société, quelle est l’idée essentielle que vous aimeriez faire passer ?

La question est très vaste. Je crois que nous vivons une crise des pays avancés. Tous les autres continents ont eu leurs ajustements rendus nécessaires par une crise. Le tour des pays avancés est arrivé. Ils ont devant eux énormément de travail à faire. Ils se sont habitués à avoir la rente de situation, d’avoir été les inventeurs de l’économie moderne, de l’industrie, de l’économie de marché. Ils pensaient pouvoir en tirer éternellement profit. Pas plus que ceux qui ont inventé l’écriture n’ont tiré profit éternellement de leur invention. Les Sumériens avaient inventé l’écriture qui a été utilisée ensuite dans le monde entier. C’est exactement la même chose. Tout le monde aujourd’hui utilise nos concepts.

Le grand message que j’aurais au niveau mondial serait que par cette généralisation de l’économie de marché dans le monde, nous avons créé un nouveau concept d’économie mondiale intégré à la fois financièrement et aussi en terme commerciaux, entre les diverses économies. Et nous n’avons pas encore de gouvernance mondiale satisfaisante.

Avez-vous l’impression qu’on y arrivera plus facilement dans ces domaines de la gestion économique et financière plus que dans la gestion politique du monde ?

Je pense que les deux sont quand même liés. Nous sommes dans un monde ou l’interaction entre l’économique et le politique est considérable. Si l’Union Soviétique s’est effondrée c’est parce qu’elle a connu un échec économique majeur. Si la Chine a décidé de se convertir à un principe d’économie totalement différent c’est parce qu’elle comparait son produit intérieur brut à celui de Taïwan. Taipei qui est minuscule à un moment représentait le tiers du produit intérieur brut de la Chine continentale, c’était absolument intolérable.

L’échec économique est un moteur politico-stratégique monumental.

Mais il n y a pas que cela. Mais je ne serais pas trop pessimiste sur l’évolution politique du monde. J’ai connu moi-même au début de ma carrière un monde qui était une matrice très simple. Vous aviez l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud. Et chacun était dans sa case. Mais ces cases étaient très séparées, on était dans des univers très différents. Un Sud qui aspirait au développement mais dont l’écart se creusait avec le Nord sans espoir réellement d’en sortir. Et puis il y avait l’Est et l’Ouest. Nous sommes maintenant dans une matrice mondiale unifiée. Nous sommes tous dans la même case. On le voit bien dans le G20, nous sommes tous là. Sauf un ou deux pays dans le monde qui ont des concepts totalement différents.

L’unification conceptuelle du monde à laquelle j’ai assisté dans les réunions internationales, tout cela était profondément réconfortant.

Cela ne veut pas dire qu’il n y a pas de risques ou de dangers colossaux il ne faut pas être naïf. Mais il ne faut pas non plus nier les progrès qui ont été faits.

La plus grande urgence dans nos sociétés serait une pédagogie du changement ?

C’est une manière de résumer les choses à laquelle j’adhérerais tout à fait.

5- Quel est l’évènement de ces dernières années ou la tendance apparue ces dernières années qui vous laisse le plus d’espoir Jean-Claude Trichet ?

J’ai répondu un peu par anticipation,

je crois que nous vivons une période ou le grand programme que nous nous étions fixés après la Seconde Guerre mondiale se réalise petit à petit avec son formidable succès et bien entendu les défis nouveaux qu’il entraîne.

Mais il ne faut pas oublier cette formidable question.

Qu’est ce que vous aimeriez faire passer comme message à vos enfants et à ceux que vous aimez, de toute cette expérience si riche ?

Le monde évolue énormément, l’histoire n’est jamais écrite. Il faut toujours considérer que l’on a une réelle influence sur tout ce qui se passe même si on a l’impression d’être un fétu emporté par tout ce qui se passe. Nous avons chacun à notre niveau une responsabilité beaucoup plus importante que nous ne le soupçonnons.

C’est un message hégélien ? Est-ce que vous pourriez reprendre à votre compte le message de Steve Jobs aux étudiants de Standford en 2005 : « Soyez insatiables, soyez fous, ne soyez pas prisonniers des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui ? »

Je n’ai pas l’autorité de Steve Jobs mais j’invite les gens à dire ce qu’ils pensent, ils ont plus souvent raison qu’ils ne le croient. On a ce devoir de dire ce que l’on pense. Et encore une fois, il ne faut pas croire que l’histoire est déjà écrite. C’est une manière de paraphraser Steve Jobs.

canalacademie.com

Commentaires (4)

  1. “absolument indispensable de mener à bien, de manière extrêmement déterminée, et aussi rapidement que possible, l’ensemble des décisions déjà prises pour améliorer la gouvernance de l’économie et des budgets de la zone euro. (…) les mettre en œuvre mais d’aller nettement plus loin. ”

    Pourquoi faire? Exporter les problèmes de la France aux autres pays?
    Etaler de la merde aux autres pays ne nous sortira pas de nos maux.
    C’est comme les plans banlieue ça ne sert à rien.

  2. “Et nous n’avons pas encore de gouvernance mondiale satisfaisante. ”

    Déjà, à la base, “gouvernance mondiale” et “satisfaisante”, c’est antinomique.

  3. ‘C’est comme les plans banlieue ça ne sert à rien.”

    FAUX. Ca sert à gagner du temps, ainsi “accroissement naturel” des populations immigrées et immigration peuvent se poursuivre jusqu’au but ultime : l’avènement de l’homme “nouveau”.

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