Une tribune libre de Patrick Reymond

Ou ajustement défectueux ? Ou système défectueux ?
En réalité, le souci n’est pas là. Depuis la première réforme des retraites, celle de 1993, par Balladur, tout effort d’ajustement a exclusivement porté sur les nouveaux entrants, et jamais sur le “stock” de retraités.
C’est bien là que le bât blesse, car la vitesse de renouvellement dudit stock est assez lente pour les économies immédiates, et par contre, produira, dans quelques dizaines d’années, des cohortes de retraités pauvres et sans le sou.
Car le système français est sans doute le plus dur d’Europe, ne nous y trompons pas, car avec 41,5 années de cotisations, et 60 ans (à dose homéopathique), et plus vraisemblablement 67 ans, on a créé une vraie crise sociale en devenir, pour un seul objectif : ne pas avoir à toucher aux retraités, surtout les plus riches.
Les retraités votent en masse, et votent “bien”, c’est à dire qu’ils votent surtout pour le système de parti unique à deux branches.
Il a été donc décidé de rendre les conditions d’accès dures aux 600.000 arrivants, pour ne pas toucher au 15.000.000 de déjà entrés, ne se renouvelant qu’à la cadence de 500.000 par an.
Alors qu’on verrait qu’un écrémage à un certain montant, créerait des économies importantes. Le système de retraite garantit effectivement de coquets revenus à certains. D’accord, ils ne sont pas nombreux, mais significatifs.
Combien pour une retraite à Chirac ? Une misère ? 20.000 euros ? Plus ou moins, même pas de quoi payer le pinard pendant son long séjour à la mairie de Paris.
Le système de retraite a toujours été extrêmement inégalitaire, désavantageant les carrières longues (ouvrières) et avantageant les carrière courtes (cadres).
“Alors que le premier (cadre) peut compter sur un total de 816.000 euros selon nos calculs, le second ne touchera que 282.000 euros. Normal ? Injuste ? Les inégalités face à la retraite sont souvent très mal expliquées. La hausse de l’âge légal, qui pénalise au premier chef ceux qui ont commencé à travailler tôt, est la mesure la plus inégalitaire.”
Historiquement, la retraite est venue quasiment par hasard, ce n’était pas une grande revendication, étant donné une espérance de vie longtemps très inférieure, dans les catégories populaires, à l’âge de départ.
Le deal proposé par P. Laval dans les lois Laval des années 1930 était simple et anticommuniste dans ses effets attendus (avec un soutien affirmé du patronat de l’époque) : le salarié versait 1, l’employeur 2. Vous voyez comme on est bon ? (Maintenant : on refile toutes cotisations à payer au salarié).
Les caisses de retraite complémentaires souffrent d’une autre tare. Elles sont finalement des bâtardes de retraites à la fois [par] capitalisation et répartition, et s’il y a une chose qu’on ne sait faire, aussi vieux qu’on regarde le système capitaliste, c’est transmettre la fortune dans le temps ; tous les systèmes de capitalisation ont toujours fait faillite, celui-là est en train d’y passer aussi.
Mais, là aussi, la retraite par capitalisation-complémentaire a d’abord été une retraite “pour les cadres”, avant d’être étendue, au fil du temps, aux autres catégories, mais reste avant tout, une retraite pour les cadres, avec des montants modestes pour les ouvriers et employés, et en moyenne, trois fois plus importants pour [les cadres].
Donc, une cause de ce problème, c’est aussi l’inégalité de la société, à laquelle on peut ajouter une touche, le refus idéologique d’augmenter l’impôt sur le revenu ; et, en même temps, les gels dont on parle concernent toutes les retraites, à l’exception des plus basses, donc touchent ou toucheraient encore plus les plus modestes.
Comme on peut le voir, l’Agirc (cadres) est beaucoup plus malade que l’Arrco (autres salariés).
Mais, le remède est finalement dramatiquement simple. La retraite par répartition ne donne qu’un droit, celui de l’accès à la répartition, pas à un montant donné.
Mais il existe un autre problème, pas souvent mis en avant. Le pompage du régime général par tous les autres régimes, au titre de la compensation démographique. Pour une bonne raison, les chômeurs sont systématiquement affectés au régime général, et rééquilibrent très artificiellement celui-ci.
Agriculteurs et artisans des années 1950, consultés sur le problème de la retraite, ont refusé de manière très résolue les cotisations, les uns parce qu’ils avaient le minimum vieillesse, les autres parce qu’ils pensaient vivre de leur épargne accumulée.
On les retrouve dans les camps des pleureuses aujourd’hui. Comme d’ailleurs en cas de chômage, ils se plaignent de ne rien toucher. (En temps qu’indépendants, ils sont censés pourvoir à leur propre protection sociale, et ils peuvent fort bien s’assurer contre ce risque, mais ils sont trop heureux de s’en dispenser, surtout quand tout marche bien…).
Les retraites complémentaires agricoles n’ont été créées que récemment et, pour beaucoup, ç’a été cadeau, ils ont bénéficié d’un avantage pour lesquels ils n’avaient jamais payé un rond. Certains ont touché jusqu’à 37,5 années de cotisations gratuites…
On le voit, c’est un sujet vaste et, plus que le montant des retraites, ce qui pose problème, ce sont les inégalités de retraite. Et la solution appliquée jusqu’à maintenant, le report de l’âge de la retraite, a atteint ses limites.
(N.B. : cet article est libre de droits de citation et de reproduction ; nous demandons cependant à tout utilisateur de bien vouloir citer Fortune comme source).
Et encore une quenelle épaulée, bravo P Raymond, bravo Fortune et toute l équipe.
Visitez son site “La Chute”, ça me donne du carburant pour faire chier les bulots au boulot
Excellente, excellente analyse !
Et laissez moi vous compter une anecdote révélatrice quant à ces inégalités passées sous silence et surtout la connivence entre tous les acteurs du système. ….
Elles concerne les retraites des fonctionnaires ou des personnels à régimes spéciaux, calqués sur les principes des fonctionnaires, pour ceux qui exercent à un niveau de responsabilité “hors grille”, bref les très hauts dirigeants de la fonction publique.
Très jeune j’étais mariée à un jeune officier de Marine qui m’apprit, en rigolant que la lutte était à couteaux tirés entre officiers supérieurs pour passer amiral avant de partir en retraite. Non pas tant pour des raisons d’orgueil mais aussi pour des raisons bassement matérielles : parce que les amiraux, comme les généraux ne sont jamais en retraite (même inactifs), ils perçoivent leur solde complète m’expliqua-t-il…
Des années après ( un veuvage précoce et un remariage) j’avais oublié cette anecdote mais je travaillais à un niveau intermédiaire dans une entreprise publique dont le statut était calqué sur l’Adminsitration et qui avait des cadres très supérieurs dont le classement était “hors catégorie”. J’appris d’un membre de l’encadrement supérieur mais pas “hors catégorie- sous le sceau de la confidence- ( juste en dessous de la catégorie “hors normes” ) que les cadres “hors catégorie” bénéficiaient d’un traitement en retraite égal à celui qu’ils percevaient en activité. Comme dans l’Armée quoi… Il le tenait d’une indiscrétion.
Quand arriva la réforme des régimes spéciaux et que ma boîte mail professionnelle fut innondée de messages de mon syndicat préféré ( la CFE-CGC), je me permis de répondre à un message pour poser la question de ces personnels particuliers.
Et bien, croyez le si vous voulez, le responsable national pour l’entreprise de ce syndicat EN PERSONNE me répondit laconique que “les cadres hors catégorie” ne “étaient traités comme les autres”. Quels autres, justement ce n’était pas précisé….
C’est à ce genre d’omerta bien protégée sur certains privilèges grâce à la connivence de tous les acteurs qu’on peut jauger le problème. … Et encore, certains cadres de très hauts niveaux ont donné énormément au bon fonctionnement du service public. Mais …. quand on connaît la part du clientélisme dans le fonctionnement de la machine il y a de quoi devenir révolutionnaire.
Incomplet.
Le système actuel souffre d’abord d’un manque criant de travailleurs. Quand on a mis en place le système de retrait, les femmes faisait des enfants et l’espérance de vie à 50 ans minime. Oui bien sur, les travailleurs étrangers….Justement, ils ne restaient pas et c’était à titre d’appoint, rien d’autre.
Ensuite, les caisses complémentaires sont bor.déliques! Pardon pour l’expression, mais quand on a lu le rapport sur les retraites paru il y a 30 ans, rien n’a été fait pour harmonisé tout ca. Et on se plaint aujourd’hui….
Je passe sur le débat retraites par capitalisation/répartition.