Quel est le boulot de la Fed ? Financer les déficits budgétaires américains !

Par Eberhardt Unger

Normalement, le travail de la Fed est de combattre l’inflation et de favoriser la croissance en menant une politique monétaire favorisant la stabilité. Cependant, Ben Bernanke a étendu ces attributions aux financements des déficits budgétaires des Etats-Unis.

Les billets imaginaires sont à l'effigie de Ben Bernanke et valent 1.000 milliards de dollars chacun

Au cours des dernières années, les Etats-Unis pouvaient compter sur les autres pays pour acheter leurs obligations, notamment sur la Chine, le Japon, les pays de l’Opep, et les hedge funds – ayant leur siège à Londres, dans les îles anglo-normandes, sur l’île de Man et dans les centres financiers des Caraïbes. Les trois premiers investissaient ainsi les excédents de leur compte courant, et les fonds ont utilisé la déformation de la courbe des taux pour spéculer via le carry trade.

Mais depuis octobre 2009, la Chine n’est plus très motivée pour continuer ses achats d’obligations américaines et a même réduit son stock de 55 milliards de dollars.

En conséquence de quoi la Fed, elle-même, est devenue un acheteur de premier plan. Ainsi, le 17 novembre dernier, elle a acheté des bons du Trésor pour un montant de 873 milliards de dollars, dépassant ainsi les achats du Japon et presque à égalité avec ceux de la Chine, jusqu’alors le premier acheteur au monde.

Les nouvelles injections de liquidité sur les marchés financiers pour 600 milliards de dollars (QE2) sont supposées maintenir les taux des bons du Trésor à des niveaux faibles pour une très longue période et augmenteront encore le stock de la Fed, et ainsi la Banque centrale américaine va devenir très rapidement la plus importante détentrice de bons du Trésor devant la Chine.

Une telle politique monétaire est économiquement absurde : la Fed finance la dette souveraine. Si on se reporte au temps des royautés absolutistes du Moyen Age, par exemple, on se rend compte que cela n’a jamais fonctionné et a toujours conduit à une dévaluation de la monnaie et à une inflation.

Comme les Chinois, les Russes ont également réduit leur stock de bons du Trésor américain, mais les autres pays ne semblent pas prendre la mesure du danger. Seules l’Allemagne et la France ne détiennent qu’une petite quantité de bons du Trésor.

Principaux détenteurs étrangers de bons du Trésor US (en milliards de dollars), avec évolution de leurs portefeuilles depuis septembre 2009

Conclusion : les achats de bons du Trésor par la Fed sont devenus, pour les marchés financiers, un risque qui ne doit pas être sous-estimé.

MoneyWeek

Commentaires (2)

  1. La monétisation croissante de la dette US par la Fed est très intéressante.

    Elle correspond à la fuite en avant des banquiers privés (actionnaires de la Fed) pour que le système perdure.

    Mais cela ne leur profite plus guère, puisqu’ils achètent des bons qui ne leur rapportent pas grand-chose, sinon rien (en effet, le rendement est lui-même financé par la « planche à billets », donc par la création monétaire de la Fed, impression de dollars ou de bons du Trésor : c’est le serpent qui se mord la queue).

    Pire pour eux, il est évident que les bons du Trésor en question ne seront jamais rachetés par qui que ce soit (le montant est trop énorme) et surtout, qu’ils ne pourront jamais être liquidés, honorés par l’Etat fédéral en faillite.

    Bref, pour la première fois de l’Histoire, la Fed, les banquiers privés, sont en passe de devenir les perdants de leur propre système.

    D’accord, la création monétaire ne leur coûte quasiment rien, mais jusqu’ici, elle leur rapportait.

    Désormais, elle ne leur coûte certes pas plus cher, mais elle leur rapporte moins.

    Il leur reste la spéculation que leur permet l’afflux de liquidités, mais cette spéculation bute sur l’effondrement croissant de l’économie réelle, seule réelle génératrice de richesses.

    Comme l’écrivait James Kunstler :

     » Et pour quelle raison une personne qui ne serait pas sous traitement médical intensif pourrait bien vouloir rester investie sur les marchés boursiers ? La seule réponse logique est que personne ne l’est. Les seuls qui restent aujourd’hui sont les institutionnels avec nulle part où aller, de pitoyables fonds de pension, ou des fondations universitaires pathétiques, chassant désespérément du « rendement » dans un monde où les investissements financiers les plus « solides » rapportent du 0%, et ces pauvres idiots se font prendre et retourner de tous les côtés. Les seuls qui restent sur les marchés sont, et vous l’avez deviné, les banques TBTF (Too Big to Fail), la FED et autres banques centrales, et probablement les Trésors publics, qui manipulent les cours avec des algo-tours de passe-passe, boîtes noires, rackets de carry trade voire, il ne faudrait pas les exclure, des escroqueries avérées.

    Nous avons tendance à oublier qu’il fut un temps où tout cela, pêle-mêle, avait une relation avec l’économie réelle. La vérité de base sur les économies réelles – au moins celles de puissances industrielles – est qu’elles ne peuvent pas se développer avec succès en ayant, pour socle financier, de la dette renouvelable, dans un contexte de croissance zéro. Et comme la croissance zéro est très précisément ce qui nous attend avec le pic du pétrole à venir, autant dire que l’idée des dettes renouvelables est un concept qui ne fera pas partie de notre futur. « 

    http://fortune.fdesouche.com/18196-mille-milliards-de-dollars-et-bientot-les-filles-a-l%E2%80%99oeil

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