Dans un ouvrage traduit en français sous le titre « Combattre les inégalités et la pauvreté : Les États-Unis face à l’Europe » (Flammarion, 2006) (1), deux économistes de renom international, professeurs à Harvard, Alberto Alesina et Edward L. Glaeser, ont cherché à comprendre pour quelles raisons l’État providence est plus présent en Europe occidentale qu’aux États-Unis, alors que les pays concernés ont des racines culturelles et religieuses comparables. (…)

Réunion “flash mob” (via les réseaux sociaux) ayant dégénéré en émeutes à Philadelphie, États-Unis, en février-mars 2010 (photo : Philadelphia Inquirer via le New York Times)
L’ambition du livre est d’aller aux sources des différences entre les deux modèles. Il n’a pas pour propos d’analyser les impacts des politiques de redistribution sur le dynamisme économique et sur la croissance. Il ne s’agit donc pas d’évaluer les coûts et les avantages de l’État providence.
Après des observations liminaires sur les faits et les chiffres, Alesina et Glaeser montrent que la théorie économique pure explique très peu les écarts entre les politiques de redistribution aux USA et en Europe. Par contre, et ceci constitue l’essentiel de leur apport, ils montrent que la faiblesse de l’État providence en Amérique a deux causes fondamentales et de poids égal : la spécificité des institutions américaines et l’hétérogénéité de la population Outre-Atlantique. Ce deuxième aspect est largement traité à travers la question raciale et ethnique aux États-Unis. (…)
1. Les faits et les chiffres
L’état providence se façonne à partir de quatre grands types de politiques publiques : les mécanismes de redistribution (santé, revenus, famille, chômage, invalidité…) ; la progressivité du système fiscal ; les réglementations du marché du travail ; la disponibilité des services publics.
Des écarts importants
Dans ces domaines, un ensemble de données, présentées dans le chapitre I (pp. 29-82), attestent des écarts importants entre les États-Unis et l’Europe. Nous traduisons l’essentiel en quelques lignes.
En Europe, les dépenses des administrations publiques sont en moyenne 50 % plus élevées et les dépenses sociales publiques (vieillesse, famille, chômage, santé) sont presque deux fois plus fortes.
Les réglementations du marché du travail favorisent les travailleurs européens (salaires minimum, horaires, congés, licenciements et retraites).
La présence de services publics, plus forts en Europe, a plutôt pour vocation d’améliorer la situation des moins bien dotés.
La charité privée, forme privée de la redistribution, est nettement plus importante aux USA.
Des explications traditionnelles
Face à ces différences, somme toute bien connues, on est habitué à des explications traditionnelles du faible rôle de l’État providence aux États-Unis. Nous pouvons retenir les principales :
Le rôle actif du protestantisme dans l’idéologie de la réussite, analysé par le sociologue allemand Max Weber au tout début du 20e siècle.
La culture du goût du risque individuel qui poussa les premiers immigrants à choisir le nouveau monde.
Le rôle de la forte mobilité géographique Outre-Atlantique qui réduit les demandes de redistribution.
La mobilité sociale, déjà soulignée par Tocqueville en 1835, qui favorise un processus naturel d’égalité des chances.
Pauvreté et redistribution
Mais il convient de noter que la réalité ne correspond pas nécessairement aux idées reçues. En particulier, la célèbre fluidité sociale américaine est désormais entamée.
Pour les auteurs, les chiffres et les faits attestent que les Américains les plus pauvres semblent plus susceptibles de rester pauvres que leurs homologues Européens.
Le World Value Survey effectué sur la période 1983-1997 permet à Alesina et Glaeser de compléter le tableau grâce à des analyses sur l’image de la pauvreté selon les pays (pp. 271-318). Nous retenons ici quelques appréciations saillantes qui sont, par nature, des généralisations à manier avec précaution.
Aux USA on admet plutôt que les pauvres sont paresseux et peu dynamiques. A contrario on pense, en Europe, qu’ils sont malchanceux et englués dans une situation défavorable au départ.
Aux USA existe une forme de darwinisme social où les millionnaires sont la fine fleur d’une civilisation concurrentielle. En Europe, les pauvres sont plutôt les laissés pour compte d’un système capitaliste qui se caractérise par des antagonismes de classe.
Le tableau suivant, établi par les auteurs (p. 278) à partir du World Value Survey, permet de contraster les visions américaines et européennes.

Si on explique assez largement la pauvreté par un refus de l’effort, il semble normal qu’on sympathise moins avec l’idée de redistribution. On constate d’ailleurs, en prenant plusieurs pays, des corrélations statistiques positives fortes entre, d’une part, l’opinion dominante « le revenu est déterminé par la chance » et, d’autre part, le niveau élevé de redistribution. De même, on retrouve une relation positive forte lorsque les auteurs corrèlent l’opinion dominante « la pauvreté est la faute de la société » et l’importance de la redistribution.
Au total, on observe des idéologies différentes sur la redistribution et la pauvreté de part et d’autre de l’Atlantique. Il s’agit maintenant de s’écarter des idées générales et d’identifier les sources profondes de ces différences.
2. La faible pertinence des explications économiques
Nous résumons ci-dessous les conclusions des deux auteurs documentées dans le chapitre II « les explications économiques » (pp. 83-116).
Deux hypothèses sont souvent avancées par les économistes pour justifier une demande forte de redistribution dans une société : une répartition avant impôt inégalitaire et des faibles perspectives d’ascension sociale. En se fondant sur des modèles économiques élaborés par Romer, Meltzer et Richards, Alesina et Glaeser considèrent que ces deux explications ne sont pas pertinentes.
Une autre approche s’appuie sur l’idée que la redistribution permet d’amortir l’instabilité des revenus lorsque des chocs externes frappent une économie. Mais cet argument de protection face aux chocs doit être écarté à l’épreuve des faits. On observe des volatilités de l’activité économique comparables aux États-Unis et en Europe, et pourtant la redistribution est plus forte en Europe.
La rationalité économique suggère également que des coûts élevés de mise en œuvre des programmes de redistribution devraient être un frein au développement de l’État providence. Or ces coûts sont plus bas aux États-Unis qu’en Europe, et néanmoins l’Europe redistribue plus.
Enfin, la mobilité géographique peut s’analyser comme une forme de substitution rationnelle à la demande de redistribution. Selon cette logique, puisque les Américains sont plus mobiles, ils ont moins besoin de redistribution que les Européens. Cet argument semble pertinent. Mais, pour Alesina et Glaeser, ce choix de la mobilité relève bien plus de la mentalité américaine que d’un arbitrage économique rationnel entre déplacement physique et redistribution. Là encore la logique purement économique ne fournirait pas l’explication de fond : on doit plutôt être renvoyé aux problèmes des mentalités.
3. Le rôle des institutions politiques
En 80 pages, et sur deux chapitres, sont abordées ce que les auteurs appellent les explications « politiques » des contenus de l‘État providence. Tous les thèmes mis en avant privilégient la spécificité américaine par rapport à l’Europe.
Le système électoral
La représentation proportionnelle tend à prendre en compte l’ensemble des opinions et les minorités trouvent plus aisément une place. Appliqué au niveau d’un pays, ce système facilite la mise en place des programmes politiques axés sur les transferts sociaux. Inversement, la représentation majoritaire par circonscription géographique favorise l’opinion dominante et actionne le clientélisme local qui se défie des politiques de redistribution. Au total, puisque la représentation proportionnelle n’est pas dans la culture américaine, les États-Unis sont moins distributifs.
Les auteurs approfondissent ce point en remarquant que le basculement vers un système proportionnel résulte de moments de rupture (guerres, grèves ou révolutions) que les États-Unis ont moins connus que les États européens. A la faveur de ces ruptures, les minorités et les mouvements socialistes peuvent exiger des changements profonds du système électoral.
Le système fédéral
Depuis leur constitution en 1787, les États-Unis veulent éviter le poids des impôts et la présence d’un Léviathan « surtaxeur ». Ils souhaitent un État central léger accompagné d’une vraie décentralisation vers les États fédérés. Ce type d’architecture ne favorise pas un État providence fort pour plusieurs raisons. D’abord, on considère que les préférences collectives d’une juridiction politico-administrative décentralisée sont assez homogènes et ne poussent pas à la redistribution. Ensuite, la concurrence fiscale entre les juridictions décentralisées induit un nivellement par le bas en matière de redistribution. Enfin, les marges de manœuvre, notamment dans le domaine social, des juridictions décentralisées sont limitées dès lors que le système fédéral leur impose des règles d’équilibre budgétaire.
En suivant ces analyses, on en déduit que le garant de l’État providence devrait être un État central puissant en matière sociale. Or, précisément, les États-Unis limitent traditionnellement l’aptitude de l’État central à taxer pour redistribuer.
La séparation des pouvoirs
Aux États-Unis, la Chambre des représentants et le Sénat sont souvent de couleur politique différente. On a ainsi un contrepoids qui favorise le juste milieu. De plus, le Sénat a historiquement le rôle de préserver les droits des riches propriétaires. Il fut d’ailleurs décrit comme un « club des millionnaires », surtout jusqu’au début du 20e siècle, quand il était élu au suffrage indirect. Ce type de séparation des pouvoirs à l’américaine ne favorise pas une forte volonté de redistribution.
Le rôle de la Cour suprême
Le système judiciaire américain, et particulièrement la Cour suprême, prennent en charge la défense de la propriété privée contre toutes les forces qui tendent à collectiviser les risques. Il s’agit de combattre les distorsions de la concurrence, y compris quand elles proviennent des mouvements ouvriers ou syndicaux.
La Cour suprême est ainsi devenue un frein aux politiques de redistribution. Elle examine la législation au regard des principes constitutionnels qui sanctuarisent la propriété et les principes de la libre concurrence. Elle traduit la défiance vis-à-vis des prélèvements obligatoires en vue de redistribuer une richesse légitimement fondée sur la propriété privée.
La place des partis socialistes
Il existe une relation dialectique puissante entre la présence des partis socialistes et le poids de l’État providence. De plus, la forte proximité entre les syndicats ouvriers et les partis de gauche alimente la pression en faveur des politiques de redistribution. L’Europe, où les partis de gauche ont été les moteurs des avancées sociales et où les syndicats sont souvent politisés, est exemplaire à cet égard. Les États-Unis sont dans une situation inverse. Les partis socialistes y sont peu présents et les syndicats ouvriers se sont développés à l’extérieur de la sphère politique. Alesina et Glaeser avancent trois raisons majeures au faible rôle de la gauche américaine.
1. L’immensité, la diversité et l’isolement du territoire n’ont pas favorisé l’unification du mouvement ouvrier. A contrario, en Europe les mouvements ouvriers sont nés de la révolution industrielle et de l’exode rural vers des villes très densifiées.
2. L’hétérogénéité ethnique n’a pas favorisé un mouvement de gauche unitaire. Les syndicats américains pratiquaient eux même la ségrégation et les entrepreneurs ont joué sur les rivalités ethniques pour briser les grèves.
3. L’absence de guerre sur le sol américain, depuis la Guerre de sécession en 1865, a conduit à empêcher la formation d’une solidarité entre les militaires et le mouvement ouvrier. L’armée a même pu, dans certaines circonstances, jouer le rôle de la police contre les ouvriers.
Pour compléter les explications sur la faiblesse des partis socialistes américains, les auteurs ajoutent, pour le 20e siècle, la rivalité et la défiance envers le système soviétique.
L’ancienneté des institutions du nouveau monde
Dans les années 1890, la plupart des pays européens avaient une monarchie héréditaire et un droit de suffrage restreint, tandis que le « nouveau monde » connaissait la démocratie et la plus moderne des Constitutions. Les institutions américaines ont vieilli quand on les compare aux constitutions européennes de l’ancien monde. Les auteurs mettent en avant ce paradoxe pour souligner qu’il doit exister un lien entre des institutions américaines, âgées de plus de deux siècles, et la faible appétence des États-Unis pour l’État providence. Ce sont ces institutions anciennes, élaborées par des possédants bien décidés à limiter le rôle de l’État, qui ont combattu les mouvements des citoyens américains réclamant plus de redistribution.
4. Le poids de l’hétérogénéité raciale et ethnique
Le poids de l’hétérogénéité raciale et ethnique sur la redistribution aux États-Unis compte autant que le rôle des institutions. Ce thème est traité dans un long chapitre V « La question raciale et la redistribution » (pp. 199-270 ». Alesina et Glaeser prennent d’abord appui sur une vaste littérature attestant l’existence des antipathies raciales et ethniques. Ils se réfèrent ensuite à une littérature démontrant le lien entre ces sentiments et l’hostilité aux dépenses sociales (principales références p. 200).
Fragmentation ethnique et dépenses sociales
Les auteurs construisent des indicateurs de fragmentation ethnique ; ils calculent en particulier des indices de fragmentation raciale, ethnique, linguistique et religieuse. On observe alors une différence nette entre les États-Unis et l’Europe. Dans certains pays européens l’homogénéité ethnique et doublée d’une homogénéité religieuse. Ainsi, 92 % des Suédois et 95 % des Danois sont luthériens.
Une régression, appliquée à un grand nombre de pays dans le monde, montre une relation inverse entre la fragmentation ethnique et les dépenses sociales (p.210). On retrouve la même corrélation négative entre la fragmentation linguistique et les dépenses sociales (p. 212).
Données internes aux États-Unis
L’impact de l’hétérogénéité ethnique sur l’ampleur des dépenses sociales se retrouve également à l’intérieur des États-Unis. Les auteurs appréhendent cette question par trois voies d’entrée : les chiffres, les enquêtes d’opinion et l’histoire.
Les chiffres - Les États du Sud, ethniquement plus diversifiés, sont moins généreux dans la répartition que leurs homologues plus homogènes du Nord. L’indicateur chiffré choisi pour le démontrer (p. 219) est un critère d’aide sociale aux familles : l’AFDC (Aid to families with dependent children).
Les enquêtes d’opinion - Les données des enquêtes d’opinion montrent que les stéréotypes racistes jouent un rôle central dans l’opposition à l’État providence aux USA. Le General Social Survey (GSS) du National Opinion Research Center fait des enquêtes depuis 1972 qui vont toutes dans ce sens. On note une animosité particulière vis-à-vis des Afro-américains qui recevraient trop de l’État providence. Cela se traduit par une relation inverse entre le pourcentage de la population noire et le soutien aux dépenses sociales dans les États fédérés (p. 226).
Toujours sur le terrain des enquêtes d’opinion, les auteurs reprennent, pour justifier leurs analyses, les travaux de Gilsen et Luttner (2). On note en particulier que « vivre à proximité de récipiendaires de prestations sociales accroît le soutien à la redistribution quand ils appartiennent à la race de la personne interrogée, mais il le réduit quand ils appartiennent à une autre race » (p. 227). De plus, les Noirs pauvres sont plus favorables à la redistribution que les Blancs pauvres. « En résumé, les données des sondages d’opinion sont claires et fortes. Les relations interraciales constituent un élément crucial des préférences individuelles sur les dépenses sociales, la redistribution et la lutte contre la pauvreté. » (p. 228).
L’histoire - L’histoire des États-Unis apporte d’autres éléments à la démonstration. Deux exemples précis attestent le recours à une politique raciale pour détourner les américains d’un intérêt positif pour les questions de redistribution. Dans les années 1890, les élites du Sud ont instrumentalisé la haine des Noirs pour éviter toute avancée sociale. Dans le milieu des années 1960, après que le New Deal, lancé en 1932, ait diffusé ses impacts positifs sur l’État providence, on observe une montée de la contestation de l’État providence. Ce mouvement a été incarné par l’ascension du républicain Barry Goldwater. L’élément déterminant de ce virement à droite était le poids des partisans de la ségrégation raciale dans les États du Sud. Cette évolution a d’ailleurs été accentuée par l’ampleur de la vague anticommuniste de l’époque.
Le cas des États providences européens
En Europe, contrairement aux États-Unis, les États ont œuvré pour construire une collectivité homogène, parfois de manière violente. De ce fait, les adversaires de l’État providence ont eu du mal à diaboliser les pauvres en tant que membres d’une minorité. Certes, les histoires nationales sont différentes, mais elles ont toutes contribué à faciliter l’adhésion aux mécanismes de redistribution. Plusieurs vecteurs ont été à l’œuvre pour appuyer la constitution des identités nationales : obéir au gouvernement, accomplir le service militaire et payer des impôts. Les auteurs soulignent également le rôle actif des systèmes scolaires centralisés des pays européens, alors qu’ils sont décentralisés aux États-Unis. Naturellement, les relations fortes, en Europe, entre les mouvements socialistes et la construction d’un État providence doivent être ici rappelées.
Mais toute cette dynamique n’a pas empêché les « politiciens à thème ethnique » (p. 247) de cultiver les méfiances et les haines. « Les démagogues européens, écrivent Alesina et Glaeser, se sont montrés aussi ardents à exploiter le racisme que leurs homologues américains. Mais, avec l’homogénéité européenne, ils ont généralement trouvé beaucoup moins de matière première. » (p. 246).
L’antisémitisme n’a pas été absent des freins à l’État providence. Il a particulièrement joué lorsque les intellectuels juifs aux tendances socialisantes ont servi de repoussoir pour la droite afin de contrer les volontés distributives de la gauche.
L’exploitation de l’hostilité envers les immigrés est un thème récurrent dans les attaques contre l’État providence. L’argument est connu : souvent très pauvres, ils bénéficieraient d’une redistribution trop généreuse.
La présence en Europe des partis d’extrême droite et des partis populistes « montre bien que le racisme n’est pas une spécificité aberrante des Américains mais le résultat naturel d’une situation où des minorités sont exagérément pauvres et où des politiciens peuvent répandre la haine contre elles pour se faire élire sur un programme antisocial » (p. 264).
Alésina et Glaeser concluent sur ce thème en mettant en garde les Européens. « L’Europe s’étant diversifiée davantage, les Européens se sont montrés de plus en plus réceptifs à la même forme de démagogie raciste et antisociale qui a si bien fonctionné aux États-Unis. Nous verrons si le généreux État providence européen pourra réellement survivre dans une société hétérogène. » (p. 270)
Conclusion
Les analyses des professeurs Alesina et Glaeser sur les visions différentes de l’Etat providence aux États-Unis et en Europe occidentale interpellent et, pourquoi le nier, dérangent un peu. La large palette des explications offertes par les auteurs est un enrichissement par rapport à certaines idées toutes faites. Mais la place donnée aux idéologies de la pauvreté des deux côtés de l’Atlantique et le poids accordé aux hétérogénéités raciales et ethniques nous font entrer sur des terrains inconfortables. En effet, la mesure des différences raciales et ethniques posent de très sérieux problèmes scientifiques et moraux.
De plus, si l’hétérogénéité ethnique explique la faiblesse de l’État providence, c’est la faiblesse de l’État providence qui produit de l’hétérogénéité sociale.
Enfin, la frontière peut devenir floue entre deux visions a priori antagonistes : la diversité comme richesse et l’hétérogénéité comme problème. Tout cela rappelé, les questions liées à l’hétérogénéité des populations sont incontournables quand on aborde les problèmes de répartition et de solidarité collective. (…)
———————
Notes :
(1) La version originale est “Fighting Poverty in the US and Europe – A world of difference” (Oxford University Press, 2004).
(2) M. Gilens « Why American Hate Welfare : Race, Media and Policitics of Antipoverty » (University of Chicago Press, 1999) et de E. Luttner « Group loyalty and the taste for redistribution » (Journal of Political Economy, 2001).
OPEE (Observatoire des Politiques Economiques en Europe), Bulletin n° 18, été 2008
(Merci à Docteur Bazooka)
« L’Europe s’étant diversifiée davantage, les Européens se sont montrés de plus en plus réceptifs à la même forme de démagogie raciste et antisociale qui a si bien fonctionné aux États-Unis. Nous verrons si le généreux État providence européen pourra réellement survivre dans une société hétérogène. » (p. 270)
____________________________________________________
La réponse se dévoile sous l’effet persistant d’une immigration invasion, elle même hétérogène, motivée par notre système de providence, qui inévitablement, ira se désintégrant, les uns, les cotisants, létant de plus en plus malmenés et mis à contribution au profit des autres, les ayant-droits sans devoirs….
C’est vrai qu’en général on éprouve plus d’empathie pour ses semblables. J’ai été faire un petit tour à Babylone…heu … je veux dire Paris et ce que j’ai vu ne me donne pas du tout envie d’être généreux.
Sinon pour les E-U il ne faut pas sous estimer le culture protestante de la réussite personnel, il y a encore le culte du “self made man” .
Les WASP ont toujours été au centre de la construction américaine ,et encore aujourd’hui même s’ils sont devenu minoritaire.
Une personne qui réussi,qui gagne de l’argent générera de l’admiration outre atlantique, alors qu’en France ça sera de la jalousie souvent.
Il n’y a qu’a voir la difference de rapport à l’argent entre les deux pays ,en France dire combien on gagne est encore tabou !
Le livre d’Alesina et Glaeser, en anglais :
http://depositfiles.com/files/24fcg69sj
À rapprocher des travaux de Robert Putnam, qui dans un article intitulé «E pluribus unum : diversity and community in the twenty-first century» (http://www.utoronto.ca/ethnicstudies/Putnam.pdf), expose les résultats d’une enquête menée auprès de trente mille personnes dans quarante et une localités des États-Unis.
Plus la diversité ethnique est élevée :
- moins les citoyens font confiance aux gouvernements, aux dirigeants et aux médias locaux,
- moins les taux d’enregistrement sur les listes électorales sont élevés,
- moins les gens sont bénévoles ou donnent aux organismes de charité,
- moins les citoyens sont enclins à participer à des projets communautaires,
- moins ils ont d’amis ou de confidents.
Bref : à mesure que la “diversité” croît, la confiance envers la communauté diminue.
L’état providence étant voué a disparaitre en Europe sous le coup des déficits et des dettes monumentales des états, on est en droit a se demander, au vu de cette étude, s’ils seront réinstaurés un jour?
En effet, cette étude semble dire que les Européens constituent globalement des nations homogènes culturellement, religieusement et ethniquement.
C’était sans doute vrai il y a 40 ou 30 ans.
Mais aujourd’hui ça l’est de moins en moins. En particulier dans des pays ayant connus une immigration de masse très importante comme la France, la Grande Bretagne, la Belgique ou les Pays Bas…
Et même aujourd’hui les pays Scandinaves sont très touchés par le phénomène…
Si l’Europe de l’Ouest devient un vaste espace multiethnique à l’américaine, alors il est obligé que les population autochtones européennes commencent a mal voir les systemes de redistributions des richesses qui les ponctionneront surtout eux, pour redistribuer surtout aux divers… (qui eux peineront a tous les niveaux pour s’élever dans la société, et ce depuis l’école)
L’Europe ne pouvant fonctionner a son niveau de développement sans les Europeens de souche (a la rigueur les asiatiques le pourraient eux, mais aujourd’hui certainement pas les pépites venues d’Afrique dont nous disposons…), il va de soi que l’Etat Providence aura du mal a repartir et reprendre (dans l’hypothese ou celui si serait laminé par les dettes des etats) une fois la crise passée…
Le mieux peut etre qui pourrait ressurgir, ça serait l’idée de créer un système social à l’echelle locale. Les plus riches des locaux, payent les soins, la scolarité, des plus pauvres des locaux. Ce systeme là pourrait séduire a nouveau les Européens. Car dans le monde du XXIeme siecle qui commence tout juste, l’Europe est appelée a devenir multiculturelle, donc multi-conflictuelle.
Les communautés s’aggregeront et se regrouperont entre elle au sein de localités précises. Les Européens sentiront cela de plus en plus comme une tentative de séparatisme, d’invasion et d’annexion et se couperont de plus en plus de cette immigration incontrôlée, indésirable (sauf pour une poignée de gens voulant l’exploiter) et surtout inassimilable.
L’idée donc de financer un système social à l’échelle locale parmettrait donc d’exclure ceux qui a leurs yeux représentent une forme de parasitisme, d’incompétence, d’agression et d’intrusion malvenue.
“De plus une immigration extra communautaire excessive sape les fondements mêmes de la cohésion du corps social, condition majeure d’un fonctionnement efficace et équitable de l’économie des marchés. Dans son ensemble, cette situation suscite partout de profonds mécontentements et elle génère toutes les conditions pour qu’un jour ou l’autre, l’ordre public soit gravement compromis, et que soit mise en cause la survie même de notre société.”
Maurice Allais
Personne ne voudra donner de l’argent au profit exclusif de communautés autres avec lesquelles il ne partage rien, à fortiori en période de forte incertitude où l’argent, le travail, et l’avenir semblent compromis.
La communauté des robots en a marre de se faire tondre la laine sur le dos par la communauté des humains !
Tous ensemble, tous ensemble c’est la lutte finale des DAB, des machines-outils, des personnal computers …
Cet article est décidément très intéressant (je l’avais déjà dit sur Blabla quand Dr Bazooka l’avait signalé), non seulement parce qu’il lève très officiellement un tabou idéologique (l’importance primordiale de l’origine ethnique pour l’organisation socio-économique), mais aussi en ce qu’il illustre la gêne et les contorsions classiques de ses emblématiques auteurs, dès lors qu’il s’agit d’identités collectives.
Voilà donc, en effet, deux très doctes professeurs de Harvard qui nous expliquent d’abord qu’une des principales raisons pour lesquelles la solidarité sociale étatique n’est guère développée aux Etats-Unis, c’est l’hétérogénéité de la population (sous-entendu : c’est dommage, nous aimerions qu’il n’en soit pas ainsi, que cette diversité ne soit pas un obstacle à la solidarité, mais c’est ainsi, nous ne pouvons que le constater).
Etant politiquement corrects, ils ne peuvent évidemment pas déplorer cette hétérogénéité, mais on sent bien qu’ils auraient préféré qu’elle soit un facteur de cohésion.
Car, quand ils en arrivent à l’Europe, le constat de non-solidarité qu’ils ont fait pour les Etats-Unis les oblige, visiblement à contrecoeur, à reconnaître que, globalement, nous avons des traditions de solidarité étatique (et autres, d’ailleurs : n’oublions pas les oeuvres de l’église catholique depuis des siècles) bien supérieures et que celles-ci découlent largement de notre homogénéité ethnique.
Si bien qu’il faut qu’ils nous en ajoutent une couche sur les vilains-pas-beaux-tout-fachos qui, pour on ne sait quelle obscure raison tenant bien sûr à leur méchanceté fondamentale, ont déjà instrumentalisé contre la solidarité étatique la diversification (essentiellement africaine) de la démographie en Europe et pourraient encore le faire et le refaire.
Voilà bien une dernière analyse totalement stupide.
D’abord, les destructeurs de nos identités et de nos Etats-providence sont au contraire les partisans de la mondialisation économique et sociale, et non ceux de la préservation de nos particularismes ethno-culturels.
Par ailleurs, il n’y a vraiment que les libéraux pour tomber dans le panneau consistant à demander moins d’Etat providence. C’est l’un des pièges de base de “la tenaille” :
http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2010/08/22/la-tenaille.html
… que de ruiner financièrement les bienfaits de l’identité pour discréditer tout obstacle à la convoitise du grand capital.
Je dirais plutôt
La cohésion ethnique dépend largement de l’État providence.
Excellent article!
Au-delà de la dimension ethnique, c’est surtout le phénomène religieux qui joue dans l’anti-étatisme américain et le rejet de l’Etat-Providence (qui par ailleurs économiquement n’est pas viable contrairement à ce qu’a pu avancé le pédéraste Keynes).
La nation américaine de souche (Wasp) étant chrétienne, ainsi qu’une large part des immigrés contemporains (latinos), il y un rejet d’un Etat fort voulant réguler la liberté religieuse et faire diminuer la foi en Dieu pour privilégier un modèle républicain classique à l’européenne, laïcard.
L’Eglise catholique en Europe, qui représente la majorité des chrétiens dans cette région, a elle eu une longue histoire de connivence avec l’Etat et a donc tendance a toujours lui faire confiance alors qu’il est manifestement devenu son ennemi. Pour autant, les chrétiens européens – ou les blancs de culture chrétienne – commencent à réaliser que l’oligarchie au pouvoir dominée culturellement par la gauche quelque soit le gouvernement ne lui veut pas du bien. C’est pourquoi les catholiques européens reviennent de plus en plus à un libéralisme de type américain, une idéologie héritée de la culture chrétienne et théorisée par des croyants catholiques voire des théologiens.
L’Etat-Providence sera forcément rejeté à terme en France et en Europe puisqu’il oppresse fiscalement la majorité blanche et bénéficie en grande partie aux populations allogènes s’installant sur le sol européen.
Des lois comme le mariage gay vont contribuer à rechristianiser la France, les souchiens vont rechercher un refuge dans le mariage traditionnel et l’Eglise va être poussée à rejeter de plus en plus le diktat de l’Etat central. La rechristianisation entamée conduira à une libéralisation économique des esprits, et les anti-immigrés s’attaqueront à ce qui les nourrit : l’Etat-Providence.
nonobstant l’aspect de la double providence dont usent les cultures prolifiques ; ( la ss devenant un facteur de dépopulation ) ; mais : la sécurité familiale est la porte ouverte aux justificatifs moraux de l’économie grise ;
Pour appuyer cette thèse, je rappellerai que le premier système d’assurance sociale moderne a été mis au point dans le IIème Reich allemand sous l’égide du grand Bismarck… dans un Etat “réactionnaire”, ethniquement homogène et autoritaire.
Pas besoin du reste d’admirer ce crétin de Chavez pour concilier identité, autorité et justice sociale. L’Empire allemand faisait mieux il y a plus d’un siècle sans se référer au marxisme.
Alexandre R.
Je crains que vous ne confondiez le calvinisme de la plupart des Anglo-saxons et le catholicisme de la plupart des Européens, en un seul christianisme alors qu’ils n’ont pourtant pas grand-chose à voir.
Le catholicisme n’a jamais été en faveur du libéralisme. Au contraire, il l’a condamné et les catholiques qui le sont aujourd’hui sont en désaccord avec leur propre religion, souvent sans s’en rendre compte :
http://www.guichet-du-savoir.org/viewtopic.php?f=85&t=10949&p=19395&hilit=soci%C3%A9t%C3%A9&sid=1412021aa674546b783155d956ff5a52
Petit rappel quant au catholicisme social :
http://fortune.fdesouche.com/274942-la-vraie-droite-francaise-contre-le-capitalisme
Enfin, sans parler de la rechristianisation que vous appelez de vos voeux mais dont on ne voit rien venir concrètement (au contraire), vous ne vous rendez pas compte que la fin de l’Etat providence et le “libéralisme” dont vous rêvez sont justement ce que “la tenaille” veut :
http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2010/08/22/la-tenaille.html
Ah, les droitards…
@ Boréas
Je crains pour ma part que vous ne voyiez dans le catholicisme une sorte de monolithe qu’il n’a jamais été, surtout sur la question du libéralisme politique et économique.
Bien avant que le catholicisme social ne fasse sentir ses effets, ô combien marginaux (qui se souvient encore de Lamennais ?) sur la doctrine officielle de l’église, le jansénisme exerça une influence profonde sur l’évolution de la société française depuis le milieu du dix septième siècle jusqu’à la révolution française.
Et qu’était le jansénisme sinon une sorte de calvinisme reconnaissant la vierge et l’autorité papale ?
Imprégnés de cette doctrine typique de la bourgeoisie urbaine –celle des élites marchandes- et de la noblesse de robe généralement issue de la précédente, les jansénistes furent de toutes les révoltes parlementaires contre la tutelle royale à partir de la régence.
Ils s’affirmèrent aussi comme les ennemis mortels des jésuites, qui défendaient eux une conception du catholicisme marquée par l’humanisme du siècle précédent.
Enclins à voir dans la pauvreté une punition divine par prédestination, ils appuyèrent en parallèle tout ce qui dans l’action royale, confortait leur position sociale, en particuliers les premières mesures de déréglementation économique inspirées par Turgot sur la fixation du prix du grain (ce qui amena l’épisode dit de « la guerre des farines »).
Les jansénistes inspirèrent aussi largement la constitution civile du clergé sous la révolution, laquelle aboutit à un véritable schisme qui fut l’une des causes directes des guerres de vendée.
Le jansénisme fut en fait une étape clé dans le long processus de « sortie de religion » dont parle Marcel Gauchet et dont vous soulignez vous-même l’actualité dans votre commentaire.
La Gaule
Je suis en grande partie d’accord et vous remercie de ces précisions, mais tout de même, l’église catholique a (aussi) condamné à plusieurs reprises le jansénisme.
Un article très intéressant et très juste puisqu’il évite de s’enfermer dans la logique du facteur unique et surdéterminant qui à lui seul explique tout.
Pour une fois les auteurs sont assez honnêtes et précis. Cette précision apportant, dans le cas de la dénonciation du poids de l’hétérogénéité raciale et ethnique comme facteur négatif de la cohésion sociale, de l’eau à notre moulin.
Au-travers de cette analyse, les auteurs redéfinissent implicitement la notion d’Etat-providence d’une manière qui me semble très juste. En clair, le rôle de l’Etat providence, c’est le rôle de l’Etat tout court. C’est la propension qu’à l’Etat à se situer comme axe central de la souveraineté d’un territoire par son action sociale.
Comme l’ont bien expliqué les rédacteurs de cet article, la souveraineté de l’Etat américain ne s’est pas et ne peut pas s’établir de la même façon qu’elle s’est établie dans les anciens Etat-Nation d’Europe. Cela pour des raisons géographiques (superficie du territoire), historiques (absence d’Etat nation monarchique comme substrat à une vision centralisée de l’Etat), religieuses (protestantisme calviniste communautariste plutôt que catholicisme universaliste) et multiculturalisme.
Il est bien évidemment certains que la conception de la richesse très spécifique que possède l’élite calviniste au pouvoir aux US a joué un rôle dans la conception du rôle de l’Etat dans sa composante sociale. Il est tout à fait juste de considérer aussi que le “tribalisme” inhérent à ce même calvinisme a servi de terreau fertile à une conception communautariste de la Nation américaine. Mais il est surtout certain que l’absence d’homogénéité ethnique du à des vagues massives et ininterrompues d’immigration a fortifié cette tendance communautariste.
A l’inverse, l’Europe a cultivé depuis longtemps le culte de l’Etat unificateur de la Nation sous différentes manières et bien entendu au niveau social. Mettre en avant le poids du catholicisme comme facteur déterminant me semble assez spécieux. Même si les monarchies qui sont à l’origine des Etats modernes furent plus ou moins théocratiques, la nécessité de soumettre à l’impôt telle ou telle zone du territoire n’a souvent eu pour but que d’asseoir l’hégémonie politique et la cohérence géographique de chaque monarchie garante des différentes nations européennes. Certes le catholicisme a guidé des choix, il a ancré des spécificités sur la manière de gérer la question sociale mais la sécularisation de nos sociétés (qui s’est effectuée de manière très hétéroclite selon chaque pays européen) a produit souvent bien plus de redistribution étatique dans l’Europe protestante (Scandinavie luthérienne) que dans l’Europe catholique (Portugal, Espagne).
En réalité, le dénominateur commun à la conception européenne du rôle de l’Etat au niveau social doit être à rechercher selon moi du côté d’un certain universalisme. Un universalisme commun au catholicisme, à la sociale démocratie et à une certaine droite, il est vrai d’essence chrétienne. Un universalisme, et c’est là que la chose est cocasse, rendu possible par l’homogénéité ethnique du continent européen.
Et de constater toute l’importance de l’immigration comme révélateur de ce lien qui pourrait à priori paraître oxymorique.
En effet, il aura fallu que certains intérêts bien compris utilisent l’immigration de populations allogènes tribales et réfractaires à l’universalisme européen sur la terre d’Europe pour découvrir combien cet universalisme est in fine une spécificité socioculturelle quasi raciale.
Toute la problématique de la destruction de notre modèle sociale et même civilitationel européen vient de cette destruction de notre cohésion ethnique.
C’est bien de constater que ceux qui ont essaimé sur la planète un modèle multiculturel aberrant, mortifère et hystérique s’en rendent compte mais hélas ça ne fera pas repartir les fâcheux d’où ils viennent et c’est bien dommage !
Est-il besoin de mener des études pointues pour comprendre que la nature nous incite à aider ceux dont nous nous sentons proches… et que ceux avec lesquels nous avons une chance d’avoir un lien de parenté proche ou éloigné, la même religion, nous soient plus proches que ceux dont seulement l’appartenance à l’espèce humaine nous relient.
Ceci est la nature.
La pensée de gauche est contre nature par essence.. Ce qui explique qu’elle soit toujours autoritaire et mène à la dictature. Interdiction de choisir son prochain rebaptisée discrimination, obligation d’aimer l’Etranger et criminalisation du manque d’attrait qu’il nous inspire (forcément de la haine)…
On en reveint toujours au même problème. L’ennemi n’est pas forcément l’Atre, l’Etranger mais bel et bien le gauchiste, cellule tueuse de tout organisme.