La City contre-attaque : ouverture du front français

L’Angleterre a mal à son économie. Elle a mal à ses banques. Elle a très mal à son Libor. Elle ne va donc pas bien. Ne s’agirait-il que de la “Crise” on compatirait, sans plus ! Mais le mal-être de l’Angleterre vient d’ailleurs. On commence à parler de sabotage, d’infiltrations malhonnêtes, de manipulations glauques. On dit que les Français n’y sont pas étrangers !

La bataille de Crécy, enluminure issue des chroniques de Jean Froissart

On voyait bien que le Premier Ministre anglais s’efforçait de donner le change, provocateur à déployer des tapis rouges pour les entrepreneurs français, séducteur pour faire venir les nouveaux Emigrés. On l’entendait bien porter haut et fort la défense et l’illustration des banques de la City. C’est vigoureusement qu’il annonçait qu’en aucune façon, il n’accepterait des réglementations “malthusiennes“, “contraires à l’esprit d’entreprise“, ” étrangères à la philosophie libérale“, “… à l’exigence d’ouverture de l’Union européenne“. Il était prompt toujours à revendiquer l’application des règles de cette Union qu’il avait toujours combattue et, tout à la fois, à les dénoncer comme autant de menaces contre la noble et doublement séculaire Banque anglaise.

On pensait l’Angleterre hors-jeu.

Il est vrai qu’il avait beaucoup à faire le Premier Ministre anglais. Les pays d’Europe, ceux en particulier de la Zone Euro plongeaient ! Rien de très exaltant là-dedans car le Royaume plongeait davantage encore. Quand la Zone euro s’enfonçait dans des exigences austères (suggérer le financement de la dette publique par la création monétaire conduisait à l’excommunication pure et simple), la Grande-Bretagne prenait exemple sur « Helicopter  Bernanke » et demandait à la Banque d’Angleterre d’imiter le grand frère américain, lançant quantitative easing sur quantitative easing pour essayer de redonner des couleurs à une économie déprimée. Tous ces efforts sans rencontrer un seul mot d’encouragement, un éloge, un « blessing » de la part de ses collègues et des argentiers de l’Europe réunis !

Pour dire le vrai, la jalousie s’était installée en Europe. Les pays de la Zone euro n’en étaient-ils pas à lorgner sur la souplesse intellectuelle et la capacité de renouvellement idéologique de la Banque d’Angleterre ? Elle qui, autrefois, se montrait rigide et obsédée par le libéralisme pur et dur, celui qui se méfie des Etats et de leurs émanations, les banques centrales, n’avait-elle pas fait litière d’un principe clef, celui de sa non-intervention ? Les Etats Européens considéraient avec amertume la capacité qu’avait conservée le Royaume-Uni de manipuler sa monnaie et de la laisser fluctuer au gré de la « main invisible » ? Malgré tout, les Agences de Notation maintenaient le fameux triple A tout en menaçant, comme d’habitude.

« L’Angleterre coule-t-elle ? » pouvait-on lire dans la presse. Trafalgar ne serait plus le nom d’une défaite française ? Et, ironiques, les Français proposaient d’envoyer quelques légionnaires à Cameron ! De mauvais esprits supputaient que les jeux Olympiques seraient inondés dans des torrents de pluie « à l’anglaise », dans des attentats « à l’irakienne » et dans un désastre financier « à la grecque » ! Les petits génies de la finance désertaient la grande ville, les entrepôts de Canary wharf vidés de leurs marchandises pour y mettre des banquiers recommençaient à s’encombrer de cuivre, d’étain et de sucre… l’or avait fui et seules des queues de déposants, figés dans la dignité du désespoir, étaient restés, stoïques aux portes des banques dans l’attente d’un éventuel dédommagement. La livre, évidemment, s’était effondrée et le PNB par tête, qui avait tenté une sortie et surperformé un instant de raison son homologue français, s’était replié en désordre.

Voilà un pays qui ne jurait que par le libéralisme et par la non-intervention de l’Etat : appuyez vous sur les principes, ils finissent par céder ! Le résultat ? Le pire, le plus atrocement symbolique : le système financier nationalisé ou quasiment, les fonds de pension effondrés, les déposants dépossédés par des Islandais, le bâtiment qui ne va plus, l’immobilier qui s’effondre, et les traders qui se révèlent complètement fous. On a dit que la monnaie et la finance reposaient sur deux piliers : confiance et croyance. On sait que les banques et les marchés financiers sont des espaces où l’essentiel ne tient que par des chaînes morales et vertueuses. Et voilà que le plus beau capital du Royaume-Uni, espace de gentlemen, du sérieux non-écrit, de valeurs fortes coulant dans les veines des anciens d’Eton et d’Oxbridge, voilà que ce « Consensus de Londres » solide comme la voilure de ses navires de commerce à la conquête du monde, voilà que tout ce qui était noble et faisait la belle réputation anglaise, tout partait en morceau.

Le Libor trafiqué. Les spiels à 6 milliards de dollars. Les bonus de fous des dirigeants de banques. Folie à ce point que des dirigeants de banque se voyaient retirer leurs titres nobiliaires, que des associations se constituaient pour porter ces affaires en justice devant tout le monde et que la Chambre des Lords pensait revenir à la peine capitale pour ceux qui détournaient les droits de seigneuriage.

Il fallait réagir.

L’Angleterre a ouvert un front français.

Le Libor trafiqué ? Les valeurs d’Eton et d’Oxbrigde pulvérisées ? Le gentleman-spirit piétiné ? Les clubs renvoyés au rang de brasseries ardéchoises ? Les happy hours au sortir des banques qui surmontent les docks revampés de Canary sont identiques aux réunions de type Oktober Fest à Francfort ? Messieurs les Français, messieurs les Européens, vous la jouez belle mais vous ne la jouez pas bien. Vous vous oubliez, en d’autres termes ! Le Libor aurait été truqué ? Il aurait été manipulé par une bande de traders. Une sorte de viol financier en réunion. Des criminels en col blanc qui ont fauté avec l’intention de faire du mal, c’est-à-dire de se faire du bien au détriment des autres ? Et ce serait l’esprit banquier anglais qui serait en cause ?

C’est aller bien vite en affaire ! L’origine des trucages, il faut aller la chercher là d’où ils viennent. Chez les Français ! Et voilà un premier front ouvert. Les Français. Qui ont toujours jalousé la City. Qui ont toujours cherché à en ravir la place. Rappelez-vous l’affaire Euronext ! Son association avec le New York Stock Exchange ?

Le front a été ouvert sous la pression d’un grand journal économique anglais. Emblème du journalisme d’investigation. Un de ces journaux qui vont chercher l’information où elle est, quitte à ce que cela soit douloureux. Et qu’a-t-il trouvé au terme de recherches alliant science et intuition ? Il a trouvé que la crise, en général, les déviances anglo-saxonnes et les comportements britanniques illicites et douteux, en particulier,  sont le fait de Français. Il y aurait dans la Banque anglo-saxonne, américaine comme anglaise, une cinquième colonne, agissant probablement pour le compte de la Banque française, mais aussi pour le compte de l’Etat français, “seul pays soviétique qui a réussi“, pour parler de la France comme les Anglais en parlent.

«La baleine de la Tamise». C’est sous ce nom d’emprunt – ce qui dans une banque est un minimum – qu’opérait un des Français missionnés pour porter des coups fourrés contre la finance anglo-saxonne. Sa technique était fruste autant qu’ignoble : il spéculait. Il spéculait massivement en faisant croire à ses patrons qu’il avait la martingale et qu’il ferait le coup du siècle et qu’il manœuvrait comme le génie de la Finance, Warren Buffett (étrange, étrange, Buffett, au fait, est d’origine française). La déstabilisation a réussi au-delà de toute espérance : 6 milliards de pertes aux dernières nouvelles. Au début, la « Baleine de la Tamise » a réussi à faire croire qu’il ne s’agissait que d’un petit incident : une paume autour de deux milliards. Ainsi, retardait-il les recherches (car pour Dji Pi Môrganne cette perte n’était qu’une goutte d’eau dans un océan de profit). Pour commettre son forfait, «La baleine de la Tamise» avait choisi l’univers glauque des credit default swaps (CDS).

Et devinez quoi ? Sur ce même marché on trouve un trader qualifié par la presse américaine de « le fameux trader mystérieux », un Français encore, Bruno Michel I, selon les informations du «Wall Street Journal».

On voit le complot s’ourdir du coté français : les Français créent une ou deux écoles qui forment des matheux de niveau stratosphérique. On y ajoute une formation de type « conception de produits financiers sophistiqués ». Les jeunes sont ensuite envoyés dans les banques anglo-saxonnes. Là, la partie est facile : les Anglais ne comprennent rien aux maths. Les dirigeants anglais sortent d’Eton et d’Oxbridge avec des diplômes en histoire de l’art et une bonne connaissance de la confection d’une « nice cup of tea ». Ils laissent les français faire leur petit fricot. Les Français font semblant d’être sympa et de gagner des montagnes d’argent. Le poisson (anglais) mord à l’hameçon (français). Il suffit alors d’enclencher la phase «destruction» et la Banque anglaise s’effondre. Elle est nationalisée en dernier ressort et la City se fissure.

Mais là n’est pas le pire. Les Français ont frappé plus fort et ont fait plus mal encore : ils ont manipulé le Libor ! Selon le même journal anglais (encore lui !) et grâce aux recherches menées par ses enquêteurs, on a découvert que les fraudes ont pour origine quatre traders travaillant dans des établissements en majorité britannique ! (il suffit d’une petite poignée de fanatiques pour mettre à bas une communauté pacifique financière, religieuse, politique).  Parmi eux… retenez votre souffle : trois français ! Ce sont les sieurs Michael Z., Didier S. et Christian B. Le quatrième est probablement Français. Il devrait l’être en toute logique car les enquêteurs se sont aperçus que les traders coupables des manipulations ne s’exprimaient qu’en verlan du neuf-trois (avec une variante neuf-quatre) pour brouiller les pistes et rendre leur fraude plus difficile à déterminer ! Ils auraient monté leur coup ensemble et aurait fait fonctionner une sorte de planche à billets : « ils se seraient entendus pour faire baisser ou monter ces taux dans leur unique intérêt de générer plus de profits ». Il faut le lire pour le croire : ces traders n’ont eu qu’eux-mêmes pour « unique intérêt». Ils auraient procédé dans l’intérêt de leur entreprise, surtout si elle avait été anglaise, on n’en parlerait pas ! Tandis que là, ces Français, monstres d’individualisme et de cupidité, n’ont travaillé que pour s’en mettre encore davantage dans les poches.

Le front est donc bien ouvert : des Français ont infiltré le système bancaire et financier anglais dans le dessein de le détruire monétairement et moralement. Leur mission : saboter les bilans anglais mais aussi l’image du Gentleman « sport » « cricket » et « fair play » qui était au fondement même de la banque et de la finance anglaise. Les Banques anglaises sont victimes d’un complot. Elles n’ont rien fait au Libor (dont elles viennent de découvrir l’existence avec stupéfaction !).

On s’attend à un combat de longue haleine. Les Français, dit-on ne s’en laisseront pas conter (ni compter). Ils s’apprêteraient à faire cause commune avec les Allemands. Car les Anglais, dit-on, ouvriraient un second front, celui de l’Allemagne : n’a-t-on pas vu le triple A allemand tanguer, vaciller et gîter dangereusement ?

Les Echos

Commentaires (3)

  1. “Là, la partie est facile : les Anglais ne comprennent rien aux maths. ”

    huhuhu

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