Très (trop) chers Jeux

Est-ce bien raisonnable ? Alors que la Grande-Bretagne traverse sa pire récession depuis 1945, que la zone euro est une nouvelle fois au bord de la crise de nerfs et que l’économie mondiale vacille, s’ouvrent ce vendredi les Jeux Olympiques les plus chers de l’histoire après ceux de Pékin.

On a beau aimer le sport et les valeurs de l’Olympisme, s’émouvoir devant ce rassemblement réputé universel et regretter en tant que Français que ces Jeux promis à Paris se déroulent de l’autre côté de la Manche, on reste sceptique devant la débauche de moyens déployés.

D’autant qu’à force d’aller plus haut, plus loin et plus fort, les Olympiades ont peu à peu perdu l’essentiel de leur magie. En passant du culte de l’amateurisme au sport-spectacle, de la démonstration d’amitié entre les peuples à un barnum publicitaire, ils sont en train de se banaliser. De se résumer à un support sur lequel s’accrochent des marques mondiales pour y gagner en notoriété et en chiffre d’affaires. Une gigantesque opération commerciale pour les sponsors du CIO et ceux des athlètes, les équipementiers sportifs et… les progrès de la science. Bref, une foire dans laquelle chacun vient chercher le retour sur investissement le plus élevé possible.

Sur le principe, cela n’a rien de choquant. Après tout, les JO vivent avec leur temps. Ils reflètent l’évolution du monde. Et, dans la mesure où les retombées financières irriguent l’ensemble du sport mondial, tout le monde y trouve son compte. Tout le monde ou presque.

Car l’essentiel du coût de ces 30es Jeux Olympiques d’été reposera sur les épaules des Britanniques. Et l’addition est plutôt salée. Ce qui devait être les premiers Jeux low cost coûtera 9 milliards de livres aux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté, là où le budget initial prévoyait 3 milliards.

Alors bien sûr, dans les temps difficiles que traverse le pays, que pèse l’équivalent de quatre semaines de déficit budgétaire face à un événement aussi positif et rassembleur ? Du pain et des jeux, disaient les Romains ! Mais une fois le rideau retombé dans quinze jours, ce n’est pas la satisfaction d’avoir « régénéré » l’est de Londres qui suffira à rendre plus acceptables les impôts qui en découleront.

Il est temps d’admettre qu’accueillir les JO d’été est devenu un luxe réservé aux seuls hôtes en quête de reconnaissance internationale. C’était le cas de Pékin en 2008, de Barcelone en 1992 ou de Tokyo en 1964. Ce sera celui de Rio en 2016. Mais, dans un modèle où le pays organisateur est cantonné au rôle d’un mécène aux poches très profondes, des villes comme Londres n’ont plus grand-chose à y gagner. Il ne faudrait pas l’oublier, alors qu’émerge l’idée d’une candidature de Paris pour 2024.

Les Echos

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