La souricière

Le “nouveau monde” planche de salut d’un “vieux continent” pris dans la souricière du bien-être et du vieillissement ?

Anonyme (XIXe s.) : Le cours de la vie de l’homme ou l’homme dans ses différents âges

“Aujourd’hui, la redistribution tourne à l’avantage exclusif des gens les plus âgés. Jamais la part du revenu national revenant aux moins de 35 ans n’a été aussi basse”, souligne le démographe Hervé Le Bras. Or une société qui ne fait pas de place à ses jeunes prend le risque de se scléroser. “Il faut poser lucidement le diagnostic : l’Europe devient un continent de vieux, dirigé par des vieux avec des politiques pour les vieux”, s’alarme Matthieu Pigasse, directeur général de la banque d’affaires Lazard en France et auteur de Révolutions, un essai radical.

L’Europe peut encore rebondir ! Ce fut l’une des affirmations fortes – et à contre-courant – des dernières Rencontres économiques d’Aix-en-Provence à l’initiative du Cercle des économistes… optimistes. Le point de départ n’est pourtant guère encourageant car le Vieux Continent – vieillissant – n’a jamais porté aussi bien son nom. Riches et âgés, les Européens se sont laissés enfermer dans la souricière du bien-être financé par toujours plus d’endettement. Le motif d’espoir ? Les pays émergents pourraient bien les en sortir. Ces derniers ont dans leurs mains tous les facteurs de production qui comptent : le travail, le capital et de plus en plus l’innovation. L’Europe entièrement occupée à régler ses problèmes internes est-elle prête à donner ce rendez-vous avec ceux qui furent pour leur plus grand nombre leurs anciennes colonies ? La réponse dépendra de sa capacité à jeter un regard réaliste sur ce “nouveau monde”…

Bouger les lignes pour sortir de l’impasse européenne. Ces jeunes ingénieurs portugais décidant d’aller migrer en Angola ou au Mozambique pour réaliser “leur rêve” montrent la voie de cette audace nécessaire. Ils ne sont pas les seuls. Sur un tout autre registre – celui de l’argent – les édiles de la ville de Chartres viennent de faire appel à un fonds chinois pour financer la rénovation du quartier de la gare faute de trouver des crédits en France. C’est à ce genre de signaux que l’on mesure combien le rythme du monde s’accèlèrant, l’Europe des “vrais gens” est acculée au changement et à la révision des schémas anciens.

Avec, fait incroyable et inédit, l’arrivée d’un formidable appel d’air en provenance des pays émergents qui vient souffler jusque dans les “barios” de Lisbonne ou au coeur des champs de blé de la Beauce. Ce vent d’espoir n’oblitère cependant par l’angoissante question qui taraude tout autant les citoyens européens que leur classe politique : quelle place le Vieux Continent peut-il conserver dans la mondialisation ? A-t-il encore les moyens de sauvegarder le niveau de sa population à défaut de lui promettre de nouveaux progrès ? Pour l’Europe qui a connu les “Trente Glorieuses” de l’après-guerre, puis les “Trente piteuses” de la crise, l’avenir s’annonce bien menaçant. Les Européens ne semblent plus avoir le choix qu’entre des décennies “douloureuses” ou “miséreuses” et peut-être même les deux à la fois. Un journaliste américain décrit même l’Europe comme le futur tiers-monde de la planète !

Une perspective d’autant plus redoutable que l’Europe se retrouve comme piégée dans une “souricière”, celle dans laquelle se laissent enfermer la plupart des pays à haut revenus. Une mécanique redoutable et insidieuse liée principalement à la démographie et au vieillissement progressif de la population et à l’accaparement mécanique par les plus âgés de la société d’une part de plus en plus importante de la richesse et par la montée de l’endettement pour financer l’Etat providence. “Le pays tombe progressivement dans une forme d’oisiveté qui se mesure au nombre de ses terrains de golf”, observe Henri-Paul Rousseau, expert au Power Corporation du Canada.

L’avenir de l’Europe dépendra de la façon dont elle gérera son vieillissement et arrivera à capter l’épargne et à la faire fructifier à son profit”, prévenait Jean- Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes lors des dernières Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Et surtout de la façon avec laquelle elle parviendra à établir des ponts avec ce nouveau monde émergent qui a dans ses mains la quasi-totalité des atouts : les forces vives du travail, les liquidités abondantes et même maintenant les cerveaux. L’Europe entièrement occupée à régler ses problèmes internes est-elle prête à donner ce rendez-vous à ceux qui furent pour le plus grand nombre leurs anciennes colonies ? La réponse dépendra de sa capacité à jeter un regard réaliste sur le monde tel qu’il est devenu.

La souricière des pays à haut revenus

Le développement économique n’est en réalité qu’une succession d’obstacles – de “souricières” que les nations parviennent – ou pas- à surmonter. Sur ce chemin, le premier piège est celui qui se tend dans les pays dont le revenu moyen par tête se situe entre 8.000 et 15.000 dollars. Celui vers lequel sont précisément en train de tangenter les pays émergents. Dans ces sociétés, une distribution par trop inégalitaire des revenus constitue un frein pour passer à l’étape supérieure car elle empêche le développement d’un marché intérieur. Ce moment est celui où le pouvoir politique doit s’interroger sur la nécessité d’installer les éléments de l’Etat-providence (sécurité sociale, éducation publique, etc.). La problématique est d’une autre nature dans les pays qui ont atteint un niveau de prospérité élevé autour de 22/25.000 dollars par tête. Ces pays ne bénéficient plus du “dividende démographique” – comprenant à la fois le transfert de la population rurale vers les villes, et l’accroissement de la population en âge de travailler – qui fournit à l’économie des jeunes productifs et dynamiques.

L’Europe a connu cette situation au cours des années 50 et 60 avec le boom des naissances de l’après-guerre et l’accélération de l’exode rural. Puis les pays vieillissent et voient leur productivité décliner tout en continuant toutefois à s’enrichir sur la lancée précédente. Ce n’est que dans une étape suivante que la souricière se met en place. “Lorsque l’on devient riche, on devient plus vieux et l’économie se métamorphose”, explique Henri-Paul Rousseau. Le nombre d’actifs commence à diminuer et les retraités sont de plus en plus nombreux. En France, la proportion des plus de 65 ans par rapport aux actifs, actuellement de 44 % – autrement dit, deux actifs pour un inactif – va monter à près de 75 % d’ici 2050. Un tel vieillissement a des conséquences sur la façon de travailler mais aussi sur le niveau général des prestations distribuées.

Les dépenses de transfert – dépenses de santé et de retraite – s’envolent. D’où la nécessité de relever les impôts – mais le rendement de ces derniers tend à s’affaiblir du fait de l’affaiblissement du taux de croissance économique – et très vite le recours à l’endettement au profit principalement des “tempes grises”. Une dimension qui est rarement prise en compte dans les comptabilités nationales. “Nous ne sommes pas allés jusqu’au bout de la problématique de la dette car dans la plupart des cas, les engagements retraite ne sont pas comptabilisés”, s’inquiète Wolfgang Ischinger, expert au Munich Security Conference. Une insouciance à la mesure du poids électoral écrasant des personnes âgées qui a pour effet d’orienter le système politique vers la défense des situations acquises.

Les intérêts des jeunes générations sont mal pris en compte dans notre système démocratique. Pourquoi ne pas donner par exemple un double droit de vote aux parents pour les enfants mineurs qui ne votent pas ?”, suggère l’expert. Une telle voie permettrait-elle de contrecarrer les évolutions favorables aux rentiers du troisième âge et pénalisantes au dynamisme des jeunes ? C’est très probable. “Aujourd’hui, la redistribution tourne à l’avantage exclusif des gens les plus âgés. Jamais la part du revenu national revenant aux moins de 35 ans n’a été aussi basse”, souligne le démographe Hervé Le Bras. Or une société qui ne fait pas de place à ses jeunes prend le risque de se scléroser. “Il faut poser lucidement le diagnostic : l’Europe devient un continent de vieux, dirigé par des vieux avec des politiques pour les vieux”, s’alarme Matthieu Pigasse, directeur général de la banque d’affaires Lazard en France et auteur de Révolutions, un essai radical.

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Commentaires (10)

  1. A partir d’un constat que je comprend, encore une fois on nous propose des solutions qui ne visent qu’a maintenir les choses en l’etat pour ceux qui nous dirigent.
    D’un cote l’auteur dit a propos des societies occidentals : Riches et âgés, les Européens se sont laissés enfermer dans la souricière du bien-être financé par toujours plus d’endettement
    Et pour les pays emergeants il dit : Les pays émergents pourraient bien les en sortir. Ces derniers ont dans leurs mains tous les facteurs de production qui comptent : le travail, le capital et de plus en plus l’innovation.
    Sa conclusion est simpliste, il demande que les fourmis des pays émergeants nourissent les cigales des pays occidentaux.
    Comme si la question se posait en ces termes.
    Ce sont les mondialistes occidentaux qui ont deplace les usines de productions installes en occidents pour les mettres dans les pays emergeants.
    Sur le viellisement de l’occident, il y a effectivement un ecart de proportion entre jeunes et vieux en grande partie a cause de l’immigration et de ses consequences.
    Si on donne aux jeunes d’aujourd’hui, on donne dans les faits a la fraction issu de l’immigration pas a la jeunesse FDS, il ne faut pas s’illusionne sur ca.
    De plus, demander aux jeunes FDS d’aujourd’hui de sacrifier leur vieilliesse de demain………….

  2. J’avais oublie un point important bien qu’il soit sous-entendu.
    Dans quelques 20 a 30 ans, les moins de 20 a 25 ans seront issus de l’afrique.
    Ils refuseront de payer pour les jeunes et entre-deux d’aujourd’hui, chez eux la solidarite quand il y en a est ethnique et religieuse.
    Quand on tape sur les (vieux) les pouvoirs publics ne tapent pas sur les déjà vieux, ils tapen sur les futures vieux, ceux qui aujourd’hui ont 30 a 50 ans, pour eux la retraite semble tellement lointaine qu’ils ne reagissent pas et quand a leurs tours ils commencent a s’inquieter, les choses ont ete mise en place longtemps a l’avance et ils subissent la double peine.
    Avoir payer pour les actuels anciens.
    Refus de la nouvelle jeunesse issue de l’immigration de payer pour eux.

  3. C’est ce que nos politiciens imbéciles oublient :

    - sans lien social et identitaire, pas de solidarité possible
    - la solidarité africaine et asiatique est avant tout familiale, ethnique au mieux.

    La solution est pourtant simple : mettre les jeunes FDS au boulot (préférence nationale), avec des salaires corrects pour qu’ils puissent fonder une famille. Renforcer le lien identitaire, raviver la foi catholique, mieux répartir le foncier et l’immobilier. Remettre au gout du jour dans les fac l’esprit d’entreprise.
    Arrêter la décadence, la crétinisation, l’invasion, et la dégénérescence.
    Un nouveau De Gaulle, rien de moins…

  4. 3 : je suis d’accord avec toi mais pourquoi raviver la foi catholique ?
    J’ai péché, c’est ma très grande faute, délivre-nous du mal, etc, ça va 5 minutes…
    Je préfère inculquer à mes gosses l’amour de la terre (faire du jardin avec eux est une bonne école) et certains principes moraux. Même si ces principes moraux se retrouvent dans la religion catholique, je n’ai pas besoin de les enrober avec le papier “Dieu” !

  5. bravo com3, tout est dit, mais “c’est pas gagné”, entre nos “élites” nulles et notre troupeau qui manque furieusement de chiens de berger pour ne pas aller gaiement vers le précipice…

  6. “l’Europe devient un continent de vieux, dirigé par des vieux avec des politiques pour les vieux”

    Le constat est juste, mais étonnant de la part de ces gens là….

    peste et corriza a écrit le 23 juillet 2012 à 10 h 15 min

    Oui, un nouveau De Gaulle, ce serait tellement bien… Mais faut pas rêver non plus.

  7. Le constat est juste, meme si il provient de serviteurs de mondialisme (pigasse et cie.).
    Cela, puisqu’il parle de révolution, il oublie qu’une révolution aurait pour principal souci d’atomiser le rentier, c’est à dire la classe sociale et d’age qui se gave sur le dos du travailleur européen, et d’atomiser les structures étatiques et privées (dont la banque ou travaillait Pigasse) qui charpentent cette économie de rente et de prédation.Une fois la décapitation du haut de la pyramide des ages faite, le changement de niveau quantique au niveau économique pourra se faire. Pour l’instant, nous bradons notre avenir collectif contre des Costa croisiéres.

  8. “Les intérêts des jeunes générations sont mal pris en compte dans notre système démocratique. Pourquoi ne pas donner par exemple un double droit de vote aux parents pour les enfants mineurs qui ne votent pas ?”, suggère l’expert. Une telle voie permettrait-elle de contrecarrer les évolutions favorables aux rentiers du troisième âge et pénalisantes au dynamisme des jeunes ? C’est très probable. “Aujourd’hui, la redistribution tourne à l’avantage exclusif des gens les plus âgés. Jamais la part du revenu national revenant aux moins de 35 ans n’a été aussi basse”, souligne le démographe Hervé Le Bras. Or une société qui ne fait pas de place à ses jeunes prend le risque de se scléroser.”

    ____________________________________________

    “Le suffrage universel complet” suggère que tout individu Français soit inscrit dès la naissance non seulement à l’état civil mais aussi sur les listes électorales de sorte que ses parents expriment par le moyen d’une demi-voix chacun le suffrage du mineur jusqu’à sa majorité.
    En complète cohérence et conformément aux articles I & VI de la déclaration universelle des droits de l’homme :

    ” Les hommes naissent libres et égaux en droits.”

    ” La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourrir personnellement ou par leur représentant (et en l’occurence les parents des mineurs), à sa formation.Elle doit être la même pour tous , soit qu’elle protège , soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux , sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents.”

  9. Les dépenses de transfert – dépenses de santé et de retraite – s’envolent.

    Faire des retraites qui ont cotise toute leur vie, les boucs emissaires de la ruine est un peu court
    Ce qui ruine les pays occidentaux et la France en particulier, ce sont les depenses sociales accordees sans limites a des gens n’ayant jamais cotises et nos “Zelites”, toujours plus nombreuses et gourmandes
    Ce sont aussi les lois et regles toujours plus contraignantes pour les entreprises et leurs impots toujours plus lourds
    qui decouragent toute envie de creer et d’embaucher
    Ce sont les frontieres grandes ouvertes aux produits a bas prix de la Chine et d’ailleurs qui sont la source du chomage et de la ruine

    La plus grande cause de ruine et de chomage des jeunes
    : LA CEE!

  10. Certes, les Vieux ont le pouvoir en Europe, mais il me semble que les ainées sont moins bien respectés que par le passé.
    Le problème d’avoir des vieux au pouvoir est qu’ils sont souvent trop conservateurs. Le Conservatisme n’est pas mauvais en soi mais une société doit aussi savoir évoluer, et ne pas rester figer dans le passé :)

    Bref, je crois que je radote :)

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