Depuis l’automne 2008 et l’éclatement au grand jour du diktat de la finance mondiale, le capitalisme financiarisé sous dérégulation libérale poursuit sa trajectoire sans être inquiété. En revanche, les plans de rigueur à répétition, les nombreux traités signés depuis et les politiques teléguidées par les autorités supranationales sont autant de rustines sur un pneu lisse qui ne font qu’accélérer le phénomène de la spirale infernale. Crise. Pulsion. Peur. Sécurité. Culpabilité. Austérité. Inégalité.

Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte - Georges Seurat (1884-1886)
Durant les trente dernières années, les conceptions salutaires du modèle capitaliste productiviste consumériste que nos régimes représentatifs ont défendues, subies ou suivies, se sont traduites dans nos réalités par une précarisation progressive des conditions de travail, des politiques de démantèlement des acquis sociaux et des vagues successives de privatisation des biens et des services publics, l’ensemble de ces phénomènes étant rythmés par une dérégulation accélérée de la spéculation financière au détriment de l’économie réelle.
En l’espace que quelques décennies, les effets conjugués de la financiarisation des économies et des décisions qui ont jalonné les alternances des mandats politiques ont abouti à la confiscation d’une majorité des richesses produites par une élite. Les politiques de redistribution des profits privilégient aujourd’hui sans aucun complexe les actionnaires et les rentiers à l’entreprise et aux travailleurs, satisfaisant de la sorte leurs exigences en matière de profitabilité. Bien que de nombreux mouvements populaires, syndicaux, militants et associatifs protestent et dénoncent le véritable hold-up politico-bancaire en cours, l’écrasante majorité de la population européenne demeure quant à elle taiseuse, docile et disciplinée.
La réalité ne serait pas si sombre à dépeindre si les pouvoirs publics, sensés défendre les intérêts du plus grand nombre, n’avaient de cesse de démontrer leur impuissance ou plus inquiétant encore, leur connivence. Le cirque politique surfe sur les vagues électoralistes, ignorant les véritables fractures sociales en formation et alimentant la peur de perdre le peu qu’on a. Alibi des politiques d’austérités les plus rigoristes, le laboratoire expérimental grec fait figure d’épouvantail pour les parlementaires récalcitrants aux injonctions institutionnelles européennes. Le conservatisme idéologique aux commandes tente toujours, dans son entêtement acharné, de nous convaincre qu’il parviendra à produire de la richesse en appauvrissant la société.
La vague d’austérité historique qui frappe la zone euro pousse inexorablement l’économie européenne à la dépression. Suite aux désastres des subprimes en 2007 et à l’effondrement bancaire qui s’en est suivi en 2008, les spéculateurs se sont mis à parier sur la solvabilité des citoyens eux-mêmes en 2009 - au travers de la dette publique – ce qui a eu pour effet de réduire des Etats à des objets spéculatifs en soumettant leur souveraineté politique et économique à une chimère, avec tous les exemples que nous connaissons depuis : Grèce, Irlande, Espagne, Royaume-Unis, Islande, Italie, Portugal,…
Ces mesures prévoient des coupures drastiques dans les dépenses publiques. Coupures représentant les garanties auprès des créanciers privés. Ce qui revient à appauvrir le public dans le but de pouvoir emprunter davantage aux marchés privés, pour s’acquitter des intérêts de cette sans cesse plus importante dette publique. Comme vous le savez, en ce printemps 2012, le carrousel de la dette tourne toujours, mais jusque quand ? Le Pacte de l’Euro, le FESF, le MES, le TSCG. Ce dernier traité, signé le 28 mars dernier par 25 des 27 Etats membres de l’Union Européenne, vise à encadrer la gestion des déficits budgétaires nationaux et prévoit entre autres mesures (les mêmes que celles imposées à la Grèce, l’Italie et l’Espagne): la rigueur, la flexibilité du marché de l’emploi, jugé trop contraignant pour les entrepreneurs, le dégraissage dans la fonction publique, la dégressivité accélérée des allocations de chômage, le refinancement des retraites, la modération des salaires, la réduction des budgets liés à la santé et à l’éducation. Toutes une série de mesures visant à ne pas dépasser le taux déficitaire de 3% du PIB de chaque Etat membre. (…)
De deux choses l’une : soit les marchés risquent de rapidement se rendre compte que leur programme ne tiendra pas six mois, soit le plan de bataille que les marchés imposent à la Troïka européenne s’accompagne tacitement d’un support inconditionnel des appareils répressifs.
En filigrane, le jeu des partis monopolise le champs du débat public et empêche ainsi les gens de discerner les enjeux masqués derrière la politique spectacle offerte à leurs yeux ébahis. De plus en plus décrié, le déficit démocratique dont font état nos institutions et nos députés est profond. (…)
Individuellement, nous sommes parfois dans l’incertitude ou – pire – dans l’ignorance. Un peu perdu, naviguant à vue, plus ou moins en quête d’équilibre et de sens. Alors que nous éprouvons un sentiment d’urgence face au bilan de santé de la planète et de ses locataires, les soucis personnels confisquent le meilleur de notre temps et justifient à nos yeux le fait d’éviter, souvent soigneusement, de sortir du cadre imposé. Collectivement, face aux malheurs du monde, nous sommes habités d’un sentiment d’impuissance – la résignation – qui annihile toute velléité de rébellion. En effet, il faudrait avoir le temps – ou plutôt le prendre – les outils et la préparation nécessaire pour s’attaquer à ces questions, les étudier dans leurs contextes actuels mais aussi et surtout sur une arche temporelle bien plus étendue que celle de notre mémoire personnelle ou de l’information en continue que nous déversent les monopoles médiatico-industriels.
Nous comprenons et acceptons que nous ne pouvons discerner la dynamique qui est la nôtre sans saisir ses nombreuses origines historiques, philosophiques, scientifiques, littéraires et politiques. En effet, nous ne pouvons savoir qui nous sommes si nous ne savons d’où nous venons. Par là même, nous ne pouvons envisager intelligemment ce vers quoi nous allons, sans savoir d’où nous partons.
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“avec tous les exemples que nous connaissons depuis : Grèce, Irlande, Espagne, Royaume-Unis, Islande, Italie, Portugal,…”
Que des pays biens gérés, est-ce un hasard ?
Il est quand même cocasse que ceux qui se sentent l’âme à gauche soient si férocement contre les effets de la mondialisation alors que leur but ultime est justement l’internationale.
Il est évident qu’on ne peut pas attendre une inversion après seulement quelques mois ou années d’austérité, alors que ces pays ont été moins bien gérés qu’une boutique de kébab pendant 50 ans.