Si l’Allemagne doit payer pour la crise de la zone euro, ce sera sans doute au prix de la création d’une union politique et budgétaire. Les projets sont d’ores et déjà à l’étude à l’approche d’un sommet européen qui s’annonce crucial, les 28 et 29 juin prochains.

Victor Hugo lança le premier l'idée des Etats-Unis d'Europe, lors du discours d'ouverture du Congrès international de la paix à Paris, qu'il présidait, le 21 août 1849 : "… Et c’est là, pour ma part, le but auquel je tendrai toujours, extinction de la misère au dedans, extinction de la guerre au dehors. … Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées." (lithographie d'Honoré Daumier, publiée dans le journal Le Charivari)
Voilà de quoi se faire une idée de la vitesse à laquelle la situation politique évolue dans la crise de l’euro : il y a seulement quinze jours, tous les regards étaient tournés vers le nouveau président français, François Hollande, investi à Paris sous l’étiquette de Monsieur Croissance. Lequel s’est empressé de partir pour sa première mission : défier la Mère Fouettarde de l’Europe, la chancelière Angela Merkel.
“Il faut trouver de nouvelles solutions. Tout est sur la table », a promis François Hollande, signifiant ainsi qu’il obligerait Angela Merkel à retirer la pince à linge qu’elle a sur le nez pour examiner des projets qui dégagent pour Berlin une odeur nauséabonde, au premier rang desquels la création d’euro-obligations – l’Allemagne résoudrait ainsi la crise en deux coups de cuillère à pot en acceptant de garantir les dettes de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie et de tous les autres. L’espoir fait vivre.
Mesures fédéralistes draconiennes
Samedi dernier, le duel croissance contre austérité avait déjà perdu de sa virulence, Angela Merkel ayant choisi d’inverser les rôles avec François Hollande. C’était à son tour de déclarer qu’il n’y aurait pas de tabous dans l’examen des choix épineux auxquels sont confrontés les dirigeants européens tandis qu’ils attendent de connaître le sort de la Grèce et de l’Espagne, et qu’ils préparent ce qui s’annonce comme un sommet capital à la fin du mois.
Angela Merkel a donné l’impression de mettre au pied du mur non seulement François Hollande, mais la France entière. En annonçant qu’il n’y aurait aucune censure au sujet de la liste des changements qui attendent la zone euro, elle faisait allusion à des mesures fédéralistes draconiennes prévoyant des pertes progressives de souveraineté nationale sur les politiques budgétaires, fiscales, sociales, les retraites et le marché du travail, dans le but de donner naissance à une nouvelle union politique européenne d’ici cinq à dix ans.
Les EUE – Etats-Unis d’Europe – sont de retour. Pour la zone euro, tout au moins. Ce type d’” union politique », qui implique de céder des pouvoirs essentiels de l’Etat à Bruxelles, au Luxembourg et à Strasbourg, est toujours apparu aux yeux des Français comme un objectif trop éloigné pour qu’ils l’envisagent.
Mais Berlin laisse entendre que, s’il doit payer les pots cassés pour ce qu’il considère comme les défaillances des autres, il va falloir se rapprocher de manière progressive mais néanmoins franche d’une union bancaire, budgétaire et au bout du compte politique au sein de la zone euro. C’est là un projet clivant et controversé qui n’a pas toujours eu les faveurs d’Angela Merkel. Mais au plus fort de la crise, elle semble désormais n’avoir pas d’autre option.
Les trois semaines à venir verront une grande effervescence autour du projet, puisqu’un quatuor de mécanos de l’Europe se rendra de capitale en capitale afin de sonder le champ des possibles. Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et chef de longue date de l’Eurogroupe (composé des membres de la zone euro), et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, doivent présenter un projet d’intégration de la zone euro lors du sommet des 28 et 29 juin. Tous les quatre sont des fédéralistes convaincus.
Politique de la corde raide
Le sommet sera précédé d’élections fatidiques en Grèce [17 juin] et d’un scrutin législatif en France [10 et 17 juin], alors que le secteur bancaire espagnol semble manquer de temps. Le ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, déclare que le sort de l’euro se jouera dans les semaines à venir en Espagne et en Italie.
Le bond de géant vers l’intégration, à l’étude aujourd’hui, ne suffira ni à sauver la Grèce, ni à renflouer les banques espagnoles. Il ne remettra pas non plus d’ordre en Italie, ni ne réglera la crise de l’euro à court terme. Le temps pourrait même venir à manquer pour des dirigeants européens qui arrivent au bout de leur politique de la corde raide et lancent des appels de dernière minute, caractéristiques de la “gestion” de la crise ces trente derniers mois.
En dévoilant cette stratégie de mise en place d’une union budgétaire et politique dans la zone euro, ils espèrent convaincre les marchés financiers de leur détermination à sauver la monnaie unique. Mais aussi que ce “coup de chaud” ne durera pas éternellement et que l’adoption de l’euro est irréversible.
Les répercussions du projet, s’il voit le jour, seront immenses. Logiquement, un nouveau traité européen devra être rédigé. Ce qui ne serait pas une mince affaire. Il faudrait alors une nouvelle constitution allemande – ce serait sans doute aller un peu loin.
Le “déficit de démocratie” dont souffre la gouvernance de l’Union européenne se creuserait de manière exponentielle sans un remaniement draconien du mode de désignation des élus dans la zone euro. A quoi bon élire un gouvernement, par exemple en Slovénie, si, au sein d’une “union politique de la zone euro », les décisions politiques concernant la fiscalité, le budget, les retraites et le marché du travail sont prises à Bruxelles ? Une Europe à deux vitesses émergerait et les décisions clés seraient tranchées dans la zone euro et non dans une Europe à 27 ou 28.
Le fossé qui sépare la Grande-Bretagne du cœur de l’Europe deviendrait alors impossible à combler, ce qui aurait engendrerait des rancœurs mutuelles et mettrait fin à la relation sans enthousiasme du Royaume-Uni avec l’UE, même si l’« union politique” qualifiée de “suite logique” du partage d’une même monnaie, est précisément ce que recommandent David Cameron et George Osborne.
Après trois années de gestion laborieuse de la crise, les choix auxquels sont confrontés les dirigeants européens se radicalisent : c’est soit la mort de l’euro, soit la naissance d’une nouvelle fédération européenne.
- Article original en anglais : The Guardian
- Traduction française : Presseurop
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Supplément :
Les quatre chantiers de Bruxelles
“Le plan secret pour une nouvelle Europe” : c’est Die Welt, dans son édition du dimanche, qui a révélé le projets des chef des institutions européennes. Selon les informations du quotidien berlinois, les présidents du Conseil européen, de la Commission et de l’Eurogroupe, Herman van Rompuy, José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker, travaillent sur un plan qui pourra être discuté lors du Conseil européen des 28 et 29 juin et qui porte sur quatre grands thèmes :
Réformes structurelles, union bancaire, union fiscale et une union politique. (…) Si les 27 Etats membres arrivent à se mettre d’accord, le résultat sera une Europe toute nouvelle.
Ce qui dérangera le plus le gouvernement allemand est l’union fiscale, estime Die Welt. A Berlin, ce terme désigne une politique de rigueur accrue et une extension du pacte budgétaire. Au contraire, l’union fiscale en discussion prévoit une responsabilité commune pour les déficits nationaux, donc l’émission d’euro-obligations, ce que l’Allemagne a toujours rejeté.
Que Dieu nous prenne en pitié…
Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker
2 anciens de Sachs et 1 de la FED sur 4 pas mal pour vassaliser les ex démocraties aux usa.
L’allemagne veut bien creer les eurobonds SI ET SEULEMENT SI les autres autres pays européens gagent leur réserves d’or. Pour là aussi les donner aux usa.
Ces prochains jours vont etre très amusants.
Finissez vos stocks de nourriture carburant, piles bougies, prenez des objets solaires ca aide pas mal.
Dans 3 mois nous seront catapultés en Grece.
La directrice du FMI avait suscité la colère en appelant les Grecs à payer leurs impôts. Le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux la soutient, chiffrant l’évasion fiscale jusqu’à 45 milliards d’euros par an.
Les propos sévères de Christine Lagarde ont finalement trouvé un écho en Grèce. Le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux, Nikos Lekkas, s’est résolument rangé à l’opinion de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) et de sa critique du peu d’entrain des Grecs à payer leurs impôts.
«Je suis complètement d’accord avec Christine Lagarde», a-t-il déclaré au quotidien allemand Die Welt, en référence à des propos que celle-ci avait tenus fin mai et qui avaient provoqué un tollé en Grèce. Elle avait estimé dans une interview au Guardian britannique que «les Grecs devraient commencer par s’entraider collectivement», et ce, en «payant tous leurs impôts», et s’était dite moins préoccupée par leur sort que par celui des enfants d’Afrique. Elle avait ensuite exprimé des regrets face aux réactions offensées qu’avait suscitées ses commentaires.
«Corruption systématique dans toute la société»
«L’évasion fiscale en Grèce atteint 12% à 15% du produit intérieur brut (PIB), ce sont 40 à 45 milliards d’euros par an», a souligné Nikos Lekkas. «Si nous pouvions en récupérer ne serait-ce que la moitié, le problème de la Grèce serait résolu», a-t-il poursuivi. «Nous avons les lois nécessaires depuis 1996, elles n’ont juste jamais été appliquées», selon lui, mais «nos politiques ont commencé à le comprendre». Toujours est-il que Nikos Lekkas leur adresse une mise en garde: «Si la corruption systématique qui a cours dans toute la société ne cesse pas, et en particulier si les élites continuent de rester impunies tandis que le reste de la population est pressuré, il y aura une explosion sociale.»
L’année dernière, l’État grec a lancé la chasse aux citoyens fortunés qui fraudent le fisc. Un changement soudain dû à la mise en application de la loi du 1er avril 2011, qui durcit considérablement la législation anti-fraude. Les grands fraudeurs risquent dorénavant entre un et trois ans de prison, en plus d’amendes de 10.000 à 50.000 euros. Ce raid éclair a visiblement porté ses fruits: six mois après la mise en oeuvre du texte, les versements de TVA avaient augmenté de 14% .