La rentabilité des entreprises françaises au plus bas depuis… 1985

Si les groupes du CAC 40 se portent bien, ce n’est pas le cas pour l’ensemble des entreprises installées en France : leur taux de marge (taux de profit brut) est tombé fin 2011 à son niveau le plus bas depuis 26 ans, selon l’Insee. Pendant ce temps-là, celui de leurs concurrentes allemandes progresse…

Pour les particuliers, la conjoncture n’est pas folichonne, si l’on en croit les derniers comptes trimestriels publiés ce mercredi par l’Insee. Leur pouvoir d’achat a stagné au cours du dernier trimestre 2011, et a même baissé de 0,2% si l’on raisonne par unité de consommation (grosso modo, par individu) et non en masse. Sur l’ensemble de 2011, il aurait tout juste augmenté de 0,4%.

Mais ce ne sont pas seulement les ménages-consommateurs qui ne sont pas à la fête. Les entreprises françaises (sociétés non financières, pour être précis) ne se portent pas si bien, leur rentabilité se dégrade. Leur taux de marge (excédent brut d’exploitation/valeur ajoutée, correspondant grosso modo à un taux de profit brut avant intérêts et impôts) est tombé à 28,7% au dernier trimestre 2011.

C’est le niveau le plus bas constaté depuis la fin 1985. A l’époque, les sociétés sortaient d’une période de comptes fortement dégradés, sous l’effet du second choc pétrolier : leur taux de marge était tombé à un minimum historique de 22,1% au cours de l’été 1982. Il était remonté progressivement à partir de 1985, grâce au contre-choc pétrolier et à la modération salariale imposée par le gouvernement socialiste à partir de la mi 1982.

Divergence avec l’Allemagne

Depuis la fin des années 80, ce taux de marge est, le plus souvent, sensiblement au dessus de 30%. Dans une note parue récemment, l’Institut de l’entreprise souligne la divergence d’évolution entre la rentabilité des entreprises françaises et allemandes. “Sur la période 2000-2008, le taux de marge allemand a progressé pour atteindre 41,7%, tandis que le taux de marge français est demeuré stable à 32,8%” relèvent les experts. Depuis 2008, la rentabilité en France a donc, même sensiblement reculé… L’Institut de l’entreprise ajoute que “la faiblesse des marges françaises limite le recours à l’autofinancement, et contribue à augmenter la charge financière des entreprises, les rendant par là plus sujettes à un retournement conjoncturel de l’offre de crédit ».

Les profits du CAC 40 très profitables grâce à leur activité à l’étranger

La dégradation des comptes peut paraître paradoxale, si on la rapproche des super-profits des groupes du CAC 40 : certes en baisse, ils ont tout de même atteint 73 milliards d’euros en 2011, soit 3,7% du PIB, et témoignent d’une bonne santé financière de ces entreprises phare de la Bourse. Mais il faut souligner que les grandes entreprises s’en sortent mieux, et que, surtout, il s’agit là, pour l’essentiel – au moins les trois quarts -, de profits réalisés à l’étranger. Ils ne reflètent donc pas l’état des entreprises opérant dans l’Hexagone.

L’excédent brut d’exploitation de toutes les sociétés en activité en France, considérées globalement, s’est établi à 73 milliards au cours du dernier trimestre 2011, et 293 milliards sur l’ensemble de 2011, selon les calculs des statisticiens de l’Insee. Pas de quoi investir massivement… Voilà pourquoi François Hollande veut créer une banque publique d’investissement, et baisser le taux d’imposition des profits des PME, dont les comptes sont les plus dégradés, en regard de ceux des grandes entreprises. Celles-ci, au contraire, paieraient plus d’impôt sur leurs bénéfices.

Charges en hausse, valeur ajoutée en faible progression

Comment expliquer cette nouvelle dégradation des comptes, fin 2011 ? Même si l’ensemble des Français n’ont pas vu leur pouvoir d’achat augmenter, la revalorisation du smic, et surtout la hausse des cotisations sociales due à l’instauration d’un nouveau régime d’allègements de charges, ont pesé sur la rentabilité des entreprises. Au total, les charges salariales ont augmenté de 1%. De même que l’ensemble des autres charges (impôts, etc.). Or, dans le même temps, la valeur ajoutée produite n’a progressé que de 0,7%.

Une croissance annoncée de 0,7% en 2012

Au delà des derniers mois sous revue, le vrai problème, c’est donc l’incapacité des entreprises à dégager de la croissance, à, tout simplement, vendre leurs produits. Elles ne se remettent pas vraiment de la récession de 2008-2009. D’où la maigre hausse du PIB (0,2%) confirmée pour le dernier trimestre 2011 : certes, une nouvelle récession semble évitée, mais parler de reprise comme l’a fait Nicolas Sarkozy pendant le conseil des ministres, semble quelque peu prématuré, alors que le PIB ne devrait gagner que 0,7% en 2012, selon la nouvelle prévision officielle.

Que voulez-vous, avec 3% de croissance, les Français sont heureux », semblait déplorer Jacques Chirac, à la fin des années 90, quand son premier ministre, Lionel Jospin, se trouvait au zénith dans les sondages. Avec une telle expansion, l’idée de reprise peut s’installer dans l’esprit des Français. On est très loin de ce chiffre de 3%, aujourd’hui…

La Tribune

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