Ces baby-boomers qui cultivent leur confort sur le dos des plus jeunes

La génération des “Baby-boomers” a-t-elle soigneusement organisé son ascension puis la défense de ses intérêts contre celles qui lui succédaient ? Peu importe, si on convient que les générations qui suivent sont dans une situation inégale, infériorisée par rapport à leurs prédécesseurs. Le livre : “Les Génération déshéritées” décrit la situation et propose explications et solutions. Sans concession.

C’est un thème montant que celui de la crise intergénérationnelle où on montre que les « baby-boomers » ont tiré une large couverture à eux laissant, dans le froid et la nuit, les générations suivantes, celles de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Cronos, de retour, dévorerait sa progéniture en toute tranquillité.

Il est utile cet ouvrage que livre Mickaël Mangot car, par quelque bout qu’on le prenne, le sujet est bien là et s’installe dans un débat qui ne concerne pas uniquement, comme on le pense trop souvent, la question du financement des besoins des générations par les ressources des autres, mais des questions de civilisation et de prise de conscience qui tournent autour de ce qu’on nomme “progrès et acquits“.

« L’éducation, la productivité des actifs et l’espérance de vie de la population … Sur ces trois critères, il est clair que la situation n’a cessé de s’améliorer de génération en génération ». Ce petit livre fourmille d’informations chiffrées sur le niveau de vie des générations d’après la Seconde Guerre mondiale, insistant sur des données essentielles « Aujourd’hui 40% des jeunes générations ont un niveau d’études supérieures au baccalauréat, contre moins de 20% pour les générations au sortir de la guerre…. Les jeunes d’aujourd’hui devraient vivre plus longtemps. Ils auront plus de temps à leur disposition pour éponger la dette… ».

Pourtant, citant Saint Mathieu, « car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il n’a pas », l’auteur montre que la situation des générations qui ont suivi celle de 1946 s’est fortement dégradée, à ce point que les seniors à la retraite sont, en France les mieux lotis d’Europe et les jeunes de 15 à 24 ans, les moins bien.

« Cette génération (celle des “baby-boomers”) a vécu au-dessus de ses moyens pendant sa période d’activité et la dette est là pour le rappeler ». Cette simple remarque conduit à une conclusion en forme de condamnation à l’encontre d’une véritable « spoliation intergénérationnelle….. ».

Il multiplie les chiffres et les courbes qui montrent en détail que «Le bien-être extraordinaire des baby boomers s’est (…) construit sur le dos des plus jeunes, via notamment des politiques qui n’ont pas respecté une nécessaire équité entre les générations ». Parmi les nombreux exemples, celui très sensible aujourd’hui de la dette « souveraine » : rapportée par habitant en terme de salaire moyen net, elle équivalait à deux mois et demi en 1970 et à un an,  aujourd’hui.

En dérive un problème de société : « Aujourd’hui le déclassement scolaire toucherait autour d’un jeune sur quatre (et entre 35 et 40% des titulaires du seul baccalauréat) au niveau du salaire ou au ressenti du salarié. » L’auteur n’hésite pas. Il sait qu’il gratte là où ça fait mal : « Un jeune sur quatre occupe un emploi pour lequel il est surqualifié ». Un développement bien documenté sur la question de l’ascenseur social montre que les générations présentes ne bénéficient plus d’aucun espoir solide de faire mieux que leurs parents.

La société française d’aujourd’hui est-elle prête à affronter ces défis qui ne relèvent pas simplement de l’économie ou du bien-être mais de l’idée qu’une société se fait d’elle-même, de son avenir et de sa position en tant que porteur de valeurs humaines et sociales dans le monde ? Si on suit l’auteur, le personnel politique Français risque d’être un frein dans la reconnaissance de cette situation et, par conséquent, dans les solutions à y apporter. « A l’Assemblée Nationale, le nécessaire dialogue intergénérationnel, se résume à des échanges entre quinquagénaires et sexagénaires. Aujourd’hui la chambre basse française est la plus vieille d’Europe de l’Ouest ». On a presque envie de conclure que « la messe est dite » !!!

Pourtant, il est urgent de travailler à définir des priorités et d’en assurer le financement. La priorité: « générations d’aujourd’hui et de demain » ne peut plus être contestée par personne. En revanche, la répartition des charges est toujours le curseur qui permet de mesurer le courage ou l’illusion politique ! C’est en ce sens que des ouvrages comme celui que Mickaël Mangot donne à lire sont indispensables. Le débat n’en est vraiment qu’à ses débuts. Il faut lui apporter des éclairages, des données et des concepts nouveaux.

Mais, pour qu’il progresse sans ombre ou sans faux-combat, il ne faudra pas que l’idée traditionnelle en France qui consiste à rechercher un bouc émissaire, un responsable (les baby boomers, les banques…) ne vienne pas brouiller les échanges d’idées sur l’état des lieux et sur les politiques à mener. Doit-on aux « baby-boomers »ces mesures que sont la « retraite à soixante ans »? ou «  les 35 heures »?, ou « l’accès général de tous aux Etudes Supérieures »? ou les doit-on simplement à une génération que “trente glorieuses” avaient rendu aveuglément optimiste?  L’ascenseur social ne fonctionnerait plus? A-t-on étudié la façon dont les jeunes issus de la « diversité », ceux des émigrations  espagnoles, portugaises, algériennes puis marocaines se sont insérés dans le marché du travail et dans la société française par comparaison à leurs parents et continuent à le faire?…. Et puis, n’est-il pas dommage que, dans ce livre bien documenté, rien ne soit dit sur le taux d’activité des femmes, sur leur accession massive au marché de l’emploi, sur leur formation etc?

Ce livre ne prétend pas tout dire, définitivement, sur une question complexe, son objectif est proposer des pistes pour la poser la plus utilement possible. C’est qu’il fait avec succès.

Les Echos

Commentaires (13)

  1. Je ne suis pas certain qu’ils faillent nécessairement dresser les générations les une contre les autres. D’abord parce que les suivantes ont aussi profité des investissements et du comfort réalisés par ces emprunts.
    Rappelons que Le premier problème de la France, malgré ses territoires aux 4 coins du monde, c’est son absence de ressources énergétiques qui la met dans une situation de dépendance. D’ailleurs dès qu’on découvre qlq chose de valeur qlq part ça sort du portefeuille Français immédiatement.
    Le problème de la France c’est donc plus des évènements comme la perte du Sahara en 1962 voir du canal de suez en 56 que les parties de “boules” post mai 68 au club med. Tout cela n’est qu’anecdotique.
    Les baby boomers ne sont que de grands naïfs qu’il fut aisé pour les trotskystes et autres cyniques de manipuler de 1968 à 2002. Le niveau moyen d’éducation de cette génération tourne autour du bac. Il ne sont pas très instruits. Juste suffisament pour croire qu’ils savaient tout mieux que leurs parents avec leur certif et englués dans un catholicisme répressif. Mais dans le fond ils étaient suffisament heureux en écoutant du Hugues Aufray tout en sautant Monique dans la 2CV.

  2. LeNettoyeur,

    Pas mal comme description même si je suis beaucoup moins angélique dans la qualification de leur non ou a-responsabilité.

    Et dans ces questions de responsabilité je place aussi les partis de Droite qui n’ont pas su anticiper nombre de changements socio-politiques et se sont arcboutés sur des concepts inopérants dans la forme en négligeant le fond (ex : Giscard et ses éboueurs) pendant que les autres ramenés leurs grandes idées faciles et manipulatrices.

    Par le biais des alliances j’ai de nombreux cousins ayant 20 à 30 ans de plus que moi, s’approchant ou étant aujourd’hui en retraite, et je vous promets que jeunes et gauchistes puis cadres, ils savaient très bien ce qu’ils faisaient en s’opposant à certaines structures puis en absorbant les ressources des entreprises (subventions, 35 heures, primes et autres PEE). Certains le “payent chers” avec de graves dissessions familiales dont des enfants sarkozystes voire FN, donc mes petits cousins, dont un qui a subit une agression musclée au cours de laquelle il fut quasiment assomé puis amené à une découverte de la diversité et des services de police inutile (de gauche).

    Si il y avait une vraie presse et des instituts de recherche de Droite nous aurions peut être des analyses sociologiques intéressantes là dessus. Mais nos milieux se contentent de se positionner par rapport à ce que sortent les instituts et médias de gauche.

  3. Il y a un conflit entre immigrés et FDS mais il y a également un conflit entre générations et peut-être même plus important, ce qui explique le nombre de déchirement au sein des familles françaises. Et pourtant ce lien entre les générations a un sens important dans la construction et le maintient d’une société, lien inter-générationnel que les immigrés du tiers monde, malgré tous les défauts du monde qu’on peut leur trouver, gardent intact.

    Bref, la vraie révolution de 68 qu’ils nous ont laissé ça été l’individualisme absolu et l’égocentrisme portés à leur paroxysme… L’égoïsme forcené comme seule motivation et comme seul épanouissement d’une vie, une génération marquée par l’Amérique et ses héros tout autant égocentriques et cupides à la “J.R.”…

    Cependant des problèmes importants vont se poser avec l’allongement de vie. Comme la société va t-elle subvenir aux besoins de ses personnes de moins en moins autonomes et indépendantes ? Les jeunes générations accepteront-elles encore de payer pour les plus âgés alors qu’eux ne seront pas assurés d’avoir une retraite ? Beaucoup de questions en suspens…

  4. Ballancier de générations
    L’idée n’est pas de monter les générations les une contre les autres,
    Les babyboumers qualifiés de privilégiés individualistes etc, ont eu les pires difficultés à s’installer sur le marché de l’emploi et du logement pour une raison toute simple : la génération précédente avait tout pris et s’est taillée une “solidarité” intergénérationnelle sur mesure :
    la retraite à (de facto) 55 ans, le plein emploi des années 60, la gabegies de la consommation des matières premières, Et le comble elle a su inculquer un sentiment d’autorité voire même de culpabilité : la génération du général de Gaulle qui a fait la France, son système social, l’exception française en bref ceux à qui on doit tout. Même si le spectacle de son oeuvre ressemble plus à la cour des miracles.
    Plus dur a été de s’installer dans les années 80-90, qui correspond justement à l’entrée dans la vie activté des babyboomers avec son lot de sous emploi, de tensions sur le logement, exacerbée par l’immigration massive que la génération précédente a fait venir pour soutenir la “croissance”, et le popon l’endettement au profit des retraités, avec la culpabilité en prime, de quoi confirmer l’adage “solidarité bien ordonnée, même inergenerationnelle, commence par soi”
    Cette situation a même crée un sentiment, justifié, de surpopulation dans notre propre pays tendant à faire revenir en grace une forme de malthusianisme qui serait le bienvenu.
    L’endettement n’est pas préoccupant en soi mais ce qui l’est est l’usage qu’on en fait à savoir non pas l’investissement mais conforter dans leur bien être la génération des actifs des années 60-70, et anesthésier les effets désastreux de la crise économique par le social et les déficits dus à l’incurie de nos élites autoproclamées, Enfin tant quon pourra se le permettre. Le jour de la cessation de paiement, c’est d’autres organismes supranationaux et anglo saxons qui imposeront les politiques “d’ajustement” un peu comme on envoyait les cannonières au XIX siècle dans les pays débiteurs.

  5. @Oriana

    Les baby boomers = enfants nés après 44-55…

    Vous décrivez le sort des enfants des baby-boomers nés de 1965 à 1975, ça n’a rien à voir.

  6. Une génération c’est 30 ans en Histoire. Les 2 générations qui précédent celle qui a 20 ans aujourd’hui ont créé la dette. La première a une excuse car il fallait reconstruire après la guerre, la deuxième n’en a pas.
    La plus grande faute de la deuxième c’est de ne pas avoir tiré les leçons politiques des 2 crises pétrolières. Et du coup d’avoir laissé le libéralisme, le mondialisme s’intaller ainsi que sa conséquence la plus visible : l’émmigration.

  7. @ leperigourdin,
    pas faux, lebabyboom s’est atténué,en 1970 environ mais quand même l’impression d’appartenir à une génération en surnombre

  8. @Alorki Oui c’est vrai je me suffit à moi même. ;-)
    C’est quoi qui vous dérange dans mon commentaire? Ils ne sont pas très instruits? C’est une évidence. Le passé de Mitterand leur était inconnu par exemple. Les médias et l’école étaient complètement tenus par des lobbys sans même que cela soit remis en question.
    J’ai bien connu cette génération, j’en fait parti. Et j’ai plus de respect pour la génération précédente qui a affronté des trucs bien plus dur en gardant sa fierté. La génération du BBBoom est une génération d’enfants gâtés avec de l’argent de poche pour acheter des disques de Twist et qui a vendu l’avenir de ses enfants à quelques Trotskystes malsains.

  9. “A-t-on étudié la façon dont les jeunes issus de la « diversité », ceux des émigrations espagnoles, portugaises, algériennes puis marocaines se sont insérés dans le marché du travail et dans la société française par comparaison à leurs parents et continuent à le faire?”

    Habituelle escroquerie intellectuelle consistant à mettre dans le même panier une immigration en provenance du même bloc culturel, avec l’immigration récente de personnes n’ayant aucun rapport avec nous en termes de civilisation.

    La routine …

  10. Encore ce débat…. Ce faux problème!

    Qui était au pouvoir dans les années 60/70? Qui a foutu la m***? Surement pas les me*rdeux qui balançaient des pavés lors de mai 68!

    Nous avons suffisamment de problèmes en ce moment (et à l’avenir faut-il le préciser); pas besoin et pas envie d’y reconsacrer un fil.

  11. @ Imperator

    Oui c’est vrai que régler ce type litige n’est pas opportun quand on n’est pas au pouvoir.
    Le pb existe bien, l’inflation reconnue simplifierait cela…

  12. @babyNettoyeur

    Pas besoin de spécifié que vous faite parti de cette génération votre commentaire sur ce que soit disant vous laissez aux générations futures et consternant et habituel de votre pathétique génération. Je rappel quand même que ce sont pas les babybidons qui laissent quoi que ce soit en infrastructure et équipement mais vos propres parents qui les ont construits .
    Ce que vous nous laissez c’est de la dette.
    La rentes sous la forme de retraite extraordinaire de la gabarie fiscales sur le dos des autres par exemple sur le logement c’est ça que vous vous laissez, des emplois inutiles de fonctionnaire j’en parle même pas, je vous conseil comme d’habitude de voter umPPs ce sont les seuls qui peuvent vous fournir votre train de vie jusqu’à la fin du système qui est celui-ci le votre.

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